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Le massacre des petits, part 3

samedi 25 septembre 2004, par Johnny

Dès son retour, Monsieur Friberg se demanda ce qu’il allait faire de tous ces chiffres. Même s’il était assez fier de ses sept cent cinquante noms, il savait que son étude allait bientôt dépasser les limites de toute investigation autorisée dans son service. Habituellement, les supérieurs autorisaient les employés à suivre leur instinct pour proposer de nouvelles enquêtes. Certains étaient ainsi devenus "directeur d’enquête", l’un des plus hauts rangs que l’on puisse espérer atteindre avec un DEUG de socio.


Travailler à l’INSEE avait du bon, mais la folie du sondage et des statistiques avait atteint la boîte de telle sorte que tout faisait l’objet d’enquête, à commencer par les factures téléphoniques des employés, et les supérieurs de Monsieur Friberg allaient vite se rendre compte que la destination de ses deux cents derniers appels étaient trop orientés pour donner à son enquête le caractère crédible d’un sondage classique.

Il décida d’anticiper les soupçons en déposant un premier bilan sur le bureau de son chef. Peut-être serait-il nommé "directeur d’enquête" pour les "petits de Villabondé". Le bilan était simple : "autour de Villabondé, sur un territoire non négligeable de quatre-vingt-quinze kilomètres carrés, sept cent cinquante familles dont la taille de chaque membre ne dépassait pas les 1,60 m (en deçà de la taille moyenne des Français) comptaient toutes un soldat tué dans la première semaine de la seconde guerre mondiale. Il semblerait que la particularité ait véritablement marqué les habitants de la région qui commémorent le triste événement à 87 % (largement au-dessus de la moyenne nationale) en déposant des nains de jardin au pied des monuments aux morts."

Monsieur Friberg ne crut pas utile d’ajouter que tous les nains faisaient "pouic" en tombant sur le sol. Il ne crut pas utile non plus de préciser que la proportion de nains de jardin diminuait à mesure que l’on s’éloignait de Villabondé. D’après lui, ce n’était pas si simple : il avait remarqué que moins il y avait de nains de jardin au pied des monuments, plus il y en avait dans les jardins. Il avait même enjambé un petit portail afin de vérifier si les nains des jardins faisaient "pouic" également. Ils le faisaient. Jamais il n’avait remarqué combien les Français aimaient déposer des nains dans leurs jardins. Et si le chef ne lui donnait pas l’autorisation de poursuivre son enquête, il connaissait déjà l’activité qui occuperait sa retraite anticipée : enquêter en privé sur le nombre, l’utilité et le bruit des nains de jardin en France.

Pour accélérer la procédure, Monsieur Friberg déposa également son dossier sur le bureau de Gérald, le responsable syndical. Il savait que son collègue faxerait une note à un correspondant de l’AFP qui aimait les histoires croustillantes. C’est que Monsieur Friberg tenait là une véritable affaire ! Il n’en doutait pas ! Mais il ne devait pas prendre de risque pour sa carrière. Deux jours à peine après avoir déposé son rapport, le ministère de l’intérieur le fit classer "top secret", et Monsieur Friberg se vit offrir quinze jours de congés "bien mérités" en Guadeloupe. Il avait dû toucher une corde sensible. Mais du côté de l’AFP, le poisson avait mordu à l’hameçon, et l’affaire éclata.

Les archives nationales sortirent un document tout à fait édifiant. C’était une note du commandant en chef des armées Françaises : "Tout le monde sait qu’une guerre se gagne dans les premières batailles, et celle qui se prépare sera tellement sanglante qu’il faut revoir notre stratégie d’attaque. Selon nos renseignements, l’ennemi va attaquer notre pays par le Nord. Il tentera de rejoindre la capitale le plus vite possible afin d’appeler nos gouvernants à se soumettre. Nous savons également que l’objectif de l’ennemi est de faire des morts. Si l’ennemi connaît la taille moyenne de nos soldats (ce dont nous ne doutons pas), il donnera l’ordre de tirer au niveau de la tête, et les mitrailleuses automatiques seront réglées sur la taille "1,75 m". Nous devons nous tenir prêts. Nous placerons sur le front tous les soldats qui mesurent moins d’1,60 m. Ils échapperont ainsi aux mitrailleuses, contourneront les troupes ennemies et pourront contre-attaquer par l’arrière. La victoire est assurée !"

