Les JO de la connerie, c’est avant tout un concours, une sorte de marathon de connerie, un fleuve de textes loufoques, drôles, sinistres ou romantiques.
Riche collaboration entre trois sites de tarés : La Zone, Le bar-ric, et bien évidemment, le forum lapin !
Le principe : chacun propose un thème, chacun écrit un texte, tout le monde vote, et on gagne.
Voilà. J’habite Montigny-le-Platane, et je viens d’avoir une idée. Raz-le-bol des jeux olympiques du fric. C’est vrai quoi, la faim dans le monde, le trou dans la couche d’ozone, le prix de l’essence, les terroristes, les éruptions solaires, tout ça, quoi... On a vraiment mieux à foutre de notre pognon. Y serait temps de donner la priorité aux vraies valeurs. Faut sauver l’idéal olympique, puteborgne. Alors, voilà, donc, j’ai une idée. C’est simple : on organise les jeux olympiques à Montigny-le-Platane.
Oui, je sais, ça paraît pas évident. L’endroit n’a pas que des points forts. D’abord, la crue de la Sanldre en 1908 a laissé de douloureux souvenirs dans la mémoire collective, et le nom même de Montigny-le-Platane, de Mexico à Pékin, n’évoque que d’effroyables scènes de ravages apocalyptiques, dont preuve ce cliché de l’époque, reproduit en agrandissement sur la porte du département des relations internationales de la mairie, sur lequel on distingue, mélancolique et brunâtre, la ligne tracée sous les fenêtres du premier étage de la sus-mentionnée mairie par la dantesque marée à l’apogée de son flux. Raoul, un cognac. Mais, messieurs du CIO, c’est de l’histoire ancienne tout ça, et on a des étés plutôt secs depuis quelques années. J’ai dit sec, Raoul. On peut donc venir chez nous sans se mouiller les chaussettes, il y a longtemps que le monde devrait le savoir.
Non, le vrai problème, c’est les places de parking, et la signalisation routière. A midi, c’est pas facile de se garer au centre de l’agglomération, y a toujours plein de monde devant le bureau de poste, qui est pourtant toujours fermé, n’essayez pas de comprendre. Et, en été, il faut compter avec les voitures des membres du club de pétanque d’Ornain, qui aiment venir s’adonner à leur sport favori sur notre magnifique grand-place (église du XVIe et monument au mort de 14-18). Mais, en cas de jeux olympiques, on pourra leur demander d’aller s’adonner plus loin. Et puis, on peut faire comme pour la fête municipale, on demande pour pouvoir garer les bagnoles dans un champ.
Pour la signalisation routière, il faut bien avouer qu’elle ne se distingue ni par sa clarté ni par son omniprésence. Elle nous vaut chaque année le passage de touristes égarés qui, se croyant en route vers le cimetière militaire de Dénicourt, viennent tourner en rond dans Montigny-le-Platane pour finalement demander leur chemin à Raoul, qui les renvoie en général vers Ornain parce qu’il n’aime pas les Boches (personnellement, je désapprouve Raoul sur ce point, je crois que les Boches sont des gens bien, qui ont droit à l’erreur comme tout le monde, et on va pas leur tirer la gueule parce qu’on a été ennemis pendant une ou deux misérables petites générations, les Boches c’est quand même pas des Anglais, et précisons bien qu’ici on est pas nationalistes, on a l’esprit olympique et on adore la tolérance). Mais donc, cette signalisation quelque peu radicalement inexistante, elle pourrait devenir dommageable si jamais des gens devaient vouloir se rendre volontairement chez nous, et donc il faudrait faire un petit effort de ce côté-là, je vous l’accorde. Fous-moi la paix, Raoul, avec mes donc. Je donc si je veux. Donc.
Sinon, au niveau des stades, pas de problème, le gouvernement s’en occupera, en plus on a voté pour lui, ici. D’ailleurs, y a plein de place, ils pourront en construire tant qu’ils veulent. Même du côté d’Ornain, pourquoi pas ? Comme ça ils pourront rester chez eux pour jouer à la pétanque dans leur stade. Comme quoi tout s’arrange.
Au niveau de la menace terroriste, pour changer, on pourrait demander des casques bleus à l’ONU. Je sais que vous avez l’habitude de faire appel à l’OTAN, mais l’ONU c’est plus international, et les soldats nigérians ou pakistanais ça coûte moins cher à faire venir, et en plus ça nous évitera d’avoir des Amerloques en train de mastiquer de la gomme à mâcher dans tous les coins. Et comme ça, ça fera multiculturel, et ça, on aime bien, nous, le multiculturel, et la tolérance, et tout ça. Donc, l’ONU. De toute manière, à part un ou deux gauchistes qui renversent les poubelles et l’ordre établi, on a jamais eu de terroristes dans le coin. Des huguenots, il y a longtemps.
Pour impliquer les jeunes, on a plein de projets également. Le truc, ce serait d’abord de les attraper par surprise en organisant une rêve partie (plutôt du côté d’Ornain, si possible). Ensuite, on les mettrait dans des camions de l’ONU et on les emmènerait faire un parcours sportif aménagé par les scouts dans les bois de Denicourt. Pour les motiver, on pourrait proposer comme prix des places dans une émission de télé-réalité, mais ça reste à négocier avec les gens de la télé. On en profiterait pour enfin achever le déminage dans les bois de Dénicourt.
Pour la cérémonie d’ouverture, tout dans la sobriété, l’élégance campagnarde, la parcimonie budgétaire. Parce que, quand même, la faim dans le monde, le sida, et tout ça. Sinon, dans un esprit progressiste et citoyen, on pourrait faire venir des pédés pour faire une joyeuse parade dans les chars du carnaval (plutôt à Ornain, l’urbanisme s’y prête mieux). On remplacera les chars après. Ce serait un beau message de tolérance adressé au monde entier par Montigny-le-Platane, et nous on a rien contre les pédés. On pourrait même inviter des noirs avec des tam-tams. D’ailleurs, y a beaucoup de pédés noirs, à ce qu’on dit. Enfin, à ce que dit Raoul.
Bref, je suis persuadé que vous êtes déjà convaincus. Pour les détails, on s’arrangera quand on connaîtra vos goûts et vos numéros de compte. Je sais que vous êtes des gens difficiles à convaincre, mais on devrait pouvoir s’arranger.
Voilà, je vous laisse, parce que Raoul voudrait rentrer chez lui. Je glisse des timbres dans l’enveloppe, parce qu’il ne faudrait pas ruiner l’olympisme, ainsi qu’une carte postale du cimetière militaire de Dénicourt, parce qu’on n’en a pas à Montigny-le-Platane. D’ailleurs, on n’a même plus de platane, depuis le cataclysme de 1908.
Lucien Bodart, maire de Montigny-le-Platane.
J’ouvre les yeux mais l’obscurité ambiante ne me permet pas de discerner quoi que se soit. Qu’est-ce que je fais là ? Où suis-je ? Je me lève pour essayer de reconnaître l’endroit dans lequel je me trouve ou au moins quelques objets susceptibles de me situer. J’avance lentement, mes bras en protection ; je ne distingue absolument rien. Je n’ai pas fait trois pas que mes mains rencontrent une parois solide, apparemment un mur en béton. Je le suis à tâtons pour me donner une idée de la taille et de la configuration de la pièce. J’ai trouvé une porte. Je la pousse, mais elle ne bouge pas. J’y mets plus de force, mais cela ne change rien. En plus, j’ai beau l’inspecter dans tous les sens, mais il me semble qu’elle n’a pas de poignée.
Enfermée.
Je suis enfermée dans une chambre de trois mètres sur deux avec pour seule compagnie les acariens peuplant le matelas miteux sur lequel je me suis réveillée. Je fais encore quelques fois le tour de ma geôle à tâtons dans la recherche d’un hypothétique interrupteur, mais vainement ; d’après ce que j’ai senti, les murs moites sont entièrement nus. Je commence à paniquer. Je ne sens aucun courant d’air et l’humidité des parois me fait vraiment penser à la condensation due à une respiration en milieu clos. Il faut que je sorte de là. Je me jette de tout mon poids contre la porte, trop résistante pour mes 45 kilos. Le seul bénéfice retiré étant une probable fracture de la clavicule.
La douleur sourde de mon épaule gauche, se diffuse dans mon bras et commence à descendre vers mon cœur affolé. Je n’avais pas remarqué qu’il battait si vite. Il faut que je me calme sinon l’Angoisse va avoir le dessus de ce duel désespéré, auquel j’aurais préféré ne jamais participer. Trop tard, je la sens m’envahir peu à peu, s’intensifier au rythme de ma douleur et lentement prendre le contrôle de mon esprit. J’aurais voulu hurler, mais mon corps, maintenant ramassé en position fœtale, refuse de m’obéir, terrassé par tout ce qui tourne dans ma tête. Une frayeur sans nom infeste mon cerveau déjà entièrement maîtrisé par l’anxiété. Mes pensées, sous forme de flashs étranges et terrifiants, défilent à une vitesse inouïe, sans interruptions ni aucuns liens logiques, réduisant à néant mes espoirs de les stopper. Plus rien ne pourra jamais les empêcher de tourner.
Je voudrais que tout cela cesse, mais à ce moment, je ne contrôle déjà plus rien. Je n’arrive plus à respirer normalement. J’ai chaud. J’ai froid. Je tremble. Je transpire. J’ai mal au bras. J’ai l’impression que mon crâne va céder suite au fracas assourdissant de mes raisonnements incohérents s’entrechoquant dans tous les sens, dans un bruit toujours plus retentissant. Mais cela me rend le silence qui règne en maître dans cette cellule encore infiniment plus pesant. Il faut que je sorte mais je suis comme paralysée. J’ai de plus en plus de peine à respirer. Mon corps est gelé alors que mon cerveau entre en fusion. Malgré l’obscurité, j’ai l’impression que les murs se rapprochent. La sueur coule le long de mes formes livides agitées de soubresauts. Je suffoque.
Des souvenirs plus douloureux encore viennent à m’assaillir, des pensées de plus en plus sombres m’obnubiler. Il faut que ça cesse, je n’en peux plus. Je veux sortir d’ici. M’en aller. En finir. Ne plus penser. Tout arrêter. Crever. Mais, dans ma prison, les murs qui m’entourent se resserrent inexorablement. Je vais bientôt manquer d’air. Vite, une solution. Et la porte, s’est ouverte dans un flot de lumière aveuglant, une silhouette un peu floue pour mes yeux, habitués à l’obscurité, à son pas. De la lumière, de l’air, enfin, il était temps. Sortir. Quitter le plus vite possible cet endroit glauque et morbide, qui m’horripile.
Quelqu’un en face de moi ? Je m’en fous, je fonce en direction de la lumière, promesse ultime de ma liberté retrouvée. La silhouette, un homme, veut m’empêcher de m’enfuir en m’attrapant par le bras ? Je lui mords sauvagement la main jusqu’à sentir le goût de son sang dans ma bouche. Un second arrive à son secours ? C’est avec un coup de coude dans le nez que je le reçois. La lumière se rapproche. Mais pourquoi se liguent-ils tous contre moi ?
Je réussis à atteindre la porte au moment exact où trois gars assez baraqués décident de me sauter dessus et me clouent au sol. Les deux premiers, encore un peu ensanglantés, viennent à leur secours afin de me porter sur mon lit et me maintenir fermement dessus. J’ai beau crier mais personne ne se préoccupe de ce que je dis. Puis je sens une aiguille se planter douloureusement dans mon cul et tout se met à tourner, à fondre, autour de moi, alors que dans ma tête je commence seulement à comprendre. Du Tercian®. Les salauds ! Une fois de plus, ils n’ont rien compris. Une fois de plus ma claustrophobie les a bernés. Et tout en sombrant, incapable de la moindre réaction, j’entends leurs voix, déjà lointaines, susurrer des bribes de mots tout juste compréhensibles.
...période d’observation... ...dangereusement instable... ... hospitalisation prolongée... ...agressive... ...chambre d’isolement... ...isolement... ...ment...
Nous y voilà. Les premières épreuves des Jeux Olympiques commenceront demain. Le moment est venu de mettre en pratique tout ce que j’ai appris durant les quatre dernières années. Je pense que je suis prêt. J’ai passé plus de six mois à m’entraîner, intensément. Sur ma playstation.
Je me réveille. Les autres membres de l’équipe de la Zone sont déjà debout, ils font des étirements, des exercices d’échauffement. Un plateau-repas m’attend sur la table : il y a un verre de jus de fruits, deux croissants, du pain, de la confiture. Il me faudra plus que cela. Je vais en cuisine, croise un type en tablier blanc, lui demande quelque chose de plus consistant, un plat de spaghettis par exemple, avec de la sauce au chocolat et de la crème chantilly. Il bafouille un truc, mais j’enchaîne direct : je suis un sportif olympique, de haut niveau, renommée internationale, ce petit déjeuner est scan-da-leux, j’exige un repas complet qui me donnera la force nécessaire pour surmonter les difficiles épreuves qui m’attendent, ma rhétorique est parfaite, je lui cloue le bec, je suppose qu’il s’apprête à faire appel à tous ses aides-cuistots pour me préparer un festin.
M’sieur j’suis plâtrier, j’suis là pour réparer le pan de mur là-bas, derrière vous ‘voyez.
Hum. La journée commence bien.
Nous pénétrons dans le stade. Dans les vestiaires, l’ambiance est bon enfant. Nihil fait un peu la gueule, il a été privé de sodomie depuis qu’il a fait poser des implants métalliques sous-cutanés sur son phallus. Pour faire le vide dans mon esprit, je bouquine paisiblement, un livre captivant. Son auteur, Cioran, est un véritable génie, d’une lucidité effrayante. J’admire cette noblesse de la pensée, ce courage dans la douleur, je bois ses paroles, ses idées terrifiantes mais séduisantes.
L’épreuve du cent mètres commence. Je repense à Cioran. Nous sommes alignés sur la ligne de départ, prêts à nous élancer vers la victoire. Nos corps ruissellent de sueur sous le soleil de plomb. La tension est à son comble. Soudain, l’illumination me parvient. Nous ne sommes que des êtres insignifiants pour lesquels la seule issue est la mort. L’auteur avait raison. A quoi rime tout ceci ? Une course, certes, mais vers quelle éphémère gloire ? Tout est vain, tout est futile, inutile. Le coup de feu retentit, les athlètes s’élancent vers la médaille. Tous, sauf moi. Je marche tranquillement. Ma lecture m’a ouvert les yeux, je ne me ferai plus berner par ces illusions de victoire. Nul n’est vainqueur en ce monde. Je me promène, je flâne, doucement, je prends mon temps. Quand je franchis la ligne d’arrivée après 45,8 secondes, l’arbitre me demande ce qui m’est arrivé. Je le regarde, sourire en coin, puis me retourne en haussant les épaules.
Retour aux vestiaires. Mon entraîneur n’a plus de voix après m’avoir crié dessus de toutes ses forces, et moi, je n’ai plus d’oreilles. Il semble très contrarié par mon attitude. J’ai beau lui expliquer que tout cela n’est que perte et ruine, il ne veut rien entendre. Quand il m’a dit que je pourrai faire une croix sur mon blé si je continuais mes conneries, je me suis dit que j’allais faire un petit effort. Nous sommes des condamnés en route vers l’échafaud, mais j’aimerais y aller en Mercedes. L’épreuve du 100 mètres haies va débuter. Je m’isole aux toilettes, sors mon sachet de cocaïne, fais une ligne... non, une autoroute quatre voies, toute blanche, et m’enfile tout ça dans la narine à l’aide d’un papier roulé en tube.
J’arrive devant la ligne de départ. J’ai un peu la tête qui tourne, putain, elle est forte cette coke, le dealer ne m’a pas entubé. Bizarre, je me sens un peu faible. Je me mets en position sur le starting-block. Argh, je n’arrive pas à caler mes pieds. Je... Ah, voilà. L’arbitre tire le coup de feu. Les athlètes se ruent sur la piste, leur vitesse est ahurissante. Ils sont au moins deux fois plus rapide que moi ! C’est impossible ! Je fais de mon mieux, mais j’ai du mal à courir. C’est certainement moi qui suis deux fois plus lent. La première haie se rapproche. Oh, je me suis trompé de couloir. Autant pour moi. Quelle expression stupide ! J’éclate de rire, c’est plus fort que moi. J’essaie de franchir la barrière, hilare, mon pied s’entrave, je tourne la tête, j’essaie de rattraper avec mon autre jambe, celle-ci ne répond pas, je m’aplatis sur le sol. Je suis allongé, et pourtant, tout tourne autour de moi. Je me demande ce que Galilée dirait de cela. Il me faut vingt bonnes secondes pour me relever, et encore quatre haies à franchir. Je me relance mais cette fois mes jambes flageolent, je cours en titubant et je me vautre devant le second obstacle. Tans pis, je me relève, je passe à côté, je sens que je suis incapable de m’élever au-dessus. Je finis tant bien que mal en contournant les autres aussi. De toute façon, mon entraîneur a une extinction de voix. Tant pis pour la merco, j’irai au cimetière en mobylette. N’empêche, comment ai-je pu être con au point de confondre la coke et la kétamine ?
Quand je rentre au vestiaire, mon entraîneur est en train de pleurer. Ça me rend triste, de le voir ainsi. Je sens des larmes couler sur mes joues. Je suis la honte de l’équipe, un bon à rien. Mais je vais me rattraper. Je vais faire un carton au lancer de javelot.
J’arrive sur le terrain, mon javelot à la main. Cette fois je n’ai pas le droit à l’erreur. Je regarde le tableau des scores : le record est a 27 mètres. 27 ! C’est ridicule, je vais tout pulvériser. J’esquisse un rictus, une lueur scintille sur mon sourire colgate. L’heure de la revanche a sonné. Je me recule pour prendre mon élan. Un importun tente de m’adresser la parole mais j’ai tôt fait de faire taire l’outrecuidant personnage. J’ai besoin de concentration, de calme, de sérénité. Je suis un bras puissant qui va projeter l’engin à des années lumières. Le gars retente de me parler, je lui hurle de la fermer, puis sans lui laisser le temps de reprendre je m’élance. Je cours de plus en plus vite, mon corps tendu comme un arc, je m’arrête à la limite et mon bras éjecte puissamment le projectile oblong vers le record du monde. A vue d’œil, j’ai largement dépassé les cinquante mètres. Tiens, un truc me chiffonne : devant moi, à une vingtaine de mètres, se trouvent plusieurs marteaux lourdement enfoncés dans le sol. Des marteaux. Tiens tiens. Bordel de merde. Des marteaux.
Quand je rentre au vestiaire, mon entraîneur est en train de jouer à la game boy. Je n’ose pas le déranger en pleine partie de tetris. Je me prépare en silence pour l’épreuve de cyclisme. J’ai une botte secrète imparable.
Nous sommes sur la ligne de départ. J’enfile mon casque, mes gants, je suis sur mon destrier prêt à rouler vers la lumière. Le coup de feu retentit, je pars comme une flèche. En dix secondes, je leur ai mis dix mètres dans la vue. J’accélère encore, je creuse le trou, ils ne me rattraperont pas. Je fais deux tours, trois tours de piste, au quatrième je rattrape le dernier. Je file comme une fusée, Lance Armstrong n’est qu’un risible face à moi. Dernier tour, je ralentis exprès pour narguer mes concurrents qui amorcent péniblement leur septième. Je m’arrête devant la ligne d’arrivée, je fume une clope, puis je la franchis en marchant. Le stade est silencieux. Pourquoi ne m’acclame-t-on pas ? L’arbitre s’avance vers moi, l’air exaspéré. Je vous épargnerai l’engueulade qui a suivi, je résumerai juste la situation ainsi : disqualifié, l’usage de cyclomoteur étant interdit en épreuve de cyclisme. Quelle bande de connards.
Quand je rentre au vestiaire, mon entraîneur s’est pendu. Je lui fouille les poches, on ne sait jamais, et je lui retire sa rolex. Il avait presque mille euros en liquide et un téléphone portable. Ensuite, j’appelle les secours. Pauvre homme, j’ai entendu dire qu’il avait de grosses difficultés familiales ces temps-ci. Et puis le stress des jeux olympiques et tout ça, ses nerfs fragiles auront craqué. J’aurais peut-être dû lui offrir une petite ligne de coke. En tout cas, les jeux olympiques s’arrêtent là pour moi, les membres de mon équipe ont décidé de tout stopper en son honneur. Il faut dire que leurs résultats n’étaient pas fameux, à eux non plus. Narak a tué trois spectateurs durant l’épreuve de tir à l’arc, Nihil a sévèrement blessé son adversaire au rectum en tentant de le sodomiser durant l’épreuve de lutte gréco-romaine, Aka est arrivée bonne dernière à l’épreuve du 100 mètres féminin, handicapée par sa paire de chaussures à talons newrocks, Dourak exclu pour avoir molesté un concurrent anglais, et les autres se sont barrés au café des sports pour jouer au flipper. Tant pis. Je suis quand même déçu, c’était plus facile sur playstation. Dans deux ans, j’essaierai de jouer à la coupe du monde de football, ça doit être sympa aussi.
Certes, je n’étais pas un maniaque de la propreté. Un peu partout dans mon studio, s’entassaient la vaisselle sale, les cartons de pizza et les emballages de repas instantanés. Ici et là, des moisissures commençaient à coloniser les restes de nourriture qui n’avaient pas pu être jetés dans ma poubelle, pleine à craquer. Je nettoyais ce joyeux bordel environ une fois par mois, et cela me convenait. Ce n’était pas le summum de la salubrité, mais c’était juste suffisant pour ne pas attraper de maladies. Les bactéries et moi vivions en symbiose sans nous pourrir l’existence mutuellement. Je représentais un pas en avant dans la cohabitation des espèces, la science aurait eu de quoi être fière de moi.
L’état de mon appartement avait par contre fini par dégoûter la plupart de mes visiteurs - et surtout visiteuses - si bien que je ne prenais plus depuis un certain temps l’initiative de ramener quelqu’un chez moi. Vivant au centre ville, je n’eus aucune difficulté à maintenir une vie sociale en m’incrustant chez mes amis ou en écumant les bars et night-clubs. Je ne rentrais, en fin de compte, que pour manger et dormir. Une raison supplémentaire pour ne pas passer ma vie à faire le ménage dans cet espace que je fréquentais en définitive assez peu.
C’est il y a trois jours que tout a commencé. J’avais voulu débarasser la table basse pour y déposer la pizza que je venais de me faire livrer, et avais donc pris une pile d’assiettes pour l’amener près de l’évier. J’enjambai les divers obstacles qui jonchaient le sol et me dirigeai vers le coin de la pièce, et déposai le tout près du robinet, quand mon regard se posa sur le petit panier où se trouvaient encore quelques légumes avariés. Je retirai mes mains en vitesse, et fixai l’endroit avec dégoût. De petits vers blancs, de la taille de grains de riz, se tortillaient entre les radis et les branches de persil.
Depuis ma plus tendre enfance, les invertébrés et plus particulièrement les vers exercent sur moi une répulsion physique incontrôlable. Je ne peux supporter la vue d’une loche, orange ou brune, visqueuse et baveuse, d’une boîte d’asticots au contenu grouillant, d’un lombric ou d’une chenille. Devant pareil spectacle, je perds absolument tous mes moyens, mon estomac se révulse, mes jambes flageolent, et je suis à la limite de l’évanouissement. Ma raison sait pertinemment que ces formes de vie inférieures ne me sont d’aucun danger, mais mon corps, lui, refuse de m’obéir.
Je restai donc pétrifié devant mon panier de verdure, ne pouvant pas détacher mon regard des minuscules organismes d’un blanc presque translucide qui se contorsionnaient devant moi. Quand je parvins à reprendre le contrôle de mes émotions, je m’éloignai à reculons, tremblant comme une feuille et certainement blanc comme un linge. Je fus incapable d’avaler la plus infime portion de mon repas. Et je savais qu’il me serait désormais impossible d’approcher de mon évier, la simple évocation de leur présence provoquant frissons et sueurs froides. Il me faudrait bien faire quelque chose, mais j’étais incapable de savoir quoi, encore sous le choc de cette abjecte rencontre. Ce soir-là, j’eus mille difficultés à m’endormir. Il me semblait les entendre ramper à l’autre bout de la pièce, creuser des galeries, se multiplier au milieu des moisissures. Je finis par sombrer dans un sommeil agité et peu réparateur.
A mon réveil, il m’était toujours impossible d’aller voir comment avait évolué la situation. J’allai remplir mon bol d’eau chaude à la salle de bain, et déjeunai en essayant de trouver une solution. Aucune idée ne me parvint, ma seule alternative était d’aller prendre le panier pour le jeter - n’importe où, par la fenêtre s’il le fallait - et cela était absolument hors de question. Je longeai le mur opposé à l’évier pour aller chercher une canette au frigo quand je les aperçus pour la seconde fois. Dans une assiette posée à même le sol contenant les restes d’un repas du début de la semaine, les mêmes vers - je veux dire, des vers semblables - s’ébattaient joyeusement sans se soucier le moins du monde du grand dadais qui les contemplait horrifié. C’est ainsi que mon réfrigérateur fut ajouté à la liste des endroits interdits ; mon studio comportait désormais deux zones infranchissables, heureusement situées à son extrémité. Je décidai de sortir pour me changer les idées, espérant finir par trouver un moyen pour me débarasser de ces intrus sans les approcher.
J’aurais bien demandé à une quelconque connaissance de faire quelque chose pour moi, mais ma honte était telle que je ne pus m’y résigner. J’imaginais déjà les moqueries à propos du grand gaillard qui pleure devant une pauvre chenille, je ne pouvais me résoudre à briser mon image sociale à cause de ma phobie de petites creatures gluantes et rampantes. Je passai le plus de temps possible au-dehors, et parvins par moments à oublier mes tracas. Cependant, l’heure de rentrer chez moi finit par arriver, et la mort dans l’âme, je regagnai mon logis ou m’attendaient mes indésirables invités.
La première chose que je fis en arrivant, fut d’inspecter mon appartement afin de déceler si de nouvelles zones n’avaient pas été colonisées pendant mon absence. Ce n’était heureusement pas le cas, mais je devinai sans mal que les vers avaient dû se multiplier dans les deux foyers. Raison de plus pour ne pas m’en approcher. Etant rentré tard et plutot fatigué, je m’endormis rapidement.
Je m’éveillai en sursaut en début d’après-midi. Je préparai mon petit déjeuner de la même manière que la veille, et commençai à organiser ma journée. J’avais bien réfléchi, et m’étais décidé à demander l’aide d’un de mes amis, assez discret qui, je le pensais, saurait ne pas répéter à tout le monde mes mésaventures. Une fois rassasié, douché et vêtu, je me levai et me dirigeai vers la sortie. Puis m’arrêtai tout net, le cœur battant à tout rompre. Du carton à pizza de la veille, laissé négligemment devant la porte, entraient et sortaient une multitude de vers, très certainement ravis d’avoir trouvé une aussi abondante source de nourriture. Je décidai d’approcher pour mettre un coup de pied dans la boîte, mais mes jambes refusèrent de se plier à ma volonté. Je regrettai amèrement de ne pas avoir voulu prendre de téléphone. Une nouvelle fois pétrifié devant le répugnant spectacle de ces invertébrés, je fixai avec horreur ces créatures aux contorsions écoeurantes. Leur danse informe me donnait la nausée, il me fut impossible de supporter la vue de cette masse grouillante une seconde de plus ; je tournai les talons en toute hâte et partis me réfugier sur mon canapé-lit. Cette fois-ci, la distance entre eux et moi s’était considérablement réduite, et si je fixai le sol devant l’entrée je pouvais les apercevoir, leurs grotesques mouvements, grains de riz animés par une vie malsaine.
