David Farley revient sur Docteur Fun
mardi 11 décembre 2007, par
David Farley est l’auteur de l’excellent Doctor Fun, webcomic traduit en Docteur Fun sur le portail lapin. Dans cet article, il explique son processus créatif, parle de Docteur Fun en général, et revient sur les doublons mystérieux...
Que dire sur Docteur Fun ? C’est difficile pour moi d’écrire à ce sujet, parce que, aussi étrange que cela puisse paraître, je ne me suis jamais posé de questions sur mes dessins, sauf quand j’étais en train de travailler dessus. Mon processus créatif était basique : une fois que j’avais fini un dessin, je ne pensais qu’à l’oublier et me mettre au suivant. Je vous expliquerai un peu plus loin comment cette attitude a pu se retourner contre moi. Il m’a fallu des années pour rédiger une FAQ, et la première fois que j’ai vraiment pris le temps de me poser et de lire Docteur Fun, ce fut à l’époque où je préparais le livre. Docteur Fun n’interférait pas vraiment avec ma vie de tous les jours, si ce n’est pour l’ordinateur portable qui traînait dans un coin du salon. Cela peut sembler étrange, mais qui voudrait être cinglé tout le temps ? Je me suis souvent dit que ça aurait été mieux si quelqu’un s’était proposé pour jouer le rôle du créateur de Docteur Fun. Peut-être Gary Larson ? (C’est une blague, quoique le baiser de la mort c’est d’être « le prochain Gary Larson »)
Au fil du temps, alors que les strips s’entassaient, la situation devenait de plus en plus étrange, et c’est pour cela que je n’ai pas révélé la fin proche de Docteur Fun. Je voulais que ça se passe comme d’habitude jusqu’à la fin. Par le passé, j’ai dit qu’il durerait pendant 520 semaines. était-ce mon plan dès le départ ? Non, parce qu’il n’y avait pas le moindre plan, à part montrer aux gens des super strips dans un tout nouveau format. Il y a deux ans, après une longue pause, j’ai décidé que Docteur Fun devrait avoir une date de fin, et dix ans semblait une durée convenable. Si je n’avais pas choisi de date, je ne pense pas que Docteur Fun aurait duré 520 semaines. Des gens serviables ont noté que 10 ans représentent 522 semaines en fait. Les maths n’étaient pas mon point fort. 520 semaines, c’est presque ça.
Alors pourquoi arrêter ? Tout d’abord parce qu’une grande partie de mon temps libre a été consacrée à Docteur Fun depuis ce qui semble une éternité, et bien que ça ait été très gratifiant, il était temps pour moi de mettre un terme à tout ça et de passer à autre chose. Il m’est arrivé plein de choses intéressantes en cours de route : j’ai été embarqué par United Media, et plus tard, un livre a été publié. Ces deux événements furent passionnants, quoique la démarche ait été plus intéressante que le résultat final dans les deux cas. Les échanges avec mes lecteurs furent très enrichissants. Et surtout, c’est bien de faire quelque chose de créatif alors qu’on en a le temps et l’opportunité plutôt que de se chercher des excuses pour ne pas le faire. Et même si ni la gloire ni la fortune n’ont suivi, je n’ai pas de regrets. Certains me disent que je suis vieux, maintenant. Mais si on me demande ce que j’ai fait entre 30 et 40 ans, je pourrais dire que j’ai fait Docteur Fun. Je vis à Chicago, je conduis une Saab, et j’ai deux lapins. Je cours beaucoup. C’est d’ailleurs grâce à ça que malgré 520 semaines de Docteur Fun je ne pèse pas 120 kilos. Beaucoup de choses ont changé depuis le début de Docteur Fun, et beaucoup de choses sont restées les mêmes. Par exemple, j’ai toujours le même boulot, je travaille encore pour la bibliothèque de l ’université de Chicago.
