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Les chroniques de Maaarge

Voir l’Ardèche et mourir

Je suis venue, j’ai vu et je suis rentrée vivante.

dimanche 6 janvier 2008, par maaarge

êa devait être une soirée merveilleuse, inoubliable. C’était écrit sur la brochure : « soirée merveilleuse, inoubliable, y a aucun doute, vous en aurez pour votre argent. » Je n’avais pas vu qu’en bas, sous la photo d’un magnifique corps de ferme ardéchois rénové avec goût, il y avait écrit en lettres minuscules : « Mouhahahahahaha !!! MOUHAHAHAHA !! ». Dommage.


On m’avait donc vendu un luxueux voyage organisé pour fêter le nouvel an dans une typique mais néanmoins confortable résidence ardéchoise, sise au sommet d’une colline d’où l’on pouvait admirer un panorama réellement époustouflant. C’était écrit comme ça : « panorama réellement époustouflant ». Le champagne coulerait à flots bouillonnants, j’allais pouvoir partager une nourriture locale mais néanmoins subtile et raffinée avec d’autres convives tout aussi subtiles et raffinés. En gros, j’allais m’éclater comme une bête et me faire plein de nouveaux amis ce qui n’était pas du luxe dans la mesure où l’année 2007 avait été particulièrement merdique en la matière. [1]

C’est donc l’esprit en liesse que je descendis du car où devait m’attendre le célèbre groupe folklorique ardéchois, La Bourrée de Jean-Paul, qui m’accueillerait comme il se doit avec force…force choses qui font toute la qualité du folklore ardéchois. Car je n’ai jamais su à quoi pouvait bien ressembler un groupe de folklore ardéchois puisque Jean-Paul et sa bourrée ne m’attendaient pas lorsque je descendis du car, ce qui fut la première, mais non la moindre, déception de la soirée. Non, Jean-Paul n’était pas là. Par contre, trois individus me fixaient d’une mine réjouie. L’un était de sexe féminin, j’en suis certaine, le deuxième était un homme, j’en suis également à peu près sûre, quant au troisième, je n’ai jamais réellement pu me prononcer sur son identité sexuelle. En effet, malgré une pilosité certaine au niveau du visage, sa longue chevelure luxuriante m’amenait à penser qu’il utilisait un après-shampoing aux extraits de ginko revivifiant du Tibet avec de l’alpha-B et une pointe de camomille pour la brillance, ce qui est tout bonnement impossible de la part d’un homme.

Plus étonnant encore, les trois individus portaient d’étranges couvre-chefs en papier qui faisaient penser à deux oreilles de lapin mal dessinées. « Hmm, étranges coutumes » pensais-je en arborant mon plus beau sourire afin de ne pas effrayer ces autochtones et pour leur faire admirer la qualité exceptionnelle de mon tout récent détartrage. C’est la femme qui prit la parole la première. Elle s’appelait Alisse, elle avait l’air gentille.



- Bonjour, je m’appelle Alisse [2]. Je suis gentille.
Mon dieu, elle lisait dans mes pensées.
- Vous êtes de l’agence Sensations Ardéchoises ?
Alisse regarda ses compagnons. Une sorte de rictus se dessina sur son visage, son corps se mît à trembler tandis que des larmes menaçait de ruiner son mascara pourtant impeccablement appliqué.
- Ou..oui, c’est ça, Sensations Ardéchoi…mouhahaHAHAHAHAH !!!!
Elle avait une magnifique dentition.
- Bordel, Alisse, je pensais jamais qu’y aurait quelque un d’assez con pour venir !
C’était l’individu indéterminé sexuellement qui avait parlé.
- Moi c’est G-G. Je suis sexuellement indéterminé et ça me plaît.
Ils lisaient vraiment en moi à livre ouvert, c’était troublant. Le troisième individu, qui n’avait pas encore pris la parole, se cachait derrière un énorme appareil avec un téléobjectif 135-400mm doté d’un diaphragme de 9 lames. Hmm, bel engin, pensai-je.
- Bonjour, moi c’est Numéricable [3] et j’ai un très bel engin.
Réellement époustouflants ces dons de télépathie.

Les présentations une fois achevées, nous nous rendîmes dans la luxueuse mais néanmoins typique résidence ardéchoise que l’on m’avait fait miroiter. Il s’agissait en fait d’une simple masure accolée à une vieille ferme. Je ne pus admirer aucun panorama de la colline dans la mesure où en Ardèche la nuit tombe à 17h. J’allais de désillusions en désillusions. G-G m’acheva en lançant avec désinvolture :
- On fume dehors.

