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Jeannot lapin

La véritable histoire de Jeannot Lapin

Il y a longtemps, très longtemps, si longtemps que personne ne s’en souvient vraiment, vivait un terrible renard que les légendes appellent Georghot, Giorgho, ou Gorghio selon les régions.

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Georghot était non seulement un animal féroce, cruel et sanguinaire redouté de toute forme de vie, mais aussi, et c’est ce qui faisait sa force, un véritable cerveau, bien plus fin et plus intelligent que 100 princes et 100 princesses réunis.

Personne ne s’aventurait dans la forêt, l’orée du bois était formellement interdite aux femmes et aux enfants, à toute heure du jour comme de la nuit. Même les loups, si toutefois ils en avaient la bonne idée, le fuyaient. Je vous épargne le combat spectaculaire où Georghot précipita l’énorme ours affamé du haut de la falaise. Un jour, un druide nommé Jaenn proposa aux villageois d’exaucer un vœu pour les remercier de leur hospitalité. Il devait, vous l’avez deviné, débarrasser la région du renard impitoyable. Amusé par la facilité de sa tâche, le druide s’enfonça tranquillement dans la forêt.

Il n’attendit pas longtemps l’arrivée de son adversaire, et ne fût nullement impressionné lorsque la mâchoire de Georghot dévoila des crocs immenses et acérés.
- Je suis empoisonné, lui dit-il. Si tu me manges, tu meurs dans la minute.

Et pour montrer sa bonne foi, le druide se trancha les veines du poignet et versa son sang sur des orties et des ronces. En quelques secondes, tout était flétri et desséché.
- En te prévenant du danger, je t’ai sauvé la vie, poursuivait-il. Tu as une dette envers moi. J’exige maintenant que tu cesses de dévorer tous ceux que tu croises.

Le renard, furieux comme jamais, s’en retourna en promettant vengeance à cet affront.

Caché derrière un buisson, il espionnait le druide, bien décidé à l’occire. La blessure de son poignet saignait encore, et le renard échafaudait déjà l’issue de son humiliation. Le druide Jaenn en effet, après s’être assuré de n’être vu de personne, déboucha une fiole d’un élixir merveilleux, et n’en versa prudemment qu’une seule larme sur le poignet ensanglanté. En quelques secondes, la peau se referma, la plaie disparût sous l’effet du philtre magique. Personne ne pût soupçonner la moindre égratignure sur ce poignet maintenant pur et immaculé.

Georghot, témoin attentif de la scène, s’en retourna vers le druide et lui croqua la gorge. Ni une ni deux, la bouche du renard se dessécha, sa langue s’enflamma, et ses yeux sortèrent de leur orbite. En renard averti, il se précipita vers le précieux flacon et en bût tout le contenu, ne laissant que les quelques gouttelettes grâce auxquelles le druide pût sans peine soulager son mal de gorge.

Or la potion qu’il avait ingurgitée était un élixir très puissant, trop puissant sans doute, puisqu’il ne guérit pas seulement de ses brûlures : le cruel et redouté renard s’était transformé en un petit animal des plus inoffensifs, un lapin.

Le druide rapporta donc le petit lapin aux villageois, qui n’auraient pas reconnu Georghot sans la couleur de sa fourrure.
- Aimez votre lapin comme votre prochain, leur dit-il, ce qui devait rester la devise du village pendant des siècles.

Ils firent donc la promesse de ne pas y toucher, et de le laisser partir en paix. Le nom de Georghot résonnant encore dans toutes les oreilles comme celui d’un monstre sanguinaire, les habitants rebaptisaient le petit lapin d’une contraction entre le nom du druide et celui du renard : Jaennho, Joannioh, ou Jeannot, selon les régions.

Depuis, le lapin Jeannot observe les hommes en toute candeur, en toute innocence.