la bible - l’ancien testament
des problèmes insurmontables de structures
jeudi 27 mai 2004, par
C’est la voix doucereuse du chef de cabinet du Roi qui ouvrit la séance :
Messieurs, je suis tout à fait conscient du fait que tout le monde ici est un peu fatigué. Pour moi également, la nuit fut très courte, mais la Tour n’attend pas ! Tous ensemble, nous allons continuer le travail dès maintenant. Je déclare ouvert le groupe de travail du vingt sixième étage !
Quelques grognements se firent entendre. Un des deux philosophes grogna un « pas si fort s’il vous plaît, ma pauvre tête. » L’astrologue en chef du Roi se plaignit que l’astre du jour brillait un peu trop fort à son goût.
Les deux ingénieurs en chef étaient affalés côte à côte sur la grande table de réunion. Le deuxième philosophe murmura que programmer la première séance du GT 26 le lendemain de la fête d’inauguration du vingt cinquième étage était certes assez top d’un point de vue symbolique, mais peu pragmatique si on y réfléchissait deux secondes. Même l’astrologue, après avoir expliqué que les astres étaient hyper favorables aujourd’hui, se demanda si ça pouvait compenser la gueule de bois, et que peut-être on pourrait remettre le GT à un jour encore plus favorable, non ? Quelques hochements de tête timides et mal assurés approuvèrent cette suggestion, mais le chef de cabinet restait impassible.
La date de cette réunion s’est décidée au plus haut niveau, affirma-t-il, ce n’est pas à nous de discuter de sa validité. Je propose que messieurs les ingénieurs nous présentent les résultats de leurs calculs préalables sur la solidité de la tour et les contraintes pour l’édification du E 26. A vous messieurs, ajouta-t-il d’une voix plus forte pour les réveiller !
Les interpellés sursautèrent, et le premier releva la tête. Il ouvrit sa sacoche avec un énorme bâillement qu’il ne tenta pas de dissimuler, en sorti plusieurs parchemins, cligna ses yeux rougis par la fatigue, se gratta le sein gauche avec ostentation, et ayant sélectionné et déplié un parchemin, il hasarda d’une voix pâteuse :
Ben en gros c’est bon. La Tour tient bien, sinon nous ne serions pas ici dans cette pièce neuve qui ressemble vaguement à une salle d’athlétisme.
L’architecte se leva, brusquement réveillé par ces paroles. Il leva le bras pour intervenir, mais le chef de cabinet lui fit clairement comprendre d’un geste de la main excédé qu’il parlerait à son tour. L’ingénieur dissimula un léger sourire et continua :
Non, sérieusement y’a pas de lézarde, hé hé hé. Les tests sont concluants, on a de la marge pour l’instant. Et puis de toute façon tant que ça tient on joue, non ? Non, sérieusement, la Tour pourra supporter sans mal les dix prochains étages. Ceci dit, on n’est pas encore au ciel et je ne serais pas étonné outre mesure si on me disait que les structures porteuses ont été légèrement sous-dimensionnées. D’ailleurs, je l’avait déjà dit, et...
Vous l’aviez déjà dit, l’interrompit le chef de cabinet, et je crois que tout le monde ici a largement capté votre problème. Vous l’avez dit lors de l’édification des fondation, vous l’avez dit en introduction du GT 1 et à chaque séance qui s’en est ensuivie, vous l’avez dit au GT 2, puis au GT 3, jusqu’au GT 25. Je crois que vous l’avez dit à chaque réunion de GT, et je pense que je parle au nom de tout le monde en disant que cela restera comme une sorte de tradition au sein du groupe, mais aujourd’hui, je propose qu’on innove. On va faire COMME si les structures de Tour étaient correctement dimensionnées, d’accord ?