Je fus incapable de penser à quoi que ce soit et passai ma nuit à surveiller le moindre de leur mouvement, tout en sachant que j’eus été incapable de réagir s’ils s’étaient décidés à se rapprocher davantage. Je rassemblai - tout en craignant d’en découvrir de nouveaux en soulevant les plats - tout ce qui ressemblait ou avait ressemblé à de la nourriture, et envoyai le tout à l’autre bout de la pièce, afin de les attirer loin de mon dernier refuge. Je jetai régulèrement de furtifs coups d’œil à leur nouveau repaire. Malgré l’invraisemblance et le ridicule de ma situation, je commençai à me sentir réellement désespéré. Comment avais-je pu en arriver là ? Comment de si minuscules bestioles avaient-elles pu me réduire à me confiner dans mon canapé sans espoir de sortie ? Tout cela était absurde, et pourtant, je ne voyais aucun moyen de m’en sortir. Ma volonté réduite à néant, je ne pouvais qu’observer les parasites gagner imperceptiblement du terrain sur mon cadre de vie, et ma santé mentale. Je veillai tant que je pus, mais la lassitude finit par être la plus forte, et alors que je fermai les yeux, je m’endormis malgré mon intention de rester éveillé le plus longtemps possible.
Tout s’est passé très vite depuis le moment ou j’ai ouvert les yeux.
Je me suis levé pour saisir mon bol, et au fond de celui-ci deux vers se repaissaient du fond de mon café instantané de la veille. Un réflexe me fit envoyer le bol au loin, celui-ci se brisa contre un mur. J’ignore combien de temps j’ai dormi mais des formes grouillantes s’animaient devant la porte de ma salle de bains. Je me suis mis à trembler, comme pris de spasmes, paniqué. J’ai regardé ma table basse pour y attraper mon paquet de cigarettes. Un ver y rampait au milieu de miettes de biscottes. C’en était trop, trop pour mes nerfs, trop de tension depuis quelques jours. J’ai attrapé un dictionnaire dans l’armoire derrière moi, et ai écrasé l’infortunée larve sous le poids de la connaissance. C’est à ce moment précis que la situation a tourné au cauchemardesque. Alors que l’épais volume s’abattait sur la bestiole, un cri suraigu, presqu’imperceptible, sembla s’échapper de sous l’ouvrage. J’ai dû rêver. Les vers n’ont pas d’organe vocal, ils sont incapables de pousser un râle d’agonie. C’est une hallucination. Je dois être en train de devenir fou. Oui, ça doit être ça, je deviens fou. Fou à lier ! Sur la table, deux vers de plus sont apparus, puis quatre, puis huit. Je regarde au plafond : celui-ci grouille de vers, cette fois-ci de toutes tailles et couleurs ; la majorité sont petits et blancs, mais il y en a des bruns, des oranges, des beiges, des jaunes, des tachetés, des rayés. A vue d’œil, les plus grands atteignent presque dix centimètres. Et tous se laissent petit à petit tomber, de plus en plus près de moi. Au sol, je les aperçois en colonne se diriger vers moi depuis l’entrée et le fond de la pièce. Je suis incapable de bouger, incapable d’émettre le moindre son. Ça doit être un cauchemar, un delirium tremens, tout ceci est impossible. Lentement, la colonie progresse, tout mon appartement semble onduler avec elle. Le flot de vermine m’encercle, tout autour de moi une masse grouillante se contorsionne et rampe. Impossible de fermer les yeux, la bouche, impossible de remuer le moindre doigt. Paralysé par une terreur sans nom, je n’ai d’autre choix que de les observer se rapprocher lentement de moi. Cette fois, je peux les entendre, entendre la rumeur de leurs glissements sur le sol, sur le plafond, un bruit de fond visqueux, omniprésent, le bruit des organismes de la décomposition qui s’apprêtent à changer leur ordinaire pour cette fois se nourrir de chair vivante. Un ver est tombé sur mon avant-bras qui tremble de façon insensée mais que je ne parviens pas sinon à faire bouger du moindre centimètre. Je sens le contact humide et froid de l’invertébré contre ma peau. Je veux crier ! Je veux hurler ! Mais plus rien ne réagit, mon cerveau ne fait que recevoir des informations sans pouvoir en donner. L’immonde chose gluante se déplace lentement sur moi, comme accrochée malgré les secousses que je lui inflige par cette espèce de crise parkinsonienne qui contracte tous mes muscles à un point indicible. Les colonnes de vers ont commencé à attaquer l’ascension de mes chaussures, ceux du plafond commencent à tomber en une pluie de plus en plus drue. Tout cela est insensé ! Cela ne peut pas se produire ! Que quelqu’un m’explique ! Je les sens qui passent sous mon pantalon, sous mon t-shirt... Partout, sur moi, une marée vivante, gluante, en perpetuel mouvement... Des vers m’atterrissent sur le visage, me rampent sur les yeux, pénètrent en moi par les narines et ma bouche béante... Je crois que mon cœur va exploser... Ils sont en moi et continuent leur exploration... Mon dieu ! J’ai mal ! Ces créatures dans ma gorge, ma trachée... Ils s’engouffrent, de plus en plus nombreux... Mais comment diable cela a-t-il pu se produire ? Je sens leurs mouvements répugnants à l’intérieur de moi... Je veux mourir ! Qu’on m’achève... Pourquoi mon agonie est-elle si longue ? Je ne peux pas endurer pareille torture plus longtemps... Certains des vers les plus gros ont des poils urticants, de vives douleurs s’élèvent un peu partout sur la surface de mon corps... L’un d’entre eux me tombe sur l’œil, mon dieu ! Faites que cela cesse ! Ils grouillent dans mon estomac et mes poumons... j’ai du mal à respirer... Ça se tord et se trémousse, ça rampe et ça glisse, sur moi, dans moi... j’étouffe... Je crois que je vais - enfin - m’évanouir... j’ai l’impression qu’ils ont colonisé mon cerveau, ça s’agite dans ma tête... je...je vais perdre connaissance.
Vingt-huit, vingt-sept, mes yeux se ferment.
C’est comme si je venais de mourir, et pourtant rien ne s’arrête. Aucun soulagement, aucun oubli, aucune plongée dans l’obscurité. Je continue à respirer et à souffrir, ce qui n’atténue en rien ma sensation d’être définitivement passée de l’autre côté. Mon coeur bat trop vite, mais je ne l’entends pas. Je passe mon temps à combattre désespérément cette peur qui vient systématiquement à bout de mes maigres défenses et me terrasse.
La salle de bain : vaste, impeccable. Du carrelage immaculé sur chaque surface, orné de frises artistiquement ciselées. Des flots de lumière douce qui caressent les murs, en provenance des larges fenêtres. Des armées de petits flacons colorés peuplant les rebords de l’évier et les étagères blanches.
Et moi en boule, terrée dans le fond de la baignoire trop grande, mon front sur les genoux, livide. Comme un mannequin exsangue balancé en vrac. Ma présence douteuse pourrit le bel ensemble qu’est cette pièce pour catalogue d’ameublement.
Je me laisse noyer par l’eau du jet, refuse de reprendre ma respiration. Je garde mes yeux bien fermés pour ne rien voir. Mais je ne peux m’empêcher d’entendre et je meurs de peur. Un son ancien, inexorable qui m’évoque des visions de blancheur souillée, de grouillement infect, dégueulasse. D’un geste du poignet je force le jet pour essayer de le couvrir.
La lune est pleine, je me vide.
Vingt-six, vingt-cinq, c’est la petite mélodie du sang qui coule, l’interminable litanie de mes songes écarlates. Ma petite usine à cauchemar qui continue à tourner même lorsque je suis éveillée, qui produit ses déchets, qui contamine mon petit univers d’une fumée noire. C’est la petite chanson de mon âme qui se purge de son trop-plein. Je me fais horreur, moi, ma chaleur poisseuse, ma vie sale et pourrie.
Mais peu à peu, dans le noir, mes démons se taisent et je m’aperçois que j’existe encore.
Vingt-quatre, vingt-trois, la chanson ne s’arrête pas, elle ne s’arrête jamais, mais pour quelques jours je cesse de l’entendre. Je suis guérie pour un temps, soulagée et je redécouvre le monde. Le décompte mortel passe à l’arrière-plan et je peux m’en abstraire, penser à autre chose. Je n’ai plus si peur. Les murs tombent et je m’aperçois de l’existence du soleil, des gens, de l’air frais des petits matins. Le monde a continué de tourner en mon absence, tant mieux. Je fais un peu de ménage dans l’appartement que j’ai négligé ces derniers jours. Je me découvre une faim de loup, je n’ai avalé que quelques bribes de repas récemment. Je cours au supermarché avec conviction, j’emplis mon caddie de produits divers, je me fais plaisir. A la maison, je passe un coup de fil à ma meilleure amie Sarah, je lui dis : "c’est passé. Est-ce qu’on peut se voir ?". Elle me dit : "il faut que tu te soignes". Je fais semblant de ne rien avoir entendu.
Vingt-deux, vingt-et-un, je chantonne doucement la comptine du sang, ancrée en moi depuis toujours, et Sarah me regarde avec un sourire attendri. La terrasse est déserte, la bière a peu à peu perdu sa fraîcheur et le soir tombe. Je savoure ma liberté retrouvée. Elle s’inquiète pour moi, mais je ne peux pas penser à ça pour l’instant. Elle voudrait que je trouve un emploi, mais j’en suis bien incapable. Je ne suis pas une diminuée, mais ma peur est un handicap insurmontable. Et si il arrivait un accident, n’importe quoi ? Je dois pouvoir me réfugier chez moi à toute heure, en toutes circonstances.
Je regarde les gens qui passent. Les garçons nous jettent des petits coups d’œil et des petits sourires en coin, moi et Sarah on se regarde en se marrant.
Vingt, dix-neuf, le sang qui coule, encore et toujours, le sang qui ruisselle et bouillonne. Je ne supporte pas la vue du sang, je ne l’ai jamais supportée, mais depuis quelques années c’est devenu maladif, handicapant au plus haut point. Ce n’est plus seulement le sang lui-même, c’est toutes les situations qui peuvent m’y faire penser. Je ne peux plus entendre certaines musiques sans évoquer des images de cauchemars écarlates. De larges pans de ma mémoire sont contaminés et je ne peux plus me remémorer certains souvenirs autrement que sous un insupportable jour sanglant.
Je caresse la peau de mon bras, doucement, tout doucement. Rien ne peut laisser supposer que sous cette surface douce et laiteuse se cachent tant de choses secrètes. Les remous incessants, le bouillonnement permanent de mon sang qui se rue des artères aux tissus, et reflue des tissus aux veines. Tout un engrenage ancien, bien rôdé. Une vie intrinsèque, confuse, souterraine, que je ne peux imaginer sans frémir. Je voudrais être froide, inerte, constituée d’un seul bloc. Je refuse d’être une somme de constituants, de mécanismes d’horlogerie imbriqués, d’interactions et de réactions. Une statue de marbre, sans âme et sans entrailles, rien que de la pierre massive sous une peau de pierre. Rien ne devrait exister que ce que l’on voit au premier abord.
Dix-huit, dix-sept, encore et encore. Je n’entends rien, je fais semblant de ne rien entendre. Sarah tente de me convaincre de retourner voir un médecin pour m’aider à vaincre ma peur. Je la laisse parler. Je nous prépare le thé, j’essaie de mon mieux de savourer le moment présent, je sens que mes heures de paix sont comptées.
Après des années de psychothérapie inutile, et contrairement à ce qu’on voulait me faire croire, j’ai fini par déduire que rien de particulier n’était à l’origine de ma phobie. Pas de traumatisme d’enfance, aucun drame refoulé depuis la nuit des temps. J’aimerais que ce soit le cas, pour qu’on puisse me guérir. Mais la vérité, c’est que je suis comme je suis, il n’y pas d’autre explication, ma peur fait partie intégrante de moi depuis toujours, elle est un élément fondateur de ma personne. C’est ce que je mentionne en premier quand on me demande de parler de moi. Tout le monde cherche toujours des causes pour tout, mais j’en suis venue à croire qu’il existe des mystères immuables, des choses qui n’ont pas de sens ou de cause. Ma phobie du sang en fait partie.
Seize, quinze, la période morte. Je rembourre mes vêtements, je ressors mes gants du placard. Chaque collision, aussi infime soit-elle pourrait ouvrir ma peau comme celle d’un fruit trop mûr. Imaginer mon sang noir, boueux, s’écouler, et être incapable de l’arrêter. Quand je sors, j’évite sciemment les environs des hôpitaux. Non pas que le risque soit grand de tomber sur un accidenté baignant dans son sang. C’est juste que la vue des ambulances, des infirmiers en blouse blanche, des misérables malades assis sur un banc à fumer leur clope me renvoie à des images pénibles, et à mes propres souvenirs. Hospitalisée à douze ans pour une ablation des amygdales, j’ai dû subir la pose d’une perfusion. Malgré mes yeux fermés, j’ai entendu, senti au plus profond de moi l’aiguille qui traversait la peau, la paroi de la veine qui cédait devant le métal acéré, et le liquide se mêlant doucement à mon horrible sang pourri. J’avais succombé à une attaque de panique et on avait dû me mettre sous calmants.
Quatorze, treize, l’eau coule sous les ponts, le sang coule en moi et tout autour de moi. Je me morfonds. Je sais que les jours sombres approchent et que j’aurai une nouvelle fois droit à mon plongeon en enfer.
La télé m’est interdite. Sans que personne ne veuille l’admettre, le sang fascine les foules et il est présent partout, à chaque image, en permanence. Tout ce que je peux regarder, c’est les dessins animés pour les plus petits. Au-delà, chaque conflit représenté, chaque scène de violence me renvoie en pleine face la possibilité d’une explosion sanglante. Cette seule possibilité entrevue me paralyse. Le sang est partout, et ça fait de moi une inadaptée. Je voudrais vivre dans le monde tel qu’on me le décrit : un univers lisse, sophistiqué, glacé, mais la réalité est bien trop sale et bien organique pour moi.
Douze, onze, je me disperse, je me dilue.
Quand je suis nerveuse ou fatiguée, je vois du sang là où il n’y en a pas. Chaque trace d’humidité me paraît suspecte. J’ai peur des enfants qui courent, des chiens que je croise et qui dans je ne sais quel sursaut de rage pourraient me happer au passage. A nouveau je m’enferme chez moi.
J’ai peur du silence et de la mort, comme tout le monde, mais je ne peux supporter longuement la proximité des gens. Ceux qui m’entourent ne sont que des réservoirs, rien d’autres que des carcasses fragiles prêtes à se vider sous mes yeux terrorisés. Des bonbonnes de sang sur pattes, leurs bras ne sont que des amas de veines palpitantes, épaisses. Comme des vers noueux, paresseux, gorgés du liquide qui me révulse, prêtes à s’ouvrir à tout instant. Le sang ce n’est pas la vie, le sang c’est la maladie, un putain de suc gluant empli de germes et de cellules malformées. Quand je vois du sang, je le vois grouiller, je vois les choses à l’intérieur, les germes, les saloperies malformées. La mort, la panique, la douleur.
Dix, neuf, je me sens morte. J’ai l’impression de me baigner écorchée en plein centre d’un océan que je sais plein de requins. Je sens l’œil du malheur fixé sur moi, il a remplacé le soleil et aucun mur, aussi épais soit-il, ne peut faire obstacle à son regard.
Le séjour : vaste pièce tapissée de bleu ciel, inondée de lumière et recouverte de sang. Les étagères supportent des livres aux pages blanches, aux alignements entrecoupés de vases anciens qui débordent d’un sang gras, à demi-solide. L’épais canapé est un cercueil, la table basse est un étal de boucherie sur lesquels s’alignent mes couteaux. Toutes les fleurs sont pourries.
Rien ne va plus, je suis terrorisée.
Huit, sept, le compte à rebours a repris de plus belle, la petite mélodie est désormais un chœur de cent voix agonisantes, chacune de ses notes me frappe en plein visage. J’ai déjà vécu mille fois les secondes qui s’écoulent et coagulent aujourd’hui, je les connais par cœur, mais ça n’empêche rien. Je suis toujours le même chemin de croix en boucle, mon ventre de femelle ne me laisse aucune chance.
Six, cinq, des coups frappés contre ma porte, insistants. Je m’approche lentement, méfiante. De l’autre coté j’entends la voix de Sarah, qui dérape dans les aigus : "dépêche-toi, ouvre-moi, dépêche-toi !". Mon cœur bat à tout rompre. J’ai les deux mains collées contre le battant, je n’ose pas bouger. Je n’ose pas faire le moindre bruit de peur de trahir ma présence. Je porte l’œil au judas et je vois sa figure ensanglantée. Elle est venue pour moi. La réalité se referme comme un diaphragme et je sombre. "Dépêche-toi, ils sont juste derrière moi ! Je sais que tu es là !"
Je réponds d’un ton sec, je ne reconnais pas ma voix : "débrouille-toi, laisse-moi tranquille... Je t’en prie".
Je ne veux rien savoir, je ne veux rien savoir, je m’assieds au pied de la porte. Je subis les coups répétés contre le battant et les supplications sans broncher. Le silence finira bien par se faire.
Quatre, trois, mes seins sont lourds, gonflés. J’ai mal au ventre. J’entends la grande aiguille de l’horloge raccourcir la durée de mon sursis, encore et encore.
C’est la petite mélodie du sang qui s’écoule, la comptine pourrie que je fredonne sans m’arrêter, en claquant des dents, que je reprends en serrant les dents à m’en briser les mâchoires.
La chambre : petite pièce bien rangée, chaque élément disposé avec soin. L’endroit est confortable et chaleureux.On a voulu recréer une atmosphère nostalgique, des petites poupées anciennes posées sur une chaise à bascule, un grand lit de bois verni, la lumière chaude qui rayonne autour d’une lampe à huile d’époque.
Et moi effondrée sur le lit défait de mes parents, en train de me battre toute seule, traquée, folle de peur. Je me force à regarder mon corps, ma peau grêlée, mes seins trop lourds qui partent à droite et à gauche, mes putains de bourrelets laiteux. La madone féconde, la vache sacrée des malades mentaux. Même ma chatte est pleine de graisse, molle et dégueulasse. Je pense à des hommes au visage masqué. Je me branle comme je peux, pour oublier, pour rompre le sort, mais c’est le sang maudit qui recouvre chacune de mes pensées pendant que je me répands sur le couvre-lit. Ma putain de chair flasque, ma putain de chatte puante. J’ai peur, j’ai tellement peur. Je suffoque en jouissant misérablement. Le bout de mes doigts est taché de sang. Je suis debout, j’envoie les poupées valdinguer, la chaise à bascule se retourne contre le sol, je brise la lampe à huile sur le lit, mais elle s’éteint, la flamme soufflée par le choc.
Deux, un, c’est toujours la même chanson, passée en boucle, la petite mélodie du sang, ma comptine de mort arrivée à son point d’orgue, son paroxysme barbare et frénétique. Ma petite vie dérisoire s’écoule lentement hors de moi, et mes mains refermées sur mon ventre ne suffisent pas à la retenir. Elle me coule entre les doigts, sirupeuse et rouge. Hormis le son saccadé de ma respiration, le monde est silencieux.
Les chiottes : putain de trou dégueulasse, encaissée entre deux pièces. Il faut que j’affronte ma peur une dernière fois, que je lui tienne tête. Me prouver que je peux exister hors de son joug, même une seconde. Je m’essuie les cuisses, me frotte le cul. Je lève mes deux mains à mon visage, et elles sont rouges. Je souris et mes dents claquent, un monstre, un putain de monstre qui pue et qui saigne. Je me force à les regarder, les quelques gouttes épaisses qui descendent laborieusement de mes phalanges à mes paumes. C’est la petite chanson dans la pénombre de mon corps qui se purge de son trop-plein. Je ricane doucement, je bêle doucement, je pleure doucement, tout doucement.
Vingt-huit, vingt-sept, la lune est pleine, je me vide.
Vingt-huit, vingt-cinq, dix-huit, onze, six, deux, un, je crève.
Vingt-huit, vingt-deux, quinze, huit, un, je crève.
Vingt-huit, vingt, douze, un, je crève.
Vingt-huit, un, je crève.
Vingt-huit, un, je crève.
J’ai appris aujourd’hui que Paris était donnée favorite pour la ville organisatrice des J.O.
Bah on est pas dans la merde.
Je me remets déjà difficilement de 1998 : je retrouve encore quelques Foutix égarés dans le fin fond de mon appartement. Je ne parle même pas de I will survive : là j’ai carrément dû recourir à des séances d’hypnoses pour pouvoir l’enlever de mon foutu crâne.
Et rebelote pour le patriotisme gerbatoire. Tous ces connards qui se crachent sur la gueule à longueur d’années dansent maintenant main dans la main sur fond de Marseillaise. Ils ne savent même pas pourquoi ils sont joyeux. Ça se passe juste chez eux. Ils essayent de se donner des justifications honorables à leur chauvinisme exacerbé :
"bah ça va apporter du boulot". T’as raison mon con, quelques milliers d’emplois jeunes pour confectionner ton sandwich à 10 euros, des intérimaires sous-payés pour construire le stade dans lequel tu poseras ton gros cul crasseux. Et après ?
"Les places ne seront pas chères, les classes défavorisées pourront profiter du spectacle". Mais certainement mon bon ami. Un smicard il peut carrément se permettre de payer dix euros pour voir une pute courir après un bâton (qui serait beaucoup plus saillant dans son cul il faut le dire). Un ouvrier peu évidemment demander des jours de congés à son gentil patron pour aller roter sa bière sur les strapontins.
"L’esprit du sport rapproche le peuple". Oui, tu diras ça aux mecs qui sortent de PSG/ Marseille, mais ensuite tu cours très vite hein. En même temps, le sport est l’opium du peuple, c’est bien connu.
Ah ça, on vous a bien enculé.
Et dire que je viens à peine de me rappeler des noms de l’effectif de 1998, si là je dois me taper tout le listing de l’équipe olympique française, je vais encore passer pour un con.
Ah non c’est insupportable : les chansons paillardes, la foule, la marseillaise, les hot dog dans du pain moisi, les cris, la sueur, JE NE SUPPORTERAI PAS ÇA ENCORE UNE FOIS. J’en ai marre de me ridiculiser, c’est bon j’ai donné.
Mais ce coup-ci, j’ai une solution, LA solution. Vous inquiétez pas, on va être les meilleurs, les plus connus, on parlera de nous jusqu’à la fin des temps, on nous mentionnera dans les livres d’histoire... oh oui putain c’est bon.
***
Flash spécial : Sans aucun doute dans un état de folie passagère, le Président de la République Française a aujourd’hui même retourné l’arme atomique sur la capitale de son propre pays, causant ainsi la mort de trois millions de personnes. En ce jour de deuil international, il semble que Paris restera le symbole éternel de ce que peut engendrer la folie des Hommes, elle qui était donné hier encore comme grande favorite des futurs J.O., symbole de Paix à travers le monde entier.
***
Fossoyeur, c’est un métier comme un autre ! C’est ce que se disait souvent Rémi. Rien de bien morbide là-dedans, d’ailleurs. C’est un métier manuel où l’on y a rarement affaire à des macchabées, sinon de temps en temps de vieux os desséchés. On creuse des fosses, et on ne voit que très peu les familles endeuillées, juste au moment de l’ouverture et de la fermeture des caveaux, qui sont de nos jours une formalité rapide. Il y a pourtant, à ce moment-là, des pleurs et manifestations de douleur, et Remi se réjouissait alors que personne ne fasse attention à lui, l’ouvrier du cimetière. Cela lui permettait une mise à distance avec la souffrance du deuil.
Ce jour-là, pourtant, bien après que l’enterrement fut terminé, que tout le monde fut parti, cette femme restait debout dans le soleil qui surgissait régulièrement d’entre les nuages. Belle et blonde dans sa robe noire, les jambes gainées aussi de noir, elle devait avoir trente-cinq ans. A ce qu’avait compris Rémi, c’était l’épouse du défunt. Elle ne pleurait pas, elle restait immobile, seule et pensive, à fixer la chapelle funéraire à l’intérieur de laquelle il scellait la dalle. Il en fut bouleversé et lui, de nature réservée, décida de faire ce qu’il ne faisait jamais : il laissa son travail et alla lui parler.
Madame..., dit-il gauchement, faut pas rester ici comme ça, vous vous faites du mal ! Rentrez chez vous vous reposer. Vous n’avez pas de la famille ou des amis pour ne pas être seule ?
La dame en noir sembla sortir de son rêve, le regarda, puis porta la main à la bouche et baissa les yeux, secouée de sanglots. Désolé, Rémi se demandait ce qu’il pouvait bien lui dire de plus pour l’aider lorsqu’elle retira sa main. Il dut se rendre à l’évidence : ce n’était pas les pleurs mais le rire qui l’agitait !
Je suis désolée, dit-elle en reprenant son souffle. Vous, si gentiment, vous voulez me consoler et moi je rigole ! Mais je ne me moque pas de vous. En fait, c’est mon image de veuve éplorée qui me fait rire ! Non, ne vous en faites pas, je vais très bien, c’est même un jour de joie ! Je suis libérée du crétin ennuyeux qui m’a tenu sous sa coupe pendant quinze ans !
Complètement abasourdi, le fossoyeur ne savait que répondre.
Je vous choque, n’est ce pas ?, dit la dame.
Non non, mais...
C’est que voyez vous, je n’ai pas fait un mariage d’amour, c’était une affaire arrangée par mes parents alors que j’étais très jeune et influençable. Une histoire de gros sous ! Maintenant, certes, j’en ai des sous... Mais j’ai dû vivre quinze ans avec ce type de vingt ans de plus que moi, possessif, autoritaire, jaloux et sans humour ! A l’image du caveau de sa famille, tiens, regardez moi ça !
Elle s’avança vers la chapelle et y entra. Rémi la suivit, il y avait laissé ses outils.
Quel tape à l’œil jusque dans la mort ! Continua-t-elle ! Une voûte, une coupole au dessus avec des vitraux, un petit autel comme si on allait y dire la messe ! Et derrière l’esbroufe, hé bien, pas grand-chose, croyez moi ! Je peux vous dire que mon mari riche et respecté, au lit, c’était pas une affaire !
Remi ouvrit de grands yeux.
