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L’authentique histoire de Pierre Poivre, idiot au service de la France (I)

Ou pourquoi vénérer Jeanne d’Arc et Napoléon alors qu’on a tellement mieux dans les cartons.

jeudi 22 mai 2008, par Zali

Guess Who’s Back, back again,
Watcha Gonna Do, Watcha Gonna Do When Zali comme for You.

Vous m’avez cru mort, mais non, rangez l’erzats de Champomy Lidl, je sévis encore et toujours. Article en dessous, m’voyez ?

Non, je n’étais pas mort. J’étais, vous voyez, dans un sommeil profond. Une léthargie lamentable connue sous le nom de « vie réelle ». On y pratique les études, le salariat, les relations sociales et le sport, qui sont vous en conviendrez des concepts particulièrement abominables. Heureusement, j’ai récemment réalisé la vacuité de ce monde trop affreux pour qu’on puisse même en concevoir l’existence : je suis de retour sur Internet [1].

Si vous vous souvenez bien, je vous racontais autrefois (ah, 2007, temps béni que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître Montmatre en ce temps là n’avait pas Sarkozy pour président, du moins en ce qui concerne les cinq premier mois.) des histoires idiotes sur l’Asie. J’y causais de commerçants chinois impolis, de généraux birmans fous et d’autres miscellanées surréalistes dans lesquelles il faudra que je me replonge à l’occasion, Oppaï.


Mais je suis a peu près certain de n’avoir produit aucun article de fond sur le vénérable Pierre Poivre, qui fut un peu le Janus de la politique française : un somptueux double-face. Une face de winner absolu, et aussi une honte pour son pays. Dans les deux cas, Pierre Poivre [2] a sombré dans un oubli absolument dantesque. Les rares pages de l’Internet qui font référence à Pierre Poivre ne parlent que de botanique et passent sous silence l’énorme épopée de ce Grand Aventurier au Service du Roy [3].

Mon hommage à ce crétin génial [4] se scindera en trois parties, puisque la génération zapping qui me cerne ne saurait sans doute s’abîmer les yeux sur de nombreuses pages consacrées à un inconnu au visage, certes joufflu et sympathique, mais totalement inepte à accrocher l’intérêt de prime abord.

Voici donc : L’ENFANCE ET L’ADOLESCENCE DE PIERRE POIVRE, IDIOT AU SERVICE DE LA FRANCE

Petit Pierre naît à Lyon, en 1719. A Lyon, en 1719, seulement trois métiers existaient : le premier était Aristocrate. L’aristocrate se prélasse dans des fauteuils en soie, la matière première qu’il produit s’appelle du Dioxyde de Carbone. Parfois, l’aristocrate mettait une robe et se coiffait comme son idole, Zidane, on l’appelait alors « Archevêque ». Petit Pierre n’avait pas le bonheur de venir d’une famille aristocrate.

Le deuxième métier de l’époque à Lyon était « gueux ». Le gueux avait une vie saine et bien réglée. A un an, il apprenait à marcher et à se nourrir sans la dodue poitrine de sa mère [5]. Le gueux entrait alors en cycle court pendant deux ans [6] et consacrait ensuite le reste de son espérance de vie [7] à produire des denrées diverses. Mais heureusement, Petit Pierre ne venait pas non plus d’une famille de gueux.

La troisième branche, sur laquelle je ne vous cache pas que la famille de Petit Pierre se tenait, était celle des commerçants en soie. Si vous avez bien suivi, les aristocrates ne pouvaient produire leur dioxyde correctement s’ils n’étaient avachis dans des soieries. Mais des soieries, ils ne faisaient pas que se vautrer dedans : ils en portaient, en tapissaient, s’en échangeaient, en fumaient, en mangeaient [8]... Les parents de Petit Pierre étaient tous les deux de rudes trafiquants de soie. Ils avaient trouvé une combine formidable : remplacer les fils des vers, animaux hors de prix et qui plus est d’origine chinoise [9], par la bave de leurs nombreux enfants. Pour la rendre plus soyeuse et plus résistante, les parents Poivre gavaient littéralement leurs moufflets de calcium et de shampoing lissant. Voulant à toute force échapper à ce traitement dégradant, Petit Pierre, sorti de ses couches culottes, dit en patois car c’est ainsi que les hommes s’exprimaient alors : « Eul’père, eul’a mère, point question que j’servions d’ver a scoye ! » Refusant de baver au sens propre, il décida d’en baver stricto-sangsue (pour rester dans le domaine des animaux dégueux) et s’enfuit de la maisonnée familiale. Pierre se rendit donc à l’ANPE pour devenir indépendant.

Là, on l’informa qu’en trahissant sa famille (c’est mal), il se fermait la porte du commerce de soie.

Il découvrit à ce propos que, brisons les clichés, il y avait fort peu d’offre d’emplois pour les jeunes enfants en 1725. Pour valoriser son curriculum vitae, il fallait au minimum qu’il passe son certif, ou l’équivalent de l’époque, de toutes façons c’est pas les lecteurs de Lapin.org qui vont douter de la véracité de mes articles, nous sommes entre gens sérieux, n’est-ce pas ?