Réaliser Docteur Fun a toujours été une activité chronophage. Ma seule vraie compétence consiste à remplir des pages de gribouillons représentant des idées de gags. Souvent, je suis incapable de me relire, ce qui est un gros problème, parce que les idées les plus drôles pourraient être les plus illisibles. Mes capacités artistiques sont rudimentaires, du coup dessiner et colorier le strip a toujours été quelque peu automatique. Le processus a évolué au fil des années, même si le format est toujours resté le même. Lorsque j’ai commencé, le matériel que j’utilisais était trop lent pour suivre un dessin à main levé sur tablette graphique, sans compter le fait que la seule tablette que j’avais les moyens d’acheter n’avait aucune sensibilité à la pression, et que le crayon était attaché à un fil. Je devais donc scanner les dessins, et ensuite, je les coloriais avec Aldus Photostyler. Par contre, j’étais à la pointe de la technologie pour d’autres choses : j’avais une carte vidéo Opti Mona Lisa 24 bit 1024x748 que j’avais achetée à quelqu’un sur Usenet. De nos jours, ça semble insignifiant, mais en 1993, c’était quelque chose d’extraordinaire sur un PC. Mais c’était lent. Tellement lent qu’essayer de dessiner à l’ordinateur donnait un paquet de polygones pourris ; par contre, il était possible de colorier avec l’ordinateur. A l’époque, les calques n’existait pas, on faisait donc des copies multiples de fichiers, et si on se plantait dans ce qu’on faisait, il fallait revenir à la sauvegarde précédente. Une fois, j’ai eu un gros plantage de disques, et plusieurs strips qui n’avaient jamais été publiés ont été perdus pour toujours.
Les choses se sont améliorées au fil du temps : les tablettes étaient de meilleure qualité, les ordinateurs étaient plus rapides. Je suis passé finalement à Adobe Photoshop, et j’ai commencé à dessiner les strips intégralement sur ordinateur. Même si le matériel évoluait, les choses ne changeaient pas des masses. Les dernières années, j’ai dessiné Docteur Fun sur un ordinateur portable. Les deux premières années, j’arrivai à avoir des semaines d’avance sur mon planning, et je respectai facilement les échéances que je m’étais imposées. Mais ça fait longtemps que je n’ai plus qu’un ou deux jours d’avance, sachant que la plupart du temps, les strips sont dessinés la veille au soir. C’est la vie, elle change, et lorsque certains événements arrivaient, j’étais obligé d’arrêter Docteur Fun, ce que je détestais faire. Les derniers mois, je me suis investi à fond dans les strips sans faire de break, mais je n’aurais pas pu continuer cela indéfiniment.
J’ai suivi plusieurs discussions sur internet pour savoir quel était le premier webcomic à avoir été publié sur le web, à avoir été publié sur Internet, à avoir été conçu pour internet. Docteur Fun n’était pas le premier, car « where the Buffalo roam » de Hans Borjdahl a été conçu avant, mais il n’était publié que sur Usenet. Aargon Zark a été le premier webcomic à avoir été spécifiquement conçu pour internet, mais il a commencé après Docteur Fun. Docteur Fun n’est donc pas le premier webcomic à avoir été publié sur la toile, mais il fut bien le premier sur Internet.
Et enfin, la question qui tue : est-ce que Docteur Fun a eu du succès ? D’une certaine manière, oui. Le trafic a augmenté sur Ibiblio au fil des ans, mais dans des proportions raisonnables. Un livre a été publié. Il y a eu l’association avec United Media pendant quelques temps. Mais après un certain temps, Docteur Fun a atteint une sorte de palier, qui représentait la limite de son succès. étrangement, j’ai remarqué que le trafic sur Docteur Fun augmentait alors que je prenais des breaks, alors qu’il chutait aux moments où je me battais comme un diable pour tenir mon planning. C’est très difficile de se faire une place avec un comic strip qui n’a pas de personnages récurrents, malgré ma tentative de créer un « docteur fun » pour le logo. De plus, les sujets choisis rendaient la chose encore plus difficile ; ceci dit, ma conviction était et reste que l’internet est le bon endroit pour publier des gags dont les éditeurs penseraient que quasiment personne ne pourrait les comprendre. Scott Adams a publié sur son site un guide appelé « comment devenir un dessinateur de comic strip » qui est en gros une analyse point par point de pourquoi Docteur Fun n’a jamais eu de succès. Au fil du temps, plusieurs personnes m’ont écrit qu’elles ne voyaient pas comment quelqu’un d’autre qu’elles pourraient comprendre les blagues, et que c’était donc un comic strip écrit juste pour elles, et ce genre de reconnaissance me convient tout à fait (si je fais abstraction des gros chèques de droits d’auteur). Vous autres lecteurs devriez sortir ensemble. Et puis, il y a eu Billo...
