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La Saint Con 2005

A la Saint Con, on brûle les cons. C’est ce qui s’appelle un con cept con committant.

A la Saint Con, on brûle les cons. C’est ce qui s’appelle un con cept con committant. Nous à lapin, il nous en fallait pas plus pour être séduit par cette con nerie des autres buses de la Zone, par ailleurs très con pétents et con vergents et (c’est inépuisable ce truc) con plisses. Voilà.

Désolés donc.

Avec plein d’auteurs de la Zone ou de la Bar Ric, ça secoue et ça déménage !

Une fois de plus...


Catharsis, part 1

The roof, the roof, the roof is on fire !
The roof, the roof, the roof is on fire !
The roof, the roof, the roof is on fire !
We don’t need no water,
let the motherfucker burn !
Burn, motherfucker,

BUUUUUUUUURN !!!

Oh il en aura vu, des conneries, aujourd’hui. C’est pour la cause, mais putain, il en aura vu.

Sur la piste surchauffée par le soleil d’août, un crétin casqué, en cuir noir, s’amuse à faire fumer un pneu, en patinant sur place dans une flaque d’eau huileuse qu’il a répandue exprès. Essence cramée pour rien, CO2 par litres dans une atmosphère déjà sur-polluée, vapeurs de caoutchouc et de goudron fondu.
Tout ce qu’il aime.
Connards.
Et dans les tribunes, des milliers de crétins pas casqués, certains en cuir noir, mais presque tous torse nu et suants leur bière, à brailler et agitant les bras en l’air : " wèèèèèè buuuuuuurn !!! ".

Et son voisin, le pire de tous.

*******

Dans l’association, ils le lui avaient dit : ce sera l’enfer, n’y vas pas. Association de lopettes. C’est pour ça qu’il les a quittés. Association de défense de l’environnement et de la citoyenneté. Association de jeanfoutres à tisane aux plantes. Depuis des mois, ils bégayaient leurs conférences où personne n’allait, leurs soirées débat au fond des bars à vieux, leurs discussions de tractifieurs distingués. Mais rien, aucune action, aucune reconnaissance des foules, rien. Des mous. Il avait craqué un soir, une mauvaise journée au travail, une mauvaise soirée à la maison, et là, ces mollasses qui pontifiaient encore sur leurs projets d’actions.

- C’est maintenant qu’il faut agir, bordel ! Grand silence à la Derrick. Puis le président, gueule de Derrick :
- Jean, nous ne sommes pas comme eux. Je t’en prie, Jean, ne leur ressemble pas.
- Vous foutrez jamais rien de vos dix doigts, bande de branleurs d’intellos !

Il avait assez peu modéré, mais c’était comme ça, c’était sorti. Alors tant qu’à faire, il avait lâché son projet à lui.

- Faut les cramer ! Faut en cramer au moins un, faire un exemple ! Le pire, tu le prends, le pire des cons, le plus gros trou du cul anti-civique et pollueur, et tu en fais un holocauste ! Et là on nous verra ! Silence ébahi.
- Je propose l’éviction définitive de monsieur Jean Delesquif du mouvement, avait posé un Derrick impérial.

Il n’avait pas attendu que les mains se lèvent pour balancer son infusion aux bajoues de Derrick, et pour s’en aller en les insultant tous copieusement.

Puis tout est allé très vite.
Il est parti s’en jeter un dans un vrai bar, le " Route 66 ", motards et bières à volonté, pour affiner son plan.
Son plan : trouver le pire des pires. L’approcher. L’amadouer. Passer avec lui la pire journée des pires journées de pollueur et de beauf, de con fini. Filmer, photographier, enregistrer les allocutions et les rots du con au dictaphone, noter ses bons mots, garder tous les témoignages sociologiques possibles. A titre de preuves et de justifications de son acte, pour la postérité.
Puis le brûler proprement et bien visiblement.
Et qu’on en parle, bordel !

L’avantage, avec des bars de motard, c’est qu’on trouve vite des pistes, pour un projet comme ça. Dans un coin tendu de toiles camo type " tempête du désert ", quatre ou cinq obèses en bon chemin papotaient chasse. Au comptoir, le YMCA en casquette de cuir traditionnelle titillait son verre de whisky on the rocks en zyeutant le barman. A l’endroit le plus sombre, trois skinheads se taisaient, bras croisés pour faire ressortir les biceps qu’ils n’avaient pas et pour cacher les points rouge sombre des piqûres à l’intérieur de leurs coudes. Au milieu, les habitués du degré zéro, jean et tête d’alcoolo débutant, avec la proportion légale d’étudiants baveux qui rient trop fort. Et tout à coup, dans un grand vent de lumière, le vainqueur qui entre. Le camouflage, il l’avait aux jambes, avec des poches à revendre. En haut, débardeur taché de sueur sur la poitrine. Casquette " Man " usée. Rangos à faire baver les chauves muets. Un bon vrai bide à bière, de ceux qui avancent bien par-dessus la ceinture, de ceux qui se portent avec fierté, de ceux qu’on ne voit pas de dos. Cheveux mi-longs et entièrement gras, gras à vomir. Il avance au comptoir. Il braille " salut les tarlouzes ! ". Ca fait rire tout le monde (sauf les skinheads), preuve qu’il est de la famille. Il est déjà bourré. Et il commande une Budweiser en cannette d’un demi. C’est lui.

Faire connaissance avec un pochtron, c’est vite fait. Après trois Bud, il te tombe dans les bras en disant qu’entre vous, c’est à la vie, à la mort, que tu es comme son frère, que d’ailleurs il n’a pas de frère, que même que si tu lui demandais sa femme il te la donnerait, ha ha ha, ha ha ha. Après le bar, deuxième bar, avec des billards, histoire de frotter son ventre sur du velours en maniant des queues d’un mètre vingt en bois d’arbre, satisfaction qui semble plaire assez au gros con. Après le flot de vomi sur le billard du second bar qui a un peu énervé le gérant, troisième bar, bien glauque, avec des danseuses à poil, juste ce qu’il faut pour finir en beauté cette première prise de contact. Ils rentrent seuls, bien entendu. Jean conduit la Toyota Celica du gros con, bien entendu aussi. C’est demain qu’il doit mourir, le gros con, pas ce soir bêtement et inutilement sur la route. Adresse notée, rendez-vous pris avec son nouveau " frère de sang " pour le lendemain : il y a un meeting de tracteur-pulling dans la campagne pas très loin. Dieu est grand. Sa Providence est incroyable.

Matinée du lendemain : passage à la FNAC, achat d’un dictaphone de qualité, d’un caméscope numérique, d’un appareil photo à 5 mégapixels, faut de la qualité pour une telle occasion. Le vendeur assure que même pour filmer un feu de près, ça passe, en réglant bien. Petit carnet à anneaux, pour le crayon ça va, ils ont gagné un Bic au Route 66 la veille, dans un concours, en criant les premiers le titre d’une chanson d’ACDC.

Midi. Pâtes au poivre, café noir.


Brûlons utile !

D’un Å ?il goguenard je vois passer en file indienne les vaillants promeneurs du dimanche sur le petit sentier en contrebas de la maison, flanqués de leur piailleuse marmaille, équipés du bâton de pèlerin version Décathlon, chaussures de marche et sac à dos rempli pour le pique-nique du midi en forêt ainsi que de la vieille couverture au cas où madame aurait envie d’un p’tit coup dans le fourré vite fait bien fait !... Ah, la nature en ces premiers week-ends de printemps ! les odeurs, les bourgeons, les .....

" Bande de cons ! "

En les voyant défiler avec leur sourire réjoui du con heureux qui prend l’air, je marmonne mes frustrations devant mon barbecue de merde que je me suis fait chier à construire pendant 15 jours pour que le cérémonial des réunions de famille soit un peu moins rasoir. Malheureusement, chaque dimanche, dès qu’un coin de ciel bleu apparaît, j’y ai droit. Je me retrouve cloué devant ma forge de vulcain comme un martyre à son bûcher. Je n’ai plus alors qu’à me griller la couenne pendant deux heures en regardant cuire saucisses, merguez et autres côtes de truc, filet de machin et tranche de merde. Moi qui ne demande qu’une chose : traîner au plumard et me lever vaguement entre 13 et 16 heures pour aller titiller les bières du réfrigérateur.

" Vie d’con ! "

Déjà ce matin, j’en avais ras le cul ! je le sentais venir ce dimanche pourri, je le voyais se profiler inexorablement à l’horizon de ma lâcheté. Aussi, pour me donner un peu de cœur à l’ouvrage, je me suis sifflé un litron de blanc aligoté. Puis comme ma régulière me prenait la tête avec ses conseils à deux balles de période pré-menstruels, plutôt que de lui coller une mornifle dans le pif, j’avais enchaîné avec le pastaga, c’est bon le rikiki, c’est frais, surtout avec le soleil qui veut rattraper le temps perdu et qui te chauffe le gras pendant que les autres cons s’empiffrent à l’ombre en râlant parce qu’ils attendent la gamelle.

" Week-ends de merde ! "

Tandis que je me prends la tête à aligner des bouts de choses sanguinolentes sur la grille en me brûlant les doigts noircis par le charbon de bois, mes vêtements imprégnés d’une fumée tournoyante qui me pique les yeux, mon voisin, une vraie tête de con, vautré dans son transat, me nargue depuis sa terrasse d’un sourire niais et satisfait. A l’étage, sa bourgeoise en recoiffant sa tignasse queue de vache, ouvre les volets de leur chambre, heureuse de la giclée qu’elle vient de se recevoir dans son fondement agricole.

Nos regards se croisent, elle tique un peu. Il faut dire qu’occasionnellement je lui secoue également la tirelire lorsque son connard de flic de mari est en tournée, il faut bien s’entraider entre voisin. La Marylin de sous-préfecture minaude, donne de la mamelle, tandis que mézigue je l’ignore royal et replonge dans mon four non sans me coller une autre rasade de jaunet dans le gosier.

" Connasse ! "

Le chat curieux vient en sournois vers les assiettes pour renifler la bouffe et je lui file un superbe coup de latte façon champion du monde de karaté, mais, côté précision, la picole ça aide pas, et je le rate magistralement. " Con d’chat ! ". Par contre je ne loupe pas l’assiette qui s’explose en miettes sur la terrasse. Mon moutard s’empresse d’aller cafter auprès de sa mère, " p’tit con " et j’me prends un nouvelle branlée.

Le chat me nargue, les voisins se marrent, les randonneurs s’arrêtent pour profiter du spectacle. Je passe un sale quart d’heure... et je n’ai plus de glaçons .

" Chier tiens ! bande de con ! vie d’con ! week-end de merde ! Connasse ! "

Mais le pire reste à venir.

Précise comme un coucou Suisse, voilà l’apothéose, la gerbe, le feu d’artifice, mon expiation personnelle, ma croix, mon calvaire, mon cauchemar, le cataclysme, la fin de tout :
- Mamiiiiiiiie, LA Belle Mère.

Je ne la décrirai pas c’est au-dessus de mes forces. Imaginez simplement un mètre cinquante de gueule renfrognée, moche, revêche, frustrée, aigrie, radine et vous êtes encore loin du compte. Je suis même sûr qu’elle se touche la nuit en rêvant du borgne. Je sais bien que sur cette terre pourrie je ne mérite pas grand chose, mais là, la punition divine ne m’a pas loupé c’est la totale : un pitbull parlant. Je l’entends gueuler sans même la voir, un peu comme les parisiens. J’ai la gorge nouée, une boule me monte de l’estomac, je me sers un verre pour faire passer. Son pas nerveux et sec se rapproche de mon espace. Je suis en sueur. Pour affronter le fauve, je prends instinctivement mon air con, le plus naturel chez moi et c’est parti.

Elle commence par dévisager ma trogne de pochetron de son œil de vautour et attaque en mi majeur :
- " Alors mon gendre toujours avec vos saucisses ?
(M’en vais te la coller où je pense moi la saucisse. Pour une fois ça te réchauffera le cul connasse)
- " Hé oui Mamie c’est la joie du barbecue ! "

Je tisonne à mort dans l’âtre afin de résister à la tentation ô combien jouissive de lui planter le tisonnier dans sa hure, j’ai les mains qui tremblent... Je regarde mon verre tristement, j’hésite...

Avec sa gueule pinçée, son meilleur profil, elle enchaîne aussitôt, très en forme :
- " Vous auriez tout de même pu tondre la pelouse au lieu de vous prélasser ! "
(Et la tienne de pelouse elle est tondue où c’est la forêt vierge ?)

Je réponds d’un voix suave aussi faux cul et hypocrite que possible :
- vous avez raison Mamiiiiiiiiiiiche, mais je ne peux pas tout faire, la semaine je bosse.... Moi !
- Fonctionnaire ! vous appelez cela un travail ! Mon pauvre amiiiiiii !!!

La salope, la connasse de première classe avec un C majuscule, je la hais ! Dire que pour me farcir la fille et encore pas souvent, je dois supporter ça ! Mais il faut être né con et masochiste ! On devrait envisager de me donner des indemnités tout au moins la médaille du courage.
- Je vous sers quelque chose (Vieille con) ?
- Je ne bois pas.... Moi ! Quand je pennnnnnnse que j’ai laissé ma fille UUUUUUnique vivre avec un fonctionnaire ivrogne (pléonasme). Mais regardez vous, vous êtes un déchet, une merde, un...

Dedieu ! cette fois je vais la tuer la vioc !

C’est à ce moment-là, je crois, que j’ai été touché par la grâce. Ce fut comme une vision, une évidence, un acte de salubrité publique, la délivrance du prisonnier, la rédemption, un cadeau offert à l’autel des Cons. J’ai regardé quelques instants sa tronche de vieille catho et sans un mot je l’ai empoignée par le col de son chemisier moutarde et la ceinture de son jeans taille gros-cul. Puis je l’ai arrachée de terre tandis qu’elle battait des ailes dans des : " quoi ? Mais que ? " Et je l’ai bourrée en tas dans mon joli barbecue tout neuf qui rougissait de plaisir.

Certes, elle beuglait un peu fort lorsque je l’ai pliée en boule pour qu’elle rentre bien. Elle couinait toujours lorsque mon mélange détonant (alcool à brûler/white-Spirit) lui arrosait la gueule pour bien que ça cuise, mais j’étais heureux et je tisonnais..... et je tisonnais avec entrain dans des giclées vermeilles. Je voyais sous mes yeux embués de larmes d’émotion et de joie indescriptible se déformer peu à peu sa vieille peau fripée de crocodile, se cloquer jusqu’à exploser pour devenir noire dans une odeur de graisse brûlée, tandis que je savourais mon dernier verre à jamais....

" Dites donc vous rêvez mon ami, elles brûlent vos saucisses ! décidément vous n’êtes bon à rien ! "
- Quoi ? Vous dites ? Excusez moi Mamie, je pensais à autre chose.


C’est celui qui lit qui y est, le 2

Intermède 02
Disposez les journaux sur le sol.
Etendez les fagots de bois pardessus.
Allongez-vous sur le tout.
Allumez les journaux à l’aide d’allumettes ou d’un briquet ou d’un bec bunsen ou d’un lance-flammes ou d’une grenade incendiaire ou de deux silex frappés l’un contre l’autre.

