le mystère de la cuisine infernale
mardi 3 juin 2003, par
JE M’EN FOUT, CA VA CRAMER SI ON LE LAISSE CHAUFFER TROP LONGTEMPS ! VOUS FERIEZ MIEUX DE VENIR EN VITESSE ! A TAAAABLE !
Le père ne pouvait pas se concentrer. il n’arrêtait pas de penser au repas de la veille.
Il avait entendu le bruit des enfants qui se disputaient, il était monté les calmer, et du coup, il avait éteint sa télé au beau milieu des Guignols ! Le lendemain à la cantine, il s’était empressé de raconter les trois premières minutes de l’air entendu de celui qui les trouve géniales et qui a choisi d’ignorer délibérément le reste de l’émission. c’est alors que Sonia (cette conne !) lui avait demandé pourquoi il n’avait pas aimé le sketch sur Chirac. Il y avait eu un sketch sur Chirac. Il avait éteint juste avant Chirac, alors qu’il adorait les sketchs de Chirac. Que pouvait-il dire ? Il ne pouvait tout de même pas avouer qu’il ne voyait pratiquement jamais les Guignols en entier ! Il avait alors balbutié qu’il n’avait pas trop aimé ce sketch en particulier. Sonia lui avait alors demandé insidieusement s’il ne serait pas un peu chiraquien sur les bords, et tout le monde s’était mit à rire. Toute l’après-midi, ils l’avaient appelé le chiraquien ! Lui qui tout au long de son enfance s’était fait surnommer « petite bite » ignorait que l’on put subir une humiliation encore pire. Ce jour-là il avait collé douze contrôles fiscaux. Tout ça par la faute de ces sales gosses !
Claudia était inquiète. La veille, si ils étaient descendus très vite, c’est parce que Kevin avait fait une fausse manoeuvre lorsqu’elle s’était levée pour descendre. Il l’avait accusée de l’avoir fait exprès, et ils s’était disputés. Le père était monté et elle avait pris une baffe alors que c’était la faute de Kevin. Tout en claudiquant à cause des jambons sur ses cuisses et en se dirigeant malgré ses cocards sur les yeux, Kevin ricanait alors qu’ils approchaient de la cuisine d’où ne filtrait absolument aucune odeur.
A TAAAArrrAAAArrrAAArrrBLE BON SANG ! KEVIN ! CLAUDIA !
Ces prénoms stupides ! Quand il avait dit au bureau que son fils s’appelait Kevin, Sonia (cette pétasse) avait susurré : « comme Kevin Costner ? », et tout le monde l’avait appelé « Danse avec les loups » pendant trois semaines. Lui voulait l’appeler Paul, un prénom normal, mais elle ne l’avait même pas écouté.
Au premier étage, la tension était à son comble.
A droite, fous-le à droite sinon t’es foutue attention la barre à gauche à gauche A GAUCHE BORDEL ! Mais elle écoute pas cette conne, t’es trop haute putain, il faut que tu fasse la ligne, là sinon c’est foutu, dans le trou le zargoui, dans le trou le zargoui !
Le père décroisa les jambes. Il semblait qu’elle s’était calmée. Il allait peut-être voir la fin des Guignols tout de même. Mais son esprit revenait sans cesse au repas de la veille. Après qu’il eut giflé Claudia qui embêtait encore son frère, ils étaient entrés dans la cuisine. La mère avait hurlé à René de mettre la table, que ça n’allait pas se faire tout seul, et qu’elle était bien bonne de vouloir leur faire la cuisine à ces cons qu’il fallait appeler des heures avant qu’ils ne daignent descendre ! Lui avait dit très calmement (bien qu’un peu fort c’est vrai) que Kevin était fatigué, et que c’était au tour de Claudia de mettre la table pour une fois. Mais Claudia avait pleuré en disant que tout le monde la frappait et qu’en plus après, il fallait qu’elle mette la table et que c’était injuste. La mère avait dit que non, tout le monde ne pensait pas qu’à la frapper tout le temps et que tout le monde n’avait pas aussi peu de coeur que son père, et elle s’était retourné vers lui et ils s’étaient disputés, et elle avait quand même mis la table. Quelques mois auparavant, à la cantine, il avait dit comment il s’était disputé avec sa femme parce qu’il avait foutu une baffe à sa fille, et Caroline (cette salope) lui avait alors demandé s’il battait souvent sa fille et s’il était au courant des quelques progrès de l’éducation depuis l’homme de Cromagnon. Pendant une semaine, ils l’avaient tous appelé « M. le Maudit », et il n’avait jamais compris pourquoi. Alors la veille, il avait gardé ça pour lui, histoire qu’on ne l’appelle pas « M. le Maudit Chiraquien ».