Le truc qui me fascine le plus, ce sont les répétitions. Trois fois j’ai dessiné le même gag. Comment est-ce possible ? Je note au brouillon bien plus d’idées que celles que je vais utiliser, ce n’est donc pas un problème d’inspiration. La plupart du temps, je ne vais pas relire les vieux strips de Docteur Fun. En fait, je l’ai fait pour la première fois lorsque je préparais le livre. J’ai une théorie qui explique ces réminiscences : comme je me souvenais inconsciemment de quelque chose que j’avais déjà dessiné, cela semblait « parfait » au moment où je le dessinai à nouveau. Le plus étrange, c’est que deux de ces gags portent sur les poulets. Attention, les poulets sont dangereux, ils vous embrouillent l’esprit !
Les voici. C’est intéressant de voir de quelle façon je les ai dessinés à chaque fois, sans avoir conscience de les avoir déjà dessinés.
Le premier n’est pas une vraie copie, mais est suffisamment proche pour que quelqu’un me rapporte la ressemblance immédiatement (oui, les autres gens se souviennent bien mieux de mes strips que moi).
Le premier duo de poulet.
Le premier poulet semble avoir besoin de gouttes pour les yeux.
Le second duo de poulets (ils ne sont séparé que d’un an, mais ont été dessiné d’une façon très différente). Je préfère le premier. Ils sont tellement similaires que je me demande si je n’ai pas pris accidentellement le brouillon du premier pour faire le second.
Il en existe peut-être d’autres.
Quels sont mes projets désormais ? Peut-être d’autres comics strips, un jour. Je n’appellerai plus ça Docteur Fun, à moins que je ne sois très fainéant et que je ne trouve pas de meilleur titre au moment où je les dessinerai. Je suppose que ça sera un paquet de comics strips, peut-être sur un thème particulier, uploadés de façon irrégulière. On verra. Je me suis déjà engagé à dessiner plus de gags des Peeps. Bien que pour être très franc, je n’aime pas ce genre de truc gluant. Je préfère les Circus Peanuts [1], à part le manque de personnalité. A ce propos, encore merci de lire Docteur Fun.
[1] Bonbon sucré mou, avec la consistance du Marshmallow et la forme d’une cacaouette. On notera évidemment le jeu de mots sous-jacent, référence à peine cachée à Family Circus et aux Peanuts, deux autres comics strips un peu moins célèbres... NDT
Si vous êtes arrivés au bout de ce texte, vous aurez peut-être envie de lire la vieille FAQ (traduction à venir). Mais souvenez-vous qu’elle a été écrite alors que Docteur Fun était en pleine activité.
Texte traduit avec la permission expresse de David Farley. Le texte original. Tous droits réservés David Farley, Phiip et Lapin.org
Daniel Bernard, ex-PDG de Carrefour, et indemnisé record pour son départ à la retraite, est victime de l’ostracisme de ses pairs justement à cause du montant de ce pactole.
Tout cela n’est finalement que vile jalousie de la part de ceux qui ne pourront jamais arriver à récolter autant au moment de leur départ, mais qui pourtant auraient bien aimé...
Bienvenue dans un pays avec une balance économique positive...
... mais plus personne pour en profiter.
Servie sur un plateau par les journalistes du Monde, à propos du prêtre anglican homosexuel devenu évêque :
- Le premier évêque "gay" déchire l’Eglise anglicane.
No comment.
Communiqué de l’administration Bush
Dieu est un dictateur qui est au pouvoir depuis des siècles sans la moindre élection et des tornades frappent les Etats Unis.
La moitié des B-52 américains a décollé avec l’ordre de bombarder tous les nuages qu’ils trouveront.