Confusion immobilière
mercredi 7 avril 2004, par
Mon dieu, pensa Paul, mais c’est pire que tout ces histoires de pollutions... A bien peser, je crois que je préférais quand l’autre type expliquait le PLU derrière son bureau ovale....
Alors comment savoir si je peux construire ou pas ?
Simplement en faisant les études nécessaires. D’abord, vous allez faire des recherches documentaires, retrouver les plans de l’usine, parler à des gens qui y travaillaient, fouiller les archives départementales, municipales, etc... Il existe aussi des bases de données sur internet pour aider à s’y retrouver. Sur les plans, vous localisez les cuves suspectes, les ateliers où on manipule ou traite le plomb, la localisation des transformateurs, etc.
J’ai compris ! C’est pour savoir où chercher !!
Exactement. Mais aussi pour savoir ce que vous cherchez. On sait que sous un transformateur de la seconde moitié du vingtième siècle, ou doit chercher du pyralène et des PCB, des polychlorobiphényles (extrêmement cancérigènes !), près d’une cuve de fioul on cherchera des hydrocarbures, etc. etc.
Après on cherche, on trouve, on enlève et on construit, c’est ça ?
Hmmm... Après on fait quelques petits sondages pour voir si on a raison ou tort. Sous la cuve à fioul, peut-être qu’il n’y a pas de fioul, peut-être que tout ce bazar était étanche au-dessus, nettoyé proprement et tout et tout. Alors vous faites des prélèvements dans la terre à différentes profondeurs, et vous regardez si vous trouvez des hydrocarbures, et si oui à quelle concentration.
Je vous interromps parce que pour l’instant je comprends et je ne voudrais pas perdre le fil... Donc après les analyses, je sais si la terre est polluée, c’est ça ? Juste pour être sûr...
Le type de l’ADRIRE se recula bien au fond de son fauteuil gris sale. Celui-ci lui allait comme un gant, une sorte de fusion magique, comme un cocon défensif qui semblait lui aussi regarder Paul en pensant : "mais c’est pas possible d’être à ce point à côté de la plaque !" Le type mordilla légèrement sa lèvre inférieure en regardant Paul, puis i ; tourna la tête à droite, puis à gauche, puis il se redressa légèrement sur son siège-cocon.
Les gens ont beaucoup d’idées fausses sur la pollution, d’à priori idiots, et surtout une très mauvaise connaissance des données réelles... La pollution est essentiellement une question de quantité. Tout est pollué, à divers degrés, des champs gorgés de nitrates aux cokeries de charbon du nord plombées au sens propre, vous ne pouvez guère être sûr de rien de nos jours, surtout si vous habitez en ville. Sur quoi a été construite votre maison ?
Ben... je sais pas, sur de la terre, non ?
Oui mais...
Le type de l’ADRIRE n’avait pas fini sa phrase. Il attendait que Paul le fasse. Mais quoi, mais quoi bordel, la terre c’est de la terre, qu’est-ce qu’il me raconte ? S’il continue avec ce petit sourire rentré je vais finir par me le faire, bordel, mais c’est pas possible, qu’est-ce qu’ils ont tous contre moi aujourd’hui, je...
Ah ouais, la terre ne vient pas forcément d’une pelouse primordiale verdoyante, c’est ça ? Alors je dois me demander d’où venait la terre, c’est ça ?
C’est ça en gros. Beaucoup de programmes de logements ont été construits sur des remblais parce que la région était très marécageuse, alors vous avez besoin en gros d’un bon gros tas de terre et de cailloux pour être au sec. Autant de nos jours, la terre en question peut venir d’assez loin, autant à l’époque, ils prenaient ce qui traînait dans le coin. Plein de cités minières sont construites sur des remblais de déchets de charbon, d’autres sur des sables de fonderie, etc., etc. On prenait tout bêtement ce qui était disponible à proximité immédiate. Tenez, cette école, avant, c’étaient pas les ateliers de la fonderie locale ? Et cette église un ancien bâtiment de teinturerie ? Une seule chose est sure : au début du siècle, le terme dépollution n’existait pas !
Heu... Et de nos jours, les remblais viennent d’où ?
Ben du chantier de construction le plus proche : construction d’une route, d’un immeuble, etc.
Et ces terres... bien sûr elles sont analysées avant d’être réutilisées ? Hein ?
Hmm ?
Vous vous foutez de moi, on est plus au XIXè siècle tout de même !
Techniquement non, c’est vrai...
Au secours...
Pour me résumer, des hectares entiers de villes sont construits sur des terres pouvant contenir des polluants dangereux. On peut en localiser certains, mais pas tous. Parfois, ce n’est pas si grave, un immeuble construit sur une dalle de béton sans jardin va assez peu exposer ses occupants à une pollution métallique par exemple... Par contre...
Je crois que je suis malade...
Par contre, les produits volatils, les aromatiques par exemple, au nom charmant mais hautement cancérigènes, s’infiltrent à travers le béton, pour se concentrer dans les parkings souterrains. Si votre immeuble a été construit sur... disons une ancienne station service mal ou jamais dépolluée, que vous garez votre voiture tous les jours dans le parking, alors le risque existe.
...
Paul était affalé sur sa chaise, complètement abattu. Il avait du mal avec le concept de la pollution, tous ces détours alambiqués pour ne pas dire qu’un site était pollué ou pas, et surtout avec l’humour noir de cet agent du gouvernement qui était sensé veiller sur sa santé et le protéger au lieu de compter les points...
Le type de l’ADRIRE reprit la parole.
Et vous, vous habitez où ?
Des informations [1] font état de l’utilisation, en Chine, de la peau de condamnés à mort pour en extraire le collagène [2] revendu à des fabriquants de cosmétiques Européens.
On saisit bien, là bas, l’accuité de la menace que fait planer un enquêteur sur la tête d’un accusé en lui déclarant :
" J’aurai ta peau !"
Mickael la seule star qui ressemble à un personnage de bande dessinée est liiiiibre !!! Le petit salopio qui a voulu envoyer bambi en prison est baisé sur toute la ligne. Il y a quand même une justice.
Faut pas déconner non plus !
Et voilà, il est mort depuis plus d’un jour, et sur sa mort, aucune brève. Sa mort n’est même pas intéressante. Tout ce qu’on peut dire, c’est "ben oui". "Voilà". Ou bien "il avait l’âge de faire un mort" [3]. C’est décevant.
C’est un peu comme les blagues ratées, celles où on dévoile la chute dès l’amorce. C’est prévisible et ça ne fait rire personne.
Ce Jean-Paul, quel rabat-joie, et jusqu’au bout, dis-donc.