A l’époque, le certif était préparé par des curetons, qui, au final, se prélassaient un peu moins que les authentiques aristocrates [10]. Les curetons avaient monté une combine pour ne pas avoir à faire le plus gros du boulot, et cette combine pionnière est encore pleinement d’actualité de nos jours. Cette trouvaille tenait en une seule et unique phrase : « Bon, les stagiaires ont qu’à le faire à ma place. »

C’est ainsi qu’à peine tondu, Pierre Poivre fut conduit au port de, disons, Saint-Malo, et présenté à un curé-marin au teint jaunâtre. Non pas parce qu’il était asiatique, mais parce que la quantité amazonienne d’alcool coulant dans son sang avait entrepris avec vigueur la dissolution de son foie.
- Hey m’sieur, pourquoi qu’t’es jaune ? demande Pierre.
- Wow, en voilà un qui a du caractère.

Le marin et le tuteur de Pierre rirent à gorge déployée devant le côté polisson du garnement. Puis ils le battirent comme plâtre et l’enfermèrent dans la soute.

Quand… Quand Pierre Poivre se réveilla, heu, il, heu… J’avoue que c’est pas la partie de sa vie que je connais le mieux, enfin heu… Soudain, voilà… Bon, Mettons que nous sommes quelques mois plus tard. Le bateau des curés a débarqué en Chine, et Pierre Poivre balaye désormais la cour d’une annexe des Missions Etrangères de Paris.

Comme c’est une saga, et que je termine déjà ma deuxième page, je dois malheureusement m’arrêter là. Sinon vous risquez d’en avoir pour votre arge… votre gratuité. Dans le prochain épisode, vous apprendrez tout des Missions Etrangères de Paris, vous découvrirez les premiers émois amoureux et les premières gaffes internationales de Pierre Poivre, et vous assisterez à une cuite mémorable du Roy de France.

[1] Ce repos forcé, qui est un repos paradoxal puisqu’il m’a permis d’apprendre un métier dont l’essence même semble basé sur le sommeil et la léthargie, m’a aussi fait mûrir, ce qui est la phase critique avant le pourrissement, du moins chez les fruits. J’imagine que chez les geeks, c’est exactement pareil. Laissons là les abîmes d’angoisses où cette perspective me plonge, et revenons à nos moutons.

[2] A ne pas confondre avec le Sergent Pepper, dont le nom était peut-être Peter, mais ce n’est pas une traduction maladroite de nos amis anglais, qui ne font jamais rien qu’à nous copier. Laissons-leur au moins ça !

[3] Et comme nous le verrons surtout, au service de son propre cul, sur qui il s’asseyoit.

[4] Que je connais pour lui avoir consacré 130 pages d’un mémoire universitaire pour lequel, excusez du peu, j’ai obtenu une mention, ce qui a beaucoup impressionné à l’ANPE quelques mois plus tard, veuillez le croire. Si seulement ça avait pu impressionner de même les recruteurs, croyez bien que je serais déjà dans une piscine en or massif au lieu d’écrire ça à un public ingrat qui refuse obstinément de me construire des statues en platine massif.

[5] Place à l’enfant suivant !

[6] CAP fauchage de blé ou BEP piocheur de sel.

[7] Une vingtaine d’années tout au plus, comme quoi à l’époque on travaillait moins que maintenant, quoi que puissent en penser les économistes néoultralibéraux de tout poil.

[8] Le XVIIIè siècle faisait un commerce prodigieux de la soie, qui faisait plus ou moins office de DivX de l’époque. Plus on avait de soie, plus on avait d’amis.

[9] Donc douteuse, les parents de Pierre n’étaient pas très tolérants.

[10] En effet, ils devaient perpétuellement convertir des sauvages : cela faisait office de caisse de retraite. Un sauvage converti = une année de paradis supplémentaire tous frais déduits.

à suivre...

Dans la même rubrique :
    Le Constitu-NON Français. par Bubble’s Talks , Juin 2005

    C’est pas bien d’avoir voté "non" à l’Europe.

    Pas bien du tout, les gars.

    Vous vous êtes, par exemple, privé de l’article III-395 qui stipulait que :
    - "Lorsque, en vertu de la Consitution, le Conseil statue sur proposition de la Commission, il ne peut amender cette proposition qu’en statuant à l’unanimité, sauf dans les cas visés aux articles I-55 et I-56, à l’article III-396, paragraphes 10 et 13, à l’article III-404 et à l’article III-405, paragraphe 2."

    Or au paragraphe 2 il y avait le beurre.


    C’est l’hiver à Paris par Ysabeau , Décembre 2004

    La tour Eiffel est déguisée en glace à la vanille.

    C’est pour mieux te casser la figure en tombant sur la patinoire, mon enfant.


    Délocalisation lunaire par Pas sage , Septembre 2005

    Les Américains sont confiants.

    Dès 2018 les pauvres ne seront plus inquiétés par les cyclones ; le projet lancé par le président des Etats-Unis dÂ’Amérique, George Washington Bush Junior, et lÂ’Agence Nationale dÂ’Aéronautique Spatiale leur permettra de délocaliser leur taudis directement sur la lune, où chacun sait quÂ’il nÂ’y a pas de cyclone.

    Les esprits chagrins arguent que, faute dÂ’atmosphère, le danger des météorites est important, mais avec un bon toît en tôle rien de passe.


    ferme la porte en ressortissant, veux-tu ? par charmag , Janvier 2005



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