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11 - Le tragique destin des Zargouis, 3/4

alliances contre-nature

lundi 2 février 2004, par Phiip

Noé soupira profondément. Comme aucune terre ne pointait à l’horizon, la tension continuait à monter. Pourtant il guettait, ça il guettait, qu’est-ce qu’il pouvait guetter, on ne pourrait humainement guetter plus que ça. Et perchés un peu partout sur le mât, les oiseaux guettaient tout aussi anxieusement. Les deux hyènes se mirent à ricaner bêtement. Noé alla s’enquérir de l’objet de leur hilarité et il les vit : le canard et la louve, un petit mâle et une grosse femelle bien poilue qui discutaient, lui niché dans ses poils à elle. Saloperies d’oiseaux, pensa Noé.


Noé avait eu beaucoup de problèmes avec les oiseaux. Cela avait commencé dès le recrutement. Il avait péniblement recensé et démarché de nombreuses espèces d’oiseaux, il avait bien dit : « un couple », il avait bien expliqué pour les concubines, il avait même précisé à l’attention des canards que les deux conjoints devaient être de sexe différent. Il avait répété : de sexe différent. Ce n’était pas bien compliqué.

Bien sûr, ce furent deux mâles canards qui se présentèrent à l’appel, alors que la pluie tombait déjà depuis plusieurs heures. Ils avaient expliqué qu’effectivement ils étaient du même sexe, mais que ça ne les gênait pas franchement, et que Noé était très gentil de se préoccuper de leur bien-être sexuel. Alors Noé s’était énervé, et il avait hurlé que le but n’était pas de s’enfiler à longueur de journée, mais de faire plein de petits canards à l’arrivée. Alors le canard avait protesté que Noé voulait qu’ils soient seulement deux pour embarquer, et qu’ils ne pouvaient pas être beaucoup à l’arrivée s’ils n’étaient que deux au départ, c’est idiot. Noé s’était essuyé le front avec la main, et d’une voix très calme quoiqu’un peu crispée il avait expliqué pour le déluge, les couples d’animaux, la complémentarité entre le mâle et la femelle, le nouveau départ du monde à l’arrivée et tout et tout. Le canard avait regardé son collègue, puis Noé, et puis il avait crié que ce n’était pas la peine d’embarquer dans un bateau pourri dirigé par un fasciste incompétent, qu’eux n’allaient pas dire aux autres mâles de copuler avec des gonzesses, et qu’il ne voyait pas pourquoi on l’obligerait à y passer lui, et que de toute façon, s’ils embarquaient avec une gonzesse, ça allait faire des histoires avec René.
- René ? avait demandé Noé, l’air hagard.
- Ben oui, René, avait lancé le canard avec un geste du bec en direction de son compagnon.
- Ben oui, moi, avait ajouté René.

Ce fut terrible. Noé hurlait, s’époumonait, et il devint tout rouge. Les canards caquetaient très fort, et tous les oiseaux qui attendaient sagement en une belle file indienne se rapprochèrent et commencèrent à se mêler à la conversation. D’un côté, les partisans du libre choix [1], d’un autre côté ceux qui n’avaient rien à dire mais n’allaient pas se gêner pour envenimer les choses, et enfin deux oiseaux-mouches qui pensaient que, effectivement, c’était plus facile de faire des petits avec des femelles, mais qu’ils avaient bien le droit d’essayer, qu’avec de l’enthousiasme on arrive à tout et que ce n’était vraiment pas sympa de décourager ces sympathiques jeunes gens. Au milieu de tout ce brouhaha et des battements d’ailes et malgré les protestations de Noé, tous arrivèrent à la conclusion que celui-ci était vraiment un gros fasciste.

Alors Noé céda, pourquoi pas trois canards, moi, tant que j’ai un mâle et une femelle... Tout le monde approuva et le félicita pour sa clairvoyance et sa saine gestion des situations de crise. Et puis un perroquet demanda si ça gênerait si lui apportait deux gonzesses. Comme Noé recommençait à crier, le perroquet cligna de l’oeil à son attention, et en le poussant de l’aile d’un air complice, il lui dit que ça ne lui posait pas de problèmes, à l’occasion, si l’envie lui prenait, de prêter sa deuxième femme à Noé, qu’on est entre homme et qu’on se comprend, pas vrai ?