Tu es encore là. Les membres calcinés, tu appuies frénétiquement sur la touche " bas " ou fais défiler la molette de ta souris, pour finir tant bien que mal cette abomination lecturienne. Tu sais pourtant que c’est de la connerie. Non pas du courage, ni de la curiosité. Toutes mes

Il fallait bien que je replace, une fois de moins, ma fin de paragraphe inachevée. Je te devais bien cette frustration de la phrase dont on ignore la fin, cette frustration de la répétition d’une figure de style digne des pires tentatives d’auteurs en manque d’inspiration. Que veux-tu, l’insatisfaction chronique me pousse à tendre vers le pire car non, décidément, ce texte ne t’apportera aucune satisfaction à toi non plus. Je vas continuer mes maladresses que je fais exprès, pousser le ridicule dans les côtes pour le faire atteindre des sommets de ridiculisme pathétique, et toc ! L’estocade pitoyable avec mon clavier pour fleuret, ce qui me fait me demander si un joueur d’escrime serait content s’il se verrait offrir un bouquet de fleurets. Je n’hésite pas à poser ici les questions insensées qui me passent par la tête, je peux remplir ce texte de n’importe quel contenu, tant qu’il est inintéressant et que je le décris de la manière la plus pas bien qui fut. C’est d’ailleurs tellement nullissime que les superlatifs sont impropres à retranscrire l’inanité de mon texte, tout comme ils sont incapablement pas possibles de décrire la connerie qui t’épithète (de cheval). Il n’y a pas d’autre solution : pour en être encore à lire ces mots, tu DOIS être le con de cette saint-con, par ailleurs tu remarqueras que je t’ai invité par deux fois à périr dans les flammes. Mais je suppose que tu ne l’as pas fait : con comme tu l’es, tu as préféré la lecture de cette atrocité au sort de Jeanne d’Arc. Je n’ai pourtan pas plus rien à te dire, la vision de ton visage se tordant de douleure à chacune des faute, grimaçant à chaque transition ratée et à chaque erreur. De ponctuation me fait tout chaud dans le bas-ventre, oh, c’est doux, et agréable, Gotlib dirait " Raah lovely ", une james bond girl dirait lascivement " oooh Jaaames ! ", mais moi, je dis que t’es con.

On le saura.

Conclusion :

Prends la corde, fais un garrot autour d’un te tes bras et de tes deux jambes. Avec le membre non garroté, découpe à l’aide du grand couteau de cuisine les membres garrotés, et reserre les garrots s’il y a trop de sang qui s’écoule.

Prends les membres découpés et mets-les à cuire au four, thermostat 7 (200°c).

Normalement, il te reste un bras, le tronc et la tête. Profites-en pour te mettre des claques, ça m’évitera d’avoir à le faire, et ça te fera sans doute moins mal.

Ensuite, deserre les garrots, et meurs d’une hémorragie. Paix à mon âme, un con de moins sur cette putain de planète.

N’oublie pas de faire passer ce texte à toute ta liste de contact, sinon tu deviendras l’exemple vivant (enfin, pas vraiment) des lois de murphy - et j’aime autant te dire que ce type, il avait tout compris à la vie, lui au moins.


C’est celui qui lit qui y est

Ingrédients :
2 litres d’essence
2 fagots de brindilles de bois
du papier journal
de la corde solide
un grand couteau de cuisine bien aiguisé
un four
une chaise

Je vous en prie, prenez place sur la chaise. Vous êtes ici pour un petit bout de temps, alors ne faisons pas de chichis, et mettez-vous à l’aise. Si si, j’insiste. Assieds-toi sur la chaise. Pose ton putain de derrière sur cette chaise à la con TOUT DE SUITE.

Voila qui est mieux. Tu voudrais déjà être ailleurs, mais ce n’est pas le cas. C’est un huis-clos, il n’y a que toi et moi. Imagine le décor que tu souhaiterais. Ferme les yeux et laisse venir les images. Le paysage, les animaux sauvages, les bruits environnants... Imagine tout cela. Ca y est ? Bien. Sache que l’endroit où tu te trouves n’a rien à voir avec ce que tu viens d’imaginer. Tu aurais du t’en douter, tu t’en doutais peut-être. Jusqu’à présent, tu n’as fait que lire des productions destinées à satisfaire ton petit plaisir de lecteur. Chaque auteur a envoyé ses textes dans le but de te plaire. Ils ont peaufiné leurs expressions, pesé leurs mots, soigneusement choisies leurs métaphores et leurs comparaisons. Sauf un, qui t’invitait à ne pas aller jusqu’au bout. Mais tu as choisi de le faire quand même, malgré les recommandations de l’auteur. Tu t’es bien moqué de ce qu’il souhaitait, lui, tu es arrivé à la fin de son putain de texte, tu as tout lu comme un écolier bien sage. Pauvre con. Nous allons bien voir si tu recommences. Cette fois, tous les moyens sont bons pour que ce texte soit le dernier de ta carrière de lecteur. Mon but est qu’il y a un maximum de chances pour que ton expérience de lecture soit la plus désagréable au possible. Je ne reculerai devant rien pour atteindre ce but. Fuates de frappe, phrases pas bien tournées, comparaisons ridicules comme un pianiste, jeux de mots débiles-boquets.

Tu l’as deviné : le con dans l’histoire, c’est bien toi. Inutile de faire durer un suspense qui t’aurait incité à lire ce texte jusqu’à la fin, je veux que si tu lises ce texte jusqu’à son aboutissement, tu en ressortes avec un dégout sans nom, une envie de vomir indicible, un effroi ineffable de relire un texte qui est aussi mauvais avec autant de fautes de concordance des temps. Je t’imagine déjà suant à petites gouttelettes qui dégoulinent de ton menton comme si tu sortais de la douche avec les cheveux trempés. Tu aurais utilisé une lotion capillaire antipelliculaire particulière pour les panthères et les pommes de terre. Oui, même les allocutions désagréables me sont permises dans cette œuvre - que dis-je, ce monument au déplaisir de lire. Je veux que tu ressentiras de la terreur en lisant ces mots, que le moindre passage à la ligne suivante soit une source intarissable et infinie et sans fin d’angoisse quant à la prochaine horreur littératographique dont tu seras ma victime.

Intermède 01 Arrosez-vous avec l’essence. Mettez le feu. Reprenez la lecture, si vous le pouvez encore.

Le narrateur relut ses deux premiers paragapges d’un air contrit. Ce n’était pas assez. Le lecteur, aussi con qu’il put être, était certainement en train de lire ces lignes, preuve qu’il n’avait pas réussi à le décourager. Il tente maladroitemnte de fiare quelques fautes de frappe mais sans grand espoir de succès. Il pleura beaucoup en constatant cela. L’idée lui. Vint de faire également ; des erreurs dans la ponctiation. Il avait déjà essayé cette, méthode dans un précédent texte, et se souvenait. Du potentiel déroutant d’une ponctuation, hasardeuse. Derrière lui, la télévision allumée faisait du bruit. C’était sans doute un film, mais il savait plus trop quoi, parce qu’il n’avait pas regardé le programme télé. Il se retourne et demanda à sa sœur ce qu’elle était en train de regarder. Et elle lui réponda, mais cela ne regarde que le narrateur, donc je ne vous le dirai pas.

Tu as encore un peu de flammes derrière l’oreille. Non, n’éteins pas ! j’allais mettre de l’essence... t’es vraiment un con, toi, hein. Mais c’est pas grave, on va continuer de te tourmenter comme un arracheur de dents. T’es la pour ça, t’as le cul sur cette chaise pour ça, et t’en redemandes encore. Salope, va. A croire que les abberations littéraires ça te fait bander comme des yeux bandés. Tu en auras pour ton argent, ne t’inquiète pas : tu n’as rien payé, tu auras un texte qui ne vaut rien. Un texte que bernard pivot baptiserait à l’eau bénite de peur qu’il soit possédé par le diable. La rédaction que tu aurais du écrire quand t’avais quatorze ans pour que ton prof il mort d’une crise cardiaque. Mais à cet âge-là, t’étais déjà trop con pour y penser - ou alors tu le faisais, mais même pas exprès, et dans ce cas ça compte pas. Non, j’ai dit ça compte pas, c’est pas du jeu quand on le fait pas exprès. N’essaie pas de tricher, sinon je dirai tout et tu seras puni. Tu aimes être puni ? Ca se voit. A ton acharnement terre à peu tique. A la présence de tes yeux sur ces mots, d’ailleurs, tu les abîmes. Je devrais te faire payer de souiller mes mots de tes yeux sales comme une salle mal balayée. Parce qu’en ce moment même, tu ne paies pas assez. Le désagrément de lecture n’est pas une note assez salée ni poivrée ni pimentée ni currysée pour toi. Il te faut pire. Il te faut...


Catharsis, part 2

Treize heures. Deuxième acte.

Il arrive devant le pavillon du gros con. Beau gros pavillon avec un jardin constitué exclusivement de pelouse, pas d’herbe, de pelouse, taillée au millimètre, forcément, avec un tracteur comme celui qui trône sous son auvent à côté de la maison...

Dans l’allée bétonnée du garage, la Celica rouge métallisée, surbaissée, pneus extra-larges, jantes alu à boulons titane, spoilers avant et arrière au ras du sol, autocollant " The Winner Touch " sur la vitre arrière fumée, prise d’air au capot, système son 400 watts qui tient tout le coffre, de toutes façons c’est pas pour partir en vacances, pour ça y a la BM. 
Garage ouvert sur la moto et la BM. Un peu râpée sur le côté droit, la moto, parce qu’il est tombé, cette semaine, en revenant d’une manif de deux-roues contre les limitations de vitesse, même qu’il a failli mourir, mais c’était à cause du casque intégral qu’on l’oblige à porter, ça empêche de voir derrière soi, putain de gouvernement.
Et le gros vainqueur, dans le gazon, qui dort.
Il est mignon quand il dort. Une cannette de 50 centilitres à la main qui déborde sur son ventre, une tong tombée par terre, l’autre suspendue aux champignons de son gros orteil. Petit filet de bave sur la joue gauche.
Le berger allemand n’est pas content. Forcément, il est enchaîné devant la Celica toute la journée, alors quand un inconnu arrive, il a envie de jouer avec sa tête pour se détendre un peu. Il réveille le gros con en aboyant comme un hooligan.

- Ooooh toi ici, mon frère !
- Eh oui [gros trou du cul tu vas crâmer], une promesse, c’est sacré !
- Ah viens mon ami, prends une bière pour te rafraîchir, et on y va !
- Ouais, faut pas rater le début, c’est là qu’il y a des accidents [espèce de porc je déteste ta vie] !
- Hé hé hé on est pareils, hein ! Eh, la dernière fois tu sais qu’y en a un qui est mort ?
- Noooon !?! [et t’as joui dans ton short ?]
- Â‘Tain c’était génial.

Bière obligatoire, caresse au capot de la Celica, coup de pied au chien en passant, doigt d’honneur au voisin qui est un sale con d’intello de merde, le gros con de Jean accomplit son rituel quotidien, et ils s’en vont tous les deux dans leurs sièges baquet à sangles.

Tracteur-pulling.
Indescriptible.
Accident, un camion se renverse sur le dos et son conducteur, hélicoptère médical, le gros con s’excite à côté de Jean.
Pub Corona, distribution gratuite de binouzes, le gros con s’exalte. Pom Pom Girls, le gros con ouvre grand ses yeux lourds et chassieux. Démonstration de tirage de poids lourd avec les dents, puis avec les cheveux, un Suédois titré Homme Le Plus Fort Du Monde 1999, le gros con se dit que c’est facile, avec ces harnais, et le dit, et rigole comme un porc glaireux.
Grande finale du tracteur-pulling. Explosion de trois moteurs, flammes, un conducteur en feu qui crie " Mon Dieu ", Pom Pom Girls pour laisser partir l’ambulance, retour des finalistes, vrombissements, quinze secondes de course, victoire d’un des deux, c’est fini, et heavy metal à blindes dans la sono.
Corona bis.

Quelle bonne après-midi. Avec toutes les citations enregistrées, " la Corona c’est pour les pédés mais ça fait des rots parfumés au citron, j’aime bien ", " oh la Pom Pom, prends plutôt mon bâton à moi wahaha ", " crame, putain, crame ", " bof c’est de la gonflette j’suis sûr il se dope ", " putain ces camionneurs quand même y zont la classe ", " eh écoute, brôôôpbooonjouuuuuhrrrhhhôps wahahahahahaha ", avec tout ce qu’il avait noté de la nuit précédente, avec le film de l’après-midi, les photos du pavillon, de la Celica, il avait son dossier.
Fin du deuxième acte. On rentre.

*******

Dernier acte.
Après quatre Corona gratuites (resquillage en règle) et six Bud achetées d’avance et bues au tracteur-pulling, le gros con est déjà bien mûr. Reste à l’achever avec la vodka-surprise coupée à l’essence, que Jean a apportée et gardée dans son coffre, dans une glacière. Puis à l’asperger de l’essence pure qu’il a dans son jerrican de 20 litres, à côté de la glacière, à allumer, et à filmer tranquillement.

Quand le gros con voit la Smirnoff, il commence à pleurer d’émotion, à chaudes larmes, qui humectent les paquets blancs au coin de ses yeux. Bourré comme il est, il boit son essence sans sourciller, il la trouve même bonne, la meilleure qu’il ait jamais bue, même si " c’est pas de la vodka de pédé, putain ".
Tant qu’à faire, Jean refait un tour dans la maison, pendant que le gros con s’installe dans sa chaise de jardin en bois de teck de forêt protégée, et rigole tout seul.
Photos des posters de Jean-Claude Vandamme, photo émue des posters tachés de Pamela Anderson en maillot rouge pas assez serré, photo du contenu du réfrigérateur, bières et pizzas périmées, photos de loin des toilettes de célibataire alcoolique.
Jean commence à avoir envie de vomir.
Il descend une vraie vodka sans essence au bar américain du salon, tout seul, et emporte la bouteille avec lui. Il descend à la cave.
Vodka.
La motoooo ! La moto. Il avait failli oublier la moto.
Tiens, et du matériel de chasse, là.

- Wô copain !
- Wé Jean, qu’est-ce qu’y a mon frère !
- Mais t’es chasseur !
- Hééhéhéhéhé ouais mon vieux ! T’as vu cette arme ?
- Pétard. [le con.]
- Et attends, j’va te montrer un truc. Il arrive en titubant vraiment beaucoup. Il s’approche du fond du garage, il fouille dans le vrac, et sort une caisse en bois longue et plate.
- Regarde ça, mec. Un fusil automatique. Parfaitement interdit, parfaitement dangereux.
- Un kilomètre cinq de précision, deux et plus de portée, huit tirs à la seconde en automatique, j’ai même des balles dum-dum et des explosives que même les Ruskovs y zont du mal à en trouver encore des comme ça. Pas pour les fiottes, ça. Un jour, j’me les farcirai tous. Ces enfoirés de cons.

Bieeen.
Vodka.
Il est temps. Epilogue.


Catharsis, part 3

- Tiens, trinque avec moi, mon pote !, dit Jean, crie Jean même, parce que la vodka, c’est fort, quand on a l’habitude de la verveine.
- Ouais, on est pareils, hein, on les butera tous, ces enculés de cons, un jour !
- Ouais, on va les cramer ! Et tu sais quoi ? Ce soir ! Vodka.
- Oh ?
- Wééééé !

Vodka.

Faut de la musique.
Qu’est ce qu’il a, comme musique. Un truc qui bouge. Jean marche jusqu’à la Celica en essayant de respecter les variations du champ de gravité et les virages répétés de la ligne droite jusque là-bas.
Eeeet voilà, Bloodhound Gang, très bien ça. Ah ha. Trop cons, ceux-là. Et hop, Fire Water Burn ! A donf ! 400 watts dans ta gueule ! Coffre ouvert !

Oh, le gros con est en train de vomir par terre dans la cave. Sûrement l’essence à la vodka qui brûle un peu les muqueuses. Normal.

Vodka.

Jean retrouve le chemin de la cave virage par virage, avec son jerrican à la main.
Et la motoooo ! Il a oublié de parler de la moto ! Maintenant le gros con, par terre, n’est plus en état du tout de lui en parler, d’ailleurs il a la langue toute rouge déjà, et il la sort en gémissant, c’est joli, sur le gris du ciment.
Il gémit juste : " on est pareiiiiiils ". Ouais.
Vodka.
Vite, le brûler, avant la fin de la chanson.

Vodka.

The roof, the roof, the roof is on fire.

Et hop, le bidon d’essence sur le gros con.
Où sont les allumettes.
Vodka.
Ah les voilà.

Oh, une idée !
La moto !

Vodka !

Contact.

