Confusion immobilière
samedi 3 avril 2004, par
Vous m’écoutez, là ? Parce que je vais pas répéter tout encore une troisième fois, hein ?
Oui, oui, je suis tout ouïe, j’étais juste un peu préoccupé, c’est tout.
Ce que j’essayais de vous expliquer, c’est que la pollution et la constructibilité de votre terrain sont deux problèmes complètement différents. Vous pouvez construire sur un terrain pollué à mort, ou vous ne pourrez pas sur un terrain qui contient cent fois moins de pollution.
Bon, et le terrain qui va servir à construire Amiralopolis, il est pollué ?
... Bon, je vous réexplique... Et juste pour mémoire, ici c’est LA DRIRE, pas l’ADRIRE. Juste pour mémoire.
L’ADRIRE, okay.
Bon.
Imaginez deux tonnes de pollutions au plomb dans la terre sous un projet de construction de logements. Vos deux tonnes sont une menace pour la santé humaine, saturnisme et autres, mais elles sont enterrées sous trois mètres de terres. Pouvez-vous construire sans risques ?
Heu... non ? Paul était mal à l’aise dans cette discussion dont il ne saisissait pas du tout le sens.
Hé bien si. Le plomb est un métal, il ne dégage pas de vapeurs toxiques, il ne risque pas de remonter à la surface, tant que vous ne creusez pas la terre à moins trois mètres pour aller manger des mottes, vous êtes parfaitement en sécurité.
Oh... Mais pourquoi le plomb serait à trois mètres sous le sol ? Qui enterrerait du plomb ?
Ce n’est pas vraiment la question. Il peut y avoir des dizaines de raisons pour lesquelles vous allez trouver des pollutions enterrées. Ou des pollutions superficielles. L’histoire de l’usine ou du terrain vous en expliquera les pourquoi et les comment, votre problème est "comment traiter cette pollution" ? Ou pas.
Paul se recula sur son siège en croisant les bras devant lui. Il ne comprenait absolument pas ou le type de l’ADRIRE voulait en venir. Il avait renoncé à prendre des notes dès la deuxième phrase, priant secrètement pour qu’il existe quelque part un manuel simple qui explique clairement tout ce bordel de pollutions. Il lança un regard anxieux à son interlocuteur.
Je m’explique mal, excusez-moi. Je reprends du début. Vous voulez acheter un terrain pour y construire une maison avec jardin, okay ?
Okay, jusque là, ça va.
Sur ce terrain, vous apprenez qu’il y avait une usine dans le temps. Vous allez donc faire des études pour vérifier si le terrain n’est pas pollué.
Toutes les usines ne polluaient pas tout de même ? Imaginons un entrepôt de stockage d’oreillers, ça ne pollue pas de stocker des oreillers, hein ! fit Paul tout fier de sa trouvaille.
Vos oreillers, vous les transportez comment ?
Heu, par camion je suppose...
Donc il existait un quai de chargement et déchargement quelque part. Et probablement une cuve de gasoil pour faire le plein des camions. Et un transformateur pour l’électricité de vos bâtiments. Et peut-être que les vidanges des camions se faisaient discrètement au fond de la cour. A l’époque, peu de gens faisaient attention à ce genre de choses. Votre cuve de gasoil était-elle bien isolée du sol, sur une dalle de béton, ou posée sur de la terre battue ? La fosse de l’atelier, étanche ou pas ? Votre transformateur, à huile ou à pyralène ? Ca dépend de l’époque à laquelle il a été construit, et les pollutions ne seront pas les mêmes. Votre usine, elle a été démolie comment ? L’entreprise aura-t-elle bien évacué le pyralène du transformateur, ou l’aura-t-elle discrètement balancé dans l’herbe pour gagner le prix de la mise en décharge contrôlée, tout en la facturant à ses clients ? Qu’est-ce qu’il y a sous cette belle pelouse où pourrait se dresser votre maison ? la cuve, a-t-elle été dégazée et évacuée, ou bien allez-vous la retrouver en morceaux sous cinquante centimètres de terre, au milieu de dix mètres cubes de terres polluées aux hydrocarbures ? Pourquoi l’herbe est-elle rose au fond, des traces ?
Heu... C’est là où ils peignaient les oreillers ?
Le type de l’ADRIRE réprima un sourire. Pour une fois que ce n’était pas un industriel aux abois qui venait le harceler pour ne pas avoir à dépolluer ses merdes, ou un crétin qui avait acheté une friche industrielle sans regarder ce qu’il y avait en dessous, ça lui faisait des vacances. Le problème c’est que personne ne comprenait jamais rien lorsqu’il parlait de pollutions... Il décida de prendre encore du recul.
Vous connaissez la pelouse métallicole de Mortagne ? C’est dans le Nord, sur le site d’un ancien crassier de mine de charbon (c’est-à-dire la décharge de la mine en clair), les terres sont gorgées de Zinc, de Plomb, de Cadmium, et ont donné naissance à une flore et une faune exceptionnelle ! Evidemment, il est déconseillé de brouter l’herbe ou de manger la terre du coin, héhéhé...
Héhéhé, fit Paul pour faire sociable.
Sur un terrain nu, vous pourrez, en observant la végétation qui s’y développe (ou pas), diagnostiquer ce que vous trouverez en-dessous comme polluants. Tous les produits imaginables vous attendent peut-être, toute la table des éléments peut-être là, même de la radioactivité ! Les produits de démolitions de votre usine, les gravats, les fers à béton, les toits de tôles en amiante-ciment sont peut-être en dessous. Qui sait ? Suivant l’époque où l’usine a été démolie, vous trouverez ou pas des milliards de choses en dessous !
Oh...
Quand à votre peinture, à l’époque c’était probablement de la peinture au plomb...
Oh...
Désolé.
Et voilà, il est mort depuis plus d’un jour, et sur sa mort, aucune brève. Sa mort n’est même pas intéressante. Tout ce qu’on peut dire, c’est "ben oui". "Voilà". Ou bien "il avait l’âge de faire un mort" [1]. C’est décevant.
C’est un peu comme les blagues ratées, celles où on dévoile la chute dès l’amorce. C’est prévisible et ça ne fait rire personne.
Ce Jean-Paul, quel rabat-joie, et jusqu’au bout, dis-donc.
Mickael la seule star qui ressemble à un personnage de bande dessinée est liiiiibre !!! Le petit salopio qui a voulu envoyer bambi en prison est baisé sur toute la ligne. Il y a quand même une justice.
Faut pas déconner non plus !
Des informations [2] font état de l’utilisation, en Chine, de la peau de condamnés à mort pour en extraire le collagène [3] revendu à des fabriquants de cosmétiques Européens.
On saisit bien, là bas, l’accuité de la menace que fait planer un enquêteur sur la tête d’un accusé en lui déclarant :
" J’aurai ta peau !"