Claudia ne se souvenait que trop bien de l’arrivée de la casserole sur la table. Cela fumait, mais on ne sentait rien. Strictement rien. Elle avait vu sur leurs visages que tous se posaient la même question "Qu’y avait-il dans la casserole ?" La mère avait crié « Servez-vous, ça va refroidir ! », et Claudia avait retiré le couvercle. Tous s’étaient approché au-dessus de la casserole avec appréhension, et ils avaient vu. Dans l’eau encore brûlante nageaient des petits cylindres légèrement courbés, tous complètement agglomérés les uns contre les autres, le tout noyé dans une eau trouble. La « chose » avait du cuire longtemps, car les nouilles (c’étaient probablement des nouilles) avaient triplé de volume, tandis qu’une partie de la pâte s’était diffusée dans l’eau pour faire la colle. La casserole était énorme, il y en avait pour au moins douze personnes, et lorsque Claudia en remonta sa fourchette, plus du quart des nouilles s’agglutinèrent sur cette échelle de providence pour enfin échapper à l’eau bouillante.
Claudia regardait sa fourchette avec stupéfaction, puis elle regarda les autres en évitant le regard de sa mère. Ils se servirent tous prestement, testèrent avec effroi la consistance du mélange, inspirèrent un bon coup, puis commencèrent à se nourrir. Tous sentaient le regard pesant de la mère qui les regardait mastiquer, et tous savaient qu’il était crucial de ne faire semblant de rien, que sinon ce serait l’explosion. Kevin était celui qui mangeait avec le plus « d’entrain ». Il était jeune, toute sa vie il n’avait connu qu’un seul type de plats, ou presque : ceux de sa mère. La notion de goût était pour lui très exotique car il avait eu rarement l’occasion de l’expérimenter. Ses papilles ne pouvaient se rendre compte.
Il me faut une dose ! MERDE ! Suis-je sensé ranger mon bordel dÂ’appart tous les jours pour retrouver les ustensiles de première nécessité ? Ils le feront pour moi.
ZÂ’avez entendu ?! Vous le ferez pour toi ! Et ne rechigne pas ! Dis moi le contraire...
NÂ’est-ce pas moi et nous qui avons rangé le placard vert pomme un peu esquinté la dernière fois ? CÂ’est décidé. je ne me ferais plus jamais confiance. Ca commence à être de la folie.
Je pourrais tout aussi bien partir et me laisser là dans ma merde ! Tu réaliserais alors que je ne suis rien sans moi. Et que donc, tu as tort.
TA GUEULE !
Les touristes sont attirés par le soixantenaire du débarquement. En effet la fréquentation gagne 15% cette année. Un succès inégalé en Normandie depuis 1944 et qui fait réver de nombreux professionnels du tourisme un peu partout dans le monde.
Pour mieux retrouver ses ressortissants, George Bush décide de recadrer les photos apposées sur les pièces d’identités américaines :
plus besoin de la tête, le tronc suffira.
Dieu, pourquoi l’as-tu abandonné ?
Le cardinal Ratzinger, nouvelle voix impénétrable d’un pape endormi sur sa gloire, a déclaré, en France, que le "laïcisme acharné" était responsable du fondamentalisme religieux. Par analogie, l’Eglise catholique sera d’accord pour affirmer qu’un "légaliste acharné" est responsable des fondamentalistes du crime et que des "républicains acharnés" sont responsables des fondamentalistes de la dictature.
Mea culpa.