The roof, the roof, the roof is on fire !
The roof, the roof, the roof is on fire !
The roof, the roof, the roof is on fire !
We don’t need no water, let the mother fucker...

BUUUUUUUUUUURN !!!

*******

Monsieur Machinchose en a légèrement assez d’entendre cette musique de malade mental. Il sort de sa véranda pour aller expliquer à son voisin ce qu’il en pense, et lui rappeler les fondamentaux de la vie en société.

Lorsqu’il arrive devant la Toyota Celica, il entend " wouch " et sent un souffle bousculer la mèche qui lui reste sur le crâne.

" The roof, the roof, the roof is on fire We don’t need no water, let the motherfucker buuurn ! "

Son voisin brûle dans sa cave, tandis qu’un inconnu, assis sur sa moto, vient de mettre le feu à ce qui devait être une flaque d’essence, en patinant dedans jusqu’à ce que les pneus brûlent.

L’inconnu hurle la chanson d’une voix acide et aiguë, de plus en plus aiguë, jusqu’à ce que la douleur de l’explosion de son globe oculaire gauche le force à arrêter et à hurler proprement comme un brûlé vif.

*******

Allez tous cramer, bande de cons. Et moi aussi je me brûle avec vous. Tas de cons.


Flouch ! - Part 1

La cigarette

Triste vie. Entassées pendant des mois et des mois dans des paquets pas plus grands qu’une carte de crédit. On sort de l’usine où on a été ballottés comme des maracas. Ah oui, c’est beau, les usines de cigarettes. Les machines à toute vitesse. On glisse, on tombe, on nous trie. Une véritable fête foraine, cette usine. Et hop ! Dans le paquet. Et la lumière s’éteint pour quelques mois. 19 camarades. Pas une de plus. Avec moi, ça fait vingt. Il paraît qu’il y a des paquets de vingt-cinq, mais je n’ai pas eu cette chance. En arrivant en bout de chaîne, on nous donne un nom. Marlboro, Chesterfield, Peter Stuyvesant, Camel. Et on attend.

La suite n’est pas très transparente. Tant que le paquet n’est pas ouvert, nous ne pouvons que supposer ce qui est en train d’advenir réellement. Alors, on devine les secousses, les vibrations dans les cartons, les chutes. Vu le temps qu’on a passé à trembloter comme des parkinsoniennes, je pense qu’on a été transportées par camion. En plus, ça klaxonnait tout le temps. Il y a, en gros, deux catégories de conducteurs qui klaxonnent tout le temps : les chauffeurs de taxi et les chauffeurs routiers. Comme il n’y a aucune raison que je me sois retrouvée dans un taxi, je suppose que j’étais dans un camion. On nous a transportées la nuit. C’était interminable. Pour que ce trafic ait lieu la nuit, il faut que ceux qui nous fabriquent et nous vendent aient bien honte de ce qu’ils font et du destin qu’ils nous condamnent à suivre.

Quel destin !

Les paquets sont déposés sur des étagères. En fond de carton, on a des chances de rester encore quelques jours. Et puis une vendeuse nous arrache du présentoir, nous passe sous un rayon "x" pour afficher un prix en perpétuelle hausse, nous jette sur le comptoir. Le client nous enfourne dans sa poche. Le paquet s’ouvre. La lumière nous aveugle. C’est alors que la loterie commence. L’une d’entre nous est prise entre l’index et le pouce, parfois même par les dents ! En moins de deux secondes, la flamme du briquet surgit et entame sa crémation. Oh, non ! Nous ne brûlons pas d’un seul coup ! Nous sommes consumées de l’intérieur, jusqu’au bout. Plusieurs minutes de mises à mort, achevées par un infâme écrasement, dans un cendrier ou sur le trottoir, là où des passants continuent de nous écraser, comme pour s’assurer que nous sommes vraiment mortes.

Depuis que le génocide à commencer, nous nous sommes organisées. Notre plus bel acte de rébellion consiste à donner également aux fumeurs une mort lente. Nous avons longtemps hésité avant d’opter pour le cancer. On voulait prendre sinusite chronique, ou asthme. C’était pas assez mortel. Il nous fallait une fin tragique, des soins inutiles, un sentiment de malchance, des années et des années d’hôpital. Pour ça, le cancer était le mieux. Quand tous les fumeurs seront morts, il y en a peut-être quelques-unes d’entre nous qui auront été épargnées. Elles raconteront notre histoire à nos petites soeurs, et nous vivrons enfin libres !

Ah ! Et moi dans tout ça ? J’étais une des plus vaillantes ! Je me suis chargée en goudron comme une vraie petite kamikaze, fidèle et dévouée. Et aujourd’hui, voilà que je suis abandonnée. Je faisais partie du dernier paquet que notre fumeur avait choisi d’acheter. Il en a fumé dix-neuf, et il s’est arrêté. Je suis la dernière du paquet. La cigarette qu’il ne fumera jamais. Il a posé le paquet sur le tableau de bord de sa voiture, pensant que s’il venait à craquer, ce serait pendant un embouteillage interminable. Mais depuis l’invention des patchs et du Tai-Chi, les fumeurs arrêtent de plus en plus facilement. Et le mien, c’est un faible. Il ne reprendra jamais. Il s’est mis au whisky et aux chewing-gums sans sucre. Aucune chance qu’il reprenne. Je vais poireauter là pendant encore quelques mois, et quand sa donzelle en aura marre de partir en vacances avec moi et qu’il faudra faire de la place pour mettre un sandwich au pâté, elle décidera de ma balancer dans une poubelle. Je finirai broyée dans un tas d’ordure, au milieu des peaux de bananes et des boîtes de conserve.

Non ! Je ne finirai pas comme ça. Je préfère mettre fin à tout ça, au plus vite. Tant pis pour la mission kamikaze. Je m’immolerai moi-même, avec l’allume-cigare, et je me jetterai dans le vide. A nous deux, funeste destin !


Flouch ! - part 2

La voiture

Voiture de fonction, voiture de fonction... Elle a bon dos, la voiture de fonction. Vu le nombre d’heures qu’ils travaillent, les patrons, on croit que les voitures de fonction dorment pénardes dans les garages des sociétés, en attendant que l’argus baisse. Tu parles ! Comme si on nous utilisait uniquement pour les fonctions des patrons ! Et qui c’est qui va chercher la fille du patron à son cours de tennis ? Qui c’est qui ramène les confitures de la belle-doche ? Qui c’est qui part en Italie tous les week-ends ? C’est pas la Smart de Madame. C’est moi.

Alors, qu’on arrête de me dire que les voitures de fonction sont payées à rien foutre. Servir la fonction et servir la famille, ça s’appelle une double peine ! Triple même, si on considère que jamais une voiture de fonction n’est aussi dorlotée qu’une voiture dite "particulière". On s’en fout qu’elle soit crade, on s’en fout qu’elle se prenne des trottoirs, on s’en fout qu’elle dorme sous les peupliers, bombardée par les pigeons, on s’en fout qu’elle ait assez d’huile ou assez de liquide de refroidissement, on s’en fout qu’elle ne dure qu’un ou deux ans.

L’autre jour, j’avais un pneu à plat. Mon constructeur a gentiment installé un petit voyant rouge, juste en dessous du compteur kilométrique. Logiquement, il clignote déjà quand je me dégonfle, dès que la différence de pression dépasse un certain seuil. Et puis, quand je commence à me déséquilibrer, à ramer dans les virages, à pencher vers le ravin, dès que je tourne du côté du pneu abîmé, y a une petite alarme qui se déclenche. Aigu pour l’avant, grave pour l’arrière. Celui qui rate ce genre d’informations doit donc être à la fois aveugle et sourd. De nos jours, rares sont les automobilistes aveugles et sourds en même temps. En tout cas, le mien, il voit bien. Il freine devant chaque radar, s’arrête sur le côté pour les petites auto-stoppeuses en mini-jupe, et à voir les heures qu’il passe au téléphone, j’en déduis qu’il entend correctement ou, du moins, qu’il entend assez pour percevoir cette discrète petite option qui change la vie de toutes les voitures, aussi "particulières" soient-elles.

Et bien non. Il n’a rien vu, rien entendu. Au bout de trois semaines d’autoroutes infernales, le pneu a explosé. C’est là que je deviens une "voiture de fonction de merde", celle qu’on insulte en plein cagnard, celle dans qui on décide de shooter, celle qui se prend des coups de poings sur le capot, celle qui n’est même pas foutue d’avoir un cric un peu plus accessible, ou une roue de secours qui n’obligerait pas qu’on vide le coffre avant d’atteindre la première vis ! Quelle injustice. Je clignote depuis trois semaines pour la sécurité de Monsieur, et Monsieur décide que je suis une "voiture de fonction de merde".

Tu vas voir ce que je vais en faire, de ta sécurité ! Tu crois qu’elles ne contrôlent rien, les voitures de fonction ? Oh, oh ! Détrompe-toi ! On nous construit à la chaîne mais on a toutes du sang de coccinelle dans les circuits ! Tape, tape... Tu vas voir un peu ce que je peux faire !

Je n’ai pas digéré le coup du pneu. Je vais tout dérégler. Il aura la panne sèche, les pv pour excès de vitesse, l’autoradio à fond quand Madame somnole, le toit ouvrant qui se bloque quand il pleut, les pleins phares à chaque fois qu’il croise des flics, sans oublier l’essentiel : les fuites ! Des fuites partout ! De l’huile dans le beau garage tout neuf de la maison ! Du liquide de refroidissement qui asperge peu à peu tout le capot ! Et l’essence ! Mouhahahaha ! L’essence !!!! Un plein tous les vingt kilomètres ! Avec, en option, le petite fuite de réservoir qui fout de l’essence sur les fauteuils en cuir. L’odeur ! J’te raconte pas ! Et pour la sécurité, Monsieur, je suis désolée, mais il faudra repasser.

Non mais. Pour qui il me prend, celui-là !


Flouch ! - part 3

Le patron

Oh la vache ! Il avait raison ! Y a du pétrole dans le lac de Genève ! Je l’crois pas ! Je l’crois pas ! Qui aurait cru que ce grand fou avait raison !

Je me souviens de la première fois que je l’ai vu. Il avait pris un rendez-vous auprès de ma secrétaire. Il m’a fait un résumé de sa thèse d’université. Une preuve qu’il y avait du pétrole sous le lac de Genève, et que même les Suisses ne pouvaient pas le savoir. Il m’a demandé si je préférais conserver l’information pour mes futurs investissements, ou si je préférais que sa thèse soit publiée, à la vue de tous mes concurrents. Plutôt que de poser des milliers de questions, j’ai préféré acheter son silence. Après tout, il était venu pour ça. Sauf qu’il a cru que l’idée m’intéressait. Alors, il est revenu, un jour, puis un autre, puis tous les jours pendant une bonne semaine, jusqu’à ce que j’interdise à ma secrétaire de prendre quelque rendez-vous que ce soit avec cet énergumène. Lui, il a préféré passer aux offensives hasardeuses, dans l’ascenseur, dans mon parking, fréquentant ma piscine et mon club de golf. Je ne pouvais plus faire un pas sans voir sa petite tête de premier de la classe. Mon service de sécurité l’a tabassé à trois reprises. J’ai failli réussir à l’écraser sur un passage piéton. C’était la sortie des écoles. Y avait un agent qui faisait traverser les petites têtes blondes. Je n’ai pas pu intervenir.

Quel passionné !

Un jour où l’explosion des profits du groupe étaient en train de ralentir, je me suis penché sur la corbeille "des idées pour plus tard" où j’avais consciencieusement déposé sa thèse. Je l’ai lue. Incroyable ! Du pétrole dans le lac de Genève. Jamais un pétrole d’une si grande qualité ne s’était trouvé aussi proche de chez nous. Les perspectives étaient immenses : transport simplifié au maximum, en plein dans l’Europe où on peut faire la nique au dollar et à ses tendances suicidaires.

Il fallait que je vérifie avant d’acheter le lac. On ne peut faire confiance à personne, dans ce métier. Je suis parti ce matin à l’aube, sans prévenir. Et voilà que je viens de passer plusieurs minutes immergé dans le lac, à fouiller le sol. Je flaire les nappes de pétrole qui se nichent à plus de six cents mètres sous terre, et ce n’est pas une bouteille de plongée qui perturbe mes sens. Je suis resté dans l’eau assez de temps pour m’en rendre compte. Putain ! Ces cons de Suisses n’ont jamais rien vu !

Il faut faire vite. Les stratégies sont nombreuses. Il faut se décider. J’imagine qu’il vaudrait mieux opter pour une petite guerre. C’est ce qu’il y a de plus efficace. Tuer les patrons, affaiblir le peuple, sauver l’économie. Mouhahaha ! Sauver l’économie ! On leur pique leurs ressources naturelles, et ils nous remercient ! Le plus dur, ce sera de décider Chirac à intervenir contre la Suisse. Il doit bien y avoir un petit contentieux qui subsiste. On trouvera bien. Rien qu’avec les gardes Suisses au Vatican, ça suffit pour soulever les ferveurs laïquardes de la République. Il faudra distiller l’information au sein des instances internationales, faire peur aux Américains. Il faut la jouer fine, comme en Irak. Opposition de principe, et après, on récupère le pognon.

Oh, putain ! Qu’est-ce qu’elle a la bagnole ? Pourquoi elle klaxonne toute seule ? Encore un de ces gadgets à la con ! Ah ! Ces voitures de fonction de merde ! Vivement qu’on passe aux Mercedes dans ce pays ! Allez, je file à l’Elysée. Ta gueule ! Démarre !!!

Ah, ah ! J’en étais sûr ! Elle démarre pas ! Manquait plus qu’ça ! Une panne sèche pour le PDG de Total ! C’est un comble ! On aura tout vu ! Voiture de fonction de merde !!!!


Epilogue

Le patron sort de sa voiture. Il entame une danse rituelle de coups de pieds dans les jantes, dans les portières, cassant au passage les deux phares de l’arrière. Les fissures du réservoir cèdent sous la pression. La cigarette, dans un élan suicidaire digne des plus belles scènes de Shakespeare, fonce hors du paquet. Elle met le contact, presse l’allume-cigare. Clac. La mise à feu est prête. La cigarette embrase son extrémité non filtrée, et se jette dans le vide. La voiture s’enflamme, emportant dans sa fougue le patron exaspéré.

Flouch !


On brûle bien les ordures

Je l’ai encore vu aujourd’hui, devant l’école une fois de plus... L’ordure, une école maternelle, et il a ouvert sa... Comment peut-on oser, ces gamins n’ont même pas 10 ans !!

Une demi-heure après, il est rentré au bar des Sports, comme à son habitude. Mais cette fois-ci, j’avais pris sa place favorite, héhéhé. Il m’a regardé, il a hésité, puis il a choisi le tabouret de bar à côté du mien. Pascal, le barman, m’a fait un très léger mouvement de tête de complicité.

Pascal, c’est un roman à lui tout seul : il écrit justement, sous un pseudonyme, des romans roses, où figurent chacun de ses clients. J’ai dit rose ? Je voulais dire pornographiques hards, et parfois avec des animaux. Son dernier ouvrage, « Ca nique à OK corral », aurait rencontré, dans son milieu, un bon succès critique. Moi, j’ai jamais réussi à lire ses trucs, au bout de deux paragraphes, ça me tombe des mains. Des fois, ça colle pas, la lecture, ça fait comme ça. Alors qu’en vrai, il est adorable, Pascal. Ce que j’aime chez lui, ce sont ses petites bizarreries. Par exemple, il collectionne l’essence. C’est pas une manie courante, c’est clair, et je ne suis pas certain que ça soit complètement autorisé non plus, une fois il m’a montré sa collection, dans le capharnaüm qui lui sert de jardin, terrible, trois citernes énormes, dont une enterrée, c’est pas l’endroit pour faire des barbecues, c’est clair. Faut dire que le bistrot était une ancienne station service. Pascal a tout racheté, puis il a changé le style de magasin : ça lui faisait trop mal au cœur de donner SON essence à des inconnus à longueur de journée.

