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Confusion immobilière

chapitre 10 : tous les innocents sont des suspects

dimanche 16 novembre 2003, par Phiip

Le bureau était froid et les meubles en plastique simili acajou réservés aux cadres n’y changeaient rien. Peu de papiers ou de dossiers. Le type derrière le bureau faisait semblant de finir un courrier important, puis il se leva et salua ses hôtes d’un air faussement enjoué mêlé d’un professionnalisme et d’une connivence un peu trop forcés.


Paul et Fred entrèrent, et s’installèrent autour de la grande table de réunion immaculée qui trônait au centre du bureau, tandis que leur hôte faisait de même. Celui-ci semblait inquiet, aux aguets sous ses abords décontractés. En face de ce personnage, d’un côté Fred, peigné au millimètre et impeccable en costume cravate, et de l’autre Paul dont les cheveux se battaient contre quelque chose de très virulent et habillé de fringues à peu près propres, étaient aussi accordés qu’un tailleur Chanel avec une casquette Ricard. Cette association improbable perturbait leur interlocuteur au plus haut point, et celui-ci tentait frénétiquement d’aligner des stylos et un cahier presque neufs le plus perpendiculairement ou parallèlement possible aux bords de la table ovale.

Fred aurait fait durer le plaisir encore deux ou trois minutes, et il fronça les sourcils lorsque Paul rompit le silence.
-  Merci de nous recevoir, Monsieur. Nous enquêtons actuellement sur le meurtre de Serge Amiral, et nous aurions aimé savoir ce que vous pourriez nous dire à son sujet. En tant que responsable de l’urbanisme de la ville, vous avez dû le croiser plusieurs fois !

Fred savourait toujours le malaise des témoins, suspects, personnes ressources, experts, livreurs de pizzas et dieu sait quoi qui avaient affaire à eux. Personne n’était jamais totalement à l’aise en face d’un policier, soit faussement décontracté ou détaché, soit exagérément agressif ou grossier, et il fallait toujours de nombreuses minutes avant que les gens ne se décontractent. Paul était toujours très engageant, et voulait que ses interlocuteurs soient à l’aise, même les plus suspects. Fred mettait tout le monde sur le grill, les témoins clés et les experts en premier parce qu’il fallait bien le dire, le plus grand plaisir de ce boulot résidait dans cette sensation de pouvoir éphémère. Et le directeur de l’urbanisme était en cet instant ce que le nouveau Tarkowsky serait pour un cinéphile : une grosse cerise sur un superbe gâteau. Le mot « meurtre », provocation inattendue de Paul, lui avait fait griller des fusibles, ses yeux clignaient comme des feux oranges clignotants filmés en accéléré, il pouvait imploser d’une seconde à l’autre.
-  Un meurtre ? Mais les journaux ont parlé d’un accident de voiture ? Il ne s’est pas fait écraser sur un passage piéton ?
-  Nous avons de sérieuses raisons de croire que cet accident n’avait rien d’accidentel, et que Serge Amiral a bien été assassiné. Pouvez-vous nous dire ce que vous savez de lui, et nous parler de ce projet de centre commercial ?
-  Je vous rassure, dit aimablement Fred, vous n’êtes pas encore suspect !

Parfois, la vie tend des perches énormes que nous savons pertinemment qu’il ne faut pas saisir. Comme faire une grosse blague lourde aux dépends de sa copine, pour faire rigoler tout le monde. On sait qu’en sortant la blague, on se prépare un mois minimum de purgatoire, mais une petite voix dans notre tête nous dit « la blague est trop drôle, faut la dire quand même ! ». Bien sûr, la plupart du temps, aucune réflexion ne précède les actes, et on ne se rend compte de leurs conséquences qu’au moment où on les commet, c’est-à-dire bien trop tard. Dans le cas de Fred, il s’agissait plutôt de l’immense plaisir qu’il ressentait à faire sciemment des choses énormes pour lesquelles il savait pertinemment qu’il ne serait jamais puni. Même Paul, sous ses sourcils froncés par la réprobation, avait des yeux rieurs.
-  Mon partenaire plaisante, fit Paul d’un ton qui était supposé gronder Fred en même temps, vous n’êtes entendu que comme expert dans cette affaire.

Et le directeur de l’urbanisme de la ville se liquéfia sur sa chaise, dans un rictus qui exprimait une tension extrême et un très léger soulagement, parce qu’au fond de lui-même, il continuait à se demander si tout cela n’était pas juste une tactique de flic pour le faire craquer.

On a bien le droit de s’amuser de temps en temps, pensa Fred en écho.

    Alleluia ! par Lapinzosky , Juin 2005

    Mickael la seule star qui ressemble à un personnage de bande dessinée est liiiiibre !!! Le petit salopio qui a voulu envoyer bambi en prison est baisé sur toute la ligne. Il y a quand même une justice.

    Faut pas déconner non plus !


    Jean-Paul II, c’était une mauvaise blague. par Glaüx le Chouette , Avril 2005

    Et voilà, il est mort depuis plus d’un jour, et sur sa mort, aucune brève. Sa mort n’est même pas intéressante. Tout ce qu’on peut dire, c’est "ben oui". "Voilà". Ou bien "il avait l’âge de faire un mort" [1]. C’est décevant.

    C’est un peu comme les blagues ratées, celles où on dévoile la chute dès l’amorce. C’est prévisible et ça ne fait rire personne.

    Ce Jean-Paul, quel rabat-joie, et jusqu’au bout, dis-donc.


    Où y a du collagène y a pas de plaisir par Bubble’s Talks , Septembre 2005

    Des informations [2] font état de l’utilisation, en Chine, de la peau de condamnés à mort pour en extraire le collagène [3] revendu à des fabriquants de cosmétiques Européens.

    On saisit bien, là bas, l’accuité de la menace que fait planer un enquêteur sur la tête d’un accusé en lui déclarant :
    - " J’aurai ta peau !"



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