dimanche 19 mars 2006, par
Nous retrouvons Lapin chez lui. Il nous reçoit dans son intérieur décoré avec goût, en papier kraft jaune froissé et collé de traviole.
Ses traits sont tirés, il a apparemment déjà bu, quelques bouteilles de bière au sol en témoignent, ainsi que les deux éléphants roses qui attendent le matin, dehors. Nous lui demandons s’il a le temps de nous accorder une petite interview sur sa récente publication en vrai papier ; il accepte de bonne grâce, en même temps on avait pris rendez-vous, manquerait plus que ça, qu’il refuse, mais bon, on respecte, alors on dit qu’on est drôlement content et on le suit. Il nous emmène dans un bar du vieux Lille de sa connaissance. Il y a des lampes en forme de verre à bière au mur et ça sent la bière, de Londres à Berlin, ça sent la bière, dieux qu’on est bien, alors on en commande une, de bière.
La première question est : « alors, t’es content d’être édité en vrai papier ? ».
D’ailleurs ce sera la seule question. Voilà. S’ ça vous plaît pas c’est l’même prout.
J’étais content, au début. Ben oui. On m’avait promis des tas de choses super cool. Ma bite mal dessinée en photo sur la table de chevet de milliers de crétins. Rends-toi compte. Ma bite en photo dans les journaux, ma bite en photo sur internet, ma bite en photo au journal de 13 heures. Ou si pas ma bite, ma tête en tissu pourri. Mais comme j’ai une tête de bite, hahahaaaaa *brôôps* pardon. GARÇON ! N’AUTRE BIERE AVEC BEAUCOUP DE BEURRE !
J’étais content, ouais. Le succès, la gloire, tu comprends. J’ai été comme qui dirait forcé à donner aux gens ce qu’ils désiraient. Ils me voulaient, bonhomme, eh ouais. En vrai papier. Alors Phiip m’a édité en vrai papier. Glacé, couverture à l’italienne, un bouquin sapé comme un parrain, effet craft jaune, une boîte jaune en papier, quoi, avec trois fois mon nom rien que sur la couverture, une nouvelle collection rien que pour moi pour l’instant, la totale, la gloire, le succès, la drogue, les p. euuuh enfin tout, quoi. De quoi me faire la bite mal dessinée toute dure.
*Brôps*. N’AUUUTRE !
J’ai vite déchanté, mon vieux. Déjà, le papier glacé, c’est froid aux couilles. Et je les ai souvent sorties. Bon. Mais j’aurais pu me faire fabriquer une fourrure comme celle du bellâtre dans Violence et passion de Visconti, sauf que verte, sauf que pour un lapin moche en tissu pourri, sauf que de Phiip et pas de Visconti, mais sinon pareil, de quoi me vautrer sensuellement sur les pages avec les couilles à l’air libre. Ou demander à Phiip de me faire une parka bien couvrante avec un pull fichu, je sais qu’il en a, et puis déjà que depuis moi il se balade sans jeans, hein, il va pas chouiner pour un petit pull de plus. J’aurais pu demander le slip, je l’ai pas fait, hé. Alors respect.
Et puis y a les gens. *Broaps*. Des monstres. Tous à me reluquer, tous à bloquer sur l’Ourse Verte quand elle joue avec moi à faire *pouf* et *gniii*. Et puis leurs doigts, leurs doigts, leurs DOIGTS ! Des gros doigts tout gras, même pas de beurre, du gras sale, du gras qui tache les pages, qui fait *frouuuuut* quand les bouts de doigts ripent, du gras qui laisse des empreintes sur moi, bâârk. *Breuups* gnpardon. Gnatrobu. »
Ouais, j’ai déchanté.
Et puis on m’a prostitué. Des gens m’ont montré en public, un peu comme un gogo dancer ou une strip teaseuse, sauf que je sais pas danser, et que je suis déjà à poils, alors pas pareil, mais comme, quand même, ouais enfin je me comprends. Ils m’ont pris, ils m’ont retourné dans tous les sens, ils m’ont pris en photo, ils m’ont filmé, je suis passé entre toutes les mains, à la télé, à la radio même, dans les journaux. Y en a un, il m’a même emmené en Belgique pour me produire. Ouais. En Belgique. En BELGIQUE bordel. ENCORE PLUS DE GRAS, PARTOUT DU GRAS ! Du gras de frite, des frites à l’huile, même pas au beurre, partout du gras qui pue sur mon corps en vrai papier...
Purée GARÇON ! La même gnteuplé.
Et puis j’ai appris qu’ils me vendaient.
19 euros.
Je me sens sale.
*BRAAAPFFF*
(La pudeur nous oblige à reporter ces chroniques jusqu’au prochain numéro. Après une longue discussion et quelques bières de plus, l’ensemble de la rédaction a décidé de ne pas publier la suite, insoutenable, de l’interview de Lapin, eu égard à la sensibilité de nos lecteurs. Cependant, si vous avez été touché par cette douleur immense et cette détresse profonde d’un être si sympathique, vous pouvez agir : envoyez vos dons de 19 euros à cette adresse, en précisant bien au marqueur noir indélébile sans solvant parce que sinon ça pue, directement sur votre écran, « JE SOUTIENS LAPIN ET LUI ENVOIE TOUTE MON AMITIE A HAUTEUR DE 19 EUROS PLUS 3 PARCE QU’AUJOURD’HUI C’EST LA FETE DU SLIP CE QUI FAIT DONC 22 EUROS ». Comme nous sommes sensibles à votre geste, que vous allez accomplir tout de suite, et que ça saute, nous vous enverrons en remerciement le Livre Lapin, oui, LE Livre Lapin en vrai papier. C’est pas beau, ça ?)
François Bayrou invente l’information drôle en elle-même en comparant son combat seul contre tous à celui du général De Gaulle pendant la seconde guerre mondiale !
Les Suisses disent "non" au droit du sol pour les étrangers.
Note pour les américains :
ce n’est pas une raison pour les envahir !
Triste nouvelle aujourd’hui où une femme s’est suicidée en se faisant exploser dans sa voiture, déclenchant une vive émotion dans le voisinage.
Une fois de plus, dès qu’une femme se fait sauter, ça fait râler les voisins...
L’oeuvre de Marie
Marie, c’est comme pour l’hypothétique Jesus-Chrit, on en saura plus après sa mort qu’avant. A la suite d’un texto reçu à Vilnius, Marie s’est pris une série de baffes qui a mis fin à tout débat au sein du couple Trintignant-Cantat.
"Chérie, tu te souviens ? Signé François Cluzet"
Nadine Trintignant essaye d’accuser France Telecom, mais François avait un forfait "textos-illimités", et Marie n’avait qu’à pas le lire, et le tromper avec un chanteur de rock, et partir à Vilnius, et faire encore un film.