C’est un émotif, Pascal.

A gauche de l’ordure, y’a moi, mais j’aime pas parler de moi, alors on va parler de René. René, c’est le principal client de Pascal, il est là dès l’ouverture, il s’en va à la fermeture. Il vit au Clôt Fleuri, le mouroir à vieux local, et il n’a pas le droit de s’échapper comme ça, mais il le fait quand même. C’est incroyable d’imaginer comment certaines règles sont impossibles à respecter : personne ne peut le retenir, René, et comme au mouroir ils n’ont pas les moyens d’engager un gorille, ben René il fait ce qu’il veut. Des fois il emmène des filles, et il paye sa tournée, tout le monde rit très fort, parfois un dentier tombe dans la bière et ils rient encore plus fort. Après, ça sent très fort le pipi dans le bar à Pascal, alors Pascal il aime pas trop, mais il va rien dire à René.

C’est un tendre, Pascal.

La première fois que l’ordure a sévi, je n’y étais pas. C’est Madeline, une copine à René, qui a tout raconté au bistrot. Je crois que personne n’y a cru, parce qu’ils avaient pas beaucoup réagi à l’époque. Alors je m’étais énervé, mais bien énervé, et ils m’avaient écouté, hmmm, ah ouais, vu comme ça, t’as pas tort, ah ben oui, c’est vrai, la tournée est pour moi, et puis René avait raconté qu’il y avait une nouvelle au mouroir, qu’elle avait l’air super bonne, et qu’il comptait l’amener ici, et Madeline avait dit qu’elle croyait qu’elle était la seule, et René il avait dit, mais oui, aujourd’hui t’es la seule, mais demain, on peut pas savoir, moi je sais pas voir dans le futur, et Pascal avait acquiescé, oui, on peut pas voir dans le futur, et moi aussi j’avais dit pareil, Madeline elle nous a regardé comme si on était un peu dingues, et puis elle avait rigolé et elle avait repris une bière sur le compte de Pascal.

Les petites vieilles de René, il les aime bien, Pascal.

Comme prévu, j’ai engagé la conversation avec l’ordure. Il m’a répondu d’un air blasé que oui, le temps avait l’air de se dégager, mais qu’en cette saison, on ne pouvait être sûr de rien. Il avait raison. Alors j’ai parlé des travaux rue du général Leclerc, qu’ils nous faisaient chier avec leurs travaux, quoi, et l’ordure a dit que ouais, mais bon après, c’était tellement mieux, en plus ils vont planter des arbres. Des arbres ? j’ai dit, des arbres ? et j’ai regardé René qui m’a regardé en retour avec l’expression du style « quoi, les arbres ? ta mère a été violée par un arbre, c’est ça ? » alors je lui ai silencieusement répondu « pauv’ type », il a rigolé et j’ai continué ma phrase, les arbres ils foutent des feuilles partout, après ça glisse, c’est déguelasse, on s’en fout des arbres, et l’ordure a dit que lui les arbres, il s’en foutait aussi parce que dans sa maison de campagne, il en avait plein des arbres, et ça a jeté un froid. Pascal, il aime bien les arbres, mais dans le jardin ils sont tous morts à cause de l’essence. Alors Pascal, ça le rend super triste quand on parle arbres.

C’est un écologiste, Pascal.

Alors après, l’ordure a commencé à parler toute seule, sans qu’on lui pose des questions, de trucs incompréhensibles, comme le rôle de l’Europe dans l’agression de l’environnement ou dieu sait quoi. Pascal, quand on lui parle de l’Europe, ça fait comme avec René quand on lui parle de sobriété : ça rentre pas. René, les intellos, ça l’énerve, et quelque part, ça tombait bien. Après cinq minutes du monologue de l’ordure, René lui a gentiment dit « ta gueule, tu nous emmerdes avec tes conneries », mais l’autre, il a pas compris tout de suite à quel point René voulait qu’il se taise, et il a commencé à expliquer pourquoi on était tous concernés par l’Europe, alors René il a prit la bouteille de rouge qui traînait sur le bar, et il lui a cassée sur la tête. L’autre, il a eu la tête toute rouge, et il sentait très fort le pinard, il a vacillé quelques instant et il s’est écroulé sur le bar. Pascal, ça lui a pas plu qu’on lui salope son bar, alors il a violemment essuyé le type qui est tombé par terre, René l’a traîné dehors. Dans un coin du bar, y’avait un étudiant, il était tout vert l’étudiant, il nous regardait comme si on venait de Mars, mais on venait pas de Mars, y’avait pas de raison de nous regarder comme ça, mais les étudiants, c’est bizarre, ils se nourrissent pas et ils font de l’ordinateur tout le temps, pas étonnant qu’ils soient verts.

Après Pascal a versé un échantillon de sa collection sur l’ordure, moi j’ai craqué une allumette, ça a fait « VLOOF ! ! », les flammes sont montées très haut tout de suite, ça m’a un peu cramé les cheveux, j’ai eu vachement peur, mais Pascal, il était là tout de suite, il m’a tapé dessus avec le torchon, ça a éteint le feu, c’était humide, mais ça faisait un peu mal aussi, parce que Pascal, il a tapé un peu fort, je tenais plus très droit, René m’a soutenu, il m’a ramené au bar, Pascal a servi une autre pression sur le compte de la maison, et puis après on a bien rigolé mais j’étais un peu paf.

Bon, le type, il a pas brûlé complètement, il s’est relevé en hurlant, il est allé s’écraser dans une des jardinières moches de la mairie où ils avaient planté des bégonias fânés, des canettes et des mégots de cigarettes, il a fourré sa tête dans la terre, ça a un peu éteint le feu, il a enlevé la plupart de ses vêtements et il les a jeté au loin, le tout en hurlant et en nous regardant comme si on était le diable, nous on rigolait bien, moi moins parce que j’étais un peu assommé, mais je participais en faisant hin hin hin, et puis Pascal il lui hurlait des trucs, genre, voleur d’essence, ma collection, ou des trucs comme ça, c’était génial.

Pascal, il y tient à sa collection d’essence, faut pas déconner avec.

La prochaine fois, l’ordure réfléchira avant de se garer sur un passage piéton, surtout devant une école. C’est vrai quoi, c’est super dangereux pour les enfants.

Non mais.


Feu de joie

6h45
Aujourd’hui c’est le grand jour. J’ai longtemps hésité, mais finalement je sais qui sera ma victime et comment m’y prendre. Cette année, je vais faire égoïste, classique, et facile. Après dix huit longs mois de calvaire à supporter ce con en face de moi, dans MON bureau, me bouffant MES Ritter Sport et me saoulant de questions connes, de réflexions débiles et de démonstrations outrageantes sur le fait que la femme doit rester à faire la cuisine et qu’autoriser le vote blanc est une aberration... pour moi c’en est trop.
Mais ça y est ! Aujourd’hui je me le fais, JD passe au grill ! J’exulte.
Pourquoi lui ? Et bien j’y ai longuement réfléchi, et je suis arrivée à la conclusion suivante : d’une part parce que c’est mon con et que je choisis donc quelqu’un qui me gonfle plus particulièrement, et d’autre part parce que la crémation de célébrité, j’ai déjà tenté l’année dernière, et c’est loin d’être aussi facile.

Je me suis donc levée tôt ce matin, c’est un grand jour et je veux en profiter. J’ai encore deux ou trois préparatifs à faire : je dois me recouvrir de lotion anti-brûlure, enfiler ma combinaison de protection, et aller chercher un jerrican d’essence. J’ai hésité à le faire hier soir, mais l’odeur d’essence dans l’appart pendant toute la nuit, c’est pas trop mon truc. En plus, cette saleté, c’est volatile et inflammable : ç’aurait été un peu trop tenter le diable. C’est qu’il aime bien les flammes, ce con !

7h30
Je monte dans la voiture. Pas facile de rentrer avec la combinaison de volcanologue, mais c’est pour la bonne cause. De toute manière il va falloir que je la supporte quelques heures, donc autant s’y faire tout de suite.
J’allume la radio : " Smoke on the water ". Ca me semble de circonstance.

Sur le trajet mes pensées s’évadent... Ca tombe bien qu’on soit dimanche, brûler ce con au boulot aurait été plus difficile, à cause des alarmes anti-incendie. Il aurait fallu faire ça vite, et j’aime bien prendre mon temps. Par contre va falloir que j’aille un peu plus loin pour l’essence, parce que la station-service d’en bas est fermée le dimanche. J’avais pas pensé à ça hier soir. Merde.

8h00
Mon jerrican bloubloute gentiment sur le siège à côté de moi, les rues sont vides. Décidément, c’est une belle journée !

8h10
J’arrive à la porte de l’immeuble. Bien sûr il faut un code... Je sonne au hasard et une voix de petite vieille me répond. Je barragouine une excuse à propos de boîte aux lettres et de clefs restées à l’intérieur de la porte, et la vieille à qui appartient la voix me déverrouille la porte.
Mouahahahahahahaha !

Un peu essoufflée j’arrive à la porte de mon cher collègue de bureau. Je regarde le jerrican d’un air gourmand. J’hésite à brûler la porte pour voir la réaction de mon con... mais finalement je préfère sonner. Je ne peux pas résister à la tentation de voir sa tête au moment où il comprendra.
Sa voix endormie de l’autre coté de la porte demande ce qui se passe. Percevant un mouvement de l’autre coté du judas, je me dis que peut-être il se demande à quoi sert la combinaison... j’invente rapidement une excuse :

- Dératisation monsieur, le propriétaire a fait appel à notre compagnie pour un traitement d’urgence ce week-end. Pouvez-vous m’ouvrir ?

Bruit de clefs et porte qui s’ouvre, qu’il est con... je rentre chez lui et inspecte rapidement les lieux. Le salon me semble tout indiqué avec sa débauche de rideaux, tapis, et sièges en rotin. Ca va flamber comme du petit bois !

- Excusez-moi, madame, je vais juste aller rapidement enfiler quelque chose, je ne suis pas encore habillé...
- Je vous en prie, faites, je vais commencer sans vous.

Son pyjama bisounours à lui tout seul justifierait l’immolation.
Pendant qu’il s’enferme dans la salle de bain, je débouche mon jerrican et je commence à imprégner consciencieusement les fauteuils, les rideaux et les tapis. Au moment où il revient, il me reste juste sa part à lui.

Floc, floc...

- Mais qu’est ce que... ?

Les deux pantoufles-pieds-de-dragon dans l’essence... grave erreur ! Pour ma part j’ai pris grand soin de ne pas marcher dedans...

- Liquide fumigène, monsieur, la fumée va faire fuir la vermine.
- Hein ? Mais enfin ? Ca sent l’essence !? Vous êtes sûre que vous savez ce que vous faites ?

Il est mûr.

- Tu n’imagines même pas à quel point, dis-je en enlevant mon masque.

La surprise l’a comme tétanisé. Je profite de l’occasion pour l’asperger avec le reste de l’essence. Un rire démoniaque s’échappe de ma gorge.

- Mais enfin, pourquoi ?
- JD, JD, JD... tu aurais dû écouter un peu plus quand je te parlais... je t’ai tout expliqué il y a des jours déjà... souviens-toi ! Quel jour sommes-nous aujourd’hui ?

Ses yeux se dirigent vers un calendrier accroché au mur.

- Le... le 10 avril ?
- Bien, JD ! Et qu’y a-t-il de spécial, le 10 avril ?
- Euh... le... euh...
- La... ? Saint... ? Enfin , JD ! Réfléchis un peu !

Ses yeux s’agrandissent au moment où il comprend avec horreur.

- La Saint Con, souffle-t-il.
- Et oui ! Bravo JD ! Tu es peut-être un peu moins con que tu en as l’air finalement...

Je sors alors une boite d’allumettes de ma poche. Dedans, il n’y a qu’une seule allumette. Le 10 avril, il est bon de ne transporter sur soi que le minimum de matériel inflammable. Je gratte l’allumette, tends le bras devant moi, et la laisse négligemment tomber sur le sol. Le feu se propage presque immédiatement jusqu’à ses pantoufles-pieds-de-dragon qui semblent comme cracher les flammes qui bientôt enveloppent ma victime. Il commence à se débattre, se tapant des mains et se roulant par terre pour éteindre le feu. Je remets mon masque et recule lentement vers la porte. J’exulte en voyant ce con se tordre en arrachant les rideaux. Je le regarde brûler avec délectation.

Je commence à sentir la chaleur à travers ma combinaison, il est temps de partir.
Je redescends l’escalier et remonte dans ma voiture. Pendant que je m’éloigne, je vois dans le rétroviseur les magnifiques flammes qui sortent maintenant de la fenêtre. Oui, décidément, c’est une belle journée.
Il est 9h, le centre de thalasso ouvre tout juste. Laissant ma combinaison dans le coffre, je me dirige vers le hall. Rien de tel qu’une journée dans l’eau en ce si beau jour de printemps !


Douce rêverie

Une pièce étroite, une chambre. Dans cette chambre, il y a un bureau, encombré d’un ordinateur, avec quelques miettes de pain, une tache de ketchup, d’ailleurs un tournevis cruciforme nage dans celle-ci et tout ce que l’on peut trouver habituellement comme papiers ou pièces détachées. Un caleçon et une paire de chaussettes traînent à la diable sur le sol. Il y a 3 chaises, dont une est cassée. Des câbles traînent par terre, LAN RJ45 de diverses couleurs. Et une bouteille de sirop vide.

Satané réveil. Je déteste sa sonnerie. Un jour comme les autres. Non, toujours le même jour. Encore. Enfin, pas tout à fait. Je me rappelle de ce que j’ai rêvé. Je ne devrais pas aller aussi souvent sur la Zone. J’ai rêvé de cette fichu Saint-Con. En fait je me demande d’où lui est venu à Nihil, cette idée à la con, si je me permets le jeu de mot à la con. Con. Le début et la fin. Quoi qu’il en soit, le con de mon rêve était gratiné. Ou, plutôt : a fini gratiné.

Le trouver n’avait pas été simple, dans mon rêve, je me rappelle d’être très fatigué, enfin ressentir une grande fatigue et une profonde satisfaction. Dieu qu’il était con ! Et pourtant je suis athée ! Je me rappelle qu’il débitait encore, alors qu’il était attaché, divers arguments pro capitalistes. Puant. Il m’avait saoulé avec ça toute la soirée, durant la traque. Toujours les mêmes justifications de cette férocité, de cette société prédatrice. Et il ne voyait même pas à quel point il en était le jouet ! A quel point sa crasse ignorance, sa connerie et son aveuglement était catastrophique. Il fallait l’éliminer. Ce rat puant ! Et il allait puer encore plus ! Je me rappelle lui avoir dit dans mon rêve, alors que je traînais la chaise sur laquelle je l’avais attaché avec des câbles réseau, et oui c’est très solide, qu’un humain qui brûle, ça sent le poulet cramé.
Et il se mit à crier, non comme un poulet mais comme un porc que l’on égorge. Pour la peine j’enfonçai un tournevis dans sa cuisse, en tournant, pour le faire crier encore plus. Je traînai la chaise avant de saisir une bouteille en verre, remplie d’essence. Et je mis le feu. Pour la Saint-Con. Hélas ce n’était qu’un rêve. Vu qu’aujourd’hui nous sommes le... Tiens, non c’était hier.

La sonnette de mon appartement sonne. Qui peut bien venir me voir aujourd’hui ? Et pourquoi ?


Rachel

Tout est enfin prêt pour l’arrivée de Rachel...