Oui, encore une fois, je vous choque ! Mais j’ai été fidèle pendant quinze ans et pas question de divorce dans notre milieu. Alors j’ai été mal baisée pendant quinze ans ! Moi qui suis plutôt portée là-dessus !
Heu, Madame, excusez-moi, mais je dois y aller, j’ai du travail ! Enchanté d’avoir...
La veuve s’était glissée devant Rémi et avait refermé sur eux les portes de la chapelle. La coupole, sur laquelle tombait le soleil, leur permettait de bien voir à l’intérieur.
Que croyez-vous que je faisais, à attendre ? Que je priais les mânes de mon mari ? Non, je vous observais travailler... Votre corps bien bâti, vos épaules, pas comme mon nabot ! Et vos fesses musclées, quand vous étiez à quatre pattes...
Elle minaudait devant lui, avec un grand sourire. Rémi se sentait terriblement gêné. Se faire provoquer comme ça, au travail, dans un tombeau ! Mais d’un autre coté, par une si belle femme !...
Non, pas ici... ça... ça ne se fait pas !, dit-il, la gorge serrée.
Hé !, fit la dame en noir, c’est mon nom qui est gravé à l’entrée de cette chapelle ! J’y suis un peu chez moi ! Regarde plutôt ce que j’ai pour toi...
Elle descendit le haut sa robe sur ses épaules. En dessous, un bustier apparu, contenant deux seins ni trop petits ni trop gros. Elle en dégagea une partie. Deux pointes roses dressées qui pointaient au centre de larges auréoles, surgirent hors de leurs paniers de dentelle noire. Elle prit les mains de Rémi et les posa dessus. Subjugué, il caressa les deux joyaux, passa un doigt sur un téton déjà dur... Presque aussi dur que ce qui prenait forme dans son slip. La veuve se serra contre lui en gémissant. Elle plaqua sa bouche sur celle du fossoyeur et sa main sur l’entrejambe saillant de l’homme.
Ho ! Je vois qu’on érige ici des monuments qui ne sont pas funéraires !
Voyons, Madame...
Il allait dire "Un peu de respect", mais au point où ils en étaient... Elle se laissa tomber à genoux sur le sol froid et sortit le membre raide du bleu de travail.
Voilà une colonne de marbre, mais chaude et vivante...
La femme de Rémi n’aimait pas le sucer, il devait insister pour qu’elle le fasse, et elle ne le faisait que pour lui faire plaisir, ce qui gâchait un peu le sien. Et là, il n’en croyait pas ses yeux : une femme aux allures bourgeoises était à ses pieds, ses seins à l’air, roses et blancs, tranchants sur le noir de sa robe défaite. Elle lui tenait le sexe entre ses doigts délicats et en parcourait le corps et la tête d’une langue mutine. En le fixant bien dans les yeux, elle prit ses testicules dans sa main douce et enfourna la queue entière dans sa bouche.
Il caressait sa tête blonde qui allait et venait au niveau de sa braguette, pendant que la bague des lèvres serrées coulissait sur son membre avec un bruit de succion. Lorsqu’il laissa échapper un gémissement qui annonçait une montée vers le ciel, la veuve stoppa net.
Ça te plaît, hein ? Mais je ne veux pas en finir comme ça avec un si bel outil. J’ai envie qu’il vienne creuser dans ma fosse... Elle n’est pas commune !
Elle se redressa en tenant toujours le manche de l’outil à la main.
Enlève-moi ma culotte ! Chuchota-t-elle. Elle est déjà trempée...
Remi, fébrilement, fouilla sous la robe. Elle portait des bas qui tenaient tout seuls et une petite culotte, également de dentelle noire, qu’il fit glisser le long de ses jambes.
Sans le lâcher, elle l’entraîna par terre. La chapelle, relativement large, lui permettait juste de se tenir à quatre pattes. La robe retroussée sur les reins, la veuve présenta ses fesses blanches encadrées de noir, et entre ses cuisses écartées, son abricot entrouvert, luisant. A genoux derrière elle, Rémi la saisit aux hanches et la pénétra. Le vagin de la dame lui donnait la sensation d’une main habile qui le massait à travers un gant de velours humide et chaud, et elle poussait des plaintes qui n’étaient pas celles d’une âme endeuillée.
Ho la la ! Tu me fais mourir !, murmura-t-elle
S’il vous plait, ne dites pas ça ici !... supplia-t-il d’une voix blanche.
Il espéra que personne n’approche du tombeau.
Elle s’était dite mal baisée pendant quinze ans, et ce devait être vrai, puisqu’elle jouit très vite, en étouffant ses cris. La "main" se contracta sporadiquement sur le sexe de Rémi, mais sans que cela suffise à le faire parvenir à satisfaction. Il continua ses va-et-vien, lorsqu’elle l’interpella :
Hé fossoyeur, tu travailles pas toujours dans le même trou, non ?
Le message était clair. Elle lui saisit une main et la posa sur son clitoris pour se caresser elle-même avec, pendant qu’il s’immisçait dans son plus petit orifice, lui arrachant quelques cris rauques. Elle ondulait du bassin, l’aspirait, l’amenait au plus profond, au plus intime de ce fourreau étroit, où le massage devenait plus violent, plus brûlant.... Un dernier coup de rein fit fuser le plaisir de Rémi, et la veuve explosa en même temps.
Pffff !!!, fit elle en remettant de l’ordre dans sa coiffure et sa robe. Quel plaisir ! C’est pas tous les jours qu’on enterre son vieux mari... Mais pour moi une nouvelle vie commence ! Je suis encore jeune, belle et riche !
Elle ramassa son slip qui traînait par terre et le donna à Rémi.
Tiens. Garde-le en souvenir ! Et demain, je mettrai pas de culotte pour aller voir le notaire !... Je compte bien me le taper aussi !
Suzy n’avait rien de wonder-woman, pourtant et comme beaucoup, elle arrivait à concilier son travail, qui lui pompait son énergie les journées et les nuits, elle était sage-femme, mais qu’il était bon d’entendre les premiers cris de ces petits monstres, rien de tel après un accouchement délicat pour retrouver la joie de vivre, son mari, Patrick, lui même informaticien dans une grande boutique et qui, il faut bien le dire, bénéficiait d’avantages pour la gestion de son emploi du temps non négligeable et qu’elle lui enviait fortement, ses deux enfants, deux garçons, Jérôme et Laurent, respectivement de 12 et 8 ans, turbulents à souhait et casse-cou, comme leur mère ne cessait de lui rabâcher sempiternellement l’ensemble de ses proches, et enfin sa passion, l’alpinisme.
Cela n’avait pas été simple, au début, de faire comprendre à Patrick que se pendre au bout d’une corde fixée à un piton était vital pour elle et ceci avait été encore plus difficile avec l’arrivée de Jérôme.
Il est vrai que faire admettre à quelqu’un qui a le vertige dès qu’il est debout sur une chaise, que l’on puisse aimer surplomber "le monde" n’est pas chose aisée.
Pourtant à force de patience et d’explication, Suzy avait réussi à se réserver une quinzaine par an pour se faire un "trip". Et aujourd’hui était le jour "J". Elle bouclait son sac à dos, vérifiait son matériel, embrassait mari et enfants et montait dans sa voiture direction les Grandes Jorasses.
Elle connaissait bien cette montagne, deux fois déjà, elle l’avait gravie... alors jamais deux sans trois, elle allait s’attaquer à la face nord. Son guide l’attendait à Chamonix et tout au long du chemin, la musique à fond dans les oreilles, elle s’imaginait déjà au sommet.
Celui qu’elle convoitait était la Pointe Walker qui culminait à 4208 mètres. Elle savait, pour avoir déjà tenté deux fois l’aventure dans ces montagnes, qu’elles étaient traîtres, que la roche à forte composante granitique, à la fois cristalline et délitée, totalement inégale, ne facilitait pas le pitonnage et qu’il fallait redoubler de vigilance.
Mais qu’importe cette face nord, ce sommet, tout comme les autres elle l’aurait.
Elle arriva enfin à destination, l’hôtel qu’elle avait réservé n’était qu’à quelques mètres du petit train du Montenvert, première étape pour rejoindre le refuge d’où partirait l’expédition. Son guide Roger, qu’elle avait eu au téléphone deux jours auparavant, lui avait signalé qu’une autre personne les accompagnerait.
Mais pour l’heure Suzy allait s’offrir un bon repas, une douche bien chaude et une bonne nuit de sommeil. Demain, elle connaîtrait enfin les détails de son périple.
5 heures, d’une main lourde, elle assena un coup de poing magistral au réveil qui la sortait de cette douce torpeur du sommeil. Puis tel un diable qui sort de sa boîte, elle se leva d’un bond, une mouche l’aurait piquée que l’effet aurait été le même. Tout était revenu d’un coup, l’hôtel, le rendez-vous à la maison des guides de Chamonix, l’ascension,.... D’un entrain à abattre des montagnes, elle se prépara, engloutit un copieux petit déjeuner, attrapa son sac à dos et prit le chemin de la liberté. Lorsqu’elle arriva devant la porte, Roger l’attendait, c’était un homme d’une bonne cinquantaine d’années, les cheveux grisonnants et le tain buriné par le grand air. Ses yeux bleus pétillaient de joie de vivre et inspiraient une confiance totale. Alpiniste avéré, il était la force tranquille personnifiée.
Après quelques politesses d’usage, Roger déplia une carte topographique sur la grande table de bois sur laquelle l’itinéraire qu’ils allaient emprunter était tracé au stabylo. Mais avant de rentrer dans les détails de l’expédition, celui-ci fit savoir à Suzy qu’ils attendraient le troisième comparse.
Ils n’eurent d’ailleurs pas à l’attendre trop longtemps, la lourde porte laissant apparaître une haute silhouette.
Etrangement, Suzy fut troublée par cet homme qui venait d’arriver, il devait avoir aux alentours de la quarantaine, brun, le corps svelte et musclé, les yeux gris dans un visage aux traits virils mais harmonieux, il lui faisait penser à ces gravures de mode qu’elle avait pu voir dans certains magazines. Ernesto était son nom, un italien, un voisin en quelque sorte.
Suzy respira profondément et se concentra volontairement sur la carte topographique afin d’évacuer ce trouble persistant.
Et Roger commença alors les explications de la "promenade de santé " comme il l’avait affectueusement qualifiée, aidé en cela par une tasse de café chaud.
6h30, le petit groupe se mit en route, direction le refuge de Leschaux point de départ de l’ascension par la face nord des Grandes Jorasses. Cette première partie serait pour le moins la plus simple même si elle demandait des conditions d’endurance optimales. Il fallait, en effet, pour rejoindre le refuge, remonter la mer de glace, puis le glacier du leschaux. Pas de pitons à planter ni de corde au bout de laquelle se suspendre mais bien de la marche, une progression lente, ralentie par le dénivelé et l’altitude.
Le ciel était rouge de l’aurore qui pointait et les montagnes se dessinaient en un fond immuable. La découpe abrupte des cimes, l’air vivifiant de ce début mars fouettant les visages, revigorait Suzy qui ne s’était jamais sentie aussi perturbée qu’aujourd’hui.
Habituellement, la simple idée d’affronter l’éternel lui donnait des ailes et là, tout au contraire, c’était des semelles de plomb qui la traînait. A n’y rien comprendre ! A croire que la seule présence de cet Italien, ce brun ténébreux, la faisait chavirer. Il lui fallut quelques heures de marche, le repas de midi et la fatigue enivrante des hauteurs pour venir à bout de ce trouble.
Il était 18h30 lorsqu’ils atteignirent le refuge de Leschaux, la nuit commençait déjà à recouvrir la vallée. Roger sortit de son sac quelques denrées lyophilisées et ouvrit les placards. Le refuge, une construction en préfabriquée relativement récente était approvisionnée journalièrement pour combler des randonneurs en herbes tel que le groupe du jour.
C’est donc autour d’une soupe bien chaude et d’un plat de spaghettis que la discussion sur le parcours du lendemain prit forme.
Au-delà de l’ascension de la face nord le programme réservé par Roger pour redescendre était des plus alléchants. Après avoir atteint la pointe Walker le retour se ferait via le refuge de Canzio, véritable nid d’aigle perché à flanc de montagne puis par le col des grandes jorasses qui entamait le versant italien.
Suzy en avait le vertige, huit jours d’une virée comme elle en rêvait à chaque fois qu’elle revenait d’un de ses voyages et aujourd’hui plus encore !
Deux heures après leur arrivée la porte du refuge s’ouvrit de nouveau pour laisser entrer un groupe de quatre jeunes gens. La place avait beau être spacieuse, il allait falloir partager les lits pour caser tout le monde. C’est ainsi que Suzy se retrouva contre Ernesto dans ce lit de fortune de 90 par 200. Elle n’arriva pas à fermer l’œil de la nuit même si son compagnon, visiblement plus éprouvé qu’elle, s’endormit comme une masse.
Les yeux cernés et le teint blafard la cueillirent au saut du lit. Même le café pourtant corsé qu’avait préparé Roger ne suffisait pas à la remettre sur pied. Pourtant taisant son immense fatigue, elle endossa son sac à dos et suivit le petit groupe.
Ils étaient maintenant devant le mur de granit noir qu’ils allaient escalader. La première moitié de l’ascension se passa sans encombre. Roger ouvrait la voie, vissant assurant, encordant les deux autres. Suzy le suivait, consciencieusement. Elle vérifiait l’accroche, ajustait ses mousquetons, s’agrippait et se hissait en assurant ses prises à la paroi. Pourtant, les aléas, le sort, la fatigue, le trouble généré par la présence infortuite d’Ernesto, ou peut-être le tout mélangé, allait provoquer la suite des événements.
Suzy accrocha son mousqueton à un piton que venait de visser Roger mais celui-ci ne supporta pas son poids, la roche s’effrita tout autour et il commença dangereusement à sortir de son trou de fortune. Suzy ne vit pas immédiatement le problème, elle tournait la tête en direction d’Ernesto pour s’assurer que tout allait bien de son côté. Quant à Roger, occupé à visser d’autres pitons plus en haut, ne se retourna pas tout de suite. Le piton lâcha complètement, Suzy se retrouva suspendue au piton supérieur après une chute d’une centaine de mètres. Son mousqueton, comme il se doit en ces instants périlleux tel un mauvais film, s’ouvrit et la laissa sans aucune retenue entamer une chute vertigineuse.
Elle ferma les yeux et se mit étrangement à prier. Quelle imbécillité, pensait-elle, dans le même temps,... sa dernière heure était venue et la présence de ses enfants lui vint comme s’ils se tenaient à ce moment-là à ses côtés. Deux larmes coulèrent le long de ses joues,... et une certaine plénitude l’envahit comme si la chute avait durée des heures. Pourtant, son corps, endolori par les chocs répétés contre la paroi, s’affala sur une masse chaude et molle ! non ce n’était pas le sol mais bien Ernesto qui venait de lui servir de tapis d’atterrissage. Un gémissement sortit de sa bouche, le poids de Suzy démultiplié par la chute venait de lui briser quelques côtes,... mais Suzy était vivante ! Sa jambe droite lui faisait affreusement mal. Pourtant, elle n’osait plus bouger. Le souffle saccadé d’Ernesto venait se perdre dans son cou,... son sauveur, sa chaleur la réconfortait, elle ferma les yeux pour ne jamais oublier cet instant.
Suzy ouvrit un œil, elle se sentait tellement bien,... les souvenirs de sa chute étaient étrangement présents à sa mémoire, et puis plus rien,.... Peut-être était-elle au paradis ? Elle se redressa sur ses coudes et regarda la pièce qui l’entourait. Cela n’avait rien du Paradis mais ressemblait beaucoup à une chambre d’hôpital.
Que s’était-il passé et Ernesto était-il vivant et dans quel état ?
Elle voulut se lever mais s’aperçut très vite qu’un plâtre lui servait de jartelle à la jambe droite ! Du pied jusqu’à mi-cuisse. Des béquilles prônaient à côté de son lit, elle s’en empara et commença à s’aventurer dans le couloir. Elle eut tôt fait de trouver une infirmière et de lui demander des nouvelles de son sauveur. Celui-ci était en fait logé dans la chambre juste à côté de la sienne. Il souffrait de quatre côtes cassées mais ses jours étaient loin d’être en danger. Suzy fit volte-face, rebroussa chemin et se tint un moment devant la porte de la chambre d’Ernesto.
Elle prit une profonde inspiration, frappa doucement et entra. Les yeux gris l’enveloppèrent dès qu’elle eut refermé la porte. Comme si elle se trouvait nue devant lui... Mue par une force invisible elle s’approcha du lit, il se tourna sur le côté en grimaçant pour lui faire une place et elle vint se coucher contre son corps. Cette chaleur, ce souffle, ce trouble,...
Le sexe érigé d’Ernesto se plaquait contre ses fesses par-dessus la fine couche de tissu de sa chemise d’hôpital, les pans glissèrent sous ses caresses et elle sentit toute la puissance de sa virilité la pénétrer. L’étreinte, comme inespérée, fut douce, presque irréelle,... plus de jambe plâtrée, plus de corset,... plus rien que la plénitude des sommets ! Leur sommet !
Ernesto délaissa le ventre de Suzy pour prendre possession, lentement doucement, de ses fesses,... jamais elle n’avait permis à Patrick d’en faire autant et tout lui semblait naturel et normal à cet instant précis. La sensation qui l’envahit, ce plaisir dépassait de loin tout ce qu’elle avait connu et dans un râle partagé, avec la même intensité, Ernesto et Suzy jouirent,...
La poignée de la porte de la chambre s’abaissa dans le même temps et l’infirmière, les mains chargées de son plateau repas en fut quitte pour ravaler sa salive, se racler la gorge pour annoncer sa venue et déposer, le rouge aux joues, devant l’indifférence notoire, ce qu’elle était venu apporter.
Le monde aurait pu s’écrouler que rien n’aurait perturbé les deux amants.
Un an, un an que Suzy rêvait de gravir la face nord des grandes jorasses.
Dans sa voiture qui la conduisait à Chamonix, elle avait mis la musique à fond. Une excitation s’emparait d’elle au fur et à mesure qu’elle se rapprochait de sa destination. Roger, qu’elle avait sollicité pour cette aventure lui avait donné rendez-vous à 5 heures le lendemain matin mais en attendant, c’est Ernesto qu’elle allait retrouver dans cet hôtel à deux pas du Montenvert et avant même d’atteindre la pointe Walker, c’est bien des sommets indéfinissables qu’elle allait gravir.
Non Monsieur. Je suis vraiment désolé mais à cause d’une panne mécanique le Pandolino ne fonctionne pas aujourd’hui. Rassurez-vous il a été remplacé par.....
Je le vois bien qu’il a été remplacé ! Et c’est cet espèce de tortillard des années 60 qui va m’emmener en Italie avec un billet de première pour TGV ? En clair c’est du vol autorisé votre histoire.
Mais Monsieur nous vous rembourserons la différence, faites simplement une réclamation à la SNCF et puis....
Et puis merde !....
Pressé de regagner son abri et ses collègues restés prudemment calfeutrés au chaud, le gros fonctionnaire, drapé dans sa suffisance et son uniforme ridicule, ne répond pas et s’éloigne sur le quai d’un pas rapide, laissant en plan Marc et les rares voyageurs incrédules devant ce « je m’en foutisme » caractérisé.
« Décidément ça ne change pas, j’ai toujours autant de chance avec les transports moi, et en plus j’ai fait une réservation. Je suis même arrivé en avance et me voilà à 21h00 sur un quai pratiquement désert pour grimper dans ce train d’après-guerre couvert de poussière et qui sent l’huile, le rêve !... »
Marc en maugréant son infortune, jette rageusement son sac de voyage à la volée dans le couloir puis grimpe dans un vieux wagon aux couleurs vert de gris passées. Des odeurs d’autrefois viennent l’accueillir sournoisement et les souvenirs enfouis des trains de son enfance resurgissent en bouquets de couleurs et d’images oubliées. Il revoit ses parents l’emmenant dans le midi, les gens qui parlaient bruyamment entre eux dans des compartiments bourrés se partageant des casse-croûtes dans des paniers d’osier, toute une expédition...
Une autre époque... Un autre âge.
Il sourit malgré lui, progressant en crabe dans l’étroit couloir et désabusé, se choisit un compartiment au hasard. D’un geste brusque il fait glisser sur le côté la lourde porte en fer dans un bruit sourd pour découvrir un espace confiné avec des banquettes en tissu usé marron clair au dessus desquelles sont fixés de filets à bagages déchirés. Une vitre unique, sale ainsi qu’un plafonnier éclairent le tout. Les cloisons au revêtement gris clair sont décorées d’antiques tableaux noir et blanc représentant des paysages de la France profonde. Rien n’avait changé depuis son enfance.
« Le rêve ! Dire que je vais rester cloîtré dans cette boite de conserve pendant 5 heures ! »
Résigné, il pose son sac sur la banquette d’en face puis en sort un livre chiant comme la mort. Il referme ensuite la porte derrière lui et tire les rideaux orange des fenêtres côté couloir pour avoir une relative tranquillité. Enfin il s’assoit sans conviction près de la fenêtre alors que dans un vacarme de ferraille et de grincement de roues le train quitte la gare laissant sur place un décor de hangars abandonnés aux murs constellés de tags immondes.
Le roulement significatif du vieux train, balancements saccadés rythmant la progression sur les rails, annonce la sortie de la ville et la prise de vitesse. Marc regarde machinalement au travers de la vitre poussiéreuse défiler un paysage lugubre de cités dortoirs, d’usines désaffectées, d’embranchements d’autoroutes jusqu’aux premières plaines ventées qui mènent vers l’Isère vers les Alpes. Peu enthousiaste il retourne à la couverture de son livre qui ne l’inspire toujours pas, se lève, va dans le couloir, personne. Il regagne sa place en râlant...
« Pas possible c’est le train fantôme !... »
Il détaille les tableaux vissés sur les cloisons, reprend son livre, lit quelques lignes, perd patience, s’agite, songe même à descendre au prochain arrêt et attendre le lendemain pour voyager dans un train potable lorsqu’il entend frapper contre la porte et une voix de femme annoncer :
« Contrôle des billets ! »
De nouveau résonna le frappement métallique de la poinçonneuse sur le montant.
« Et bien à défaut de faire voyager les gens dans des conditions décentes, de ce côté là au moins ils ne perdent pas de temps ! Je vais me la faire celle là tiens ! Je vais lui dire ce que j’en pense moi de la SNCF, elle va en prendre pour son grade la vieille peau... Entrez ! » Marmonna Marc qui imaginait déjà la tête de la contrôleuse, genre fonctionnaire en fin de carrière, revêche, agressive, suspicieuse, frustrée....
« C’est pour le contrôle des billets Monsieur » annonça à nouveau la femme en pénétrant dans le compartiment.
Marc en voyant cette visiteuse inattendue pénétrer son espace réduit fut totalement déstabilisé. Il s’attendait à tout sauf à ça. Immédiatement une bouffée de chaleur lui envahit les joues, ses tempes battaient le tambour tandis qu’une crispation nerveuse lui serra le ventre. Il resta ainsi stupidement, bouche bée de longues secondes avant de pouvoir répondre et dû remettre à plus tard ses intentions belliqueuses car au lieu d’une vieille mégère coincée, il avait face à lui une jeune femme absolument ravissante.
La contrôleuse était une brune piquante d’un mètre soixante dix au teint mat avec des pommettes hautes de slave, un petit nez droit et des lèvres rouge sang dévoreuses de vie. Ses grands yeux bleus en amande qui brillaient de malice dévisageaient Marc qui ne savait absolument plus où il se trouvait.
Et puis....
Et puis il n’y avait pas qu’un visage parfait maquillé avec soins, il y avait également sous un chemisier blanc échancré et volontairement trop serré, des seins opulents, tendus à faire craquer le fin tissu. Un pantalon bleu marine moulait ses fesses fermes et de longues jambes qui n’en finissaient pas étaient plantées sur des talons hauts accentuant la cambrure des reins.
« Le rêve ! »
Elle le regardait toujours en souriant, patiente, consciente de l’effet qu’elle produisait généralement sur la gente masculine. Marc avala péniblement sa salive et dit d’un ton faussement détaché :
Vous êtes certaine d’être contrôleuse à la SNCF ?
Hélas oui Monsieur ! » répondit-elle d’une voix douce.
Il enchaîna sans conviction :
Vous savez que normalement je devais voyager dans un TGV ? Je suis très contrarié de me retrouver dans cette antiquité....
Je m’en doute Monsieur, mais si à mon niveau il m’est possible de faire quelque chose pour vous rendre le trajet moins pénible n’hésitez pas.
Attention Mademoiselle vous prenez des risques en disant ce genre de choses ! Lança crânement Marc qui se sentait pousser des ailes.
Croyez vous ?
En disant cela, elle s’approcha de Marc qui ne savait plus quelle attitude prendre puis elle ajouta mutine :
Vous savez, Passez des heures dans un train de nuit pourri et désert bien que ce soit mon job, ça ne m’amuse pas non plus !
Heu vous avez une suggestion ?, Osa Marc qui sentait pousser autre chose que des ailes.
Oui, par exemple nous pourrions vous et moi faire des choses beaucoup plus amusantes que de perdre notre temps ici inutilement.
Comme quoi par exemple ?, Souffla Marc d’un voix étranglée n’osant pas croire qu’il soit possible que...
En guise de réponse la jolie brune vint s’asseoir à côté de ce passager solitaire et dans une attitude particulièrement engageante lui prouver qu’il était en effet réellement possible de. Leur regard se croisèrent un long moment bercés par le roulis du train. Marc le rouge aux joues tenta timidement de poser sa main sur celle qui était venue transformer son espace désespérant en un rêve éveillé. Elle l’encouragea d’un sourire complice, battant des paupières, jouant de ses atouts de femme sensuelle. S’enhardissant, il osa maladroitement un baiser furtif dans l’attitude du collégien pris en faute. Elle ouvrit ses lèvres en signe d’acceptation faisant immédiatement écrouler les barrières des tabous et des retenues de convenance qu’impose la société hypocrite. Leurs baisers devinrent fougueux emplissant l’air d’une aura de désir et de pulsions. Leur mains se cherchaient, se découvraient, se trouvaient.
« Attends ! » Soupira la troublante visiteuse en se relevant avec légèreté dans un bruissement d’étoffe. Elle ferma rapidement la porte du compartiment avec sa clé spéciale puis sans un mot commença à dégrafer un à un les boutons de son chemisier laissant exploser ses seins sublimes. Elle poursuivit son effeuillage avec une lenteur amusée faisant glisser langoureusement son soutien gorge au sol très vite rejoint par le pantalon et un string en dentelle beige offrant ainsi en toute impudeur son corps sans défaut à la vue d’un Marc subjugué.
Sûre d’elle, vêtue uniquement de talons hauts, elle s’approcha en roulant des hanches, pour lui tendre ses seins dont les pointes dures et dressées étaient un véritable appel au désir.