Effectivement, devant la porte de la cabane en pierre, des gens fumaient, ce qui était plutôt étonnant dans la mesure où la température était descendue à des profondeurs où il ne fait pas bon s’aventurer seule par une nuit de pleine lune. En gros, on se les gelait. Même mon manteau en authentique laine d’alpaga équitable n’arrivait pas à arrêter le vent glacé qui balayait la cour de la masure. Mon arrivée déclencha l’hilarité générale, probablement parce qu’on m’avait obligé à porter le couvre-chef aux oreilles de lapin mal dessinées. Alisse, avec une complicité féminine évidente, m’avait pourtant rassurée :
- Mais si, ça te va vachement bie…mouhahaHAHAHAHA !!!

Ensuite, on me présenta des gens. Au premier abord, ils paraissaient tous normaux.
- Salut, je m’appelle Pouillot. Tu veux que je te dessine un canard ?
- Euh, ben…
- Si, si, je vais te dessiner un canard, je les fais trop bien les canards !!
- Ben si vous voulez.
- Alors là tu vois c’est les pattes, et puis là c’est son bec et puis là…là c’est une GROSSE BITE !!! MOUHAHAHAHA !!!…Euh, mais sinon, je dessine bien les fées aussi. Sans, euh…sans rien quoi.
Il me faut bien avouer que Pouillot avait un véritable talent pour dessiner les canards et les bites.
Un individu de grande taille à la mine sérieuse vint ensuite se planter devant moi.
- Moi c’est POLi POTo.
- Ca ressemble à…
- Ouais.
- Ah.
- T’aimes les clown ?
- Les clowns ? Ben, euh, je sais pas trop…
- Et la flûte ? T’aime bien la flûte ?
- Euh, c’est-à-dire que…
- Tu veux aller chercher des champignons ?

Heureusement, à ce moment-là, Alisse vint me sauver d’une cueillette des champignons certaines.
- Viens, je vais te présenter le patron. Le patron c’est mon mec. Il est beau, il est grand, il est fort. C’est le chef, c’est le meilleur. C’est mon mec, t’y touches pas.
- Bon, ben, ok.
- Tiens, il est là.
Dans un coin de la minuscule pièce faisant office de salle de réception se tenait un homme qui se prenait lui-même en photo tout en poussant des cris dignes des plus grands photographes de Penthouse.
- Mouii, vas-y, bouge, bouge ! Ouaaaiiis ! Trop beau !!! T’es trop fort mon grand !! Salut, moi c’est Fouip ! Je suis le plus grand, le plus beau, le plus fort. C’est moi le chef, je suis le meilleur. Tu veux que je te dessine un lapin ? Tiens, mange donc une pistache.
- Ah ben merci. Et lui, c’est qui ?
A côté de Fouip se tenait un jeune garçon avachi sur une chaise, ses yeux exorbités roulant dans des orbites d’une profondeur abyssale. Il sirotait avec une certaine avidité une substance rosâtre dans ce qui semblait avoir été à l’origine un pot de cornichon.
- Lui c’est Twix. Là, tel que tu le vois, il est en train de résoudre une équation d’une 56e degré et de compter en même temps le nombre de fleurs sur le papier peint .
Si vous aviez vu le papier peint, vous aussi auriez été réellement impressionnés.
J’allai me décider à m’enfuir discrètement lorsqu’une main fébrile s’abattit sur mon épaule.
- T’as pas vu la montgolfière ? Elle est où la montgolfière hein ? Dis, tu l’as pas vu ? Hein, dis, dis !
C’était Jim². Fouip m’explique plus tard que ses parents étaient morts dans un tragique accident de montgolfière malgré le fait qu’ils avaient essayé d’appliquer la célèbre méthode du « Et si je saute avant de toucher le sol, j’aurais moins mal ? » Cette méthode s’était avérée complètement inutile dans la mesure où, ce faisant, ils avaient malencontreusement atterri sous les roues d’un semi-remorque. Triste histoire en vérité.
Toutes ces présentations m’avaient épuisé. Je ne comprenais pas qui étaient ces gens ni ce que je venais faire là. Derrière moi crépitait violemment le flash de l’appareil photo de Numericable qui tentait de photographier Fouip tentant lui-même de se prendre en photo devant une glace. J’en avais le tournis et décidai d’aller m’asseoir avant de tomber inanimée et froisser mon ensemble cachemire et polyester. Je trouvai une chaise à une table où était assise une femme qui semblait normale.
- Bonjour, je suis la femme de Numericable.
- Et vous êtes…
- Oui, je suis normale.
- Ah, ça me fait plaisir parce que…
- Ouais mais j’ai pas envie de te parler.
- C’est con parce que…
- Ouais mais non.
- Ah bon.
Se pouvait-il qu’elle me confonde avec le reste de l’assemblée ? Pourtant je n’avais rien de commun avec eux. Jeune, belle, équilibrée, incroyablement bien sapée, on ne pouvait en aucun cas m’associer à cette bande de dégénérés psychotiques et semblait-il, quelque peu pervers.
G-G, sentant peut-être grâce à ses extraordinaires dons extralucides que j’étais quelque peu décontenancée, me tendit un verre remplie à ras bord de la substance rosâtre que sirotait toujours goulûment Twix.
- Tiens, je sens que tu es quelque peu décontenancée, bois ça, ça ira mieux.
- Vous n’auriez pas du champagne plutôt ?
- Bois.
- Ok.