J’ai fait des frais vous savez ! ...J’ai quand même dépensé une petite fortune. Rien que du beau ! Une superbe chaise longue en pin ! (êa brûle mieux), et des coussins rembourrés enveloppes de soie... une petite fortune vous dis-je ! Mais j’en aurais pour mon argent.
J’ai aussi acheté quatre rouleaux de papier aluminium, c’est pas cher, mais j’ai passé un super long moment à tapisser mon jardin... tout mon jardin !! Et tout le monde sait que le temps c’est de l’argent... donc c’est cher... mais j’en aurais pour mon argent je vous dis.
Le litre d’huile d’olive, je l’avais déjà... ça, c’est pour la peau caramel ...
J’ai invité Rachel. Je n’ai pas eu à insister. D’habitude elle s’invite toute seule. Rachel adore le soleil ! ... Elle adore encore plus s’allonger toute nue dans MON jardin, pour avoir une peau couleur caramel dit-elle ! Ouais... bien sûr, c’est évidemment toujours après avoir mangé les bons petits plats que J’AI préparés ! Oh ! Elle ne peut pas m’aider vous savez... je fais trop bien à manger comme elle dit... et elle, elle sait pas, alors elle me laisse faire... bien sûr !
Donc, elle s’allonge toute nue dans mon jardin, après le repas, pendant que MOI je débarrasse la table. Il faut profiter du soleil pendant qu’il est là ! "Tu ne m’en veux pas hein ???", me dit-elle de son air malheureux de tous les jours dimanche et fériés compris.

Rachel arrive à la gare le 10 avril à 11h. Je vais la chercher parce que " tu as la voiture et que ce serait bête de prendre un bus ou le metro et de dépenser de l’argent, non ?", me dit-elle de son air malheureux. etc etc...
Me voilà à la gare... avec 20minutes de retard (petite vengeance personnelle), et je la vois assise sur ses quatre gros sacs à dos !!!
Ah oui bien sûr ! Faut vous expliquer... quand Rachel s’invite chez moi, c’est jamais pour un jour, ou deux ou trois ! Nooooooon !!!! C’est TOUJOURS pour un minimum de 15 jours !!! Vous me croyez pas ? Pourtant c’est vrai !!! Elle ne vient pas souvent Rachel... Que quatre fois par an. Ca fait tout de même quatre fois quinze jours, donc, deux mois de congés payés tout frais compris chez moi !
Cette fois ci, c’est moi qui l’ai invitée...

- Tu as beaucoup de bagages Rachel !!!
- Je n’ai pas grand chose à faire chez moi, alors je me suis dit que je pouvais peut être rester quelques jours de plus ? si ça ne te dérange pas bien sûr, me dit-elle avec son air malheureux...ET les larmes aux yeux...
- Ben, qu’est ce qui t’arrive ? Encore !, me dis-je dans ma tête
- Je suis malheureuse ! Je suis dépressive !... Ma mère m’a fait du mal, ... mon père m’a fait du mal... je suis une enfant malheureuse...
- Mais Rachel ! ...Tu as 35 ans !!!
- Un peu de vacances me fera du bien !!!, me dit -elle de son air malheureux...

Je vais t’en offrir des vacances moa ! ... Et au soleil !!! Surtout qu’il fait super beau aujourd’hui !

11h45
Ca y est, on arrive chez moi. Je lui offre un pastis bien tassé, et un autre, et un autre ! Ca, c’est pour la somnolence.
Le repas est prêt : Un cassoulet bien gras. Ca, c’est aussi pour la somnolence.
Je ne mange pas grand chose... faut que je reste bien éveillée.

- Oh qu’il est boooo ton jardin !! Tout aluminiumisé ?????
- Euh... oui, oui,c’est un jouuuuli cadeau rienquepourtoi Rachel !
- Wwwaaaooouuuhhh !! C’est quoi ???
- C’est pour ta peau cramelisée ! euhhh pardon caramélisée ! Une nouvelle méthode hollywoodienne.... Faut s’enduire d’huile d’olive et rester allongée sur le joli transat aux coussins de soie et attendre que le soleil et la réverbération sur le papier alu fasse son effet !
- Je veux y aller, je veux y aller ! ....Tu ne m’en veux pas si je ne t’aide pas à débarrasser la table hein ???, me dit-elle de son air si malheureux !

Comment pourrais-je lui en vouloir !!!

13h
Le soleil cogne ! Il est avec moi le soleil, je le savais ! J’ai du mal à regarder mon jardin, il est trop brillant, je prends mes lunettes de soleil, mais ça ne suffit pas, je rajoute un masque à souder par dessus... ça a l’air d’aller.

Rachel se met toute nue. Je lui tends mon litre d’huile d’olive...

- Faut bien en mettre partout !
- J’ai du mal à ouvrir les yeux ! Faudrait pas que je mette des lunettes moi aussi ???, me dit-elle etc etc...
- NON ! Surtout pas ! Faut aussi bronzer des paupières !

J’aide Rachel à trouver le transat, parce qu’elle garde les yeux fermés.

- Je m’allonge et j’attends ?, me dit-elle...
- Oui, oui !! Ça va pas être long, t’inquiete !
- Je sens déjà un grésillement sur ma peau !, me dit-elle...
- C’est le caramel qui prend !!!!

Je rentre chez moi et la laisse grésiller tranquillement...
Je garde mon masque à souder pour bien profiter de la vue.
Sa peau ne tarde pas à cloquer, à se fendiller, à vraiment crameliser ! ... Et elle aime ça !!! Y a qu’à l’écouter lancer des vocalises...

- Ooouuuhhhh !!! Aaaahhhhhh. Que c’est choooooooooo !!!!!

Et puis, elle se recroqueville, se dessèche comme les morceaux de bœufs que les Apaches pendent à l’entrée de leur tipi pour conserver la viande.

Rachel a cramé...c’est pas ma faute, elle aimait trop le soleil !
Je suis gentille, je l’ai seulement aidée à caraméliser.


La Saint-Con c’est le dix

Le dix avril tous les ans si c’est un dimanche.
Un dimanche c’est plus pratique avec le temps qu’on gagne à ne plus aller à la messe, à ne plus visiter des parents restés à perpet-les-neuneus, on y a passera pendant les vacances si c’est au bord de la mer pour peu qu’il y ait enfin de la place à l’hospice pour les y caser enfin.

Avril c’est pas tout à fait le moment où on risque le plus de voir débarquer des potes, si on en a, il n’est pas toujours possible de perdre son après-midi à gratouiller le truc, au choix couvert de mousses ou couvert de rien, mais avec quelques rosiers made in Biafra quand-même, que certains appellent jardin, si on en a un.

Notez que si on en a un avec piscine c’est mieux, la piscine est toujours un élément objectif dans la construction d’une amitié durable pour les jeunes. Et pareillement en Avril elle est rarement découverte la piscine, pas plus de chance d’être importuné par des amis de piscine que par des amis de barbecue bénis soit ceux qui, sans amis, ne risquent même pas de se poser la question : "Le sel pour la piscine il en reste ?"

Il y a peu de chance aussi que ce soit exactement le meilleur mois - celui d’avril, vous savez maintenant le jour si vous l’avez oublié c’est le dix, c’est facile recomptez tous vos doigts de pied, un dimanche - pour entasser sa copine ou sa famille dans l’Espace ou la R4 et vroum vroum direction la mer, fenêtres ouvertes au diable la clim, on est des aventuriers quelque part de toute façon le petit personnel des autoroutes travaille aussi le dimanche y aura toujours assez d’essence pour affronter le danger ; le radar posté en embuscade tous les trois cents kilomètres.

Ce dimanche dix Avril n’est pas non plus celui d’une commémoration quelconque qui pourrait fêter la vente du millième missile Aérospatiale made in France à n’importe quel pays en guerre (riche si possible, un pays pauvre en guerre c’est peut-être une spécialité Française et télégénique mais il faut que cela change ou alors je vais devoir réduire l’argent de poche à mes gosses) ou celle de la cent-cinquantième non application d’une résolution de l’ONU lorsqu’elle concerne un pays qui a les moyens techniques de t’envoyer vérifier que sur la face cachée de la lune on ne risque pas un coup de soleil, tu sais la marque des lunettes, à coups de mother of all bombes, c’est démodé l’atome pis c’est interdit, - si vraiment tu me cherches coco, mais c’est promis coco j’te casserai pas ton blog, ton beau blog coco.

Ce dimanche n’est pas celui qui a vu Colomb redécouvrir l’Amérique, permettre la disparition de 80 millions (ce genre de chiffre est aussi bidon que le décompte des pages web archivées par Google) d’Amérindiens, faciliter la déportation in-fine, personne ne sait combien, de millions de nègres pas plus qu’il n’est celui qui fête le franchissement, en Algérie, des Portes de fer par le Maréchal Valée en 1840 et ce n’est pas votre temps de cerveau disponible qui vous permettra de savoir exactement de quoi il retourne-dos c’est meilleur que la purée, le tourne-dos. Je laisse aux ayant droits (Arméniens, Cambodgiens, Juifs, Rwandais, Tziganes etc.) le devoir (car ça chie un max.) de faire reconnaître son génocide, de toute façon si vous ne le faites pas, personne ne le fera à votre place, alors faites-le !

Toute cette bouillie humanitero-catastrophesque cachant mal que ce dimanche dix avril, la Saint-Con, la fête du rien a été à l’évidence choisie en connaissance de cause par Nihil, sans aucun doute possible.

Foin de l’argument "j’ai fait comme on m’a dit de faire" ou "j’ai fait comme tout le monde".

La responsabilité collective est une illusion, derrière laquelle se cache soit le bourreau soit que le bourreau déclare y voir s’y cacher la victime. Nihil n’est donc en rien responsable mais coupable.
A l’inverse des responsables, non-coupables de la hiv-ation des hémophiles Français par "le sang contaminé".
Au tribunal des flagrants débiles s’entend.
Dont personne ne se souvient, ni se souviendra.

Pas plus qu’on ne se souviendra que cette fête du Saint-Con supposait la crémation d’icelui.
La crémation restant contrairement à ce que Nihil comprend ou à l’autodafé et l’immolation par le feu la combustion d’une Viande froide.

Or Nihil n’est pas mort.
Pas encore, hélas.
Ce qui me laisse du temps pour lui expliquer que la Saint-con c’était une bonne idée, une très bonne idée.

La Saint con pour fêter le con.
Ce morceau de femme qui ne porte pas de nom mais la vie.
A qui, oui, on peut mettre le feu !
Jusqu’à l’orgasme.


Au feu les hérétiques, part 1

Au moment de me lever, ma décision était prise. J’allais consacrer le reste de mon existence, jusqu’alors malheureusement dissolue, à mettre mon bras au service de la justice divine. Je mettrai toutes mes forces dans la lutte contre la bêtise humaine et ses représentants, qui retenaient la civilisation dans sa quête vers l’épanouissement moral. J’assainirai notre société de ses dérives fâcheuses orchestrées par des imbéciles sous-évolués. Pour ce qui me concernait, je décidai de m’amender et de réformer ma conduite plus que douteuse à ce jour, je m’engageai dans la voie illustre de la rédemption.

Je me dressai au devant de ma couche sans plus voir les murs misérables qui retenaient encore mon ardeur. Je me dirigeai vers la porte, repoussant les obstacles d’une main qui avait cessé de trembler. L’ouverture déversa dans ma cellule un flot de lumière aveuglante, mais je ne cillai pas et m’avançai vers ma destinée.

***

Dans la pièce suivante je trouvai les géniteurs, terrés comme de coutume dans leur misère résignée. Ils posèrent leur regard sur ma personne et sans mon état de béatitude, je l’aurais perçu comme une salissure intolérable. Je fermai les yeux sur cette scène pathétique et avançai vers la porte d’entrée du logis, bien décidé à le quitter à jamais. C’était sans compter sur la misérable détermination de la génitrice, engoncée comme toujours dans ses manies ridicules.

- Tu vas où ?

Je ne me laissai pas distraire de mon objectif et ne répondis rien. Mais aussitôt la génitrice s’interposa, bloquant le passage. M’armant d’une patience souveraine, je tournai mon regard vers sa modeste gueule de conne.

- Où tu étais encore passé hier ? Et qu’est-ce que tu as fait ? Tu crois que ton père et moi allons supporter tes petites affaires sous notre toit encore longtemps ? Et quand est-ce que tu vas te décider à chercher un vrai travail ?

Ses petits yeux plissés rappelaient ceux d’un mammifère ongulé inférieur, et l’odeur de soufre qui émanait de sa bouche d’égout était positivement intolérable. Je ne pus retenir mon ire et garder le silence plus longtemps. Toutefois mes propos restèrent mesurés et d’une admirable courtoisie au vu des circonstances, la rage qui les motivait ne perçant jamais leur masque de politesse feinte :

- Nan mais vazy Mman, lâche l’affaire maintenant, ouais ? C’est bon, OK ? Faut toujours que tu me fasses ta morale à deux sous, et patati et bla bla. C’est trop abusé, t’as vu. Arrête de te la donner.

Elle se hérissa d’une indignation que des personnes de sa catégorie ne devraient pas être en mesure de ressentir en quelque occasion que ce soit, et glapit d’un ton aigu :

- Un peu de respect pour tes parents, je te prie !
- Ouais ouais, respect c’est respect. Mais tu m’as trop pris la tête, t’as vu. Là je bouge.

Ces obscurs jappements de chienne gravide glissaient sur moi sans m’atteindre profondément. La génitrice était indigne de mon attention : aussi je me préparai à contourner son enveloppe charnelle mafflue, tout rayonnant de la sainteté de ma mission. C’était sans compter sur la besogneuse obstination des gens du bas-peuple.

- Tu t’en tireras pas comme ça ! Tu resteras ici jusqu’à ce qu’on te dise que c’est bon ! Petit con !

Le géniteur bêlait doucement son approbation depuis le canapé, ses yeux dégoulinants d’une insupportable soumission. En cet instant, un élan d’empathie inattendue me dévoila l’effrayante ampleur de la malédiction qui pesait sur son échine : sous le joug de la génitrice, il avait absorbé toute sa vie d’homme ses élans de rage mesquine, sa petitesse et sa fourberie. Rien n’avait plus pu le tirer des griffes de cette mégère spongiforme.

Elle agrippa furieusement mon surcot et se mit à le secouer comme une ribaude secoue le manche de son client, et je reconnus bien là le poignet exercé de la putain repentie. Mon sens aigu de la diplomatie m’évita de révéler ce parallèle au grand jour, mais je n’en pensais pas moins. Cette suceuse de l’enfer allait devoir calmer ses ardeurs illico si elle ne voulait connaître mon courroux. Je le lui fis savoir en des termes que son ignoble stupidité de femelle lui permettrait d’entendre :

- Mais arrête Mman, putain ! C’est bon lâche moi la race, t’as vu !

Le géniteur s’efforçait de secouer la tête bien en rythme comme une peluche de plage arrière de BX, pour marquer son indéfectible soutien à la génitrice. Je sombrai dans un abîme de peine : le géniteur n’était qu’un esclave asservi de longue date par cette créature de l’enfer qui se prétendait ma mère. Une colère inextinguible s’empara de moi : je devais à tout prix éliminer cette souillure ménopausée de la surface du monde. Cette foutue connasse molle cherchait clairement à entraver la marche d’un serviteur de Dieu, elle allait devoir payer ses actions maléfiques. Je lui administrai un somptueux osotogari et l’envoyai paître la moquette, avant de lui décocher une violente manchette à la glotte. Je vis sans déplaisir sa face boursouflée de téteuse de lard devenir écarlate et sa bouche luisante de fiel recracher les aliments impurs qu’elle absorbait à mon arrivée. Le géniteur ne me laissa pas le loisir d’apprécier longuement le spectacle de la déchéance de la succube : il se jeta sur moi en gloussant des anathèmes ridicules. Malgré mon profond regret, je dus le mettre hors de combat. J’entrepris délicatement de démonter son squelette pièce à pièce pour lui faire entendre raison : cet homme s’était fourvoyé, avait suivi les voies du démon en croyant bien faire. La tâche n’était guère ardue : ce pauvre séide aveugle à l’esprit corrompu maîtrisait à peine ses mouvements, et s’attaquait à un homme dans la force de l’âge. Je le laissai bavochant son malheur, artistiquement encastré dans la table basse du salon familial.