Elle lui murmura doucement à l’oreille :
« Je m’appelle Sonia et j’ai un vilain défaut je suis très, très gourmande de sexe ! »
Marc avait fermé les yeux et n’osait plus les ouvrir de peur d’avoir rêvé. Obéissant, il s’empara fébrilement de cette poitrine généreusement offerte tels des fruits mûrs et parfumés. Ses mains s’aventurèrent d’abord sur les rondeurs lourdes et fermes, cédant rapidement la place aux bouts de ses doigts qui firent durcir davantage encore les pointes marron. Sa bouche prit la relève sous les soupirs d’encouragement de Sonia qui se laissait faire alanguie. Les mains de Marc encouragé, devenant plus pressantes explorèrent davantage ce corps inconnu remontant de la cambrure du dos jusqu’à la nuque, glissant sur une peau satinée sucrée pour s’égarer dans une cascade de cheveux noir. Puis ses lèvres remontèrent vers le cou. Leur bouches se trouvèrent à nouveau et leur langues se goûtèrent avec gourmandise, s’enroulèrent, se lovèrent tels des serpents. Marc enivré de parfum anis citron avait la tête qui lui tournait. Il était impatient, énervé, pressé, envoûté, sous le charme. Il possédait à présent mille mains qui sillonnaient les formes femme.
« Détends-toi, laisse moi faire nous avons tout le temps. » lui souffla t’elle.
Elle glissa souplement à genoux devant lui et dans des gestes délicats et précis sortit de son abri le sexe érigé de Marc qu’elle enveloppa entièrement de ses lèvres avides. Il s’accrocha aux filets à bagages totalement à la merci de son inconnue qui le dévorait en douceur.
Soumis, livré, offert, Marc voyait s’enfoncer entièrement son sexe dans le réceptacle chaud et accueillant de ses fantasmes les plus refoulés. Les lèvres gonflées, animées d’une vie propre l’aspiraient, le suçaient goulûment sans relâche avec une efficacité redoutable. Puis, la langue semblable à un animal rampant prenait le relais, se pourléchait du gland violacé, remontait la hampe jusqu’aux testicules lourdes d’une puissante jouissance en devenir.
Avec un raffinement pervers, Sonia le menait vers un orgasme incontrôlable. Toutefois, pour faire encore durer un peu l’instant ultime, elle jouait savamment avec lui laissant courir ses mains, ses doigts légers sur le corps mâle en sueur. Elle changeait volontairement la cadence, remplaçait ses lèvres par ses seins durs qui enveloppèrent la colonne de chair l’emprisonnant dans un écrin de chaleur.
Non ! non ! Attends pas comme ça....
Laisse moi faire, ne te retiens pas tu verras ce sera encore meilleur ensuite !
Sonia qui avait jugé qu’il était grand temps d’achever sa consentante victime accéléra le rythme. Tour à tour elle caressait les fesses crispées et les bourses gonflées à en être douloureuses tandis que sa bouche allait et venait de plus en plus rapidement autour du sexe dur toujours ponctué de savants coups de langue. Elle devenait furie affamée, l’absorbant, le dévorant totalement. Les doigts nerveux et experts agitant l’organe viril pour que jaillisse la jouissance dans sa gorge inassouvie.
Vaincu par tant de talents conjugués et pour se libérer de l’emprise de cette douce torture qui poussait ses sens dans leurs derniers retranchements, il laissa monter dans un râle animal son désir exacerbé par Sonia qui à présent le mangeait littéralement. Une explosion montée du fond de son être le fit vaciller au point de l’obliger à se retenir aux cloisons pour ne pas choir sur cette femme inattendue qui vampirisait gloutonnement sa vie jusqu’à épuisement. Elle le garda encore longuement dans sa bouche pour que son plaisir soit total et ne pas laisser retomber le désir. Enfin pleinement satisfaite de son art, ne laissant aucun répit à son partenaire de fortune, en creusant les reins elle s’empala sur lui qui s’était effondré sur une des vieilles banquettes.
Ses seins lourds écrasés contre la poitrine de Marc, elle commença à rouler lentement des hanches en gémissant. Appuyant ses mains aux ongles carmin sur les épaules de son partenaire, elle montait et descendait en cadence son sexe rasé le long de la colonne faiblissante. Elle l’aspirait de l’intérieur, le masturbait de ses muqueuses trempées re-durcissant peu à peu par son talent le sexe qui l’envahissait de plus en plus.
Leurs lèvres s’étaient collées par des baisers violents, leurs ventres étaient soudés leurs corps ne faisant qu’un être et Sonia déchaînée roulait sur lui qui sentait inexorablement revenir son désir primaire. Elle criait son plaisir et sa jouissance trop attendue. Elle griffait, mordait le cou, ses doigts s’agrippaient aux filets qui n’y résistèrent pas et cassèrent dans un claquement sec.
Comme une libération elle sentit, le liquide chaud arroser au plus profond son intimité et elle se planta jusqu’à la garde sur ce pieu de velours pour être prise totalement, à en mourir, à en oublier le jour, la nuit, le temps et l’espace, à ne vivre que pour sentir vibrer son corps à l’unisson d’un autre corps ne serait ce que quelques instants fugaces dans une existence dérisoire. Elle ondula encore pour canaliser les derniers soubresauts, se contractant volontairement de l’intérieur, emprisonnant davantage le sexe qui cognait ses parois trempées de leurs liqueurs mêlées, puis résignée, elle se laissa rouler à regrets sur la banquette en soupirant d’aise.
Marc se leva en chancelant un peu. Il entrouvrit la fenêtre pour brasser l’air et reprendre son souffle. A l’extérieur les montagnes trouaient la nuit, Saint-Jean de Maurienne n’était pas loin. Il se sentait vide, sans force.
« Viens me lécher ! Fais moi jouir encore.... » Minauda Sonia installée dans une position sans équivoque sur la banquette souillée à présent de leurs ébats. Cuisses ouvertes, impatiente, languissante, elle caressait sans pudeur son sexe aux lèvres toujours gonflées de sang.
Envoûté devant cet excitant spectacle, Marc obtempéra ravi d’avoir à son tour la maîtrise de la situation. Utilisant tous les raffinements possibles il s’employa à amener de nouveau sa partenaire au plaisir. Ses deux mains en coupe sous les fesses rondes et musclées de sa délicieuse maîtresse, il faisait courir sa langue le long du sillon allant de l’anus au sexe qu’il pénétrait à chaque passage. Très vite ses doigts vinrent en renfort car que ce soit devant ou bien derrière, Sonia était plus que réceptive. Elle aimait tout et gémissait à chaque pénétration ranimant encore une fois par ses cris le désir de Marc.
Elle lui maintenait fermement la tête sur elle, les jambes haut relevées pour s’offrir davantage. Elle décollait les reins, roulait son bassin, se cabrait sous les savantes caresses sentant monter en elle une lave brûlante et dévastatrice. Ne voulant pas contrôler la montée de son plaisir, elle se laissa emporter par la vague qui l’éleva dans le tourbillon délicieux et éphémère submergeant sa raison. Ce fut bref et violent, son ventre se crispa puis son corps entier se mit à trembler tandis qu’elle inondait de son propre plaisir le visage de son tendre bourreau.
« Prends moi ! prends moi encore ! N’arrête pas.... » Gémissait elle les yeux mi-clos, haletante, la poitrine gonflée par sa respiration saccadée.
Ils se livrèrent alors à un festival de positions possibles dans cet endroit inadapté aux joutes amoureuses intensives, ponctuées par les orgasmes de Sonia insatiable. Ses longues jambes se faisaient lianes, ses bras tentacules et sa souplesse permettait de réaliser des miracles pourtant malgré cela, Marc fatiguait et les étreintes commençaient à faiblir en intensité. C’était sans compter sur le tempérament volcanique de Sonia qui d’autorité s’agenouilla sur le bord de la banquette, mains bien appuyées sur la cloison, bras écartés, sa crinière en bataille sur son dos creusé, les reins cambrés à l’extrême, les fesses tendues, relevées, ouvertes, offertes dans une invitation sans équivoque...
« Sodomise moi ! »
Pendant quelques instants Marc admiratif resta figé devant cette croupe incendiaire qui ne demandait qu’à être investie. Finalement il se décida et plaça son sexe à l’entrée de l’étroit fourreau. Le gland s’y engouffra sans aucune difficulté, presque happé et Sonia d’un mouvement léger de bassin accueillit le reste du membre dans un réel soupir de satisfaction. Marc savait déjà qu’il ne serait pas en capacité de résister longtemps à une invitation pareille. Par ruse autant que par jeu il ressortit de ce piège fatal et se fit à nouveau immédiatement engloutir ponctué par les encouragements et les cris de plaisir de Sonia qui aidée de ses mains ouvrait ses fesses pour se donner davantage.
Dix fois il entra et sortit ainsi entièrement de cette prison dilatée poussant à bout son impatiente partenaire qui réclamait son désir impérieux d’être prise ainsi. Alors il demeura planté en elle, bougeant le moins possible, se contentant de laisser Sonia aller et venir autour de son membre. Il admirait ce derrière fantastique, le regardait se mouvoir, se faire pénétrer, onduler, danser, le happer plus profondément à chaque mouvement de reins. Ce n’était pas lui qui prenait cette femme mais elle qui se sodomisait.
Impatiente, elle frappait du poing sur la cloison, réclamant la mise à mort de ses fesses par la jouissance salvatrice. Il l’acheva à grands coups de boutoir, s’enfonçant au plus profond, jusqu’aux testicules qui tapaient sur le sexe ouvert de Sonia qui hurlaient des mots orduriers en caressant sans vergogne son clitoris dardé tel un organe minuscule.
Ils jouirent ensemble et Marc inonda les fesses splendides de Sonia d’un dernier jet libératoire avant de s’écrouler avec la sensation qu’un rouleau compresseur lui était passé dessus. Elle le regarda amusée caressant du bout du doigt le sexe agonisant. Une lueur de fierté et de satisfaction passa au travers de ses yeux azur.
« Repose toi Don Juan ! Je vais me rendre présentable et je repasserai dans un moment. Tu m’attends hein ? Je n’en ai pas terminé avec toi » Ajouta t’elle en riant.
Marc attendit, rassemblant ses pensées, réfléchissant à cette étrange et fantastique rencontre. Mais la fatigue, la plénitude et le tangage du vieux train eurent raison de sa volonté et il bascula dans le monde étrange et protecteur des rêves.
Milan Terminus.
Au freinage du train, Marc se réveilla en sursaut et sa tête heurta violemment la vitre. Dans son esprit encore en sommeil tout se remettait peu à peu en place : le train pourri, la contrôleuse, la séance de jambes en l’air non stop jusqu’à épuisement... Seulement Sonia n’était plus là... Son sac de voyage non plus d’ailleurs. Pris d’un doute, il fouilla machinalement son blouson, plus rien ! Ni papiers, ni portefeuille, ni argent.
Furieux, il descendit du train et remonta le quai en courant, cherchant du regard Sonia qui semblait s’être volatilisée. Il bouscula au passage un contrôleur qui descendait d’un wagon et lui lança en guise d’excuses :
Je cherche l’autre contrôleuse du train ? Vous ne l’auriez pas vue par hasard ?
Mais Monsieur, Il n’y a que moi dans ce train !
Ce n’est pas possible voyons, vous devez certainement vous tromper j’ai été contrôlé par une jeune femme qui....
Cela m’étonnerait fort car il n’y a pas de contrôleuses femmes dans les trains de nuit répondit l’homme très perplexe.
Je pense que vous avez dû rêver » rajouta t’il vaguement amusé.
J’me suis fait plumer oui !
Salope !........... Et merde je n’ai même pas mis de capotes..... Quel con !
Toutes les mesures concordaient, le stade était trop petit. Pourtant, on avait tout fait comme d’habitude, dans les normes ! Un architecte pour une maquette préalable, un ingénieur pour l’évaluation de l’ampleur des travaux, qui a transmis son devis au service comptable de la mairie. Effectuer rapidement au milieu des recherches de sponsors en cigares, stylos, et autres petites fournitures essentielles et/ou anisées. Après le premier refus, on reprend le processus et au bout de cinq ou six propositions ils se lassent et disent oui. Bon, vu les circonstances, on a appuyé un peu notre demande et bien entendu qui refuserait d’échanger un tampon "approved" contre l’équivalent en cash d’une piscine de 10 mètres de long ?
Ensuite, ça avait été facile : Une équipe pour calculer les taux de portance et la faisabilité de l’ensemble, une modification du tout sans en parler à la mairie pour entrer dans les spécifications de ce groupe de travail sans se retaper le marathon administratif, l’appel à un groupe de designers d’intérieur pour refaire nos fauteuils de direction parce que bon, on réfléchit tout de même vraiment mieux dans un bon fauteuil et enfin la réalisation de la maquette finale en carton, papier et polystyrène expansé. C’était une très jolie maquette que cette maquette là. Et forcément, elle aussi était un peu petite.
Après, on a déroulé... Sous-traiter toute la construction à une entreprise de BTP, faire cracher plus de la moitié du budget au conseil régional, se battre avec la métro pour qu’elle nous file le reste, faire de nombreuses réunions de direction pour évaluer l’ensemble des travaux et aller voir sur le chantier si tout allait bien. Personne n’a vu l’erreur qui s’était glissée on ne sait pas trop quand dans nos calculs. Comment pouvait-on imaginer ?
Bon, après coup, on a bien compris ce qui s’était passé. Une bête erreur d’appréciation. Un stagiaire étranger qui ignorait tout du système métrique faisait partie d’une des équipes qui ont fait les projets initiaux. Et voilà. Un tour de stade de 300 mètres. Impossible d’organiser le 400 mètres haies. Alors qu’on avait vraiment tout fait dans les normes de qualité habituelles ! Comment vais-je pouvoir annoncer ça au comité moi ?
Monsieur Dupont se demandait s’il avait choisi le bon point stratégique. Il avait pourtant bien préparé son plan. Il avait longuement étudié la cartographie du quartier avant de se décider pour l’horodateur du 5, de la rue des hortensias. Il s’était offert un imperméable neuf. Avait fait l’effort, la veille, d’aller chez le coiffeur et la manucure. Sans parler de ce matin, où, levé d’excellente humeur, il avait soigneusement astiqué sa bistouquette avec un savon spécial peau sensible à l’amande douce, s’était parfumé les roubignoles avec un parfum aphrodisiaque commandé dans un catalogue érotique et comble du raffinement, s’était aspergé les plantes des pieds avec un déodorant anti-perspirant, pour pouvoir, en cas de nécessité, se déchausser sans arrière pensée et sans complexe.
Et tout ça pour quoi ?
Tout ça pour rien.
Car ce que monsieur Dupont n’avait pas réalisé, c’est que c’étaient les vacances, les vacances de la Toussaint, plus exactement. Sans compter qu’il commençait à se les cailler sérieux, et là, vraiment, ça craignait. Ça n’était plus des roupettes qu’il allait fièrement pouvoir exhiber, mais plutôt deux malheureux raisins secs...
Ah ! C’est qu’il était déçu monsieur Dupont ! C’est qu’il s’en était imaginé des choses ! Rien qu’à lire l’enseigne devant laquelle il s’était embusqué pour la journée, il en salivait. Pensionnat de jeunes filles.
Précisons, en aparté, pour la crédibilité du récit, que celui-ci se déroule dans les années 60, à une époque où il existe encore des écoles de jeunes filles - de vraies jeunes filles, je veux dire, des qui n’ont pas vu le loup, des qui rougissent rien qu’à y penser, des qui se pâment en se la jouant Bilitis et compagnie, avec des robes en mousseline et des jupons vaporeux...
C’est exactement ce sur quoi monsieur Dupont était en train de fantasmer. Les yeux mi-clos, il ruminait encore et inlassablement la même histoire. Il se voyait à la sortie des classes, dévoilant fièrement son membre superbement dressé tel un totem sacré d’Amérique du Sud, dans une pose avantageuse, cela va de soi, disons - pourquoi pas, telle une statue d’Apollon qui aurait été sculptée par Rodin, le tout majestueusement encadré par sa gabardine qui figurait le rideau se levant sur une pièce mutine de la Comedia Del Arte.
Ensuite, la romance empruntait différents chemins, qui variaient selon son humeur. Dans l’une, les jeunes filles étaient des oies blanches. A son approche, affolées, la gorge rouge et la croupe frémissante, elles s’éparpillaient en cancanant dans tous les sens, tel un groupe de volatiles attaqué par un carnassier en rut.
Dans l’autre, elles se prenaient pour des tigresses. Toutes griffes dehors, tels des fauves affamés trop longtemps privés de nourriture, elles se précipitaient sur ses attributs ô combien virils !
D’autres fois, il s’imaginait que l’une d’elles, tombant littéralement sous le charme de son sex appeal, l’invitait tout de go à danser sur un air de Diana Ross.
Ah ! C’est qu’il en avait, de l’imagination, monsieur Dupont ! C’est que ça l’inspirait, les jeunes filles en fleur ! Tiens, là, à ce moment précis de notre récit, il se tenait au milieu du trottoir, virevoltant, pirouettant, tourbillonnant avec une adorable nymphette qui lui murmurait sans vergogne des vers cochons de Théophile Gautier à l’oreille...
Mais ce dont monsieur Dupont ne s’était pas aperçu, c’est qu’il n’était pas seul, sur ce trottoir. Oh non ! Et pour cause, puisque Mère Marie-Thérèse se trouvait là depuis au moins dix bonnes minutes, observant son manège avec un intérêt non dissimulé.
Il faut dire, pour rester honnête avec le lecteur, que monsieur Dupont avait de sacrées parties génitales : tout à la fois fermes et dodues, roses et soyeuses, elles faisaient immanquablement penser à Babe, le héros du film de Chris Noonan.
Or, pour la première fois de son existence pourtant déjà bien avancée, Mère Marie-Thérèse était confrontée à la nudité masculine. Elle en était baba. Jamais elle n’eut cru que ce fut si charmant à regarder. Et à toucher ? se demandait-elle. Est-ce que c’est aussi agréable que ça en a l’air ? Mon Dieu ! Je me sens toute chose ! Doux Jésus, que m’arrive t-il ?
Mère Marie-Thérèse, bien évidemment, n’avait aucune expérience en matière de sexualité. Là voilà qui se pâmait sans rien comprendre de ce qui la mettait tant en émoi.
Leçon de choses : observons la coquine !... ...Transpirant, suffocant, blêmissant, se languissant et se tordant les mains en veux-tu en voilà, telle Hélène soupirant après son Pâris... Elle ne tarda pas à ôter sa cornette, puis son voile, puis... elle prit subitement conscience de ses actes et tenta, dans un sursaut de dignité désespérée, de se ressaisir. Elle respira un bon coup, dressa bravement le menton... et s’aperçut avec effarement que la situation avait potentiellement basculé dans le sens inversement proportionnel à sa respectabilité.
Monsieur Dupont se tenait droit devant elle, lui souriant impudiquement de toutes ses fausses dents, la zézette toujours à l’air tournoyant gaiement aux quatre vents. Emoustillée, Mère Marie-Thérèse lui décocha une oeillade à détourner un saint du droit chemin. Il ébaucha prudemment un pas en avant. Timidement, elle l’imita, avançant d’un pas à son tour. C’est ainsi que de pas en pas, de clins d’oeil polissons en mignardises, ils se trouvèrent de plus en plus proches... tant sur le plan purement émotionnel que physiquement parlant.
Et ce qui devait arriver arriva. Comme ça. Comme des bêtes. En plein milieu du trottoir.
Frrr ! Envolés les scrupules de Mère Marie-Thérèse ! Frrr ! Effacées ses inhibitions ! Bonjour le spectacle. Personnellement, rien que d’y penser, j’en ai encore la chair de poule. Jamais, au grand jamais, je ne pourrai gommer ce numéro de ma mémoire. Oh ! La monstrueuse bête à deux dos ! Oh ! La vision cauchemardesque ! On aurait dit une vache s’accouplant avec une marguerite, que dis-je, une gamma-globuline géante frayant avec une bactérie ! Une monstrueuse religieuse dégoulinante de crème, se faisant gloutonnement dévorer par une gigantesque chipolata !... Ah ! Luxure ! Quand tu nous tiens !
Mais elle n’est pas vraisemblable, ton histoire ! me direz-vous. Tu te vois, toi, en train de faire ça, en plein Paris, avec la foule tout autour ? T’es pas un peu marteau ?
Lecteur, tu n’as pas tort, mais sache que cette histoire n’a pas lieu à Paris.
De toute façon, je n’irai pas plus loin. Je m’en voudrais de heurter les âmes un peu tendres avec des propos trop évocateurs. Je me montrerai donc plus prude que la bonne soeur dont je vous narre l’aventure, en m’arrêtant à ce point précis du récit. La suite, et même la fin, lecteur, il te faudra l’imaginer. A ton tour de te faire ton propre cinoche ! Bien sûr, tu peux, si tu le souhaites, et même, je te le conseille, remplacer l’image de monsieur Dupont par celle d’un beau jeune homme, un homme qui te ressemblerait, par exemple. Mère Marie-Thérèse pourrait revêtir l’apparence d’une jolie jeune femme blonde, ou rousse, ou brune, selon tes goûts, en fait, cela n’a pas vraiment d’importance puisque - je n’insisterai jamais assez là-dessus, toutes les femmes sont belles, sauf Mère Marie-Thérèse, bien sûr, qui n’est pas une femme mais une pâtisserie.
Pour ma part, toute cette histoire m’a coupé l’appétit. Non, vraiment, sans façon. Alors à la prochaine, et bonne bourre !
Il est 5 heures Paris s’éveille. Il est 5 heures et François PIGNON n’avait pas sommeil.
Son béret orné de la cocarde tricolore enfoncé jusqu’aux oreilles, pas rasé, les yeux rougis, l’haleine à réveiller un macchabée, sa baguette de pain sous le bras, il avançait d’un pas décidé jusqu’à l’hôtel de ville. Des tracts et des confettis volaient encore autour de lui dans la brise matinale printanière et des ballons crevés multicolores jonchaient les trottoirs des Champs-Elysées comme des préservatifs usagés. Tout ce merdier lui paraissait dérisoire au regard de son immense victoire, ils ne baiseraient pas Paris et Pignon était heureux.
Ce n’était pas lui, François PIGNON, Maire de Paris, qui allait livrer SA ville à toutes ces andouilles farcies au Q.I. d’huîtres. Rien que d’imaginer la capitale prise d’assaut par une horde d’abrutis hébétés qui suaient comme des gorets pour gagner quelques médailles en chocolat dont tout le monde se fichait éperdument, il en était malade. Certes depuis plusieurs semaines il subissait des bières pressions d’en haut, mais peu lui importait si le bâfreur de tête de veau n’était pas content.
Du temps de grand papa Pignon Paris avait déjà su résister à « l’occup » même si les françaises avaient abondamment données leur corps à l’ennemi, Paris ne serait donc pas l’otage du monde sportif. Les J.O. ne passeront pas la ligne Maginot. Les J.O. ne seront pas, ou alors ailleurs, par exemple chez les rostbeafs, l’ennemi héréditaire.
Parole de Pignon !
En remontant la rue de Rivoli, il souriait béatement en repensant à la méga réception offerte la veille aux représentants de la délégation censée choisir la ville qui aurait le privilège de raquer pour la gloire, sans parler de la gigantesque parade qui suivit. Ce fut un spectacle grandiose retransmis bien évidemment en direct devant des milliards de zozos décérébrés.
Tout avait été réglé comme un show à l’américaine. Il faut dire qu’il y avait eu une sacrée préparation en amont, ça n’avait pas chômé. Son équipe qui avait Pignon sur rue, s’était donnée à fond, rien ne fut laissé au hasard.
Dès le matin des limousines spécialement peintes en rose fluo conduites par des chauffeurs noirs, en rasta, fumant des pétards d’un mètre cinquante récupérèrent l’ensemble du comité Olympique à l’aéroport. Il fallait voir leur tête de premier de la classe lorsqu’ils sont entrés au son du reggae dans les voitures enfumées, c’était du bel ouvrage man !
Immédiatement escortés par des motards transformés en hells angels, ils furent largués dans la grande salle de réception de l’hôtel de Ville où les attendaient des serveurs en drag-queens pour un monstrueux déjeuner de gala. Bien qu’ils fussent (pas mal celui-là) déjà complètement shootés à la descente de voiture on n’avait néanmoins pas lésiné sur le protocole et les frais. On a vu grand. On a fait un repas sur le thème : la France et ses régions avec cassoulet, potée, choucroute, bouillabaisse, boudin, fondue, foie gras, crustacés et j’en passe, rien que des produits du terroir. Le tout arrosé d’un Beaujolais à te filer la courante du siècle et d’un blanc de Savoie qui raye les vitres lorsque tu l’utilises comme produit ménager. On a cru un moment que certains allaient en crever mais non, résistants ces sportifs.
En fin de repas, le gros Douillet nous a fait une vilaine crise de nerfs et la Chaudron de Courcelle s’est mise à boire en nous chantant des chansons paillardes, puis ils se sont envoyés en l’air sur la table devant tout le monde, c’était le clou improvisé du spectacle.
Tout le monde est ensuite parti pour le défilé sans oublier la remise du petit cadeau personnel, la petite intention délicate qui fait toujours plaisir : un phallus gravé des cinq cercles symbolisant les J O. de sorte que s’ils désiraient l’avoir dans le fondement au sens propre comme au figuré, no problem.
On les a jeté comme des paquets de linge sale dans des décapotables et tout le cortège s’est mis en branle si j’ose dire ! Sauf Douillet qui s’était ouvert les veines avec une fourchette à escargot et la première dame qui s’était pendue avec son sac à main.
Ce fut un défilé grandiose.
