Non-Non contre le monde entier
samedi 28 février 2004, par
Bon, et que faisiez-vous dans la rue, en tenue d’Adam ?
Adam ? Il avait une feuille de vigne, non ?
Bon, ben, que faisiez-vous, nu comme un ver, au milieu de la rue ?
Ah ! Ne me parlez pas de vert !
VOUS ALLEZ RêPONDRE, OUI ?
Non.
Comment ça, "non" ?
Non, mon nom, c’est "Non". Non-Non.
Et votre femme, elle s’appelle "oui", peut-être ?
Non, elle s’appelle "Non". Oui, c’est son amant.
Le flic se met à rire bêtement. Comme c’est facile, de rire comme ça sur mon nom. Qu’est-ce qu’il croit, le flic, que je suis né de la dernière pluie ? Que je ne me suis pas tapé les injures de la cour de récré ? Que je n’ai jamais eu honte d’être né dans une famille de dingues qui trouvait ça drôle d’appeler son fils Non ? Toute ma vie, j’ai entendu les gens rire quand je disais mon nom, avec la série des "pipi", "caca", "dodo", "doudou" sans oublier Sisi, l’impératrice. A croire que tout ce qui porte une doublure est voué à être stupide.
Oui, c’est son nom ?
Comme vous voulez, de toute façon, il s’appelle Oui-Oui.
Les rires redoublent. Et voilà que le flic, il se met à courir à travers le commissariat pour raconter à tout le monde sa subtile découverte. Tout le monde s’agglutine autour de moi. J’ai l’impression que la misérable couverture qui recouvre mon intégrité ne suffit pas à cacher ma honte. Heureusement que ça ne se voit pas, la honte, c’est pas comme le désir.
Alors, racontez-nous votre histoire.
Vu l’ambiance locale, je pense que l’épisode du psychanalyste vengeur, je vais la zapper. Quelques minutes pour réfléchir à une stratégie. Je ne suis pas une tarlouze, je ne suis pas une tarlouze ! Le flic prend un papier, rehausse ses petites lunettes d’inspecteur, prend un stylo... Quoi ? Un stylo bleu. Pourquoi je voulais un stylo bleu, déjà ? Donne-moi ça, donne-moi ça. Du calme, Non-Non, tu es à poil dans un commissariat. Ah ! Le stylo bleu, je ne pense plus qu’à ça. Si je pousse sur mes pieds, j’arriverai à faire bouger la chaise à roulettes sur laquelle ils m’ont assis, je percuterai l’étagère, le vase tombera sur le plancher. Le temps qu’il comprenne, je saute sur son bureau, je pique le stylo bleu et je l’avale. Allez, hop, ACTION !
Non-non percute violemment l’étagère. Le vase se fracasse sur son crâne. Le policier, interdit, se lève pour secourir le pauvre homme. En reprenant ses esprits, Non-non, la tête coiffée d’une magnifique gerbe de roses, se jette sur le bureau, pique un stylo, et l’avale.
Mais, il est con, ce mec, il a bouffé mon stylo !
Le flic sort du bureau.
Ah !!!! Il passe pas, le stylo. Mon estomac n’aime pas du tout être pris pour un stroumph. Bon, j’me casse. Fenêtre ouverte, premier étage. Hop !
Fenêtre fermée. Troisième étage. Une voiture pile devant le corps ensanglanté.
Tiens, ils jettent les morts avec leur couverture, maintenant. C’est pratique !
Arrrgh. Je... ne... suis... pas... mort...
Mais, Non-Non, qu’est-ce que tu fais là ?
Sauvé. C’est Maddie.
Mickael la seule star qui ressemble à un personnage de bande dessinée est liiiiibre !!! Le petit salopio qui a voulu envoyer bambi en prison est baisé sur toute la ligne. Il y a quand même une justice.
Faut pas déconner non plus !
Et voilà, il est mort depuis plus d’un jour, et sur sa mort, aucune brève. Sa mort n’est même pas intéressante. Tout ce qu’on peut dire, c’est "ben oui". "Voilà". Ou bien "il avait l’âge de faire un mort" [1]. C’est décevant.
C’est un peu comme les blagues ratées, celles où on dévoile la chute dès l’amorce. C’est prévisible et ça ne fait rire personne.
Ce Jean-Paul, quel rabat-joie, et jusqu’au bout, dis-donc.
Des informations [2] font état de l’utilisation, en Chine, de la peau de condamnés à mort pour en extraire le collagène [3] revendu à des fabriquants de cosmétiques Européens.
On saisit bien, là bas, l’accuité de la menace que fait planer un enquêteur sur la tête d’un accusé en lui déclarant :
" J’aurai ta peau !"