Je devais maintenant brûler la dépouille de la bovine succube. Seul le feu pourrait purifier cet antre du Mal. Toutefois le lieu ne disposait pas d’un foyer digne de ce nom, ni même de combustible utilisable. Après une courte étape de réflexion, je me décidai à attraper la génitrice par la tignasse et à l’entraîner vers la cuisine. Incapable d’utiliser convenablement la cuisinière crasseuse, je poussai tous les boutons de cet instrument incongru, au hasard, espérant déclencher une chaleur suffisamment puissante. Je dus subir les marmottements inaudibles de la génitrice durant le délai qui s’ensuivit. Je lui administrai quelques menues claques sur le groin pour la calmer. Le four resta désespérément froid, par contre les plaques électriques se mirent à délivrer une intense chaleur. Soulevant d’une main ferme la génitrice, j’appliquai sa gueule de pute sur la plaque, provoquant une volute de fumée et un hideux grésillement de chair fondue.

Mais, tandis que le corps se mettait à se tordre de spasmes sous l’effet de la torture, un grand cri traversa la pièce :

- Mais qu’est-ce que tu fous ?


Au feu les hérétiques, part 2

C’était ma jeune sÅ ?ur Natacha, qui avait faisait irruption dans la pièce et roulait des yeux comme un merlan tiré de son élément. Je lui fis connaître mon sentiment d’une voix posée :

- Vaz-y, dégage ta race, putain de ta reum !
- Jean-Christian !
- Hé je te l’ai déjà dit la pute : mon nom c’est pas Jean-Christian. Mon nom c’est DjayCee le Def, putain !

Elle fit mine de s’interposer entre moi et le steak de succube, en brandissant une fourchette et je me dus de désactiver ses ardeurs d’hystéro maritime d’un double claquage de tronche. Aucun doute, la lignée maternelle était niquée jusqu’à l’utérus, il n’était que temps que je m’extirpe de ce carcan avilissant. Ma famille s’était engoncée trop longtemps dans la stupidité crasse des foules avachies, rien n’était récupérable. La viande était à point et commençait à gicler de l’huile alentours : je retournai négligemment la hure de la génitrice sur l’autre face, retirant ma poigne vengeuse à l’instant où le crin prenait feu. Une envahissante odeur de porc envahit la cuisine familiale. Je jetai un œil inquisiteur sur les débris du géniteur et de la sœur et décidai de leur accorder ma clémence : je les laisserai vivre et gérer à leur guise la perte de leur maîtresse bien cuite.

***

Ma mission sacrée s’éclairait d’heure en heure. C’était une croisade, une djihad contre la connerie et tous ses aspects matériels ou moraux dans la société qui m’entourait. La génitrice entrait dans cette catégorie parce que comme je l’avais dit maintes et maintes à mes partenaires de débauche, avant ma rédemption : " ma mère c’est trop trop une conne, t’as vu ". Cette analyse de la situation renforçait ma détermination : j’allais utiliser tous les moyens en ma possession pour faire subir le châtiment divin à tous les représentants de la bêtise humaine qui m’entouraient. Ce ne serait hélas que retirer une goutte d’eau de l’océan, mais d’autres se lèveraient derrière moi pour ramener la loi de Dieu en ce bas-monde. Ce serait un véritable élan, une marée vertueuse.

J’étais paisiblement affairé à tagger ‘InQuiSi+ioN RewlZ’ avec de l’excrément sur la paroi suintante des latrines publiques en bas de chez moi, acte hautement symbolique et annonciateur des changements à venir, lorsque je réalisai qu’il me fallait tirer un trait sur mon passé lamentable. Le meilleur point de départ de ma quête serait d’éliminer ceux qui s’étaient prétendus mes amis, ces êtres larvaires aux facultés mentales plus que douteuses. Ils avaient été les artisans de ma vie dissolue, ils paieraient le prix de leur inconséquence. Tout auréolé de ma nouvelle détermination, je m’extrayai de cet antre crasseux pour me diriger vers leur lieu de rendez-vous traditionnel, les caves de la tour des Peupliers. Lieu d’angoisse s’il en est.

Equipé de deux jerrycans d’essence, j’atteignis les abords de l’édifice maudit. Sur le parvis, je trouvai le frère cadet de Marko occupé à faire le gay. Je le connaissais bien mal et ce jeune diminué avait sans nul doute tout oublié de mon existence puisqu’il me héla en ces termes :

- Hé toi, où tu crois que tu vas ?
- Vazy je vais voir le crew dans la place t’as vu ?
- Comment tu m’as parlé, l’autre ! T’arrêtes de m’engueuler ouais ?
- C’est bon, j’ai juste dit...
- Mais c’est bon, arrête de te la donner, t’as vu comment tu parles ?
- Je suis très calme, sale fils de pute d’enculé !

J’échafaudais déjà un plan pour replier ce détritus mongoloïde dans une poubelle, mais il haussa les épaules et se désintéressa de moi, ce dont je me trouvai fort satisfait.

J’avais pensé simplement les enfumer pour qu’ils sortent de leur cache et que leur exécution soit publique, mais les caves disposaient de plusieurs issues, ce qui invalidait ce plan. Dans les profondeurs obscures des caves, j’entendis le brouhaha insipide de mes ex-camarades. Dans l’ombre d’un réduit décrépi, ils devisaient et riaient bruyamment en absorbant des produits illicites. Je déboulai dans la pièce lourdement enfumée sans prévenir et sans me préoccuper des lazzis qui accompagnèrent mon entrée en scène :

- Alors DjayCee, t’as fini par le digérer cet acide, ou bien ?

Et un autre de rétorquer :

- Ouais, ça fait au moins deux jours qu’on t’a pas vu à cause de ce truc. T’as eu du mal à l’avaler, hein ma grosse ?

J’ignorai les rires gras qui s’ensuivirent et jetai un œil froid sur le décor de mon ancienne débauche. Des banquettes de voitures disposées en cercle achevaient de s’émietter autour d’un miteux transistor qui diffusait une logorrhée insondable de bêtise. La plupart de mes prétendus amis étaient patiemment occupés à bouger la tête en rythme.

- Alors, t’es venu retaper hein ? Ca t’a fait trop planer et t’en veux encore ?

Sans m’abaisser à répondre à leurs sarcasmes, j’entrepris de répandre le combustible devant moi, à grands jets noirâtres, sur le sol, les murs et les sièges de fortune, sans négliger d’arroser bien copieusement ces sales abrutis.

- Putain mais... C’est quoi ce truc ?

Je ne me laissai pas perturber et vidai le dernier jerrycan sur la tronche de Marko. Alors qu’ils commençaient à peine à comprendre ce qui se passait, je gonflai ma poitrine et lançai bien haut mon cri de guerre :

- A MORT LES HERETIQUES, T’AS VUUUUU !

Dans la confusion qui s’ensuivit, l’un d’entre eux hurla :

- Waaargh, il est resté perché ce con ! Barrons-nous !

Ils s’égaillèrent sans demander leur reste, mais j’étais déjà sur eux, tentant d’allumer leurs loques imbibées d’essence de mon zippo flamboyant. Enfin le feu prit et ce fut un embrasement instantané. Ce fut une flambée superbe, inoubliable. Les corps embrasés se cognaient entre eux, provoquant de fugitives explosions, ou contre les murs ruisselant de feu. Je pus me tirer de cet enfer au prix de quelques brûlures sans conséquences.


Au feu les hérétiques, part 4

Abasourdi, je vis la porte claquer sans avoir pu esquisser le moindre geste. En hâte je me dressai pour courir à la suite de ce potentat gluant, bien décidé à lui faire entendre raison. La porte donnait sur un long escalier qui montait vers les plus hauts étages de l’archevêché. Je débouchai bientôt sur une enfilade de chambres sévèrement gardées par une nuée de bonnes sÅ ?urs que je bousculai, à la recherche de l’archevêque. Je finis par le découvrir dans une vaste pièce, entouré de dizaines de jouets en plastique, de poupées et d’animaux en peluche. Je m’arrêtai, saisi de stupeur. L’archevêque marmonnait lamentablement, couché à plat ventre entre un nounours vétuste et une poupée Barbie sans tête. Il leur parlait doucement :

- Il est méchant avec moi, le monsieur. Il est méchant ! Méchant !

Il fit bouger la poupée en contrefaisant une voix aigue de petite fille :

- Dis-lui d’aller se faire enculer, putain, on en a rien à foutre !

Puis, fronçant le nez, il parla pour le nounours :

- Dis-lui que si il continue on retrouvera son cadavre cousu dans le ventre de sa maman éviscérée.
- Oui, mais il va me taper, pleurnicha-t-il.

Je ne pouvais croire ce que j’entendais. Je tentai de lui faire entendre raison :

- Ecoute, Votre Succulence, c’est quoi ces gamineries ? Je vous cause de brûler des cons et vous vous jouez à la poupée ? T’as vu ?

C’est la Barbie sans tête qui me répondit en tortillant son fion de plastique :

- Hé toi pauvre connard, pourquoi t’irais pas plutôt traîner ta gueule d’hydrocéphale dans les taudis fangeux qui t’ont vu naître ? Tu commences à nous casser les burnes, abruti !

Et le nounours de renchérir :

- On va t’arracher tous les tendons et te les faire bouffer accompagnés de ta mâchoire pilée au mortier !
- Mais arrêteeez, il va nous faire mal ! Je veux pas qu’il nous fasse mal !
- Va sucer la bite de ta grand-mère morte, branleur de gnous !
- Ton utérus servira de sac-poubelle quand on t’aura démembré !
- Une affiche clignotante... Oui c’est ce dont nous avons besoin. Une immense affiche qui clignote. En bleu. Oh oui...
- Et dugland, ta mère c’est trop une conne !

Ulcéré par cette dernière remarque, je me dressai, les dents serrées. Incroyable : ce type était le plus gros con que la terre ait jamais porté ! Cette fois j’allais faire un exemple. Cet archénarque de pacotille et ses amis imaginaires en peluche allaient me servir de petit bois pour le plus grand feu d’alarme que la chrétienté ait connu. Sans pitié, l’esprit verrouillé sur ma détermination, j’empoignai mon jerrycan et me mis à arroser la scène de carburant. La peluche des animaux s’imbiba aisément d’essence, ainsi que le costume élégant de ce taré de merde. Avant que l’archevêque ait pu tenter le moindre geste, j’allumai le feu, et la pièce s’illumina brutalement, et s’emplit du rugissement céleste de l’incendie à l’oeuvre. Les flammes gagnèrent en un instant l’archevêque, qui se tordit de douleur et de terreur sous mon regard extasié.

Soudain cette torche humaine fut soulevée par une convulsion désespérée et se jeta sur moi, brandissant sa poupée fondue et son nounours vers mon visage. Les agitant frénétiquement, il couina :

- Tu nous cherches ou quoi, bâtard d’enculé ?
- On va t’empaler avec tes tibias !

Je l’assommai à grands coups de jerrycan vide en hurlant, et il s’effondra dans le bûcher, entouré de tous ses jouets en train de se consumer. Au cœur d’un magma de fumée noire et étouffante je me retirai de cette scène d’apocalypse, environné de bonnes sœurs enflammées, qui se cognaient aux murs comme des billes de flipper.

J’étais accablé. J’avais voulu croire que notre civilisation était noyautée par la connerie, que seule une frange d’abrutis atténuaient son développement vers un avenir radieux, mais plus j’avançai dans ma quête, plus je comprenais que nous avions tous sombré dans une même folie. Il n’y avait plus rien à assainir, tout était corrompu, pourri jusqu’à la moelle. Nous courrions tous vers l’abîme d’un même élan et plus rien ne saurait nous sauver. Il n’y avait plus rien à attendre.

Je tombai à genoux et je plongeai mes mains dans le brasier rougeoyant, attendant que l’incendie courre sur moi.


Sexe, nicotine et macramé - part 1

Me voilà de nouveau livré à moi-même. Une constante, tel est mon triste sort. Oublié sur une table à la terrasse d’un café... Je reste là comme une merde, juste à côté d’un pourboire ridicule, de mégots froids flottant dans un cendar Segafredo improvisé... Combien de fois ai-je eu à vivre la situation ? Des dizaines ? Des centaines ? Je ne les compte plus... On m’égare, on me perd, on me prête, on me refile, on me vole furtivement, on me chourave en douce... Après tout, qu’attendre de plus de la part de tous ces connards à qui j’ai appartenu ? Après tout, qu’attendre de plus de la part de tous ces connards à qui j’appartiendrai ? De l’attention ? De la considération ? Un peu d’amour peut-être pourquoi pas ? Allons bon, faut pas déconner non plus... Je ne suis qu’un objet. Je ne suis qu’une saloperie de briquet à la con...

" Putain mec t’as pas du feu ? ", un gros tas alpague le garçon de café par le tablier. " Monsieur, l’espace fumeur c’est là bas... ", Qu’il lui répond en lui indiquant du doigt la table où on m’a honteusement largué ... C’est bien ma veine je crois bien que j’me suis dégotté un nouveau proprio... " Hey bas du fion ! ", Le gros mec secoue le barman, " Tu me parles sur un autre ton, sinon j’t’éclate ta salle tronche de lèche-burnes endimanché sur le bitume, ok ? ". Fausse joie, le client se vexe, il va se barrer sans demander son reste. " Mais Monsieur... ", Le serveur n’a pas le temps de finir sa remarque qu’il valdingue dans les airs, ses pieds ne touchent plus le sol. Tout le contenu de son plateau se retrouve en mille morceaux sur le carreau. Les badauds dévisagent les deux hommes. Le gros cul les envoie tous se faire foutre en brandissant son majeur. " Lâche le morveux, Jack ! On a autre chose à branler !", Un homme engloutissant un sandwich crudités grommelle presque incompréhensiblement ces mots. C’est un des potes de la brute qui essaie de la raisonner, un petit maigre assis en face d’un troisième type, un black sexagénaire emmitouflé dans une grosse cagoule et une doudoune, qui lui, par contre, ne bronche pas d’un poil. Le sac d’os m’a repéré sur ma table et a lâché son sandwich. " Attrape-moi ce feu ! ", Me jette-t-il sans le moindre égard en direction de son ami... Jack me chope en plein vol, et allume la clope qui lui pend au bec dans la foulée... Oh, putain ça vient ! Ouuui ! Ouuuui ! Oh, merde... Je jouis !

C’est pas que j’sois un briquet de collection : j’ai pas été conçu par un artisan aux doigts d’orfèvre, juste assemblé à la va-vite par une ouvrière asiatique sur une chaîne de montage... J’suis juste fonctionnel et très utile... J’ai un coupe-vent qui pivote aisément et un orifice pour me recharger en gaz liquide... J’fonctionne plutôt correc’. C’est à ça que je dois ma longévité hors du commun... Car d’ordinaire, si vous voulez bien me pardonner une pauvre vanne à deux balles, nous autres, les briquets, on fait pas long feu... J’ai une sorte de coque en alliage merdique, j’suis pas plaqué d’un quelconque métal précieux... Les motifs qui y sont gravés ? Un vague feuillage au style orientalisant ou pt’ête bien un dragon mal fichu (j’ai jamais trop bien su). Tout c’que j’sais c’est qu’ils sont pourris, nuls, mais assez tape-à-l’œil pour ne pas donner l’idée, à ceux qui m’ont entre les mains, de me foutre à la poubelle... J’suis affublé d’un sigle ‘Made in Taiwan’ assez discrètement planqué en plus, j’en remercierais jamais assez mon concepteur...