Toutes les télévisions du monde fixaient l’instant historique. En tête de cortège, vêtus en uniforme de milicien récupérés à Vichy et au siège du FN, les sportifs Français portaient les drapeaux, suivis de la délégation largement comateuse, elle-même suivie par des chars sur lesquels des bénévoles complètement à poil représentaient les différentes disciplines sportives. Venaient ensuite des rats de l’opéra et des égouts, des danseuses orientales mal orientées, des danseurs de salsa, des rappeurs râpés, les filles du Lido, du Crazy, du Moulin Rouge, de chez Madame Claude, des clowns en patins à roulettes déguisés en hommes politiques, des hommes politiques déguisés en clowns, là on a eu peu de frais de costumes, De Villepin en Napoléon, Sarko en gnome, des obèses déguisés en citrouille, des anorexiques transformés en asperge, Louis XIV et sa cour des miracles, Louis XVI et sa tête, Bush et sa connerie, Hussein et sa dame, des cow-boys sur des dromadaires, des indiens sur des girafes, des pygmées sur des poneys, la famille Pierreàfeu sur des mammouths, Ali baba et ses quarante voleurs, Tarzan et sa femme Chetta, Nihil et ses zonards en tutu rose, Aka en amazone top less, Agathe et ses rustines, des Barriqueux ronds comme des queues de pelle, un vieux Paladin cacochyme cueillant des fleurs en récitant des vers érotiques, des Lapins qui se broutaient frénétiquement la carotte, des Moutons noirs qui se sautaient dessus, le diable et ses diablotins qui s’enfilaient à la queue leu leu dans la crèche où roupillait l’enfant Jésus bercé par un Jojo en curé portant de la croix sur ses frêles épaules d’agriculteur chenu, des illuminatis illuminés, les 3 lanciers du Bengale, les 4 moustiquaires, le club des 5, les 6 compagnons, les 7 samouraïs, les 12 apôtres ou les 12 salopards ceux-là je les confonds toujours, un Yeti, des griffons, des licornes, des gargouilles et un bossu, une tringle à rideau, un veau d’or, des vautours, des vauriens, des vomis, des veau marin go, du lait, une boite de thon, des œufs, du beurre, un pack de bière, six litres de rouge, 4 litres de blanc...( A merde ! ça c’est ma liste de course), Belphégor sortit exprès du Louvre pour l’occasion par son pote Dan Brown, Thierry la fronde sans son collant dim, Tintin et ses sept boules de cristal, Astérix et les 12 travaux, Blanche neige et les sept nains, des géants verts, les 101 dalmatiens, Shéhérazade et ses 1000 et une nuits, Harry Potter, Zorro, Zembla, Akim, Blek le Roc, Mandrak, les X men, l’homme invisible même si personne l’a vu, Superman, Batman sans Robin qui avait un mot d’excuses, Spiderman, Condorman, Shaman, Barman, Eléphantman, Mario Bros, Dark vador et ses gardes, des jedis armés de néons sur leur garde, les Télé Tubbis, télé poche, télé loisirs, des téléphones, portables, les Barbapapa, Goldorak, Belle et Sébastien, Heidi, Candy, Aglaé et Sidonie, Nounours Pimprenelle et Nicolas, Casimir et son gloubiboulga, Pinocchio qui collait son grand nez dans le derche de Fantômette, des schtroumphs dans une schtroumfette, des martiens, des chiens, des chats, des puces savantes.... Flûte ! j’ai plus d’encre..... Le tout baignant dans de la musique techno.
Du grand spectacle.
On avait également fait imprimer et distribuer un million de tee-shirts bleu, blanc, rouge, avec comme inscription Le sport c’est chiant ! sur le devant et un chiotte dans le dos. Il fallait voir tous ces spectateurs vêtus ainsi qui participaient à l’événement dans la joie et l’allégresse intense du moment, chantant la marseillaise à plein poumons, c’était extraordinaire.
Quel feu d’artifice coloré sur la plus belle avenue du monde, pensa Pignon en coulant une larme d’émotion.
Au passage du cortège on a également fait lâcher des tracts sur lesquels était porté le coût réel des jeux pour le contribuable parisien, tandis que le nom des vrais bénéficiaires qui s’en mettaient plein les poches était inscrit sur les ballons qui voletaient doucement au dessus de la parade. Je crois d’ailleurs que c’est à cause de cela que Jacques nous a fait son malaise cérébral, pour une fois qu’il n’était pas dans le coup.
C’est ballot !
Arrivé à la Concorde un concours de jet de tomates, d’œufs et de tartes à la crème organisé conjointement par Emmaüs, les restos du cœur, les sans abris et les Maisons Phoenix accueillit le staff des décideurs. Certains à l’esprit inventif franchouillard ont cru opportun de rajouter des merdes de chien pour donner du relief comme quoi l’initiative individuelle n’est pas morte dans notre beau pays. Sauf que, dans un excès de zèle, quelques pavés sont également partis, un vieux réflexe en souvenir de mai 68, la seule fausse note dans cette féérie de finesse, de délicatesse et de beauté scénique. Malheureusement un paveton a atterri dans la tirelire cochonesque du président dépité du Comité dérouté. A cause de cet incident en "la" mineur on a dû laisser tomber les discours de clôture ciselés pour les ramener en vitesse dans des hôtels réservés, mais ils ont nerveusement décliné l’offre et préféré rentrer rapidement chez eux. Ils se sont rués sur des taxis sans même dire au revoir puis se sont éparpillés dans la nature, sauf un qui lui voulait se mettre en ménage avec une draggqueen !
Finalement on s’est rabattu sur les restes de bouffe et on a fait une fiesta d’enfer qui s’est terminée à Saint Germain.
Raisonnablement ce matin, j’ose penser que ce ne sera pas : Paris 2012...
Allons s’enfants de la patriiiiiiiiiiii-ie, le jouuuuuuuuuuur de gloi- are est arrivé !.... contre nous de la.... Tous en cœur ! De la tiraniiiiiiiiiii-iie, l’étendard sans gland élv.... Jean-baptiste, la main sur le cœur !.... Elevé, entendez vous dans nos.......
Comme chaque jour, je prenais mon service au café de la gare mais cet après-midi-là j’ignorais que ce beau jour d’été me réservait une mésaventure inattendue.
Il devait être environ vingt et une heures lorsque survint une jeune fille rousse en larmes. Elle s’assit à la table dans le coin à droite, les jambes croisées, et totalement recroquevillée sur elle-même.
Un peu gêné, je m’approche d’elle pour prendre sa commande.
"Excusez-moi, me dit-elle. Je ne devrais pas..."
Elle laisse s’échapper un sanglot et ajoute :
Un coca, s’il vous plaît.
Très bien, mademoiselle ! Je vous l’apporte tout de suite.
De retour avec la boisson, j’essaie de trouver des mots réconfortants face à la peine de cette jeune-fille.
Un coca, bien frais, lui dis-je, ça vous fera du bien !
Elle sourit.
Je lui tends une serviette en papier : "Tenez, essuyez vos jolis yeux !"
Elle se mouche assez bruyamment. Son innocence me fait rire.
Je la regarde, du comptoir, en train de siroter son coca, à la paille, comme une petite fille. Elle me rappelle une amie que j’appréciais lorsque j’avais son âge. Dix ans doivent nous séparer mais qu’importe : je la trouve charmante dans sa petite robe, rose pâle, une robe qui met en valeur ses frêles épaules. Je ferme les yeux un instant.
Un parfum fruité me fait revenir à la surface. Elle est debout face au comptoir, face à moi, et attend que je lui dise combien elle me doit.
Ca fera deux euros cinquante, mademoiselle.
Elle fouille dans son porte-monnaie, bleu en forme de chat, comme on en trouve dans les marchés, et me tend la somme exacte.
Pourriez-vous m’appeler un taxi ?
Je regarde ma montre : il est vingt et une heures quarante-cinq et à une heure aussi tardive, je la trouve fort imprudente de vouloir prendre un taxi.
A cette heure-ci, lui dis-je ?
Oui, je n’ai pas d’autre choix.
Si vous voulez, je termine mon service dans un quart d’heure, je peux vous raccompagner.
Elle accepte bien qu’elle n’ait aucune preuve de ma bonne foi, en y pensant ça me fait sourire.
Nous voilà, dehors alors qu’un orage éclate :
Désolé, mais il va falloir courir jusqu’à ma voiture si on ne veut pas être trempé car elle n’est pas garée tout près.
Elle ôte ses nu-pieds pour pouvoir courir avec plus d’aisance et me suit.
Elle a de très jolis pieds à vrai dire et de fines chevilles.
Une fois, dans la voiture, je lui demande à quelle adresse je dois la déposer. C’est assez loin de chez moi et dans la direction opposée mais ça n’est pas grave !
Ses cheveux ruissellent sur ses épaules et sa robe mouillée par la pluie me laisse deviner la pointe de ses seins. Mais à quoi bon la désirer ? J’essaie de chasser ses pensées de ma tête.
Au fait, me dit-elle, je m’appelle Laure et vous ?
Michael, enchanté !
Je vous dois une explication, je crois.
Concernant vos larmes ? Non, ça ne me regarde pas !
Pourtant elle commence à me raconter toute l’histoire, elle avait rendez-vous avec un garçon rencontré sur internet, elle le croyait sincère mais il n’est pas venu.
Ses pleurs redoublent de plus belle. Je m’arrête sur le bas côté de la route pour la prendre dans mes bras et la consoler. Elle pleure à chaudes larmes sur mon épaule.
Et puis j’ignore pourquoi j’ai très envie de l’embrasser à ce moment précis. Follement envie, mais je ne veux pas profiter de sa faiblesse.
Sortons, lui-dis je, marchons un peu, nous reprendrons la route quand vous serez calmée !
L’air frais, il n’y a rien de mieux pour reprendre ses esprits. Nous marchons depuis quelques minutes lorsqu’elle me prend la main.
Michael, vous allez me trouver folle mais j’ai besoin de me sentir aimée ! Embrassez-moi, s’il vous plaît.
Un peu surpris, je m’exécute.
Ses lèvres ont un petit goût sucré, un parfum de bonbon qui me fait fondre. Perdant toute contenance, je l’enlace, la serre contre moi et de mes mains expertes redessinent la forme de ses fesses, puis la pointe de ses seins qui ne me laissent pas de marbre.
Son corps à ce je-ne-sais-quoi d’enfantin qui m’excite encore davantage.
Ses yeux verts sont autant d’appels qui me demandent de continuer. Ses yeux émeraudes me réclament des caresses, tandis que ses lèvres pleines de désir remercient ma peau brûlante.
L’herbe du bas côté devient notre nid, et fleur au milieu des fleurs, elle se dévoile, s’exhibe impudique.
Le bruit des voitures qui défilent a disparu. Il n’y a plus qu’elle et moi .
Je sais que je ne suis qu’un objet pour calmer sa peine mais ça me plaît d’être cet objet, ce palliatif. Son corps enflammé est fou de rage. La fraîcheur du sol semble l’exciter encore davantage.
Sa main s’empare de mon membre, puis sa langue me titille en douceur. Je cède sous ses caresses. Mon excitation est telle que je me mords les lèvres pour ne pas faiblir maintenant.
Ma main progresse lentement sur son corps, effleure son intimité avec tendresse.
Je me perds sur le chemin de ses jambes, ma langue se faufile dans les méandres de son corps et cueille son bouton de rose.
Assise sur moi, ses reins se cambrent pour offrir à mon corps son plus beau combat. Alors que ses mouvements sont amples et lents je pose mes mains sur ses hanches pour lui faire adopter un rythme plus soutenu. Son bassin se contracte et je ne tarde pas à jouir en elle.
Nous nous rhabillons à la hâte et je la raccompagne chez elle sans échanger le moindre mot. Le silence me pèse mais je ne veux pas la forcer à parler.
Elle pose un ultime baiser sur mes lèvres pour me dire au revoir et je la vois disparaître.
Je suis en sécurité... Je suis en sécurité... Je suis en sécurité. Il me semble qu’en la répétant sans arrêt, cette phrase agira comme une formule qui éloignera enfin la Terreur. Je l’ai palpée tellement de fois, la terreur, que je peux vous assurer qu’elle est tout à fait vivante... comme une ennemie qui ne cesserait jamais de me poursuivre. Pourquoi ? Je n’en sais rien ! Peut-être pour continuer à exister ? Peut être... Sans moi pour la sentir, pour l’absorber jusqu’à en avoir la nausée, que serait la terreur ?? Seulement, avec moi pour nourrir son existence... (Et grassement !) Elle ne risque en aucun cas de changer de crémerie !
J’ai pensé à la mort, et je n’ai pas de mots pour exprimer le bonheur que j’ai pu ressentir en pensant avoir trouvé enfin la porte de secours. Cela n’a duré que quelques secondes. La terreur accrochée telle une sangsue à mon cœur n’a pas apprecié. Elle a aspiré tout mon sang, je suis devenue livide, mon cœur vide s’est emballé et j’ai hurlé de terreur !
J’avais peur de la mort...
La terreur m’a trouvée un soir où voulant échapper aux mains moites de mon père, je me réfugiai sous mon lit. Il ne pouvait m’atteindre, je décidai de rester cachée toute la nuit. Je m’endormis... et fus réveillée quelques temps après par des chatouillements au niveau de ma tete. Je mis la main dans mes cheveux et sentis une grosse carapace pleine de pattes qui s’entortillaient dans mes boucles. Je frappai frénétiquement de mes petites mains ma tête mais les pattes dentelées de la bestiole étaient coincées dans mes cheveux. J’entendais le crissement de ses élytres qui me vrillaient les oreilles. Je crus devenir folle. Je sortis de sous mon lit et partis en courant et hurlant dans les bras de mon père pour qu’il m’enlève ce monstre. Il l’enleva. Un énorme cafard qui suintait ses entrailles s’agitait spasmodiquement... Je vomis ma terreur... Et la ravalai lorsque les doigts moites de mon père m’eurent consolée.
Je n’ai plus supporté les cafards depuis ce jour-là, ni les mains moites... Je portais des gants et ne serrais les mains qu’avec ceux-ci.
J’appris plus tard en classe de biologie la vie palpitante des virus et autres microbes.
C’était plus que je n’en pouvais supporter. De véritables cafards miniatures qui s’infiltraient dans mon corps à mon insu !!! Je décidai de porter un masque... jour et nuit. Mes parents et tous mes amis me trouvaient de plus en plus bizarre, mais c’était eux qui devenaient inquietants. Ils me regardaient avec les yeux de la terreur... je voyais bien qu’elle s’était infiltrée chez tous ceux qui me côtoyaient simplement pour mieux m’atteindre. Je décidai de m’enfermer à clef dans ma chambre et obligeai mon père à laisser devant celle-ci de quoi me nourrir. Je me sentais de nouveau en securité, seule, sans cafards, ni mains moites, ni microbes, ni la terreur que je lisais au fond des yeux des autres. C’est au plus profond de la nuit que je l’ai sentie de nouveau... Elle m’enserra le cœur pour en extraire mon jus vital. Je me suis débattue, et j’ai hurlé en suppliant qu’on m’ouvre vite cette porte qui me tenait prisonnière . J’avais perdu la clef... Je ne supportais plus d’être enfermée. J’ai ouvert la fenêtre. Fallait que je m’échappe, mais ne voulais pas sauter. J’avais peur de mourir, alors je me mis à hurler de toutes mes forces espérant que ce vacarme dissuade la Terreur et la fasse fuir loin ! Très loin de moi !
Ils enfoncèrent la porte de ma chambre, et se ruèrent sur moi, m’enroulant dans un drap blanc pour que je ne puisse plus bouger.
Ne vous inquiétez plus mademoiselle ! C’est pour votre bien, nous allons vous emmener dans un Hôpital et vous soigner.
Je ne suis pas malade !!! Je vais très bien ! Laissez-moi tranquille, c’est vous qui êtes possédés ! Vous ne sentez pas la terreur en vous ?? Vous la transpirez des yeux !
Calmez-vous ! Ça va aller.
La terreur était là, ricannant de ma peur et de mes dérisoires efforts pour la fuir. Je vis de nouveau pointer une porte de secours. Celle ci n’était pas une porte de sortie, mais d’entrée. Je me réfugiai dans le seul endroit qui me restait... A l’intérieur de moi. Au plus profond. La porte s’est scellée après mon entrée, je ne pouvais plus faire marche arrière et c’était tant mieux. J’ai aussi clos les fenêtres de mon être, tourné tous mes sens vers l’intérieur. Je m’étais enfermée en moi, comme en une coquille hermétique, loin des dangers du dehors.
Repliée en position fœtale, il y avait bien longtemps que je ne m’étais pas sentie aussi sereine et lègère. Tout est calme autour de moi... plus de voix, plus de visages, plus de terreur. Je répète ma phrase comme une incantation, comme une supplication. Je suis en sécurité... Je suis en sécurité... Je suis en sécurité...
Parce que si elle retrouve le chemin jusqu’à moi...
Premier dialogue schizophrénique, où chaque phrase se lit comme une conversation avec moi-même et où chaque point représente un silence de plusieurs secondes.
Lance le javelot. Merde, mon lacet. Lance le javelot. Si je pars maintenant, je m’étale, c’est sûr, comme à Genève, l’année dernière. Souviens-toi des leçons de virtual combat : se battre, se battre, se battre, et lancer au plus haut, pour percer le ciel. Compétition de préparation pour les JO, qu’ils disaient. On appelle ça la méthode Coué. Tu parles. De l’autodétermination pour gagner. Un vrai nid de pubs à la con. Les perdants sont perdants dans leur tête. Ils disaient qu’on devait s’entraîner devant le monde entier, avec des compétitions de haut niveau et une médiatisation qui corresponde à l’événement mondial qu’on représentait. Redresse-toi. Mon cul, oui. Sois fier de ton corps. Porter la flamme, c’est bien, mais devenir homme-sandwich, porter des autocollants sur les t-shirts, faire la parade sur les camions publicitaires, boire les produits des sponsors en public, manger les produits des sponsors en public, rester deux heures dans un cyber café public sur les ordinateurs des sponsors, rouler en public avec les voitures des sponsors, prendre de l’essence en public dans les stations des sponsors, téléphoner en public sur le réseau des sponsors, payer en public avec les cartes bancaires de sponsors, et tout le reste. Souviens-toi, tu as porté la flamme. Ben justement.
Lance le javelot. Merde. Tous les résultats sont minables à côté de ce que tu as fait à l’entraînement. Les campagnes de pub, ça va bien deux minutes. J’ai suivi toutes les équipes depuis plus de trois mois. C’est plutôt eux qui s’en foutent plein les fouilles. J’en ai vu aucune qui a un athlète comme toi. Ouais, le bel athlète. Ils ont des techniques invraisemblables. Levé à six heures. Ils s’entraînent avec des cure-dents et des poteaux électriques. Courir pendant vingt minutes. Le but, c’est de lancer le cure-dent aussi loin que le poteau. Qu’il fasse beau, qu’il pleuve. Ils ont pris les conseils d’un statisticien Suisse qui leur a dit que, pour atteindre une moyenne performante, il fallait jouer avec les extrêmes. Et après, barres énergétiques. Ah, ah, jouer avec les extrêmes. En privé, c’est clair que c’est pas les barres énergétiques des sponsors qu’on nous donne. T’imagines, un cure-dent. Elles servent à rien, les barres énergétiques des sponsors. Et pourquoi pas un poil de cul aussi. C’est dégueulasse. Et pour l’extrêmement lourd, on prendrait la fusée Ariane. Que de la pub. J’espère qu’ils ont quelques bâtons intermédiaires. T’en manges un et t’as mal à l’estomac toute la journée. Crayons, lampes halogènes, tringles à rideaux, tout un appartement sur les stades d’entraînement. J’ai jamais eu autant envie de pioncer qu’après avoir avalé un mars. Et tu lances tout ça sur une autre planète. Ben justement.
Lance le javelot. Ça fait trois fois que je l’attache, ce lacet. Nous, on a des techniques sérieuses. Pas le temps de savoir pourquoi il tient pas. Rien ne vaut une bonne forme physique. Dès que je me baisse, j’ai les pâtes qui remontent dans l’estomac. Un travail sur le moral avant tout. Rien à foutre. Une véritable cure de victoire. Quand je serai à la retraite, je balancerai au monde entier qu’on nous dope et que les lacets des sponsors, c’est de la merde. Apprendre à gagner, à écraser les nuls. Ils vont avoir l’air fin, tiens. C’est pas le niveau des autres qui compte, c’est la capacité à écraser n’importe qui. Des milliers de Chinois au chômage parce qu’un athlète a vendu la mèche. On prend un nul, un bon, un très fort. Je vais inventer la chaussure sans lacets. Tu les écrases à l’aveugle. Je vais faire concurrence au sponsor. Un sac sur la tête. Les foutre sur la paille. Et puis, plus de pitié. Les pousser à vendre, à relocaliser, à payer des commissions d’experts, et dissoudre leurs conseils d’administration. Vlan, vlan, vlan. Y aura des grèves, des pauvres, des exclus. Dans la tête. Piquer les parts de marché et s’enrichir sur le dos des cancres. Que de la technique de vainqueur. Je vais m’installer dans un building de La Défense. Gagner, gagner, gagner. J’aurai des machines à café, des photocopieuses, des imprimantes laser, des secrétaires et des maîtresses. Tu lances le javelot droit au but. Ben justement.
Lance le javelot. Putain de lacet. Aussi léger qu’un cure-dent. Tant pis, j’y vais. Cours, cours, cours. Ah, les pâtes. La gazelle sème le lion. Une, deux, une, deux, une, deux. Plus vite. Pas trop vite. Cours. Lance le javelot. Attention, ton lacet. Ben justement.
Et merde.
Deuxième dialogue schizophrénique, où chaque phrase se lit comme une conversation avec moi-même et où chaque point représente un silence de plusieurs secondes.
Tiens, on va s’asseoir sur ce banc. Super plan. L’autre jour, j’y ai vu un joli petit couple. Et moi, un clodo, mais c’était la nuit. Un jeune homme légèrement débraillé qui profitait des pauses pour tirer de longues bouffées sur une cigarette savamment retenue vers l’arrière pour ne pas se brûler les cheveux, et une jeune fille, dont la tenue et l’extase faisaient penser à ces attitudes que l’on prend lorsque la séance de relaxation réussit et que le rêve s’installe malgré l’état encore conscient de notre volonté. Elle aurait pu tomber. Franchement, ils étaient tellement absorbés par leur amour que la Reine d’Angleterre aurait pu passer sans qu’ils s’en aperçoivent. La Reine d’Angleterre. Quel plaisir de voir ces amours juvéniles, sans pudeur, ce bonheur qui s’expose à la vue de tous, bombant le torse pour se faire voir, comme les fruits et légumes appétissants d’un étalage d’épicerie fine. Les bananes bombent rarement leur torse. C’est vrai.
Le clodo, il passe tous les soirs, il fouille dans les poubelles, il ramasse les quelques miettes que les promeneurs laissent au fond des sachets de boulangerie. J’ai faim. Parfois, il trouve un bout de sandwich, sans le jambon, parce que quelqu’un n’en pouvait plus d’avaler tout ce pain, et que, ne voulant tout de même pas gâcher ses deux ou trois euros en y laissant la garniture, il s’était forcé à se souiller les doigts de beurre pour récolter les derniers morceaux de gras et donner une bonne raison à son appétit de ne pas se manifester avant le repas du soir. Chaque jour, il y a des centaines de personnes qui passent ici, à la pause déjeuner, comme si les étendues d’herbe leur permettaient de s’évader de la ville, du béton et des bruits infernaux de la rue. Le clodo, il arrive une fois que tout le monde est déjà devant la télé, il a dormi sur un carton au milieu des jambes qui sillonnent les couloirs de métro, il s’est fait sortir par cet agent sadique qui prend un malin plaisir à shooter dans les bouteilles à moitié vides, il est resté quelques instants devant la porte d’entrée en tendant la main au passage pour récolter quelques pièces rouges, il s’est mis à marcher vers le parc, il a attendu que le gardien fasse son petit tour de garde, il s’est approché d’un arbre pour pisser et il s’est mis en quête de ce petit quelque chose qu’il espère toujours trouver au fond d’une poubelle, comme un portefeuille plein de billets, ou une montre. Il ne trouve jamais rien. C’est vrai.
Deux heures d’embrassades humides, de tendresses échangées, de cheveux caressés, deux heures pendant lesquelles tout ce qui avait de l’importance est réduit à néant, le cours de mathématiques, les copains qui téléphonent sur le portable, et même cet horrible bouton qui le matin encore l’avait scotchée devant la glace et l’avait forcée à se demander comment elle pourrait se présenter devant lui sans qu’il se moque d’elle. Elle a dû mettre un gros pâté de fond de teint. Je me suis mis derrière un buisson pour les observer. C’est là que le clodo a pissé la dernière fois. Tous ceux qui passaient près d’eux ne pouvaient pas s’empêcher de regarder à deux fois, et certains se redonnaient la main au détour du chemin tellement le désir du jeune couple les avaient atteints. Je serais resté aussi. Et puis, elle s’est levée, le jeune homme a attendu quelques secondes que son caleçon reprenne une forme pudique, ils ont repris leurs sacs, replacé leurs écouteurs, consulté leurs messages, allumé une cigarette. Ils auraient pu ramasser leur canette de coca vide. C’est vrai.
Le banc est libre. Je les revois encore. Le clodo n’arrive pas avant dix-neuf heures. Ils se sont assis là. Pareil, il s’allongera ici. Ils se sont pris par l’épaule, il a glissé sa main entre ses cuisses. Comme ça. Elle s’est cambrée légèrement en arrière, il a rapproché sa jambe, elle a laissé aller sa main. Comme ça. J’imagine tout ce qui s’est passé ensuite, quand ils se sont retrouvés dans un endroit plus intime et qu’ils ont sauté les étapes préliminaires en se déshabillant sauvagement. Comme ça. Le désir saccadé, les mouvements frénétiques, les odeurs enivrantes, les secrets découverts, la pudeur abandonnée. Comme ça. Le plaisir se présente, la fièvre monte, se retenir devient difficile, céder, oublier, confondre l’égoïsme et le partage, crier, s’évanouir l’un sur l’autre. Comme ça. Et maintenant, sur le banc, il commence à faire froid. C’est vrai. Et tout le monde me regarde.
Et merde.
Troisième dialogue schizophrénique, où chaque phrase se lit comme une conversation avec moi-même et où chaque point représente un silence de plusieurs secondes.
Quel con ce docteur. Comme si je n’avais rien d’autre à foutre. "Vous devrez faire un énorme travail sur vous-même pour arriver à supporter les autres, sinon, votre agoraphobie vous mènera tout droit dans un hôpital psychiatrique, et je serai le premier à vous dénoncer auprès des services sociaux pour engager une procédure d’internement forcé". C’est ça. "Puisque vous me parlez toujours de cet objet dont vous ne vous séparez jamais, il est temps de m’en dire un peu plus, et de m’expliquer comment un objet peut, à ce point, prendre autant d’importance dans votre vie". C’est ça. "Il y a forcément dans votre vie un moment d’humiliation que vous refoulez et où l’objet même de votre humiliation est devenu votre soufre douleur". Cause toujours. "Tant que vous n’admettrez pas le passé, vous continuerez à vous faire souffrir, et vous vivrez à côté de la réalité, dans un monde qui n’appartient qu’à vous, mais qui ne concerne personne d’autre". Blablabla, blablabla. "Parce que ne vous méprenez pas : ce phénomène est connu, et nous lui avons donné un nom". Javelot. "Dans nos services, nous l’appelons névrose, et si vous ne contrôlez pas cette névrose, elle prend un tout autre nom : psychose". Lance le javelot.
Partir. Marcher. Fuir.
Lui aussi, il cherche une place. Je suis arrivé avant. Il m’a remarqué, et il va essayer de me doubler au carrefour, pour me devancer. Je connais la technique. Le laisse pas passer. Héhé, malin, le coup de l’accélération. Sers à droite. Hop, rue des tilleuls, stationnement résidentiel, y a toujours des places entre midi et deux, et s’il ne tourne pas au stop, il s’engouffrera dans l’impasse, il fera demi-tour, il bloquera la circulation, tout le monde va l’insulter, et il perdra un temps précieux. Y a pas de places. Merde, il connaît le coup de l’impasse. Fais chier la vieille. Il passe. Grouille toi, bordel. Il est devant, il clignote, il recule, il se gare. Je supporte pas qu’on me pique ma place. Sers-le sur le côté, il pourra pas ouvrir sa portière. J’ai le droit de m’arrêter en double file, c’est sur le code de la route, surtout si je ne gêne pas la circulation et que je reste près de ma voiture. Gueule, vas-y, gueule. Y a rien sur les voitures en stationnement dans le code de la route. Putain, il sort de l’autre côté. Ah, il veut s’expliquer sur le trottoir. Vite. Je vais te montrer comment je m’explique avec les autres, moi. Lance le javelot.