La région de Villabondé était connue des services secrets Français. Elle avait été bombardée pendant la première guerre et malgré les efforts de reconstruction, le sol de cette province était resté pauvre, tellement pauvre, que les récoltes avaient montré une très faible teneur en calcium, vouant toute une population à ralentir peu à peu sa croissance. Le ministre des armées prit cette information comme une aubaine, et il envoya le régiment tout entier sauver la France aux portes de la Belgique.

Sauf que l’ennemi avait prévu autre chose. Il avait plutôt besoin de faire des prisonniers (les nombreux camps en cours de construction auraient pu confirmer cette hypothèse). L’ennemi, contre toute attente, avait donc positionner ses mitrailleuses sur la taille "1,60 m" afin de toucher les soldats à l’épaule. Pan ! Direct dans la tête, et les "petits" tombèrent tous, les uns après les autres, dans la première semaine.

La suite, on la connaît. Blitzkrieg, invasion, occupation, fin des hostilités. Echec cuisant. On le pensait dû à la pertinence de l’ennemi, il était dû à la bêtise des dirigeants. Voilà qui aurait pu modifier légèrement le cours de l’histoire. Il ne fallait pas que ce secret d’Etat ressorte, même si les fonctionnaires de l’époque devaient tous avoir rejoint les "petits" sacrifiés au royaume d’Osiris.

L’Association des Nains de Jardin de Villabondé porta plainte auprès du tribunal international. La dichotomie entre la taille du Général De Gaulle et celle des "petits" sacrifiés prit une ampleur démesurée, au point où l’on finît par se demander si une alliance de "grands" n’avait pas exterminé une large proportion de "petits". Les médias relayèrent l’information. Ils apprirent à l’opinion publique que les pouvoirs d’après-guerre avaient tenté de remonter la taille moyenne des habitants de la région en forçant les mariages des veuves avec de valeureux "grands" anciens combattants.

La commune de Villabondé, fière de sa particularité, n’avait pas cédé aux pressions. Chaque année, les habitants partaient déposer un nain de jardin au pied des monuments aux morts comme ultime combat symbolique. Leur combat avait enfin porté ses fruits.

Monsieur Friberg, retraité anticipé, essaya de son côté d’élucider le mystère du "pouic". Il y travaille encore.

FIN

    Bienvenue dans la Francix par Johnny , Avril 2004

    Aujourd’hui, en me fondant dans la foule d’anonymes travailleurs, en prenant un métro bondé, en parcourant les couloirs qui nous assomment de messages réguliers dits sur un ton simple et courtois appelant les usagers à la vigilance et à la collaboration, en voyant les affiches publicitaires de taille conforme à l’original, en attendant mon tour pour passer dans les tourniquets qui font "bip", j’ai eu l’impression de faire parti d’une armée de robots commandée par un fou.


    Aérospaciale de Toulouse par jeannot , Octobre 2004

    Un an après son lancement en septembre 2003, le satellite SMART-1 s’apprête à se placer en orbite autour de la Lune.

    Une nouvelle maison pour Douste ?


    Attentats terroristes par Bubble’s Talks , Juillet 2005

    Après Madrid et Londres à qui le tour ? C’est l’inquiétante question qui sourd plus qu’elle ne filtre des mesures annoncées ou prises par les différentes chancelleries des pays impliqués ou pas, aux cotés des Etats-Unis, dans la guerre de libération des armes de destruction massive - parfois appelée deuxième guerre du Golfe - menée en Irak. Ainsi le premier ministre, ministre des Affaires étrangères et de la Défense, ministre de la Communication et ministre de lÂ’Aviation civile, le Prince ULUKALALA LAVAKA-ATA, du Royaume de Tonga, qui fournit 44 militaires aux coalisés a décidé de changer le nom de son pays de Tonga en Tongolie et declaré :

    - Mongolie, Tongolie, la confusion est possible nous divisons les risques par deux.

    Pas con.


    Il a soif mais n’a pas chaud par Johnny , Août 2004

    Grâce à la politique gouvernementale, les français sont heureux, cette année, d’échapper aux terribles conséquences des hypothétiques canicules, et les vieux grabataires du Vatican sont ravis de pouvoir venir s’abreuver en toute sécurité à la source miraculeusement touristophile de Lourdes.



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