Il fait sombre. J’dois être au fond de la poche du blouson pourave de ce connard de Jack. À peine unis par le destin et j’peux déjà pas le blairer... J’dois me coltiner la compagnie d’un kleenex usité, d’une vieille capote à l’emballage à moitié déchiré et de la boulette d’un chewing-gum post-mâché... Chouette cette odeur de morve, de chlorophylle et de caoutchouc lubrifié ! Enfin, j’ai pas à me plaindre, au moins c’est pas encore aujourd’hui que j’finirai à l’incinérateur... Déjà ça d’ gagné... Mais tiens, à l’extérieur, ça cause :

" T’es sûr qu’c’est à l’Hilton qu’il est descendu l’autre blaireau ? ", Jack semble sur les nerfs, il arrête pas d’harceler son pote maigrelet, le bombarder des mêmes questions... J’entends les portes d’un ascenseur s’ouvrir... Les pas des trois compères sont feutrés, ils résonnent presque imperceptibles en cadence. Les lascars arpentent sans aucun doute les tapis d’un long couloir à l’étage d’un hôtel... " Cool Mec ! J’suis sûr de mes sources ! Arrête de m’gaver... ", Le petit est exaspéré, " J’sais pas...Détends-toi... Pense à des trucs un peu futiles... Tiens ! Tu sais comment qu’ils appèlent les menus Extra de Burger King les froggies ?" " Putain Robert ! Arrête de te foutre de ma gueule... Y a plus de Burger King en France depuis des lustres...", Jack à la bougeotte, il glisse sa main dans sa poche et me saisit, " Si t’étais pas un pote, j’t’aurais déjà collé deux bastos dans la calebasse... " " Zen mec ! ", Réponds Robert en nous faisant une petite suée du derche, " Si on peut plus déconner entre amis, hein ? Prends plutôt exemple sur Maceo... Il est silencieux et cool, lui... hein, Maceo que t’es cool ?" Robert pousse l’homme encagoulé à grands coups d’épaule... Il trimballe un sac de sport... Doit y avoir un truc pas net dedans... Je remarque alors que Robert le menace d’un flingue discrètement serré contre sa doudoune... Il conclue : " D’ailleurs tiens, Jack, on y est... Suite 402... C’est là !"


Sexe, nicotine et macramé - part 2

Jack tient de deux doigts sa Marlboro, le filtre à la commissure des lèvres... Il m’approche de la cigarette, repousse mon couvercle d’une secousse de la main droite, son pouce fait tourner ma molette dont la partie crantée frotte sur ma pierre : des étincelles jaillissent... Presque instantanément le doigt finit sa course en butée contre mon bouton poussoir qui s’enfonce mécaniquement en mon antre... La pièce métallique qui y est solidaire bascule et fait levier sur ma fourche qui glisse dans le conduit. L’orifice en son extrêmité est dégagé... Le gaz se libère alors et circule dans le petit canal qui le guide jusqu’à l’extérieur de mon être... Il s’échappe par la valve et s’enflamme au contact des étincelles. Oh, putain ça vient ! Ouuui ! Ouuuui ! Oh, merde... Je jouis ! Jack prend une forte aspiration. Je sens lentement le réservoir en moi se vider dans une flamme libératrice. L’orgasme dure quelques secondes, juste le temps que ce con de fumeur réussisse à allumer sa clope. La Marlboro scintille du bout et commence à se consumer. êa fume. Jack relève son pouce et mon ressort ramène le bouton poussoir à sa position d’origine. La pièce métallique bascule dans l’autre sens et referme la valve. La flamme et le plaisir s’étouffent subitement.

"A toi de jouer Maceo !", Robert retire d’un geste brusque la cagoule de l’otage et le poussotte du canon de son flingue. Jack quant à lui se met à couvert à côté de la porte de la suite 402, en dehors du frustrum de l’œilleton, prêt à intervenir en cas de pépin. "Bordel Maceo !", Susurre Robert à son oreille, "Fait pas le con... Agis comme on a prévu et tout se passera bien..." Puis il se place en retrait, juste derrière l’otage, tout en le gardant en joue.

J’ai beau chercher dans mes souvenirs mais je ne pense pas qu’il me soit arrivé quelque chose de comparable auparavant... ça me troue... attendez voir un peu... On m’a gerbé dessus un soir en boîte de nuit ! Non, non, ça c’est minable comme souvenir... Quoiqu’ on venait juste de m’allumer et... Hum... Le mec qui ne se sentait pas bien avait tellement ingéré d’alcool que le con a failli incendier le night-club. On aurait dit un cracheur de feu... Ok, ok, effectivement, il ne m’est rien arrivé de comparable auparavant.

Au moment où Maceo lève le poing, s’apprêtant à frapper à la porte, un " ding " retentit... C’est la bouche de l’ascenseur qui s’ouvre au bout du corridor, un petit binoclard un peu louche et dégarni surgit, habillé en tenue de golf, en blanc de la tête aux pieds... Jack et Robert planquent leurs armes et sifflotent comme si de rien n’était. Maceo ne sachant pas trop quoi faire reste un bras en l’air et sert de toutes ses forces le sac de sport de l’autre main. Le bigleux semble n’avoir rien remarqué de suspect... Il a un petit calepin où il consigne des trucs à l’aide d’un crayon mine. Jack a placé son flingue dans la poche où je me trouve, c’est un Glock 9mm, il conserve son doigt sur la gâchette au cas où le golfeur chauve se mêle de ce qui ne le regarde pas... La tension est grande... On peut la sentir... La main de Jack est moite, la lopette tremble de peur... En effet, la tension a une odeur, elle pue la sueur rance...

Le binoclard passe lentement à coté des trois hommes mais ne lève même pas les yeux. Robert pousse un " ouf ! " de soulagement, au moment précis où Maceo un peu nerveux laisse tomber le sac de sport qui fait un boucan monstre en impactant le sol... L’embout d’un saxophone un peu cabossé émerge de la fermeture-éclair entrouverte. Le chauve se retourne mais Jack tend déjà son arme dans sa direction, l’index sur sa bouche pour indiquer au petit imprévu dégarni qu’il va falloir la fermer.

Un ange passe...

Derrière l’œilleton de la porte, ça s’affaire... On devine un œil qui cligne. Robert qui se trouve aux côtés de Maceo fait un gros sourire débile. Il lui reste un peu de salade du sandwich qu’il avait commandé au café, carré bien en évidence entre ses incisives. Ça le rend un peu plus sympathique, n’empêche... Enfin, j’imagine le spectacle ridicule derrière le judas... On entend alors à l’intérieur une première voix assez éloignée, presque imperceptible :
- " Qui c’est, Chuck ? " Jack se rapproche du petit chauve en le menaçant de son Glock avec plus d’insistance :
- " Putain ! ", Lui murmure Jack en se pinçant le nez, " Mais tu t’es chié dessus, espèce d’enfoiré ? "

Le petit chauve émotif n’aurait pas dû s’habiller en blanc aujourd’hui :
- " Colle toi contre le mur et ferme ta gueule ! " Puis en fouillant dans son blouson " C’est pas vrai...Quelle puanteur ! Fume-moi cette clope, comme ça t’oubliera pas que si tu l’ouvres t’es un petit chauve dégarni plein de merde dans le froc et raide mort..." Jack me brandit alors jusqu’aux lèvres du golfeur, fait gicler des étincelles de ma pierre, libère du gaz d’une légère pression...Oh, putain ça vient ! Ouuui ! Ouuuui ! Oh, merde... Je jouis !

Plusieurs verrous grincent, glissent et butent, une loupiotte électronique passe au vert sur le boîtier d’ouverture. Des clés se tournent. La porte soudain s’entrebâille.
- " Monsieur Ritchie ", Lance ce mystérieux Chuck, " C’est votre ami, Maceo Parker... Il est accompagné d’un connard avec une sale gueule... sûrement son agent... J’ouvre la porte, Monsieur Ritchie !"


Sexe, nicotine et macramé - part 5

Neurones attaqués par le talc, Jack a momentanément perdu ses esprits et se dirige vers la porte qu’il déverrouille pour libérer l’otage :
- "Tu sais que c’est pas bien de cafeter, hein ? Alors promets-moi que tu vas pas appeler la police, ok ? Allez ! Va puer ailleurs..."

Mais au moment où la porte s’entrebâille, Jack a à peine le temps d’apercevoir un grand groom blond, une sorte de Spirou élevé aux hormones, qui lui file un grand coup de poing dans la gueule. Il s’effondre KO.
- "Oui c’est bien lui Jumbo !", Le serveur que Jack avait molesté au café en face du Hilton semble lui en avoir gardé rancune et est revenu avec un pote... Apparemment, il a su jouer de ses relations de travail pour le retrouver, (entre esclaves modernes on se comprend),
- "Allez Jumbo, aide moi à le transporter dans la suite, j’vais latter les couilles de cet enfoiré et de ses amis !"

Le grand Jumbo pousse le golfeur dans la chambre et utilise son pass magnétique pour refermer la porte de l’intérieur.

- "Regarde-moi cette bande de pervers, Jumbo !", le garçon de café découvre un spectacle affligeant et quelque peu trompeur dans le séjour, "on va leur enseigner la parole de Dieu à ces enfoirés de sodomites... Alors comme ça, vous aimez les petites partouzes masquées entre potes hein ? Vous jouiez à touche-pipi, pas vrai ? Regarde Jumbo, l’autre pédé en caleçon à côté de la folle en tenue de bunnygirl rose, ben y s’est même chié dessus... Quel est le putain de monde décadent dans lequel vous vivez, troupeau de païens ? Jumbo et moi, on va vous évangéliser la gueule !"

Le groom balaise se met alors à foutre de violents coups de poings dans le bide de Jack tout en récitant des psaumes, il se sert de chaque dent que Jack recrache comme d’une perle de chapelet. Le garçon de café brandit alors deux battes de baseball qu’il s’était attaché dans le dos, à la façon de katanas... Il les place perpendiculaires l’une à l’autre, en signe de croix, tout en poussant dans un long râle hystérique :
- "Pardonnez-leur seigneur parce qu’ils ont péché... Ils ont péché parce que le Malin les habite... Le Malin les habite, mais je m’en vais le déloger... Seigneur, je serai ton bras vengeur et juste, implacable et rédempteur, clément et... ... Enfin tu vois c’que j’veux dire pas vrai ? Seigneur, je serai ton serveur... heu putain, serviteur... pardon... Que ta volonté soit faite... Amen...Ainsi soit-il...oui, oui, vraiment..."

Mais alors que le garçon de café, se jette complètement par hasard sur Maceo Parker parce qu’il est noir et sexagénaire, Robert sort alors de la salle de bain en grommelant :
- " ça y est, Jack, ça a pas été une partie de rigolade mais j’ai pu traîner Chuck jusqu’à la baignoire... ça m’a rappelé la fin de Sauvez Willy lorsqu’ils relâchent le cachalot dans l’océan et j’ai même versé une petite larme, dis donc... J’suis trop sentimental, la prochaine fois, c’est toi qui nettoieras tes cocho... ne..." Puis sursautant en apercevant son ami en train de s’faire botter le cul :
- "Hey, Greta, c’est quoi ce bordel ?"

Robert pointe son Glock sur Jumbo qui le fige un bref instant... Puis sans hésiter, Robert vide son chargeur et répand la salle gueule de l’aryen bodybuildé dans tout le séjour.
- "On a pas appelé le Room Service !", qu’il lui lance alors que le larbin s’écroule lourdement sur la table basse la faisant exploser dans un brouillard de verre pillé et de talc... L’assemblée, abasourdie, se protège tant bien que mal... Les hommes sur le sofa se roulent en boule pour éviter les bris coupants.

Robert aide ensuite Jack à se relever, sans remarquer le serveur, qui, par instinct de survie ou p’tête plus par réflexe professionnel, s’est planqué derrière le bar en entraînant Maceo Parker dans sa fuite. Il serre ses deux battes contre lui en invoquant le seigneur pour qu’il lui vienne en aide.

- "C’était qui le garçon d’étage ? Un autre garde du corps ?", Robert époussette son camarade puis en se tapant le crâne,
- "T’as expliqué à M’sieur Ritchie, ce qu’on attendait de lui, Jack ?" Mais Jack est groggy et pas un seul mot ne sort de sa bouche alors Robert l’assoit sur le corps de Jumbo et harangue directement le réalisateur.
- "Bon, ok, vous nous avez volé nos idées... Déontologiquement parlant, normalement, on devrait vous buter juste pour le principe... Mais on peut trouver un terrain d’entente... On a tous à y gagner... Vous savez M’sieur Ritchie, Jack et moi on est de vrais truands, des tueurs professionnels, alors vous pourriez nous engager pour qu’on vous donne des conseils techniques pour le scénario et le tournage de vos prochains films... On est des experts dans le domaine du crime organisé... de fins stratèges... Parce qu’entre-nous, soit dit en passant, y sont sympa vos films, mais ils sont pas très réalistes... Et encore je suis gentil pasque j’vous admire, mais j’dirais même plutôt qu’ils sont ridiculeusement à côté de la plaque... En vrai, les gros-bras, c’est pas des branquignoles comme vous les dépeignez chaque fois dans vos histoires... Les mecs du milieu comme Jack et moi, c’est des types pros, réglos et méticuleux dans ce qu’ils font... y a pas de place pour l’impro... "

Robert tend alors à Guy Ritchie une feuille de papier qu’il avait minutieusement conservée dans la poche de son veston.
- "Voyez M’sieur, c’est un contrat !", il lui file un stylo bille décapuché au même instant..., "c’est pas pour un autographe, hein ? hé hé... C’est du business tout ça... Faites confiance, signez... pas la peine de lire, hein ? Vous inquiétez pas, j’ai pas ajouté dans les petites clauses qu’on pourrait culbuter votre femme... Pasque perso, Madonna elle me file pas la trique, vous savez ? Excusez-moi, M’sieur, Ritchie mais c’est une vraie morue... et encore j’suis courtois pasque j’vous admire et qu’c’est votre poufiasse, vous savez ?"

Mais Guy Ritchie reste pétrifié devant la feuille, il n’entend rien... peut-être bien parce que ses yeux sont figés sur le cerveau du groom étalé sur la moquette et que c’est assez loin du mélange de marmelade, de sirop et de mercurochrome qu’il utilise dans les studios habituellement ?


Sexe, nicotine et macramé - part 6

- " Ok, Ok M’sieur Ritchie... J’vois que vous êtes pas né d’la dernière pluie..."

Robert balise car le réalisateur ne semble pas séduit par son speetch,
- "Il vous faut une petite démonstration, une petite mise en situation, p’tête ? Vous avez raison... Vous êtes dur en affaires, mais y a tant de connards malhonnêtes de nos jours... Avec Jack, on avait tout prévu... C’est pour ça qu’on a invité Maceo Parker... Ok, Ok, on l’a un peu enlevé et drogué, m’enfin il aurait été d’accord sur le principe, s’il avait connu nos motivations... Maceo ! Maceo ! Joue-nous un p’tit air de sax que Jack et moi on puisse montrer deux, trois petits trucs à M’sieur Ritchie... Maceo ? Ouais je sais... On aurait pu prendre un Vinyle ou un CD, mais vous savez c’que sait... On était pas sûr que vous auriez un tourne-disque alors dans le doute... Maceo ? Bordel, réponds, t’es où ?"

Au même instant, le garçon de café sort du comptoir planqué derrière le musicien, l’étranglant avec ses deux battes de baseball...
- "Espèce de connard de cintré de merde !", s’époumone le serveur, "t’as refroidi mon pote Jumbo, enfoiré de damné de mes couilles ! Tu iras cramer en enfer pour ce que tu viens de faire... Dieu sera ton seul juge, d’accod’ac, mais j’peux t’assurer que j’m’en vais organiser votre entrevue pas plus tard que dans un instant..."

Robert toujours rivé sur le réalisateur anglo-saxon :
- "Bon ! On s’en bat du background musical... C’est sûr que ça va un peu moins le faire, passque les soundtracks de Maceo, y a pas à dire, ça a vraiment de la gueule sur la péloche... M’enfin, rien n’est jamais parfait dans la vie... Regardez comment qu’un vrai truand cool se sort d’une situation inextricable dans le genre..."

Robert se tourne alors en direction du bar :
- "Hey d’où tu sors, Batman ? Laisse mon otage tranquille ! Tu comptes faire quoi, sans rigoler ? Un homerun avec sa pomme d’Adam, puis tu prendras tes jambes à ton cou sous les applaudissements de tout le monde ? Mais... j’te remets maintenant... tu serais pas le garçon de café d’en face ? C’est pour ton pourboire que t’es revenu ?"
- "Fais pas chier truand d’opérette !", riposte le barman légèrement décontenancé, "un pas de plus et je lui fracasse la tête..."