Partir. Marcher. Fuir.
Encore un caillou sur la fenêtre. Dix-huitième caillou. Il joue depuis deux heures de l’après-midi, il shoote, il tape contre le mur, il traverse n’importe comment pour aller chercher son ballon de l’autre côté, et puis il s’arrête, il fouille le sol d’un regard pervers, il prend un caillou et le jette sur ma fenêtre. Il a pas vu que j’étais là. Il s’en fout, oui. Il regarde à peine en haut et reprend son petit train-train ludique. Shooter, traverser, fouiller. Dix-neuvième caillou. Raté, il a tapé contre le mur. Vingtième caillou. Fenêtre atteinte. Il a essayé deux fois de suite. C’est pour la gloire. Il essaye deux fois de suite parce que son but, c’est de taper contre ma fenêtre. Je l’ai vu l’autre jour, il taguait sur les boîtes aux lettres. Saletés de gamins. Quand ils sont pas devant la télé, ils font chier le monde avec leur ennui viscéral. Et puis je l’ai vu aussi piquer des gâteaux dans une poussette alors que la mère allaitait son bébé sur un banc. Shooter, traverser, fouiller. Vingtième caillou. A côté. Vingt-et-unième caillou. A côté. Vingt-deuxième caillou. Fenêtre atteinte. Saleté de gamin. Tant pis, j’ouvre la fenêtre. Lance le javelot.
Partir. Marcher. Fuir.
La vieille qui passe devant tout le monde à la poste. Lance le javelot. L’abruti d’épicier qui a encore augmenté le prix de ses filtres à café. Lance le javelot. Le vendeur de journaux qui me gueule dans les oreilles. Lance le javelot. La petite fille qui tourne autour de sa mère pour avoir une glace avec deux boules et un cornet aux smarties. Lance le javelot. L’aveugle qui manque de faire un croche-patte à tous les passants avec sa canne ridicule. Lance le javelot. Le chien qui pose sa crotte molle sur le trottoir. Lance le javelot. Les éboueurs qui font tomber des pots de yaourt et qui ne remettent jamais les containers à leur place. Lance le javelot. L’agent piétonnier qui fait semblant de ne pas te voir parce que tu as plus de trente ans et que tu es capable de traverser tout seul. Lance le javelot. Et toi, là, de l’autre côté du miroir, qui n’arrive pas à te regarder en face sans avoir envie de gerber. Je sais ce que feraient les japonais kamikazes dans ce cas-là. Chiche. Plante le javelot.
Et merde.
Je rentre enfin du turbin ! Le devoir est rempli. Quelle joie, quel goût de liberté : je peux mener ce que bon me semble ! N’est vérité que celle des textes que je compose. N’est soif dont je doive me délier réellement que celle des histoires qui sédimentent en mon être. Le reste n’est nullement dévouement, le reste n’est nullement conséquent, le reste n’est que dette dont je dois rembourser l’intérêt. Le groupe, j’en suis un élément, il m’engendre et me nourrit, je ne peux lui être quitte, il invente de nouvelles dettes tout le temps, je ne peux donc m’en exclure pour me concentrer sur mes tourments. Je dois continuellement me prosterner, quotidiennement lui prouver que j’Å ?uvre en son sens, qu’il est mon centre.
Seule l’écriture compte, toutefois. Lorsque je m’en retourne chez moi, je suis délivré un moment de cette peine collective perpétuelle. Je me délecte de mon unique joie : pondre du texte, gicler du ressenti, conglomérer des mots. C’est souvent une torture, qu’on ne s’y trompe point, contre toute logique, une torture consentie et dès lors elle en devient jouissive. Théoriser mes pensées, c’est forcément les simplifier. J’édifie des monolithes, ils sont poreux et destructibles. Une pensée n’est belle qu’en mouvement. Rigide et froide, n’importe qui peut en démontrer les limites, interpréter le contenu et le détourner. Toutefois je n’écris point pour le groupe. Le n’importe qui m’indiffère. Je rembourse mes dettes consciencieusement lorsque j’œuvre publiquement, que ce n’importe qui s’en contente ! En privé, non, je n’écris point pour être lu, j’écris égoïstement pour moi. C’est un privilège que je me réserve. Pour extérioriser mes pensées et tourments, il me suffit de les projeter, de les convertir en fichiers texte. Que toutes mes peurs et intuitions sont belles et horribles lorsqu’elles sont unidimensionnelles, qu’elles ne forment qu’une ligne ponctuée ! Elles me nourrissent comme je les gerbe, les structure et les ingurgite encore, elles mènent vers de nouvelles réflexions, de nouvelles questions. Je peux enfin voir ce merdier en mon cortex de l’extérieur... Comment en être témoin sinon ? Peut être m’exploser le ciboulot un de ces jours ?
Je n’en peux plus... Je possède mon coin chez moi, le reste n’est qu’ustensile, je peux m’en délivrer simplement si besoin... Le reste ne me sert que pour rester crédible, près du groupe. Sont superflus : les pièces, entrée, cuisine, séjour, dortoir comme tous les meubles et objets qu’elles contiennent. Je peux toutefois inviter des gens chez moi. Ils peuvent croire que si je les côtoie, que si je les reçois, j’œuvre pour cette norme pestilentielle qui les compte en son sein. Je me dois d’être comédien pour survivre. Ce coin est humble, toutefois c’est mon coin, mon réel chez moi : Un siège molletonné, un petit meuble sur lequel trône mon PC. Je m’y roule en boule le reste de mon temps libre et j’écris frénétiquement, j’écris hystériquement, j’écris et je ne cesse point lorsque mes doigts se couvrent de cloques, que mes ongles se déchiquètent sur les touches, que l’hémoglobine coule. Pourquoi fermer les yeux ? Pourquoi dormir ? L’éternité nous guète... Je profite de ces moments réservés pour le repos... Ils me permettent de tendre vers l’épuisement complet.
Je suis déprimé. Toutefois je ne suis point une victime, cette déprime, je prétends même bénéficier de ses vertus. Je veux être déprimé. En quoi doit-on me montrer du doigt ? Je ne vise ni le bonheur ni l’équilibre. Je veux végéter et me morfondre sous le siège de mes doutes. Le groupe trouve que je joue trop près du feu ? Je m’en fous complètement. Je ne souffre point de cette déprime intensionnelle. J’y trouve mon oxygène, j’y reprends mon souffle. Pourquoi tendre comme tout le monde vers le bonheur ? Les crétins heureux sont plus tolérés que les dépressifs. Le groupe les intègre tout simplement. Des types comme moi sont refoulés... Je ne me regrette rien, même que j’en rigole plutôt.
Je suis content d’être tourmenté. Ce petit univers-île est le mien et j’y vis tout confort essentiel compris. Tous mes besoins sont comblés... Toutefois il subsiste un problème insoluble qui m’empêche de mener mes quêtes correctement. Une phobie incohérente est venue perturber ce mode de vie que je me suis choisi. Comme toute peur infondée et purement psychologique, cette phobie est ridicule. Je ne peux rien contre elle... J’espère qu’elle ne déteint ni sur mon écriture, ni sur votre lecture... Toutefois j’en doute... Elle est présente continuellement... Cette vermine pourrit mes textes, oriente mes pensées, infléchit le cours des choses... C’est une phobie orpheline, vous en rirez sûrement...
Je ne veux point recevoir de rétribution contre mes écrits. Convertir cette joie simple et personnelle en métier m’horrifie... Et si un jour, on me prie de publier mes textes contre une belle rétribution que dire ? Non, je ne dois point utiliser le conditionnel... J’en prends le chemin, toutefois je stoppe net puisque je sens poindre cette phobie pour sûr si je continue... Ecrire contre des thunes ? C’est convertir cette joie personnelle en dette envers le groupe, c’est comme se prostituer in fine... Même cette idée d’être promu pute de luxe ne me séduit nullement. L’écriture est mon dernier îlot... Je ne peux point le concéder contre tout l’or du monde.
Je scrute mon PC... L’objet de toutes mes peurs est toujours présent. Il ne peut point s’enfuir de son plein gré bien sûr. C’est idiot de le penser. Il est le dernier mur qui m’interdit une liberté illimitée lorsque le bonheur d’écrire m’inonde... Je peux dire tellement plus, je pense tellement plus et je ne peux le dévoiler... pourquoi me limiter ? C’est stupide, j’en suis conscient. C’est le propre de cette folie... Pourquoi "Il" toutefois ? L’objet de toutes mes peurs est féminin. C’est "elle" que je dois dénoncer... Elle m’obsède lorsque je choisis mes mots, elle obscurcit mes discours lorsque je tente de les construire. Je tremble lorsque je pose mes doigts sur les touches, l’idée que je ne glisse m’obnubile... Elle peut se présenter si je commets une petite erreur d’étourderie... C’est une fin horrible qui point si cette chose se produit... Mon œuvre peut perdre cohérence et utilité, si songeur, je perds le fil de mes pensées... Elle m’observe, moqueuse, elle est présente vicieuse et pleine de l’espoir que je ne l’enfonce et quelle s’improvise invitée de dernière minute, non désirée... L’idée m’est venue de l’extirper pour m’en délier, supprimer ce potentiel terrible de conséquences... L’idée m’est venue de bloquer l’incidence d’une pression irréfléchie, d’un réflexe désespéré... Je ne peux me résoudre. Cette ennemie m’ensorcelle de même qu’elle me terrifie. Et dire que je suis presque un homme libre... Conne d’enculée de touche de merde de première lettre de pute en bois !
Il faisait un froid de canard dans cette putain de gare. En hiver, on était en plein mois de février, le vent glacial s’engouffrait le long des voies et des quais sans limite.
Le vieux train, de Toulouse à Marseille arrive enfin. Je monte en traînant mon sac de sport, plein de vêtements propres et de conserves dans une voiture. 2° classe bien entendu !
Un compartiment presque vide. Pas que je sois un ours, mais j’aime pioncer tranquille. Juste une jeune fille. Une étudiante, elle aussi.
Je lui demande, par politesse machinale s’il y a de la place, et si les autres sièges sont libres. Oui, oui. Je suis seule.
Pour faire original, je fais ce que l’on fait dans les trains : je mets mon sac dans le filet, et je m’assieds en face d’elle. A proximité du cendrier.
ça ne vous ennuie pas si je fume ?
Non, non, je fume aussi.
Le train s’ébranle. Il fait une chaleur monstrueuse. C’est la SNCF ! Tout est possible ! Plus il fait froid sur les quais, et plus on crève dans les wagons ! J’enlève mon vieux blouson de cuir d’aviateur, avec de la moumoute partout, et mon pull, pour rester en chemise-jean. Nos regards se croisent furtivement, mais sans s’accrocher. On ne moufte pas.
Le tortillard poursuit son chemin, de gare en gare, dans la nuit.
Passé Marseillan, tout à coup le train s’arrête. Par la fenêtre, l’étang de Tau. Les lumières s ‘éteignent. Juste le vague reflet de la lune d’hiver sur l’eau. La soufflerie du chauffage s’arrête également. Silence. Juste la conscience de nos présences. Les minutes passent. Sans bruit. Sans un mot.
Juste le bout rougeoyant de ma cigarette.
Je l’écrase au jugé dans le cendrier.
Une main vient frôler la mienne.
Sans un mot, elle se lève et vient se blottir contre moi, sa joue sur mon épaule, sa main dans la mienne.
Durant de longues minutes, rien d’autre que nos respirations ne trouble le silence.
Je ne sais pas vraiment comment réagir. Je suis timide, en fait.
Puis, elle bouge un peu. Son visage, que je ne vois pas, se tourne vers le mien. Je me penche vers elle, et nos lèvres se rencontrent. Un long baiser, hésitant, commence. S’affirme. Nos lèvres, nos langues font connaissance. Sans un mot.
Nos mains commencent à courir sur nos corps. Puis, peu à peu, à nous dénuder.
Pendant que ma main, passant sous son soutien-gorge, le relevant, je commence à la caresser, la sienne, maladroitement, commence à ôter les boutons de ma braguette, tendue par mon désir.
La nuit, et le silence de ce train arrêté en pleine campagne nous entoure.
Commence alors la découverte de nos corps. Dans la nuit. Avec les mains, avec la peau, avec la bouche.... Et le risque de voir s’ouvrir la porte du compartiment.
Puis, sur la moleskine verte, pas très ragoûtante de la banquette, commence le lent ballet.
Le pâle reflet de la lune sur l’étang proche ne suffit pas pour que nous puissions nous voir. Ce sont tous nos autres sens qui nous découvrent. Etrange. Chaque millimètre carré de peau devient d’une sensibilité exacerbée. Nous ne faisons aucun bruit. Seules les respirations....
Dans cette bulle du temps, et de l’espace, nous avons joué, joui de nos sensations. Presque une heure. Lorsque la lumière est revenue et que le train est reparti, elle avait posé sa tête sur mon épaule, et somnolait.
Arrivés à destination, toujours sans un mot, nous nous sommes quittés. Elle remontait vers la Comédie, et moi vers le boulevard Henri IV. Un léger sourire, un geste de la main....
Je ne connais même pas son prénom.
Les Jeux Olympiques, cet incontournable rendez-vous du Sport international, est l’occasion rêvée de briller aux yeux du monde. Evénement retransmis dans de nombreux pays, il permet à une Nation de participer et de briller lors d’une saine compétition entre hommes de bonne volonté. Le fair-play et l’émulation y sont de rigueur. Pour prétendre faire partie des grandes Nations sportives de ce monde, il est essentiel d’y remporter de nombreuses victoires acquises lors de combats homériques. Rien ne vaut le prestige d’une belle moisson de médailles.
C’est bien évidemment quelque chose qu’il nous faut éviter à tout prix.
Pour les Jeux Olympiques de 2008 à Pékin, le Ministère du Déshonneur National a donc décidé ce qui suit :
Sélection de l’équipe nationale et conditions du séjour :
Les sélections de l’Equipe Nationale Olympique se doivent d’être drastiques, c’est une évidence. Les critères de sélection seront donc revus à la hausse : trois secondes pour le cent mètres, trente minutes pour le marathon, six mètres pour la hauteur (sans perche bien sûr, pourquoi ne pas offrir un moteur à réaction pour aider les athlètes à aller plus haut tant qu’on y est). Ces tartouzes de sauteurs de haies vont devoir se cogner soixante haies sur leurs cent-dix mètres. Le triple saut se fera obligatoirement en fauteuil roulant, en hommage aux confrères tétraplégiques du concours Handisport.
Les nageurs feront leurs longueurs avec un poids de cinquante kilos accroché aux pieds, les cyclistes courront en tricycle, les tennismen se renverront une grenade dégoupillée.
Tous les petits joueurs incapables d’atteindre des performances minimales, malgré ces conditions tout à fait honnêtes seront recalés et livrés à la vindicte populaire (fourches et flambeaux à l’appui).
Autant dire que ça devrait nous éviter tout risque de médaille et en plus ça nous économisera des billets d’avion hors de prix.
Si malgré tout des athlètes parviennent à passer l’obstacle des sélections (on ne sait jamais de quoi est capable un semi-humain surboosté aux anabolisants pour chevaux), il nous faudra nous assurer qu’ils parviennent à Pékin dans les meilleures conditions : charters sans ailes volant pour une compagnie en faillite, repas légers à base de rillettes à la salmonellose (sept kilos par collation) et de beurre avarié, visite guidée des plus pittoresques coupe-gorge de la cité, initiation aux délices érotiques chinois traditionnels dispensés pour l’occasion par des hippopotames atteints de la rage.
Les conditions du séjour sont primordiales quant aux succès remportés par nos athlètes. Pour leur bien-être intellectuel, nous auront le plaisir de les entraîner chaque soir en boîte de nuit, de leur laisser consommer à volonté alcools forts, drogues dures et putes asiates à trois dollars de l’heure. Au cours de la journée ils pourront bénéficier de larges moments dédiés à la détente, enfermés tous ensemble dans une cave avec des rats. Ces plages horaires seront entrecoupées d’initiations à la torture par des maîtres chinois et les plus chanceux d’entre eux gagneront une amputation des deux jambes. Inutile de préciser que les moins chanceux reviendront au pays en sac-poubelle. Voilà qui devrait couper les élans compétitifs de ces inconscients.
Déroulement de la compétition :
La plus grande valeur d’une saine compétition est l’équité entre les athlètes, c’est bien sûr celle que nous devrons fouler aux pieds. Nos sportifs seront en conséquence dopés convenablement et sur avis médical dûment (mais discrètement) documenté, au Tranxène et à l’eau de Javel. Certains seront secrètement opérés pour leur offrir des performances bioniques : membres synthétiques non-articulés, cerveau de poulpe mongolien, muscles branchés en surtension. Pour déséquilibrer quelque peu les courses, les starters ne tireront pas en l’air mais viseront nos athlètes, leurs pétards minables étant pour l’occasion remplacés par des fusils à harpons. Voilà qui devrait les obliger à dévier quelque peu de leur trajectoire.
Le mental et le soutien du public sont des armes essentielles dans le sport. Aussi nous partirons avec un contingent de mille hooligans qualifiés et formés pour déconcentrer nos sportifs nationaux. Nous investirons le centre de diffusion audiovisuelle pour prendre le contrôle de l’écran géant du stade : nous y passerons des vidéos du conjoint de l’athlète concerné en train de sucer un porc et de sa mère en train de fumer du crack avec Oussama Ben Laden. La cible des archers sera remplacée par la dépouille empaillée de leurs grands-pères morts.
Un bon ouvrier a toujours de bons outils, un mauvais sportif a toujours du mauvais matériel. Nous offrirons à nos tennismen des raquettes en plomb de trente kilos, à nos archers des arcs en papier crépon, à nos rameurs des petites cuillères, à nos patineurs artistiques des partenaires obèses et à poil. Les basketteurs joueront en slip-chaussettes, les gymnastes s’amuseront à tester leur souplesse emmitouflés dans des anoraks roumains du début du siècle dernier, les lutteurs en camisole de force. Avec l’argent qu’il nous restera, nous offrirons de bonne grâce le meilleur équipement disponible, à la pointe de la technologie à nos adversaires. Fair-play toujours. La compétition olympique reste avant tout une course à l’armement. Perdons l’une et nous perdrons l’autre.
Conclusion :
Avec de telles mesures, si nous venons à remporter la moindre médaille, c’est que le sort est contre nous. Mais foin de pessimisme, nous savourerons avec plaisir la défaite la plus humiliante de l’histoire des Jeux Olympiques, nous serons reconnus comme les plus grands perdants, les plus mauvais.
Rien ne vaut le spectacle de la mine assombrie de nos athlètes disqualifiés, battus, brisés. Rien ne vaut le bonheur de voir son équipe nationale rentrer au bercail, la mine déconfite, et le regard terne. Savourons ce déshonneur tant que nous le pouvons, en attendant de perdre la prochaine guerre nucléaire...
Ceci était un communiqué du Ministère du Déshonneur National.
Bienvenue, lectrice, lecteur, électrice, électeur.
Tout d’abord, sache que je t’emmerde. Que ce soit une chose dite.
Merci.
Considérons ensemble, ensuite, que les règles, ici, sont violées comme un scout en camp de vacances. Anonymat, mon cul. A moins que ton encéphale soit en mucus de poulpe, ô lectrice, ô lecteur, ô électrice, ô électeur, ou que tu sois un de ces adeptes du vieil anglois et des métaphores comme (jouons le jeu) « mât de cèdre poli et huilé prêt à pénétrer vaillamment la houle humide », qui traînent par là, et que tu ne lises pas Lapin, ou un Zonard qui ne lit pas Lapin, bref, que tu ne lises pas Lapin, mais pourquoi tu lis pas Lapin, bordel, pourquoi, hein, petit con, pourquoi.
Bon.
Expliquons-nous.
Là, tu vois, j’ai rien à écrire pour le thème Lapin.
Donc je me fous de la gueule du monde, et je ponds (d’une façon déplorable, convenons-en, c’est chiant à lire, mal écrit, et gageons que d’ici la fin je ne me relirai même pas, et considérant que je tape les yeux sur le clavier, car s’il est vrai que je tape plus vite qu’une secrétaire ne branle, en revanche, je suis un mongolien de la coordination gestuelle, et ce que je ne vois pas, je le fais mal. Par exemple, si je tente de taper sans regarder le clavier, ça donne un rreus fdans de ganer, je tape au pu ka loirié du trempqj y a des trus quz tonbantr jursr, mais c’zst craoment du bol.
Bon.
Où en étais-je.
Ah oui.
Je disais, avant de me paumer dans une phrase qui sa fin jamais ne vit, et nous laisse avec une parenthèse ouverte et suspendue , un peu hors du temps, comme ça, un peu comme le mime Marceau qui joue l’étonnement ou l’attente, bref, je recommence, et merde, bon, ah oui, je disais, me voici en train d’écrire un texte pour le thème Lapin pour les JO de la Connerie.
Principe : tu verras bien plus bas, lectrice, lecteur, électrice, électeur.
Méthode : je te montre la genèse de mon texte, qui est en même temps mon texte, ce sera beau comme du saint Jean ou du Hésiode.
Donc.
Nous disions.
1) Le 28 août, à 13h58 et 35 secondes, sur la Zone, Daria résume ses folles expériences sur le forum Lapin, où elle a présenté les JO et a rencontré les Lapins.
DARIA - [...] je suis en train de me faire plein de nouveaux amis
je sais que ca durera pas et qu’ils vont vite aprendre a me connaitre mais en attendant ...
http://forum.lapin.org/viewtopic.ph...
NIHIL - Bon c’est bien, t’as bien fait de t’imposer, il faut être ferme avec ces gens-là.
DARIA - "ces gens là" ? des bestiaux oui ! que des lapins ou des canards un coup pour attraper la myxomatose ou la grippe aviaire
JOHNNY - Oui. Méfiez-vous des canards.
DARIA - j’en déduis que tu fais parti des lapins on te reconnait à quoi ? a tes yeux rouges et a ton poil soyeux ?
COMMENTAIRE
On note d’abord que Daria est manifestement un sous-produit chatique (non, je n’ai pas écrit ce mot sans regarder le clavier, mais ta suggestion est bonne, ô lectrice, lecteur, électrice, électeur, tu me surprends, tu as peut-être de la matière neuronale dans le crâne, finalement). Pas d’accentuation ou presque, des fautes navrantes qui dénotent l’individu bouche béante et lèvre inférieure humide qui tape comme un djeunz à dreadlocks articule, des vannes de cochon d’Inde hydrocéphale.
Piste à suivre : l’arbitre est conne, y a moyen de jouer là-dessus.
2) Le 28 août, à 19 heures 0 minutes 0 secondes (ben oui, dis-toi qu’il y avait autant de chances que ça tombe sur 0 secondes que sur 35, à savoir une sur 60, gros(se) con(ne), et laisse-moi écrire), je décide de montrer mon enthousiasme pour l’événement.
ANONYME (mon cul) - Bon, on commence quand, je m’ennuie.
COMMENTAIRE On est con, quand on est jeune, hein. Ah la la.
3) Le 29 août, à 14h49 et des secondes dont j’ignore le nombre (oui parce qu’en fait, ci-dessus, je t’ai vomi sous les paupières pour rien, ô lectrice, ô lecteur, électrice, électeur, puisqu’en fait, les 0 secondes étaient causées par une particularité amusante du forum Lapin hahaha, il ne donne pas les secondes, hahaha, eh ben merde alors, nous voici beaux, mais ne crois pas pour autant que je vais m’excuser, je ne présente mes excuses qu’aux êtres humains) : nihil intervient.
NIHIL - Bon bah déjà, un bon point, je peux à nouveau accéder à Lapin, donc je vais pouvoir recoller un peu au peloton.
Ensuite, il faut être clair, j’ai deux de mes outsiders, Nounourz et Lapinchien qui sont déportés dans des pays étrangers pour quelques semaines, donc il faut savoir que je vais faire mon maximum pour faire trainer les choses, mauvaise foi, corruption, faux témoins, tout ça.
Après on verra.
ANONYME (mon cul) - nihil, ton excuse est irrecevable, j’irais même jusqu’à dire qu’elle schlingue, tout le monde sait que Lapinchien aura besoin d’environ 7 minutes 34 pour écrire trois textes de 48 pages chacun police 8 intervalle simple marges 0,5, et que Nounourz se motivera chimiquement et postera depuis son pays lointain avec des performances plus ou moins similaires. ON COMMENCE QUAAAAAAND
DARIA - ouaip
100 % d’accord avec [moi] !
Lapinchien écrira que 10 pages au lieu de 20 (et sera pas plus mal pour les lecteurs)
Nounourz commencera a cogiter pendant ses nuits blanches ou pendant son retour en avion (ca l’occupera)
JOHNNY - On lance les thèmes le 1er septembre, et on clôture inscriptions et participations le 15 ?
ANONYME (mon cul) - Je dis chouette !
Hourra pour Johnny !
On peut annoncer le gagnant le 1er en même temps, aussi, puisque c’est Johnny.
COMMENTAIRE
On notera mon enthousiasme, qui ne se dément pas. En effet, les Jeux n’ont pas commencé, je peux être enthousiaste. On notera aussi mon lapinisme aigu. Bon. Pour l’instant, on se fait chier, dans ce texte. Continuons. Ah oui. J’ai anonymé mon nom, hahaha.
4) Le 30 août 2005, 11h23 : le grand contact.
ANONYME (mon cul) - Madame Daria j’ai une question.
Est-ce que les participants représentent :
a) leur propre personne
b) le forum auquel ils appartiennent ?
Si d’aventure la réponse était b), alors :
Si par hasard un ou plusieurs joyeux imbéciles avaient eu l’idée stupide d’appartenir à deux forums différents, comment qu’ça s’passe-t-il, pour les résultats ?
DARIA - [...] Chacun se représente soi meme pour le calcul des résultats mais les chefs de clan font leur petites mixtouilles dans leur coin et s’appropient évidement les meilleurs auteurs si tu as déja écris sur la zone et chez lapin, et donc qu’il y a un doute sur ton appartenance, tu clames haut et fort ton sexe et la couleur de ta bannière (euh .... t’es un ou une [moi] ?)
COMMENTAIRE
Je pose une question technique ; l’arbitre me répond par une question sur mes organes reproducteurs. C’est une affaire qui roule, me dis-je, laissons germer l’idée pourrave qui me chatouille déjà la dure-mère de l’intérieur. Et que tu découvriras plus bas, ô l., l., é., é., alors arrête de poser des questions à la con, d’accord, merci. Ah oui. J’ai anonymé mon nom, hahaha.
5) Le 9 septembre, 17h01 et 24 secondes : Daria, vingt-et-un jours avant l’échéance, commence déjà à avoir des spasmes.