Le « COMME » du chef de cabinet était nerveux et violent, et appuyé d’un regard destructeur et explicite vers l’ingénieur. La conclusion de la phrase suggérait très fortement que la seule réponse possible était « oui, d’accord. » En temps normal, l’ingénieur se serait certainement écrasé, mais le ton ironique du chef de cabinet le titillait, et il ne put s’empêcher de répondre :
Mais elles ne le sont pas ! Dans dix étages, pas un de plus, je vous le dis, dans dix étages on aura des problèmes insurmontables de structures, c’est moi qui vous le dis ! On va être obligés de construire des renforcements intérieurs dans les belles salles de mOOsieur l’architecte , voire carrément d’édifier des renforcements latéraux qui reprennent les charges additionnelles ! Moi je vous le dis, ça coûtera la peau du cul au contribuable ces conneries, j’en connais qui vont en chier pour passer le budget - il regardait le chef de cabinet dans les yeux - Mais si on prend le problème dès maintenant, on doit pouvoir rattraper un peu le coup et assurer facile vingt étages supplémentaires à moindre frais ! Oui ça coûterait cher, mais à côté de ce qu’on va débourser dans dix étages, c’est RIEN ! QUEUE D’ALLE ! Simplement, dans trois étages, ce sera définitivement trop tard, faudra pas venir pleurer, moi je vous aurais prévenus ! C’est pas au GT 28 qu’il faudra s’inquiéter, c’est maintenant !
Le chef de cabinet allait répondre, mais alors qu’il poussait un énorme soupir en guise d’introduction, l’architecte le précéda :
Je pense que nous avons tous saisi votre point de vue monsieur l’ingénieur, exposa-t-il calmement. Mais l’assemblée ici s’est prononcée différemment, et ses propositions ont été validées au niveau politique, c’est donc non. Et je vous rappellerais de plus que l’état actuel des recherches en résistance des matériaux ne permet pas de calculer le dimensionnement des piles de soutènement pour un ouvrage de la taille de la Tour. D’ailleurs, si on regarde la marge d’erreur de VOS PROPRES CALCULS, nous nous trouvons A L’INTERIEUR DE CELLE-CI ! Le delta est négligeable, si je puis m’exprimer ainsi. Je suis désolé d’employer des termes aussi techniques, messieurs, mais il y a des choses qu’on ne peut pas laisser passer.
Le second ingénieur s’interposa et il répondit en s’adressant au chef de cabinet pendant que son collègue s’étranglait d’indignation :
Certes, la marge d’erreur existe, et nous l’avons calculée. Je signale d’ailleurs que nous la connaissons très précisément. L’idée de notre démonstration est qu’il faut se placer sur le long terme. Prévoir grand laisserait une plus grande liberté dans la conception, car...
LA CONCEPTION ? hurla l’architecte. MAIS QU’EST-CE QUE VOUS Y CONNAISSEZ VOUS A LA CONCEPTION ? NE ME PARLEZ PAS DE CONCEPTION, VOUS N’Y CONNAISSEZ ABSOLUMENT RIEN ! CHACUN SON TRAVAIL ! EST-CE QUE JE DIMENSIONNE DES PILES, MOI ?
Le premier ingénieur agitait les bras dans tous les sens, et le second grogna :
Parfaitement que vous dimensionnez des piles, d’ailleurs ici tout le monde dimensionne les piles, tout le monde est un ingénieur ici, alors je vois pas pourquoi je pourrais pas faire de conception moi.
Mickael la seule star qui ressemble à un personnage de bande dessinée est liiiiibre !!! Le petit salopio qui a voulu envoyer bambi en prison est baisé sur toute la ligne. Il y a quand même une justice.
Faut pas déconner non plus !
Et voilà, il est mort depuis plus d’un jour, et sur sa mort, aucune brève. Sa mort n’est même pas intéressante. Tout ce qu’on peut dire, c’est "ben oui". "Voilà". Ou bien "il avait l’âge de faire un mort" [1]. C’est décevant.
C’est un peu comme les blagues ratées, celles où on dévoile la chute dès l’amorce. C’est prévisible et ça ne fait rire personne.
Ce Jean-Paul, quel rabat-joie, et jusqu’au bout, dis-donc.
Des informations [2] font état de l’utilisation, en Chine, de la peau de condamnés à mort pour en extraire le collagène [3] revendu à des fabriquants de cosmétiques Européens.
On saisit bien, là bas, l’accuité de la menace que fait planer un enquêteur sur la tête d’un accusé en lui déclarant :
" J’aurai ta peau !"