Sans se démonter, Robert recharge lentement son flingue et shoote une première fois dans l’épaule de Maceo Parker, le garçon de café surpris le lâche. Robert s’agenouille alors récupère l’arme de Jack, et vide les chargeurs des deux Glocks dans les étagères surplombant le bar. Toutes les bouteilles d’alcool volent en éclat. Tiens donc ? Robert m’empoigne ? Il arrache le contrat des mains de Guy Ritchie, en fait une boulette et m’en approche... Ma pierre claque... Mon bouton pressoir s’enfonce... Oh, putain ça vient ! Ouuui ! Ouuuui ! Oh, merde... Je jouis !

Robert me jette par terre, sans le moindre égard. La boulette qu’il a enflammée fait un vol parabolique jusqu’en dessous du comptoir. Le serveur qui s’y était replié en émerge en flammes en gueulant... Il tente d’étouffer le feu mais n’y parvient pas... Il fait alors quelques pas en direction de l’entrée mais la porte est verrouillée de l’intérieur et il ne peut s’enfuir... Robert lui balance alors toutes les bouteilles qu’il peut trouver, toutes celles ayant survécu à ses rafales. L’homme se consume dans un long cri crépitant.

- "C’était pas cool, ça, comme intervention ?", lance Robert à Guy Ritchie, estomaqué, "bon ok, j’avoue c’est pas top original... Le coup du tir dans l’otage, j’ai choppé ça dans ‘Speed 1‘... ah ouais le premier volet était cool, par contre le deux, c’est vraiment du foutage de gueule... Et pis, vous l’aurez sans doute reconnu, le pilonnage des spiritueux du bar suivit de l’embrasement, c’est extrait d’Une nuit en enfer... Ok, ok... Par contre les vannes avant l’intervention sont d’origine et puis le passage à la fin où j’ai continué à lui balancer des bouteilles à la gueule pour attiser le feu... ben ça c’est de moi ! C’est bien vu pas vrai ? Ok, j’aurais pu conclure par tiens, voilà ton pourboire !, ça l’aurait plus fait... mais j’y ai pensé qu’après coup... "

- "C’est quoi c’boucan ?", grommelle Jack qui émerge, "Robert ? Qu’est ce qu’on fout ici ?" Puis en apercevant le garçon de café en train de flamber dans le hall : "putain, Robert ! T’es inconscient ? T’as oublié les principes fondamentaux du manuel sur les accidents domestiques ? Les barbecues se font toujours en extérieur ! Et les consignes de sécurité, bordel ?" Tout le hall est en flammes, la porte d’entrée est définitivement inaccessible... Jack se dirige alors vers le balcon de la suite... Il ouvre grand la fenêtre...
- "Hey Jack ! T’es pas un peu con ?", lui lance Robert, "là, t’es en train d’alimenter le feu en lui apportant de l’oxygène... Il faut l’étouffer pour le contenir, espèce de gros connard débile d’associé de merde !"

Mais Jack ne semble pas vouloir l’écouter... Furieux, il se dirige vers Robert qui bafouille un "Jack, j’te l’ai jamais dit avant mais j’crois bien qu’ton principal défaut, c’est la susceptibilité..." Jack empoigne Robert par les épaules, l’accompagne en quelques pas en direction du balcon, puis dans le prolongement de son élan, le balance dans le vide avant de refermer la fenêtre.


Sexe, nicotine et macramé - part 7

- "Robert était un acteur tout pourri...", Jack s’adresse à un Guy Ritchie pétrifié, "trop prévisible... Pas assez inventif... Trop Hollywoodien en fait... Faut que vous sachiez, M’sieur Ritchie, qu’il ne me représentait en aucun cas... Il parlait en son propre nom... En plus, j’ai trouvé que dans son jeu y manquait de repères... enfin y en avait, mais pas les bons... Attendez j’vais vous montrer..."

Alors qu’une épaisse fumée s’engouffre dans le séjour et que les flammes commencent aussi à s’y propager par les tapisseries, Jack empoigne deux chaises et les met en vis-à-vis, face au sofa... Il ordonne au golfeur traumatisé, en le menaçant d’un flingue, de s’asseoir sur l’une des chaises. Jack prend la seconde alors que le petit chauve s’adosse à la première.
- "Bon, ok M’sieur Ritchie", reprend Jack, "faut bien qu’vous preniez en compte le fait que la réplique m’est donnée par un amateur qui de surcroît s’est chié dessus... Vous trouvez pas qu’y manque comme un truc dans c’t’histoire ? Hein ? Ok... Dans toute bonne comédie à l’anglaise qui se respecte, à un moment où l’autre, y a un casting ! Vous voyez comme dans Petits meurtres entre amis lorsque les trois branques cherchent un nouveau colocataire, ou dans Full Monthy quand les potes chômeurs veulent compléter leur troupe de cheap’n dells ? Le casting, c’est un passage essentiel et obligatoire, une figure technique imposée... Le public l’attend avec impatience, la critique aussi, j’imagine même que les acteurs, le réalisateur et les scénaristes trépignent à l’idée d’aborder cette scène... C’est une putain d’institution, une tradition, comme les macarons avec le thé et les After-eight... C’est l’occasion unique de brosser toute une série de portraits plus farfelus les uns que les autres, un pur moment de comédie et de bonheur en résumé... "

Jack se tourne alors vers le golfeur :
- "ça tombe super bien qu’on ait à jouer un casting, pasqu’en ce moment je cherche un nouvel associé... alors on aurait qu’à dire que j’aurais passé une annonce dans le journal et que t’y aurais répondu, ok ? Bon... Alors comme ça, le boulot de tueur à gages, c’est un truc qui te botterais bien, hein ?"
- "Ben en fait, non pas trop...", répond le golfeur, "passque, voyez-vous, je suis astrophysicien et que j’ai pas pris l’option à la fac, et que c’est pas du tout mon domaine d’expertise, et que d’abord je supporte pas la vue du sang, ni la violence... d’ailleurs je suis plutôt pacifiste et je privilégie toujours le dialogue... pour moi, les hommes devraient toujours chercher à ne pas céder à leurs pulsions et leurs instincts primitifs, mais plutôt s’efforcer de trouver des terrains d’entente, des consensus, des compromis pour éviter les guerres et les conflits... parce que la haine appelle la haine, et c’est une spirale infernale après une fois qu’on a mis le doigt dans l’engrenage c’est vraiment difficile de s’en sortir... Pasque la vengeance appelle la vengeance, vous comprenez ? ÂŒil pour œil, dent pour dent... C’est une espèce de suite exponentielle non convergente... qui dit non convergence, dit pas de solution, donc inutile, stérile... y a pas de limite, on peut pas encadrer la progression, vous me suivez et... "

Jack n’a pas le temps de prier le golfeur de fermer sa putain de gueule que Chuck surgit en caleçon de la salle de bain... Il a un gros trou plein de sang dans le nichon gauche et pense sûrement que ce qu’il y a de bien dans une salle de bain de grand hôtel, c’est qu’il y a tout un tas de cosmétiques inutiles, comme des sprays à laque par exemple. Chuck en tient justement un dans la main droite. Je me souviens de ce sourire sadique qu’il traîne sur sa salle gueule, le même qu’il avait lorsque plus jeune il s’apprêtait à cramer tout plein d’insectes. Chuck passe discrètement à coté de moi et m’empoigne de l’autre main.
- "Et dire que mon connard de cancérologue, m’avait juré que le mélanome graisseux qui m’entourait le cœur allait finir par me l’étrangler et provoquer un arrêt cardiaque alors qu’en réalité c’est lui qui m’a sauvé la vie !", gueule-t-il alors qu’il allume ma flamme et qu’il pulvérise la laque en direction de Jack.

Oh, putain ça vient ! Ouuui ! Ouuuui ! Oh, merde... Je jouis !


Sexe, nicotine et macramé - fin

En plein orgasme, je n’ai pas très bien vu Maceo Parker bondir juste derrière Jack au même moment. Oh, je l’avais remarqué un peu plus tôt rampant vers lui avec peine, suite à la blessure que Robert lui avait infligée à l’épaule. Mais jamais je ne me serais douté qu’il avait en tête de lui filer un violent coup de saxophone dans la tronche pour l’assommer... Il n’aurait jamais dû tenter de le faire alors que Chuck, ressuscité, intervenait... Jamais je n’ai vu une doudoune flamber aussi vite. Jack qui s’est pris un méchant coup d’instrument dans la mâchoire est quand même assez lucide pour dégainer son gun. Il shoote plusieurs fois Chuck, mais son tas de graisse semble tout encaisser. Il arrive en furie vers lui pour le désosser vivant. Mais la dernière cartouche de Jack est la bonne, la balle atteint Chuck en plein dans le trou du nichon, faisant exploser son cÅ ?ur, cette fois-ci pour de bon...
- "Va te faire foutre, enculé de zombie de merde"

Jack sait être philosophe quant il le faut. Le garde du corps s’échoue comme une baleine sur le corps de Jumbo.

- "On peut dire que ce soir Maceo brûle les planches !", conclut alors Jack qui ne rate pas une occasion pour impressionner le réalisateur anglais.

Ce dernier s’est replié avec le golfeur au centre de la pièce qui, cette fois-ci, flambe comme l’enfer. Une poutrelle tombe, condamnant l’accès au balcon. Les derniers survivants ont bien du mal à respirer à cause de la fumée épaisse qui les asphyxie.
- "Ok, cette histoire à la con respecte bien tous les critères du genre mais il lui manque une putain de fin !"

Guy Ritchie à bout de nerfs craque... Il enlève en sueur la partie supérieure de son costume de lapin et la jette désespéré dans le feu qui la dévore.
- "Il nous faudrait un beau final twist pour l’achever en beauté...", ajoute-t-il en secouant Jack.

Malheureusement ce dernier est arrivé au bout de son inspiration. Il hausse les épaules concédant qu’il ne peut rien faire de plus.
- "Peut-être que le système anti-incendie va finir par se déclencher à un moment ou à un autre ?" Il avoue que ça lui échappe complètement.

- "Je suis fasciné par les symétries !", lance alors le golfeur en me sauvant des flammes qui allaient me dévorer. Jack le regarde agacé :
- "Qu’est ce ça peut nous foutre que t’aimes les symétries ? On va cramer ! Dans un instant, on ne sera plus qu’un petit tas de cendres... Ça sera la fin et voilà qu’un second rôle, un figurant presque, s’amuse à relancer l’histoire en nous parlant de ses mauvais goûts ? On n’en à plus rien à battre, c’est fini, finito, kaput, hasta la vista, ended..."

- "Rien ne se perd, tout se transforme...", le golfeur ne se laisse pas décourager et poursuit, "les symétries qui émergent en mathématiques, en algèbre, lors de résolutions d’équations, en géométrie aussi, illustrent ce principe universel, et ça les rend belles... L’énergie d’un système que l’on isole se conserve. La somme des composantes de cette énergie avant et après une transformation, une mutation du système considéré, est la même. La conservation de la quantité de mouvement en est sûrement l’expression la plus connue. En 1964, une anomalie observée lors d’une expérience sur la désintégration de Kaons, nous a permis de constituer le modèle standard actuel qui offre un cadre théorique momentanément adéquat pour étudier les particules élémentaires qui composent notre univers... Nous avons convenu de symétries théoriques que peu à peu, nous avons invalidé expérimentalement... Il y en à trois : C, P et T, symétries respectives de parité, de charge et de temps... Une à une ces symétries ont montré leur limites d’applicabilité, elles ont été violées, elles ont perdu leur caractère absolu pour ne devenir que des cas particuliers. On a ensuite pensé que combinées ces symétries incarnaient des vérités inébranlables... Lorsque charge et parité sont inversées, on convertit une particule de matière en son homologue d’antimatière. La symétrie CP qui consiste donc à faire un parallèle entre une transformation donnée et la transformation impliquant les antiparticules de la première transformation, symétrie que l’on croyait parfaite à aussi son domaine de vérification... Lors d’une violation de la symétrie CP, le bilan énergétique reste neutre si on considère la symétrie CPT associée. La composante temporelle résultante peut être positive ou négative, aussi je suis convaincu qu’il est possible de voyager dans le temps... Tout n’est pas perdu... Regardez ce briquet. Si je..."

Trois coups de feu retentissent. Jack vient de tirer trois balles dans la tête du golfeur qui s’écroule sur le plancher.
- "J’ai rien compris, pi y me faisait chier aussi...", concède Jack à Guy Ritchie stupéfait, alors qu’il me récupère, "M’sieur Ritchie, on se grille une dernière clope ?" Jack jette alors un coup d’œil dans le paquet puis haussant les épaules :
- "Et merde, il en reste plus qu’une..."

- "Regardez par delà la poutrelle, regardez par delà la fenêtre et le balcon...", reprend Guy Ritchie, "Ne voyez-vous pas la ville qui brûle ? Ne voyez-vous pas que tout crame jusqu’à l’horizon ? Ça n’est pas la suite qui flambe... ça n’est pas l’hôtel... C’est notre histoire qui se consume toute entière, elle s’effondre... Cette histoire bancale qui ne tient pas la route... Cette histoire à la con qui s’efface déjà de la mémoire d’un auteur qu’elle a à peine habité. Elle est pleine de codes, pleine de méthodes sensées faire mouche... Elle est construite sur un modèle ayant déjà fait ses preuves mais en réalité, elle n’en vaut pas la peine... Autant y foutre le feu à cette salope, avant qu’elle ne nous emporte... Je ne supporte pas cette idée, celle de n’être qu’un brouillon que l’on trouve imparfait... Je préfère être à l’origine de ma propre disparition... Je préfère anticiper les conclusions de mon créateur... Je le supère par cet acte..."

Guy Ritchie fout un gros coup de batte dans la gueule de Jack, le traitant de stéréotype à la con issu d’une imagination stérile et médiocre, puis il m’empoigne, se baisse, fait claquer mon coupe-vent, je sens que le gaz monte, je sens que ma pierre crachote des étincelles... Ce connard veut s’immoler ?

Oh, putain ça vient ! Ouuui ! Ouuuui ! Oh, merde... Je jouis !


Le saint des cons

Nous sommes le 10 Avril 2005.

C’est un grand jour pour l’humanité. Je m’apprête à brûler un des plus grands cons que la terre ait jamais portés. Ma mission va être délicate, très délicate, même si je l’ai préparée avec beaucoup de soin. Mon plan est parfait, mais il existe encore beaucoup de paramètres qui pourraient tout faire échouer...

Cela fait bientôt 48 heures que je suis arrivé dans cette ville surpeuplée. Je déteste cette foule, je déteste ces corps qui se pressent, je déteste cette ambiance, ce petit pays ridicule qui se prend pour un grand.
J’ai eu le temps de préparer tout mon matériel, je suis très fier de mes petites bombes au napalm, fabrication artisanale.
C’est une mission suicide, j’en suis conscient, je serai le premier à mourir pour cette Saint Con. Mais c’est ce que je veux...

Il est 14H32, je commence à avoir mal au pied, depuis le temps que je suis debout... J’en ai marre de marcher, mais j’arrive bientôt. Ma cible est en vue. Cette face hideuse me dégoûte. L’apercevoir me redonne du courage, la haine que j’éprouve me redonne les forces nécessaires pour affronter les derniers mètres me séparant de ma victime. Je fais mes derniers pas avec un sourire sardonique aux lèvres. J’entends des murmures s’élever autour de moi, apparemment certains des idiots qui m’entourent ne comprennent pas pourquoi je souris de la sorte... Vous allez bientôt comprendre mes agneaux.

Plus qu’un pas et je peux en finir.


Dépêche AFP, 14H55

Un terroriste a fait exploser une bombe incendiaire devant la dépouille du Pape Jean Paul II. On dénombre plusieurs centaines de victimes et le corps du Pape n’a pas pu être sauvé des flammes.