DARIA - J’ai recu 3 textes ... mais aucun de la part d’un zonard.
ANONYME (mon cul) - Toi tais-toi, t’as pas de tête.
On a jusqu’au 30 septembre, euhm’sieur.
Y a pas le feu aux couilles du chien.
COMMENTAIRE
Non.
6) Le 13 septembre à 22h, Daria devient vulgaire.
DARIA - Si le dénommé "Johnny" veut VRAIMENT gagner les JO il va falloir qu’il se sorte les doigts du cul et qu’il m’envoie son chef d’oeuvre.
ANONYME (mon cul) - Nan mais lol kwa putin C kwa cet intoléranc de nazi on avé di jusko 30 mdr dtc nan ?
COMMENTAIRE
Si Daria devient vulgaire, on notera que de mon côté, je deviens super drôle, bordel, faut que je respire, j’ai mal au thorax, ah, pfou, calmons-nous.
7) Le 15 septembre à 21h36, Daria insiste.
DARIA - Bien sûr que Johnny a gagné mais j’ai besoin de vos bulletins pour remplir l’urne
ANONYME (mon cul) - Jolie métaphore.
Patience et longueur de temps sont mères de toutes choses.
Ca veut dire que tu t’assieds, le triangle, et que tu joues aux billes et que tu laisses nos plaisirs textuels monter, tu finiras bien par en recueillir la sève dans ta boîte.
COMMENTAIRE
L’idée pousse sa graine dans la glaise de l’arbitre. La vulgarité lance aussi ses racines dans nos échanges. Et -changeons de niveau d’énonciation, hourra, ce texte est follement postmoderne, à moi la Sorbonne, à moi le Structuralisme, Barthe et Genette prenez-moi le nombril avec la langue- pour ma part, je commence à me faire chier, et demain je bosse, alors on va accélérer.
8) Le 20 septembre à 8h43 et 41 secondes, le grand combat commence. En parallèle sur la Zone et Lapin.
Zone :
DARIA - J’ai recu en tout et pour tout 8 textes
Pour ceux qui ne m’ont encore rien envoyé 2 solutions :
Soit ils ont gardé leur texte sous le coude et ils me l’enverront vendredi 30 au soir pour pas que je puisse le lire avant !!!
Soit ils attendent l’inspiration qui va leur tomber sur un coin du cerveau dans les 10 prochains jours, et il ont l’intention de se casser une jambe pour pas aller au boulot et avoir enfin le temps de tout rédiger à temps
ANONYME (mon cul) - On est autorisé à te dire que tu saoules, maîtresse ?
On obtiendrait éventuellement l’autorisation de te dire ta gueule grognasse ?
DARIA qui a décidé d’être drôle - ***mauvaise réponse****
pas de chance pour toi : j’ai pas de gueule (cf avatar non pixelisé !)
VOUS ALLER VOUS METTRE AU BOULOT BANDE DE GNOUX !!!!!!!!!!
KIRUNAA qui m’a fait le kiki tout dur, pour le coup - Hibou chou caillou genou pou joujou bijou... je vois pas de gnou...
Lapin :
DARIA qui s’adapte follement aux lieux et au style du forum et dit non au c/c - J’ai recu en tout et pour tout 8 textes (1 seul de la part d’une lapine merci Wonder !)
Pour ceux qui ne m’ont encore rien envoyé 2 solutions :
Soit ils ont gardé leurs textes sous le coude et ils me l’enverront vendredi 30 au soir pour pas que je puisse le lire avant !!!
Soit ils attendent l’inspiration qui va leur tomber sur un coin du cerveau dans les 10 prochains jours, et il ont l’intention de se casser une jambe pour pas aller au boulot et avoir enfin le temps de tout rédiger à temps
ANONYME (mon cul) qui moi, joue le jeu, enfin un peu, quoi - Pour ma part je te dis flûte (ouuuuuuuh !), et je contourne la difficulté en changeant de sujet :
Ouaahahahaha comme il est pixelisé ton avatar, ridicule, ouahahahahaha !
(et tu auras mes trois textes plus tard, petite coquinoune impatiente, plus tard, les préliminaires ça existe, bordel, et en littérature ça s’appelle la marge blanche et le silence avant la lecture ou la représentation)
DARIA qui aurait mieux fait de se relire dans l’autre forum avant de faire son c/c - ***mode fleuri ON***
c’est que j’ai tellement hate de lire votre prose, j’en salive d’avance !
Vous m’avez l’air tellement intelligent !
***mode fleuri OFF***
VOUS ALLER VOUS METTRE A BOSSER BANDE DE GNOUX !!!!
ANONYME (mon cul) - Par charité, je ne répèterai pas la remarque fort juste qui a été faite ici.
En revanche je note qu’avec ou sans tête, tu es castratrice.
Tu nous les brises, en clair.
DARIA - mais c’est tout a fait normal : je fais mon boulot d’arbitre vous avez déjà vu des arbitres sympathiques vous ? je suis payée pour ca ... enfin facon de parler !
ANONYME (mon cul) - Non liquet.
L’arbitre suit l’action de façon neutre.
L’organisateur presse les faits pour que son événement soit une réussite.
Avoue que tu as des boules dans l’affaire et que tu es payée au rendement.
DARIA qui marche à fond, je jubile et je tremble des sphincters - mettons que j’ai une fonction un peu plus étendue que celle d’arbitre et qu’un des organisateur m’ait charger de vous "presser" Non je n’ai pas de boules (ca c’est sur) je fais preuve d’un dévouement étonnant : me faisant meme traitée de nazi pour pas un rond c’est vous dire ! Marrant comme vous avez pas l’habitude qu’on vous secoue sur ce forum tout le monde est gentil avec tout le monde ici ? et si je vous les brise eh bien c’est l’effet recherché !
LA HYENNE s’intéresse - Bon les filles vous avez fini ?
[moi], ça te fait pas de mal qu’on te secoue les puces.
Daria : Oui, on t’enverra tous nos textes le 30 au soir, comme autorisé dans le règlement.
héhéhé bientôt vous allez vous battre dans la boue et vous tirer les cheveux pas vrai ?
ANONYME (mon cul) qui s’explique et gentil l./l./é./é., si tu as lu jusque-là, tu mérites tout mon amour mais tu vois, je te fais confiance, tu auras arrêté bien avant - LaHyenne, ne m’interromps pas en plein happening.
J’ai décidé de créer le scandale et de faire avancer l’art en écrivant ma participation sur le thème Lapin sur ce forum même.
Je suis en train de gagner les JO en les perdant en montrant une bonne façon de les perdre, ne pas les faire, mais ceci dans le but ultime et transcendantal de les gagner, en dernière analyse, renversement et dépassement dialectique (purée comme j’aime ce mot).
c/c mon ami.
Et je ne ris pas, non non non.
Que ce post serve de "pas touche" et de © sur l’idée.
LA HYENNE se plante - Alors si je te pourris ton happening (que tu viens de dévoiler mouahahah), j’ai toutes les chances d’éliminer un prétendant au titre ?
Mon Dieu, que vais-je faire !
Te carrer ton renversement dialectique au c... chaud ? (Hum, ce mot, mais ce mot !!! Oh ... oui !!!)
Bètement, tu as déposé ton idée, mais pas le fait de te faire foirer misérablement cette dernière.
Tsss amateur.
ANONYME (mon cul) ne laisse pas de le noter - LaHyenne, mon ami, tu n’as rien compris au concept.
C’est de la littérature postmoderne trop forte pour toi.
Laisse.
Le but EST de perdre.
Tout en gagnant.
Parce qu’on perd.
Justement.
Pour faire heideggerien, on pourrait aller jusqu’à dire que je perds-gagne. C’est un acte de perdre-gagner, et en même temps par une quasi révolution copernicienne un acte de gagner-perdre.
Quoi que tu fasses, tu es prisonnier de mon oeuvre, mouhaha.
Je suis diabolique.
Vous l’avez tous dans le petch.
Si ça se trouve, au point où ça en est, même Johnny n’y pourra rien.
COMMENTAIRE
Nous y voilà. A présent, ce qui suit n’a de fonction que celle de noyer le poisson et de faire de la masse verbeuse dans mon texte, alors tu peux lire, mais sache que tu vas te faire chier la bite, si d’aventure bite tu as, ou l’épaule, disons, te faire chier l’épaule, ce sera moins sexiste, que diable, nous sommes au vingt-et-unième siècle, que dis-je, au troisième millénaire, alors bon.
9) Le 20 septembre à 14h01, Daria réagit. Eh si. Ce qui tendrait à prouver sa nature non légumineuse. Etonnant.
DARIA - c’était juste pour vous rappeler le temps qui passe et sinon je serais pas contre un combat dans la boue (ca donne un teint de rose) [moi] tu as gagné-perdu !!!! ***Daria se tire une balle*** fin de l’arbitrage
COMMENTAIRE
Comment taire ?
10) Le 21 septembre à 20h14 et 10 secondes, un intéressant débat sur un éventuel délai pour les glands naît sur la Zone. Je suis contre.
DOURAK - Pas con comme idée. Je vote pour. Je vote aussi pour le retour du castor dans les Ardennes, et du Gypaète barbu dans les Vosges.
ANONYME (mon cul) qui donne plein d’indices - Y en a un dans la volerie dite des aigles près du Haut Koenigsbourg, un gypaète barbu. Il est payé à péter des oeufs d’autruche à coups de pierres, sous les yeux vitreux des gros touristes fascinés par le délai qui les sépare encore du repas gastronomique en winstueb.
Mais pour le délai, rêvez pas, Daria n’est qu’un corps sans tête, elle a appris à brailler par la section de l’oesophage, mais elle entend rien.
PLEIN D’AUTRES geignent et chouinent ouin ouin ouin on n’a pas le temps on devait promener le chien et faire une compote de noyaux de nèfles.
DARIA - niark niark niark ricanait l’arbitre
ANONYME (mon cul) - De deux choses l’une. Soit t’as pas de tête et tu fais plutôt glrglr glrglr glrglr avec ton oesophage quand tu ricanes. Soit t’as une tête et tu nous as menti, auquel cas ma proposition ci-en haut resterait possible, hourra.
DARIA qui me fait mal, très mal, ouuuuh, avec son blâme de ninja - C’est mon ombre qui parle espece de canard boiteux !
COMMENTAIRE Là, je trouve que je suis arrivé à un coefficient de chianterie assez remarquable. Poursuivons, gentille lectrice, gentil lecteur, relâche ton anneau, ça va passer.
11) Le 27 septembre à 20h31 et 0 secondes (cf. plus haut), Daria s’exalte, inonde sa chaise, parce que la grève des textes n’a pas eu lieu et que les Zonards sont des moutons qui s’ignorent, pour cinq d’entre eux.
DARIA mode cyprine on - Raaaaaaahhhhhhhhhhhhaaaaaaaaaaaaa
recu 5 textes en 1/2 heure !!!!!
les textes sur le theme zonards sont vraiment tres bons !
une bonne année pour les JO !
NIHIL mode collabo on - Donne pas d’indices, salope. 5 textes en une demi-heure ? Je savais bien qu’il fallait les motiver à coups de chvrotine dans le cul, ces batards. Pour le prochain coup on passe aux menaces de mort sur la famille.
ANONYME (mon cul) mode automne-hiver 44 - 5 moutons. Charognes.
RYOLAIT qui aura un bonbec en gel aux protéines pour avoir été dans mon camp - Putain, merci les connards, on est aidé avec vous !
Ca insulte l’arbitre, mais aprés y’a plus personne...
Allez crever !
12) Le 28 septembre à 15h54, Daria sombre dans la démagogie la plus gerbante, et déshonore son pseudonyme, tout en prenant un ton paternaliste, alors qu’elle n’a pas de bite, jusqu’à preuve du contraire.
DARIA - En qualité d’arbitre souverain et incontesté, j’accorde royalement une semaine supplémentaire pour tous les écrivaillons
Vous avez jusqu’à vendredi soir 7 octobre dernier délai pour finir vos articles
Ce Week end je commencerai a publier sur le bar les textes que j’ai déjà reçu
J’ai dit
ANONYME (mon cul) - La rigidité arbitrale est une valeur qui se perd.
C’est mou du gland.
Je suis outré.
13) Le 5 octobre à 18h21 et 34 secondes, Daria découvre le courriel.
DARIA - si vous m’envoyez vos textes depuis vos adresses mail principales, je connais vos noms et prénoms
COOL : je sais qui se cache derrière : nRz, Glaüx, Aka, Lapinchien ....
si vous n’avez pas d’adresse mail "discrete" et si vous ne voulez pas me dévoilez votre identité envoyez moi vos textes par MP
ANONYME (mon cul) - OooOoOOooOôöoOoh mon dieu Daria sait qui je suis elle va venir me tuer à coups de carambar.
Et il n’y a personne derrière moi.
Au fait désolé, j’ai retapé en grand mon lapinoutexte, du coup tu l’auras seulement demain soir. Par là.
DARIA est drôle - Vous en faites pas : en tant qu’arbitre officiel, je suis tenue au secret professionnel je dirais pas qui est Marius !
LA HYENNE intervient - Daria putain elle est où !
impossible de savoir si elle a reçu mes texes !
Monte ton cul et répond moi bordel !
DARIA est une hystérique - quoi !!!!!!!!!!!!!
je peux pas m’absenter 2 minutes sans que ca soit la panique ?
je confirmais la réception au début
maintenant j’ai laissé tomber : fait chier !
sinon oui j’ai reçu tes 3 textes en meme temps que ton nom et ton prénom !
au fait t’es un lapin ou un zonard toi : je suis paumée ?
JE suis un connard - Je confirme que l’arbitre ne confirme pas la réception.
Je confirme que je suis déjà presque en retard pour le thème Lapin, mais puisque l’arbitre est démissionnaire, ben on s’en fout un peu, hein.
DARIA aussi - oh mais il va me lacher le Marius là !!! je suis pas démissionnaire : je suis overbookée nuance
IEYASU lui, n’avait rien à prouver - Marius ? C’est... mignon...
ANONYME (mon cul) tente de s’en sortir par l’humour acerbe au croate - Ta gueule, connard.
Trouve quelque chose d’intelligent à écrire et passes-y ta nuit, au lieu de sortir des vannes de sixième.
Gnaaahahaha il a un preunom ridicûûûle, ouahaha trop drôôôle.
NARAK fait chier à être plus drôle que moi - Gnaaahahaha il a un preunom ridicûûûle, ouahaha trop drôôôle.
IEYASU rattrape le niveau, heureusement - Même en y passant la nuit, j’y arriverais pas.
Ah si en fait, attendez, j’ai une putain d’illumination d’intelligence...
lol mdr pt2r xD kikoo 8D ;-)
Ouf, c’est fini.
KIRUNAA aurait mieux fait d’en rester à sa précédente intervention - Gnaaahahaha il a un preunom ridicûûûle, ouahaha trop drôôôle.
ANONYME (mon cul) - ... Je vous encule tous.
KIRUNAA ben oui bon, ben c’est Kirunaa, quoi - Gnaaahahaha il a un preunom ridicûûûle, ouahaha trop drôôôle.
Gnaaahahaha il a un preunom ridicûûûle, ouahaha trop drôôôle.
Gnaaahahaha il a un preunom ridicûûûle, ouahaha trop drôôôle.
Gnaaahahaha il a un preunom ridicûûûle, ouahaha trop drôôôle.
Gnaaahahaha il a un preunom ridicûûûle, ouahaha trop drôôôle.
Gnaaahahaha il a un preunom ridicûûûle, ouahaha trop drôôôle.
AKA marions-nous avec la langue - Moi j’aime bien.
DOURAK conclut - Moi je m’en branle, mais c’est pas une raison pour m’enculer, glaüx.
COMMENTAIRE Oh putain j’ai bouclé mon texte. A peine deux heures treize minutes et quarante-sept secondes en retard.
Je te sens te sentir outré, ô lectrice, lecteur, électrice, électeur.
Oui ben oui. Ben c’est comme ça.
Dis-toi que des avant-bras dans la fleur de lotus, tu t’en prends tous les jours, suffit de sortir dans la rue pour ça. Dis-toi que tu t’en sors bien, que mon texte aurait pu porter un anneau pénal clouté en titane, par exemple.
Et vote pour moi.
Ou ne vote pas pour moi.
De toutes façons j’ai gagné.
Je suis pleinement dans le sujet.
Mon texte EST le sujet.
Et au risque de me répéter, je t’emmerde.
Merci à toi, ô lectrice, ô lecteur, ô électrice, ô électeur
Je me souviens. J’étais toute petite, alors. Dans la chaleur des étés Méditerranéens, l’arrosage, qui se faisait alors en laissant courir l’eau sur la terre craquelée par la chaleur du jour, c’était l’événement.
Chacun avait sa plage horaire. Chacun son tour avait le droit de barrer le canal, avec une vanne que l’on glissait entre deux rails métalliques. J’aimais voir l’eau envahir le bassin de l’ancien lavoir en tourbillonnant. Puis, elle se répandait dans le jardin, le long des vieilles rigoles de briques, vieilles de plus de 150 ans, mais entretenues méticuleusement. Puis l’eau disparaissait le long des arbres, des fusains, des rosiers.... Une magie qui me ravissait.
Ce que j’aimais par dessus tout, c’était m’asseoir sur la large pierre du lavoir, les jambes dans l’eau jusqu’aux genoux, et sentir la fraîcheur m’envahir....
Ce soir là, je devais avoir 5 ans, et comme à mon habitude, je rêvassais, les pieds dans l’eau fraîche, me laissant envahir par l’odeur des Belles de Nuit, toutes proches, qui commençaient à s’ouvrir. Soudain, un étrange frôlement le long de mes mollets. Je baissai les yeux, et poussai un hurlement de terreur. Une immense couleuvre -elle faisait presque un mètre de long- s’était laissée piéger dans le lavoir. Bondissant de ma pierre, je partis, toujours en hurlant, nus pieds sur les graviers de l’allée, en direction de la maison. Avant que j’aie eu le temps d’y parvenir, Papa était à mes côtés. En bredouillant, je finis par lui raconter la couleuvre, pendant que Maman essayait de me calmer. Il saisit une pelle bêche, et partit régler le compte de la couleuvre. Bien qu’ils m’aient expliqué que les couleuvres n’étaient pas dangereuses et qu’elle se nourrissaient de petits rongeurs néfastes dans les jardins, j’ai toujours gardé une sainte terreur de ces bestioles. Plus tard, lorsque j’allais me promener en vélo dans les vignes et que j’apercevais une mue sur le chemin, je faisais un grand détour pour ne pas rouler dessus, et quand je voyais un serpent traverser la route, je m’enfuyais, et pédalais à toutes jambes, en regardant derrière moi, de peur de le voir dressé sur le porte bagage, prêt à me mordre.
Aujourd’hui, j’ai 17 ans. Depuis 5 ans déjà, Papa a été muté en Afrique. A Brazzaville, exactement. Il est ingénieur en recherche pétrolière. Nous habitons une grande et belle maison en périphérie de la ville.
Je ne perds pas une occasion, lorsque c’est possible, de l’accompagner lorsqu’il part en forêt. Tous ces bruissements étranges me faisaient peur au début. Mais Papa m’a expliqué, puis il a fini par se moquer de moi. Et un jour, il m’a dit que si je continuais, il ne m’amènerait plus avec lui. Que je n’étais plus une petite fille. Et c’est vrai que maintenant, je n’ai plus peur. J’aime tellement aller en forêt avec Papa.
Mais là, je n’ai pas pu l’accompagner. Le bac de Français est dans quelques semaines, et je dois réviser. J’ai super bien travaillé aujourd’hui, alors Maman m’a autorisée à aller faire un tour de vélo le long du fleuve. C’est un endroit tranquille et sans danger. La promenade préférée des Blancs de la ville, en fait, le dimanche. Une longue allée de sable, ombragée par les flamboyants et les fromagers. Tout du long, le fleuve. Immense. On a peine à croire qu’il y a une rive opposée. En cette saison, il ne charrie pas de gros troncs, comme au plus fort de la saison des pluies. Les pneus de ma bicyclette font un froissement soyeux sur le sable. Il me semble que tout l’univers m’appartient. A moi seule.
Un énorme poids sur mes épaules. Je tombe. J’essaie de me relever, mais en vain. Une étreinte. Devant mon visage, je reconnais sa tête. J’ai peur. Mais, non.... Je n’ai pas peur. Papa me dirait que je suis ridicule. Il commence à me serrer fort. Tu vois, Papa, comme il m’aime.... Il me serre fort, comme toi dans tes bras quand j’ai du chagrin. La roue avant du vélo, qui continue à tourner près de moi fait un cliquetis qui me semble venir de loin. Je ne peux plus respirer. Des petits craquements dans ma poitrine. J’ai mal, mais je n’ai pas peur, Papa. Tu peux être fier de moi, Papa. Un rideau rouge envahit mes yeux. Les craquements sont plus forts. Papa !!!!! Je n’ai pas peur. Pas peur. Pas......
Le python, ne sentant plus sa proie bouger, commença à l’entraîner dans le sous bois tout proche. Le cliquetis de la roue cessa.
J’éjacule à longs traits dans le tube en plexiglas et le capteur de liquide au fond déclenche l’appel d’air qui libère mon sexe de la pompe.
Le stimulateur prostatique se décroche et se rétracte en bourdonnant dans le
sol carrelé.
Je me relève de la table en attendant le signal sonore qui annonce
l’évacuation de la salle de prélèvement. Je bande encore, mollement et j’ai
du sperme qui goutte au bord de mon prépuce. Je me place déjà devant la
porte. L’habitude...
Un click et la porte s’ouvre, il me reste maintenant 6 secondes pour sortir.
Je fais quelques pas et la porte se referme pendant que je positionne mes
pieds sur le marquage au sol. Les bras écartés, le menton sur la poitrine,
tous les muscles du corps prêts à encaisser le choc.
Premier click et les jets muraux se déclenchent :
30 secondes de mélange détergent épidermique/eau tiède
20 secondes de rinçage à l’eau froide
10 secondes de séchage thermique par une sorte de réacteur rouillé suspendu
au dessus de ma tête.
Je récupère mes vêtements et je retourne dans ma chambre.
Dans les couloirs, elles ont peint des lignes au sol. La mienne c’est la
jaune. Je la connais tellement à force d’avoir marché dessus, les yeux
fixés au fond de la coursive, et les oreilles à l’écoute des clicks.
C’est ma ligne. C’est tout ce que j’ai. La ligne c’est la vie. La ligne
c’est la mort.
Jaune comme le suicide, ou jaune comme le salut... Jusqu’à la prochaine fois.
Si je décide de m’en écarter, il me restera 11 secondes pour revenir. Le
temps de trois clicks très exactement avant qu’elles me suppriment. Les
nano-batteries dans ma colonne vertébrale déclencheront une série de spasmes
musculaires qui me briseront l’échine.
Mâles matriculés, 0303, 0882, 5060, et 9011. Au contrôle médical.
Fin de la série de prélèvement 7. Début de la série de prélèvement 8.
Des pas résonnent au dessus de moi, dans les centaines de coursives, de sas
et de salles aseptisées de l’institut. Elles. Omniprésentes. Partout leurs
bottes claquent sur les grilles.
Pendant ce temps, j’arrive au bout du couloir et je tourne à angle droit sur
ma ligne.
Ma porte s’ouvre automatiquement.
La lumière s’ouvre automatiquement.
La caméra s’allume automatiquement.
Je prends les trois pilules posées à côté d’un verre en plastique rempli
d’eau.
Pas de matières solides comme du verre, de la porcelaine, ou du métal, qui
pourraient être détournés pour en faire des armes.
J’avale les pilules.
Un antidépresseur, un calmant, et un régulateur de testostérone. Je dois
rester productif.
Si je ne produis plus de sperme je suis un poids mort.
Si je n’obéis plus je suis un danger.
Si je meurs je suis inutile.
Car " Les mâles sont inférieurs en tout aux femmes". "Si vous êtes là, c’est pour nous aider, nous protéger, nous honorer. "
Les mâles servent de main d’œuvre pour tous les travaux physiques. Ils
aident.
Les mâles protègent quand on le leur ordonne. Aucun acte violent ne leur est
permis, mais ils doivent protéger.
Moi j’honore. Comme la majorité des mâles.
Le mâle dans la cellule d’à côté est complètement ravagé. Je l’entends gémir
assez régulièrement.
Un jour, je l’ai entendu hurler que nous étions exploités. Que la Gynécratie
était une abomination. Que nous étions leurs égaux et qu’elles ne pouvaient
pas se passer de nous.
Après j’ai fait semblant de dormir parce qu’elles arrivaient.
Il disait que nous allions tous crever.
Elles l’ont évacué.
Maintenant il ne parle plus. Elles lui ont sectionné les cordes vocales. Il est constamment surveillé par quelqu’un, et il a une sonde en permanence pour évacuer ses excréments parce que de toutes façons après, qu’on se soit fait évacuer, la plupart des fonctions vitales ne fonctionnent plus.
Moi je m’en fous. Je n’ai aucune envie de prendre des risques. Les pilules
m’empêchent de me concentrer suffisamment de toutes façons.
"Elles ne peuvent pas se passer de nous".
Elles le font pourtant, parce qu’elles n’ont besoin que de certaines de nos
capacités.
Le sperme. Pompé régulièrement à 8 heures d’intervalles. Mis en commun et
distribué sur le marché. Donneur inconnu.
Combien ai-je d’enfants ?
Ça me fait mal à la tête de penser à toutes ces choses. Je vais essayer de
m’endormir et ça ira mieux.
Une grosse araignée me marche sur le bras. Avec sa petite démarche mécanique. Un petit paquet de fil sur son dos qu’elle emmène avec elle. Sa proie. Son repas. J’ai envie de rire quand je me rends compte qu’elle porte le cadavre de celui qui l’a fécondé.
Mâles matriculés.... 0215... 0999... 4502... médical... palier 5 dans 30 secondes... séquence...
Putain de vie de merde.
Je reste accroupi au sol, en pyjama. Mains crispées sur mes chevilles. La tête enfoncée entre mes genoux. Je gémis sur un ton aigu, puis je me balance deux fois, et je me laisse tomber en arrière, contre le placard. Sur le faux parquet en plaques de lino. Je me recroqueville encore, comme attiré par le coin entre le meuble et le sol. Je voudrais m’y plonger, y disparaître. Non. Je voudrais que quelqu’un soit là, me tende la main, et me relève. Putain ! Mais quel con. Quel niais. Merde ! J’ai besoin de personne, je dois n’avoir besoin de personne ! Fait chier. Il est trois heures du matin, je suis fait comme jamais, mes potes travaillent, eux, ou dorment. Va falloir te démerder, cocotte. Jusqu’au jour. Putain de nuit.
J’essaie de penser. Pas facile. Ecrire, impossible. J’ai essayé ; j’ai seulement réussi à commencer un vers. Un seul vers. Merdeux. J’aurais pas dû boire, pour ça. Mais même avant, ça passait pas. Et puis on ne peuple pas une vie avec des bonshommes de papier. Il faut que je pense. Faire du bruit dans ma tête. Trop de silence, ici. Merde !