C’est ensuite que tout devient beaucoup plus flou. Je me souviens de l’entrée fracassante d’un homme ressemblant étrangement à Tintin sous acides qui se mît à pousser des cris stridents dans ma direction :
- Marjoriiiiiiiiiie !!! C’est toi Marjoriiiiiiie !!!
- C’est-à-dire que non, moi je m’appelle Maaar…
- Marjoriiiiiiiie !!! Regarde chérie, c’est Marjorriiiiiiie !!!!
Sa compagne, qui paraissait pourtant à première vue particulièrement équilibrée, se mit elle aussi à pousser des cris stridents puis sortit en trombe de la pièce en faisant un incroyable vol plané pour aller finalement s’encastrer dans un mur. Le papier peint à fleurs lui allait à ravir.
G-G, qui avait dû sentir mon effroi, tenta de me rassurer.
- Oulala, je sens que tu es effrayée. N’aies crainte, ce n’est que Beubeule, il est un peu con mais il est pas méchant.
J’ai ensuite de vagues souvenirs d’un tetris géant où , pour jouer, chacun avait revêtu une combinaison fluorescente en skaï. Ça me faisait mal aux yeux, je les avais donc fermés. Quand je les ai rouverts je me suis aperçue que les convives avaient délaissé leurs combinaisons aveuglantes pour un unique tee-shirt noir au motif indéfinissable. Ils me regardaient tous d’un air particulièrement vicelard. Le flash de Numéricable crépitait toujours et les fleurs de la tapisserie semblaient sur le point de m’attaquer. Je crois me rappeler que c’est quand Fouip me lança : "allez Maaarge, c’est à toi de mettre ton tee-shirt" que je me décidai à m’enfuir.
Malheureusement, l’Ardèche est une région sournoise qui ne se laisse pas quitter comme ça. J’errai par un froid sibérien dans de sombres ruelles mal famées pendant ce qui me parût être des heures lorsque je me cognai à un arbre. Comme l’arbre parlait, j’en conclus très judicieusement que ce n’était pas un arbre.
- T’es venue chercher des champignons toi aussi ?
C’était Pol Pot. Ma fin était proche.
Après, c’est le trou noir complet [4]. Je me réveillai aux lueurs de l’aube, recroquevillée contre un mur de ce qui ressemblait à la gare routière que j’avais quittée la veille, confiante et, je le rappelle, l’esprit en liesse. A côté de moi était posé le bocal à cornichons où subsistait encore un peu de liquide rosâtre. On avait coincé un mot dans le couvercle : "on espère tous que tu as passé une bonne soirée...mouhahaHAHAHAHAHA !!!".

Aujourd’hui encore, je me demande qui étaient ces gens et qu’est-ce qu’ils avaient bien pu foutre dans leur boisson rose. L’Ardèche n’entrera jamais dans mon top 10 des destinations exotiques où figurent le Nicaragua, le Darfour et Lourdes. Voilà, bien fait.

[1] Voir la fuite de mes parents, les révélations de ma meilleure amie transsexuelle,les divers gnons et baffes reçues,etc.)

[2] Admirez l’ingéniosité dans le travestissement des prénoms.

[3] Oui, je sais, je me suis foulée.

[4] Oui, je sais, c’est bien pratique.

    les Loréals sont... par Phiip , Novembre 2003

    Après avoir epuisé la quasi totalité des excuses imaginables pour se faire pardonner ce qu’elle fait subir quotidiennement aux populations du tiers monde qu’elle exploite dans ses fabriques à pommades cosmétique aux canines de licorne et autres onguents revitalisant à noradrénaline de salamandre en croûte, la firme L’Oréal a fini par trouver la seule explication-marketing, aussi cynique qu’imparable, à sa sauvagerie :
    - "Parce que je le vaux bien".


    1, 2, 3, nous irons au bois, 4, 5, 6 dessous les racines... par Johnny , Octobre 2003

    Maintenant que les Policiers de Mulhouse ont trouvé les quatre filles du docteur Marsh, ils vont pouvoir se concentrer sur les sept nains.


    Bové Président ! par kiss cool , Juin 2004

    Réaction de G.W. Bush suite au décès de Ronald Reagan :
    - " C’est triste que Ronald Mac Donald nous ait quitté si tôt, il était si bon acteur... il sera en pensée dans chaque bouchée de nos bigburgers quotidiens..."


    exportation de la méthode Sarkozi par Johnny , Juin 2003

    Les autorités Irakiennes ont décidé d’organiser les examens de fin d’année pour les étudiants de Bagdad.

    La réussite de la tenue des examens révèlerait qu’un retour à la normale est possible en Irak.

    C’est marrant, ça me rappelle quelque chose..



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