Avant que Noé ne puisse placer un mot, d’autres oiseaux intervinrent, qui pour amener son deuxième fiancé, qui son cousin, qui sa mère (« on ne peut pas la laisser toute seule à terre, elle va se faire du souci »), qui sa belle fille, qui un copain qui était pas vraiment de la famille mais qui était super-sympa et que c’est réducteur de limiter les places supplémentaires à la famille.

Noé explosa. La confusion était indescriptible, d’autres oiseaux non prévus sur la liste s’étaient rapprochés, ainsi que d’autres oiseaux que Noé n’avait jamais vus dans le passé. Et tout ce beau monde décida de laisser « le fasciste » à ses « discussions stériles », et alla se percher sur le mat, sur le bord du bateau, sur des cordes, à tous les endroits inaccessibles aux carnivores, parce qu’ils préféraient « garder mes deux pattes et mes deux ailes, merci  ».

Noé n’avait rien pu faire, et depuis, il haïssait profondément les canards.

* * *

Et c’était précisément ce canard, celui-là même qui soi-disant préférait les mâles, que Noé surprit en train de draguer une louve, laquelle visiblement n’y voyait pas d’offense. En s’approchant du couple, Noé trouva que la louve était bien grosse, malgré la pénurie de nourriture. Et puis il remarqua sur le visage du canard un air réjoui et fier qu’il avait déjà vu en d’autres circonstances, et il essaya de se rappeler quand. Et puis il se souvint. Et il s’essuya le front. Et il se dit que ce n’était pas possible. Et puis il vit le canard se pencher sur le ventre de sa compagne et prendre l’air de quelqu’un qui écoute, l’oreille nichée au creux des poils. Noé se répéta que c’était impossible.

La louve était enceinte. D’un canard. Et elle le regardait d’un air épanoui. Noé s’assit sur un banc, et regarda à droite, puis à gauche en se demandant s’il n’était pas devenu fou.

Le zargoui savait depuis longtemps. Et il était inquiet. Qu’un canard copule avec une louve, peut importe. Mais au-delà du simple acte sexuel, ce con de canard avait réussi la jonction entre les carnivores et les herbivores. Le canard était herbivore par opportunisme, comme le bateau regorgeait de foin, maïs et autre avoine, il avait troqué son habitude alimentaire de bestioles aquatiques pour de la verdure le temps du voyage. Il fréquentait donc les herbivores, comme beaucoup d’autres oiseaux. Il avait donc parfaitement entendu les discours du zargoui contre les carnivores. Et sa compagne connaissait les opinions du zargoui envers les herbivores. Ils pouvaient donc sans difficulté voir clair dans son jeu, comprendre sa duplicité et tout révéler. Le zargoui se dit que si ça arrivait et que la nouvelle se répandait sur le bateau, il était mal. Il décida donc de se réfugier auprès de Noé et de ne plus le quitter d’une semelle le temps d’élaborer une stratégie de défense.

[1] Moi je préfère les vautours, mais s’il veut absolument sauter des canards, après tout, c’est son problème, non ?

    Alleluia ! par Lapinzosky , Juin 2005

    Mickael la seule star qui ressemble à un personnage de bande dessinée est liiiiibre !!! Le petit salopio qui a voulu envoyer bambi en prison est baisé sur toute la ligne. Il y a quand même une justice.

    Faut pas déconner non plus !


    Où y a du collagène y a pas de plaisir par Bubble’s Talks , Septembre 2005

    Des informations [1] font état de l’utilisation, en Chine, de la peau de condamnés à mort pour en extraire le collagène [2] revendu à des fabriquants de cosmétiques Européens.

    On saisit bien, là bas, l’accuité de la menace que fait planer un enquêteur sur la tête d’un accusé en lui déclarant :
    - " J’aurai ta peau !"


    Jean-Paul II, c’était une mauvaise blague. par Glaüx le Chouette , Avril 2005

    Et voilà, il est mort depuis plus d’un jour, et sur sa mort, aucune brève. Sa mort n’est même pas intéressante. Tout ce qu’on peut dire, c’est "ben oui". "Voilà". Ou bien "il avait l’âge de faire un mort" [3]. C’est décevant.

    C’est un peu comme les blagues ratées, celles où on dévoile la chute dès l’amorce. C’est prévisible et ça ne fait rire personne.

    Ce Jean-Paul, quel rabat-joie, et jusqu’au bout, dis-donc.



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