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Les présidents

09 - La voisine de Johnny

pain beurré à la chiure de mouche pour tout le monde

lundi 27 novembre 2006, par vanvan

Chère Arlette,
Je me permets de vous appeler Arlette, car je sais que l’espoir d’un avenir meilleur que nous avons en commun nous rapproche. Depuis longtemps déjà je vous admire, et dans le monde de la politique, seul Coluche aura mérité autant d’estime que vous, lui qui a failli être le premier président français à mourir dans un accident de moto (je ne suis bien évidemment pas en train de vous suggérer d’avoir un accident de mobylette)


Depuis longtemps donc, j’admire la persévérance avec laquelle vous luttez contre l’indifférence des puissants envers le peuple, songeant à combien il sera difficile pour votre successeur de se hisser à votre hauteur dans la tâche qui lui sera dévolue car, n’est-ce pas, il faut bien un jour ou l’autre se préparer à laisser sa place à l’avenir. Or, vous avez déjà porté bien longtemps le joug de la responsabilité et du devoir envers nous, vos faire-valoir ; vous nous avez déjà consacré une grande partie de votre vie et c’est pourquoi personne ne vous en voudra aujourd’hui si vous demandez à quelqu’un de vous remplacer et vous pourrez ainsi, fière de votre oeuvre et la tête haute, profiter du reste de vos jours comme vous le méritez. Le choix d’un successeur sera délicat, c’est certain : comment trouver quelqu’un qui sache continuer votre action tout en donnant l’impression de renouveau dont sont friands les citoyens français ? C’est pourquoi afin de vous éviter un fastidieux et éprouvant travail de recherche, je vous offre mes services.

Depuis 35 ans, je suis à l’écoute des gens – je suis boulangère – et forte de l’expérience ainsi acquise je pense sans vanité pouvoir affirmer savoir ce que veut la classe ouvrière, ce que veulent les femmes au foyer et les étudiants par exemple. Et ce qu’ils veulent, pourrais-je ajouter, se résume en deux mots : du pain. Au sens propre comme au sens figuré.

J’imagine que vous voyez bien là l’impact médiatique que cela pourrait avoir : vous, symbole de la lutte pour les droits du peuple, laissant votre place à une boulangère, la femme du peuple par excellence qui fournira ce dont tout le monde a besoin - métaphoriquement parlant : le pain. Ce pain qui déjà fut à l’origine de la révolution française. Vous imaginez vous aussi la richesse en symboles et en slogans que cette situation nous offrira ? Et je n’offre pas ainsi mes services, naïvement, sans savoir la tâche que cela représente. En effet, non seulement je gère moi-même ma boulangerie, ne laissant à Léon - c’est mon mari – que le soin de pétrir le pain, mais je suis aussi vice-présidente du syndicat des artisans boulanger de Saint Senoux et surtout présidente de l’Amicale des Croiseuses de Rimes Ouvrières, association qui essaie de promouvoir la verve féminine. Vous pouvez donc constater que ce ne sont pas que des paroles en l’air lorsque je dis que je connais mon affaire. Une retraite en politique, cela se prépare longtemps à l’avance. C’est pourquoi je pense que vous apporterez à mon offre toute l’attention qu’elle mérite. Je sais que vous trouverez difficilement une personne plus dévouée à votre cause et aussi compétente que moi. Je vous souhaite donc une bonne continuation, en espérant que celle-ci nous verra cheminer ensemble quelques temps.

Cordialement votre,

Simone B.

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