J’ai gueulé. J’ai voulu gueuler merde, mais j’ai fait un truc entre le aaa et le èèè, raclé du fond de ma gorge. Je recommence à bouger d’avant en arrière, comme un dingue, en geignant. J’en ai marre. Faut que ça s’arrête. Putain ! Faut que ça cesse. Quelqu’un. Faut que j’app... non. Pas à trois heures. Je ne veux pas les déranger. Quand on a trois amis en tout et pour tout, on les soigne. J’ai trop peur de les déranger.
Faut que je boive. Je me relève en sursaut, les yeux écarquillés. Je fais un pas vers mon bureau, à un pas de moi dans mon taudis. Et je manque de perdre connaissance. Chute de tension. J’ai le temps de tirer ma chaise, et je m’y effondre. Mon crâne continue sa course jusqu’au sous-main ; je sens la torsion de ma nuque, qui résiste sans que je puisse l’aider en rien. Ecroulé là, je reprends aussitôt conscience. Je n’ai pas renversé mon verre, ni la bouteille. Bourgogne Maison Dieu 1997, bordel. Ca m’aurait fait mal. J’ai déjà fini ma bouteille d’Armagnac avant le repas ; mauvaise soirée. Malaise depuis l’après-midi. Je suis seul et j’ai une peur incontrôlable de cette solitude. Une terreur qui dure depuis plus d’un an. Je me ressers mon cinquième verre de vin, après avoir fini le fond du précédent. Celui-là, je le bois en deux gorgées. Plus le moment de faire le noble et le connard d’amateur, mes papilles sont mortes. J’ai des fourmis dans tout le corps, et des sueurs froides qui viennent me faire des taches de malaise sous la surface de la peau. Mauvais trip.
J’ai laissé mon plateau bouffe à côté. Une assiette à soupe pleine d’une mixture à base de riz, un paquet entier, de gruyère, presque autant, et de sauce tomate. Couleur de gerbe. Une masse blanchâtre grumeleuse, avec un fluide jaunâtre qui la pénètre, et des veines rouges ou rosées. Mais j’ai tout fini. Froid, à la fin. Pour préparer ma nuit. J’ai mangé ça après la demi-bouteille d’Armagnac, ça commençait à appeler à l’aide dans mon estomac, fallait rétablir la solidité du truc. Je repousse le plateau, il me débecte. Comment peut-on accepter ainsi sa solitude et se préparer méthodiquement à en chier. Connard. Je balance aussi au mur la pile de feuilles blanches, et ma plume encore ouverte. Ecrire bourré. Beau projet d’idéaliste. Connard. Je prends le téléphone, puis je le jette au sol à son tour. Non, j’appellerai pas. Merde ! J’appellerai pas ! Je dois apprendre à me démerder seul ! Pas apprendre, continuer. Putain, je dis n’importe quoi. J’ai oublié si je veux me sortir de cette prison ou si je veux qu’on m’y laisse crever. En tout cas, j’ai le ventre qui se tord, à la seule idée de cette nouvelle nuit sans sommeil et sans personne.
J’allume l’ordinateur. Je me ressers un coup de Bourgogne, pendant qu’il se lance. Il doit me rester deux verres à peine dans la bouteille, merde. Et seulement trois heures vingt. Je passe sur le net. Trouver de quoi m’occuper. Le virtuel, c’est de la merde en boîte, mais c’est mieux que rien. Je fais trois forums. Déserts, ou bien des invités aveugles et muets. Je n’ai pas envie de passer aux messageries instantanées, j’en ai pas. Pour parler à qui. Merde. Je traîne sur tous les sites que j’ai en favoris, ça me prend moins d’une demi-heure pour me rendre compte que rien ne sert à rien. Je tourne en rond. Tout est mort, personne n’est là, ou bien des fantômes d’humains. Je cogne contre l’écran. Je crois qu’au fond de moi, ça se voulait une réaction désespérée contre cette frontière froide et plate. Mais ça se solde par un mouvement débile de demi-portion, et un poignet qui fourche.
Il est quatre heures moins le quart, et je suis à nouveau accroupi contre le placard. Je sais que les oiseaux, ces enculés d’oiseaux, n’arriveront pas avant au moins une heure trente, en cette saison. Et la lumière, bien après eux. Et les gens, la vie, la chaleur, encore après. Et encore. Je ne les connais pas, les passants. Tenir jusqu’à huit heures. A huit heures j’irai me réfugier dans le supermarché. Il y a toujours du monde dans le supermarché. Et des caissières souriantes, contentes de pouvoir un peu sortir de leur boulot pourrave en regardant avec sympathie un inconnu. Alors j’aime le supermarché. Il ouvre à huit heures. Faut que je tienne jusqu’à huit heures. Peut-être que j’ai oublié un site, ou deux. Je rallume l’ordi, l’unité centrale est à côté de moi, par terre. Juste le bras à tendre. Je me rassois, lentement cette fois. Ma mâchoire est si lourde et déglinguée par l’alcool qu’elle pend seule, et que je bave un peu. Je m’essuie du revers de la main. Je vais sur les sites les plus chiants du monde. Infos. Météo. Zoologie. Et tiens, la fac. Paf, là, je tombe sur le Providence. Putain. Y a un service d’aide psychologique à la fac ? Merde alors. Je chope le numéro, j’appelle immédiatement. Rien à foutre de ma voix, de mon état. Ils comprendront. Biip. Biip. Biip. Répondeur. Le centre est ouvert de dix heures à dix-huit heures, merci de rappeler. ENCULES ! Merde. Je vide la bouteille, mon dernier verre de celle-là. Je sors la boutanche de cognac qui traîne dans mon placard. Je rappelle. Je laisse un message pour demander un rendez-vous à un psy, putain, je suis plus à ça près. Ca me fait limite du bien de parler à cette chiotte de répondeur. Je raccroche, je vide mon verre. Trop vite. Le cognac me fait comme une brûlure, en distendant les tissus à vif de mon œsophage. J’ai un hoquet, je manque de gerber sur mon clavier. Goût de bile et d’alcool sale. Je ravale le peu qui était passé. Puis je monte à l’étage en m’accrochant péniblement à l’échelle de meunier, et maintenant que je suis lancé, putain de merde, et au calme là-haut, j’appelle ma seconde meilleure amie. La première, c’est mon ex, pas la peine. Répondeur. Tu m’étonnes, il est plus de quatre heures et elle bosse à huit. D’accord. Texto. Le texto le plus pathétique et nul de ma vie. Appel à l’aide en bonne et due forme. Inepte. Elle l’aura demain à sept heures, enfin dans trois heures, il peut se passer pas mal de choses en trois heures. Un second ensuite, pour compléter. Puis je repose le portable.
J’écoute. Toujours pas d’oiseaux. Toujours pas de voix, personne, nom de Dieu, personne. Je suis assis sur le bord de mon lit vide. Avec mon portable inutile à côté de moi. L’unité centrale qui souffle en bas. L’halogène qui envoie un faisceau blanchâtre à travers la trappe, et alentour une espèce de transparence luminescente et noire à la fois. Comme si même la lumière faisait écho au vide de la nuit. Putain de solitude. Je regarde l’heure : même pas quatre heures et demie. Et plus aucun moyen de m’en sortir. Je me tiens le ventre à deux mains, en me penchant contre mes cuisses. Je recommence à geindre, sans pouvoir me maîtriser. Et à me balancer. Mes pensées suivent le rythme de ce balancement, et du cri étouffé. Elles meurent lentement. Je tends la main au sol, pour ramasser la bouteille de cognac. J’y bois encore deux gorgées au goulot. J’ai déjà bu le tiers, tiens. Même pas remarqué. Ca passe tout seul. Peut-être que la solitude passe aussi, au bout d’un temps. Un temps qui doit être vachement long, parce que là, ça fait déjà plus d’un an, cette histoire. Je rebois une gorgée.
J’ai chaud et froid à la fois, et tout me démange sous la peau. J’ai soudain envie d’être torse nu. J’essaie d’arracher ma chemise de pyjama, j’y échoue. Je la déboutonne à moitié, et je la quitte ensuite comme une tunique. Le mouvement me retourne l’estomac, et m’humilie. Connard, enculé de pauvre mec. Je mérite pas mieux que d’être seul comme ça. Qui tu veux que je voie, dans cet état. Et merde. Je recommence à me parler à la deuxième personne.
J’ai une furieuse envie de me gratter, mais de me gratter les muscles, les organes. De plonger en moi. Peut-être pour m’abstraire, pour me perdre dans les viscères et oublier que je suis seul, là, comme un con. Je racle frénétiquement mes côtes, j’essaie d’appuyer autant que possible. Je tire la peau de mon ventre vers l’avant, le haut, le bas, en tentant de blesser autant que possible, que la démangeaison cesse. Ma mâchoire aussi me fait abominablement mal, à la jointure. Je commence à râler comme une carne. Et je sens mon regard se modifier. Putain. Faut que j’arrête. Je me relève. Je reste immobile debout, je me force. Je regarde mon corps. Je suis couvert de griffures et de bleus, déjà. Faut que je me calme. Faut que je m’en sorte. Je me rassois, et je rebois à la bouteille. Une queue, peut-être ? Ca anesthésie, d’habitude. J’essaie. Hahaha. Queue d’alcoolique. Molle et pendante. Froide, même. Inutile. Elle, elle est déjà morte de solitude. Putain la chance.
Ma tête tourne, à présent. Les bruits sont au centuple. Le souffle de l’ordinateur, en bas. Mon sang, dans mes oreilles. Des craquements atroces, dans le sommier du lit, qui me prennent en traître. Je pose mes lèvres sur le goulot, mais je me ravise. Dans mon état, faut arrêter. Je suis seul, putain, je suis seul, mais là, je sens que mon calvaire prend fin. J’ai réussi à m’endormir l’intérieur. Un sourire essaie de se dessiner sur mes lèvres. Sais pas s’il va au bout. Je m’allonge sur le dos ; tout tournoie horriblement, droite, gauche, droite, gauche, j’ai des réflexes de la nuque pour rétablir l’équilibre à chaque fois. J’ouvre la bouche pour prendre plus d’air. Un temps infini pour passer le cap et accepter le changement de position. Je pars.
Je me réveille de l’estomac avant de me réveiller du cerveau. Un haut le cœur énorme. Comme un coup de tronc d’arbre dans le bide. Et en même temps, comme un poids de mille tonnes qui m’enserre tout à coup la cervelle. Rose sanglant et jaunâtre. Je vois tout en gerbe. Faut que je gerbe. Tout de suite. Je me lève d’un geste, je descends l’échelle de meunier sans précautions, je préfère me latter mais vomir en bas. J’arrive, je marche le plus vite possible aux chiottes. J’ouvre la lunette, je m’accroupis. Merde. J’ai envie de chier, aussi. Oh merde. Je me relève tant bien que mal, mais des hurlements me déchirent le crâne. Je m’assieds sur les chiottes, et je me penche au-dessus de mon lavabo en même temps. Il tourne et se balance. Mais il est juste à côté. L’avantage d’habiter dans douze mètres carrés. Je pousse, et j’attends. Je chie, ça ouais, je chie. Mais pas de gerbe. Pourtant je sens la brûlure de toute la matière, comme en fusion, qui comprime les parois de mon estomac. Je finis. Tout tourne de plus en plus vite. Et des gens qui crient. Je me relève, je me retourne pour tirer la chasse. J’atteins la chaîne, et je tombe en même temps.
Je me réveille une seconde fois, avec une odeur de pisse froide dans le nez et un truc glacial contre les lèvres. Je suis courbé dans le mètre carré de mes chiottes, les jambes pliées, et le buste enroulé autour de la base de la cuvette, à gauche. La tête contre l’émail. J’ai la gerbe. Putain qu’est-ce que j’ai la gerbe. Et j’ai froid. Je crois que je suis seul. Je profite du retour d’un peu de conscience pour agir avec mesure. Je me pousse avec mes bras pour glisser jusque devant le chiotte, sans me lever. J’attends le résultat. Même état. Je me relève sur le coude gauche ; ça passe. Tout s’éloigne un peu, les tons deviennent étouffés, mais je reste conscient. Je continue à me relever sur le bras gauche, et j’arrive à hauteur de la lunette. Je me penche au-dessus, et je pousse dans ma gorge comme pour gueuler. Fort. De plus en plus fort. Mais rien. Je respire, en haletant. J’ai le cortex qui tourne en boule et se tord dans tous les sens. Si seulement je pouvais le gerber aussi. Je recommence. Je pousse. Je crie, même, pour voir. Rien. Je me repose la tête contre la lunette. J’essaie de m’enfoncer les doigts dans la gorge. J’ai très peur de me faire mal : je ne maîtrise pas mes mouvements, et je ne sens presque rien, sauf un mal-être général. Avec ma main enfoncée dans la gorge, j’arrive à provoquer un premier hoquet ; je ressors ma main en vitesse, et je vomis. Un peu. Une gerbe ridicule. De la bile rougeâtre. Par contre, l’effort me fait crier les voix à l’intérieur, mille fois plus fort. Je m’écroule à nouveau.
Une troisième fois, je me réveille. Différent. Conscient à en être presque ébloui. Ou bien c’est le jour qui se lève. Couché au sol, des fourmis dans les jambes. Mais avec une maîtrise parfaite de mes mouvements, et de leur planification. J’ai juste très froid, et la même envie de vomir. Je suis lucide. Je me vois dans mon état. Je me souviens de mes lèvres entrouvertes contre les chiottes. Des odeurs de pisse. De la chasse dont je ne sais pas, finalement, si je l’ai tirée ou pas. Je sens la vieille odeur de chiasse, qui semble prouver que non. Je me souviens surtout des causes, et de ma soirée, et de ma nuit. Je me retrouve toujours aussi seul, allongé dans mes chiottes, seul, putain, mais là, il fait jour. Y a les oiseaux. Qui chantent leur chant de cons. Et la lumière aigre du petit matin. Quelle heure ? J’en sais rien. M’en fous. Faut que je gerbe. Que je me gerbe. J’en ai marre. Qu’on en finisse avec cette vie de merde. Je tente de me redresser ; inutile. Impossible. Trop lourd, aucune force. J’ai l’estomac qui brûle. J’allonge mes jambes. Douleurs. Les fourmis qui reprennent, et en plus le sang qui recommence à y circuler. Comme si on me les arrachait. J’ai dû rester longtemps là. J’ai soudain un spasme dans les boyaux ; j’ai le temps d’ouvrir en grand les yeux, et quand je tourne la tête sur le côté gauche, je suis déjà en train de me répandre. Une flaque énorme. Le riz, intact, comme en soupe. Un fluide dégueulasse et puant autour, mais ça pue pas la gerbe, ça pue autre chose, je sais pas quoi. Jaune, rougeâtre par veines, blanchâtre. Comme toute ma nuit. L’image de ma vie. Je suis trop faible pour bouger. Ma bouche reste ouverte, ma tête sur le côté, la gerbe sur le carrelage juste à l’entrée de ma bouche. Je respire ce que j’ai lâché. Je m’évanouis à nouveau. Je reviens à moi presque immédiatement, je crois. Et là, c’est comme si je retournais mon estomac à l’envers. Un autre spasme, qui me fait me redresser à moitié ; puis je m’effondre, et en retombant, je vomis tout le contenu de mes boyaux. Ce qui restait. Je tombe dedans.
Je suis si calme. En paix avec moi-même. Mon crâne dans ma gerbe, du riz collé aux parois internes du nez, une odeur d’alcool et de bile partout. Tout ça me plaît. J’y suis bien. Qui voudrait mieux qu’un monde à sa portée et qui lui montre sa propre image, partout, tout le temps. Plus de solitude. Je me suffis à moi-même. Et puis, qui voudrait d’une larve à la peau transparente, incapable de rien faire sinon gémir, amorphe, et qui gît dans son vomi. Personne. La solitude, je l’emmerde. J’ai dépassé ça. J’ai trouvé ma voie. Ce matin encore.
Je vais dormir un peu, à présent, ici. Puis je me relèverai, plus tard dans la journée ; je me doucherai correctement, et j’irai au supermarché.
Il me faut d’autres bouteilles.
Marty ! C’est une catastrophe !
Bordel ! Encore ce vieil enfoiré de Doc Brown qui vient me gonfler avec ses théories à la mord moi l’noeud et qui tambourine à ma porte depuis un quart d’heure comme un pic-vert en rut :
C’est bon Emmett ! Faut se calmer maintenant ! Vous, vous avez encore oublié d’avaler vos pilules anti-parano, pas vrai ?
Marty ! Ecoute moi, on a un grave problème cette fois ! T’as pas regardé les infos sur Fox News cet après midi ? Elles m’ont secoué !
Je trouve vos private jokes médiocres, petite enflure... Contentez vous de lire le script et lâchez moi les burnes, j’ai d’autres chats à fouetter avec mon Parkinson en ce moment !
Non Marty ! N’y vois rien de personnel... C’est les O.G, Marty !
O.G. Simpson ? Il a encore butté sa dernière femme ?
Non, non, non... O.G. c’est les Olympic Games, connard ! Le comité Olympique a décidé qu’ils auraient lieu à Hill Valley en 2016 et...
Youpi ! Y aura sûrement Mohamed Ali et je pourrai l’affronter en duel singulier... reste plus qu’à faire valider le tremblement artistique comme nouvelle discipline en athlétisme !
Mais non, ducon ! Biff Tannen ! Tu te rappelles, il a volé l’almanach des sports de l’époque et il va s’en foutre plein les fouilles et reconstruire son empire diabolique. Ça risque de créer une faille spatiotemporelle sans précédents qui engloutira tout notre univers pour en faire un grumeau de purée mousseline compact de 23 mm de circonférence moyenne et...
On avait pas solutionné le problème de l’almanach en le brûlant après que le vieux Biff l’ait confié au jeune Biff ? Camés de scénaristes de merde...
Heu en fait... Je l’ai gardé et il me l’a repris à la loyale au poker la semaine dernière. Ne connaissant pas de bookmaker personnellement, je n’ai jamais pu faire fortune...
Espèce d’enfoiré ! Et c’est quoi le rapport avec Hill Valley ?
Heu... Aucun mais je suis sénile maintenant !
Oui, ça se tient ! Prenons vite la Delorean DMC-12 et allons vite régler le problème !
Heu la Delorean a été détruite... On avait un train magique jusqu’à ce que je le perde au poker contre Einstein...
Votre chien ?
Non, le savant en 1935... j’ai pourtant remonté le temps juste avant le moment où il était sensé apprendre les règles du jeu... La chance des débutants, je vois pas d’autre explication... Heureusement il m’a donné un double-gode à remonter le temps en échange de la théorie de la relativité sinon j’aurais jamais pu rentrer...
Vous voulez dire qu’on va devoir ...
J’en ai bien peur, Marty !
(...)
De nos jours, dans notre réalité actuelle, suite à une recherche sur Wikipedia :
Pierre de Coubertin (1er janvier 1863 Paris-2 septembre 1937 Genève), né sous le nom de Pierre de Frédy était un historien et pédagogue français qui ressuscita les jeux pornographiques, vieille tradition romaine dédiée à honorer le dieu Bacchus et tombée dans l’oubli collectif pour d’obscures raisons morales...
Né à Paris dans une famille aristocratique, il passa son enfance au château de Mirville, en Normandie. Il écarta la carrière militaire ou politique, fréquente dans son milieu. “Colonialiste fanatique” de ses propres mots, il accorde une grande place à l’honneur patriotique et au nationalisme. Bercé des souvenirs de l’après-défaite de 1870, il s’engage pour un renouveau de la nation française.
Inspiré par sa propre éducation et ses visites dans des universités anglaises et américaines, il prend le parti d’améliorer l’éducation qu’il juge désuète et sans imagination. Alors qu’il allait devenir un sombre con, il rencontre inopinément deux mystérieux sodomites qui l’initient à l’art de la percussion anale. Dès lors, selon lui, le cul occupe une place fondamentale dans le développement de l’individu : il s’attache à en augmenter la place dans l’éducation de la jeunesse. Comparant le gang bang allemand militarisé ou le viol suédois dans les saunas, il leur préfère la valeur des jeux éducatifs. Pratiquant l’auto-missionnaire, la tournante comme l’aquaorgie ou le catch artistique dans la boue en string, il prône la pratique du cul comme un moyen de redressement de l’esprit.
Pour promouvoir le cul, son idée était de créer une grande compétition internationale, qui verrait s’opposer les meilleurs niqueurs du monde civilisé. Inspiré par l’intérêt grandissant que suscite le pornographisme antique à la lumière de découvertes archéologiques à Sodome et Gomore, il décide de recréer les jeux. Il annonce son projet le 25 Novembre 1892 dans l’amphithéâtre de la Sorbonne et crée le Comité international du fion le 23 juin 1894, à Paris. En 1896, les premiers jeux pornographiques rénovés auront symboliquement lieu à Mykonos, et la fréquence de quatre ans est établie (pour le repos anal).
Le baron est opposé à la participation des femmes aux pornographyades, à l’instar des jeux de la Grèce antique. Pour lui les jeux doivent rester une “eulogie pour le cul masculin” Néanmoins, elles feront leur apparition aux jeux de 1900 qui se déroulent à Paris lors d’une mémorable partouze. Leur nombre ne cessera d’augmenter, si bien qu’en 1928, aux jeux d’Amsterdam, les femmes au nombre de 290 font leur entrée triomphale aux épreuves du triple gode.
Coubertin participe à diverses associations visant à promouvoir le cul et rédige plusieurs ouvrages pédagogiques. En dépit du succès croissant des premières Pornographyales modernes, les débuts sont difficiles. Les jeux ne renoueront avec le succès qu’aux jeux de 1924, organisés pour la seconde fois à Paris (participation de petits rongeurs).
Bien que peu modéré dans son appréciation de la discipline exemplaire et de la “quintessence de la pornographie” des jeux de 1936 à Berlin, il défend pourtant l’idéal d’égalité raciale comme le montre sa réaction en 1904 à Saint Louis aux “Journées gang bang interraciaux”. Lors de celle-ci, on fera concourir des enculeurs d’Amérique, d’Afrique et d’Asie dans le but de les ridiculiser. Coubertin s’insurge contre cette “mascarade outrageante [qui] se dépouillera naturellement de ses oripeaux lorsque ces Noirs, ces Rouges, ces Jaunes apprendront à baiser, à sauter, à éjaculer et laisseront les Blancs derrière eux”.
Il démissionne de la présidence du comité pornographique en 1925 mais reste président honoraire jusqu’à ce qu’il meurt, en 1937 à Genève, d’une déchirure anale. Enterré à Lausanne, son cul sera inhumé séparément dans un monument près du sanctuaire du quartier rouge d’Amsterdam.
On s’est croisés dans les toilettes
Je rutilais comme un camion
Elle dodinait du croupion
En évaluant les braguettes
Lors nous vivions des temps honnêtes
Où des duègnes à lorgnon
Sevrées d’amour et sans pognon
Veillaient sur les jolies nymphettes
Encore plus qu’à la décence
Nous manquâmes à la prudence
Dans le vieux canapé bancal
Elle est morte en couche je crois
Que l’enfant n’était pas de moi
Il est né déficient mental
Et l’Eternel dit à Moïse :
"Je pars à Torremolinos.
Voici les clefs, nourris Molosse.
Je décolle à cinq heures. Bise."
Et moi, Moïse, à l’âme éprise
Du Seigneur, je sentis l’atroce
Dénuement de l’âme et, féroce,
Le feu que notre vide attise
S’abattre sur moi, dévorer
Mon esprit vain, l’annihiler
A jamais dans la nuit profonde,
Et ma chair fondre sur mes os
Pour se résorber dans les eaux
Primordiales d’avant le monde.
Les Jeux Olympiques, ce n’est pas tellement mon fort. Je préfère le tennis féminin, et les jupettes (rien à voir avec Alain) qui volent sur des cuisses bronzées.
Mais le député maire de la ville a décidé que les J.O. dans son fief, ça ferait bien. Et en plus, n’est-il pas dans les petits papiers du gouvernement ?
Il m’a donc demandé de lui faire une étude de projet, mais en me précisant bien qu’il voulait de l’in-no-va-tion ! Vous avez carte blanche !
Fleurs et paillettes, feux d’artifice, ballets et spectacles grandiose ? On a déjà vu tout ça. Que pouvait-il donc rester ?
Certes, nous avons des stades qu’il suffit de remettre au goût du jour, un aqualand, un lac artificiel, le fleuve..... Tout ça, ça ne demande pas tellement d’imagination.
Faire participer la campagne alentour, avec ses petits châteaux, et ses spécialités culinaires... pas dur non plus. Mais être original ?
J’ai bossé comme un fou sur les maquettes, l’organisation, l’hébergement, l’accueil des athlètes et des médias, mais sans rien trouver de novateur.
Puis un jour, j’ai eu l’illumination !
L’actuel hôtel de ville fut le château d’une célèbre courtisane.
Le haut comité est venu. Nous l’avons reçu royalement. On leur a fait visiter les sites envisagés, on leur a montré les maquettes des réalisations prévues, on les a bien nourris , on les a bien fait boire.....
Mais je ne sais pas.
Juste à la fin, lorsque je leur ai proposé, en souvenir du glorieux passé de notre cité, et de sa plus grande célébrité, de remplacer les témoins des courses de relais, hommes et femmes, par de symboliques godemichés anatomiques, je crois qu’il y a eu comme un froid.
Notre candidature, malgré son originalité a été rejetée.
D’un regard il l’avait choisie. Elle l’avait aussitôt perçu. Pourquoi elle au milieu de toute cette foule ?
Elle ne le comprenait pas, mais une bouffée de fierté l’avait immédiatement envahie. Elle posa un regard de défi sur l’assistance et commença à reculer doucement vers la table dressée juste derrière elle. Elle s’assit délicatement sans cesser de le regarder dans les yeux et commença lentement à relever ses jupes. Un sourire illuminait son visage.
Ça faisait quelques années maintenant qu’elle attendait ce moment. Longtemps il l’avait regardée sans la voir. Et maintenant, c’était les autres femmes qui crevaient de jalousie.
Il s’approchait et son allure bestiale fit tomber ses derniers remparts. Elle perçut à peine son souffle chaud sur sa peau qu’elle s’offrit totalement à lui. La foule les scrutait avec un sentiment mêlé d’horreur et de fascination. Il la prit aussitôt, sauvagement, et son excitation se transforma immédiatement en une terreur sourde. La douleur était insoutenable. Les griffures et les morsures n’étaient que caresses comparées à ce qu’elle ressentait dans sa chair. Elle n’avait rien connu de tel depuis la mise au monde de son enfant. Elle voulait mourir à chaque coup de rein, ce membre qui la broyait lui ôtait peu à peu la raison. Le membre durci n’existait plus pour elle : ce n’était qu’un instrument de torture qui la brûlait petit à petit. La foule semblait elle aussi être devenue folle : ils riaient, applaudissaient, dansaient... Hommes, femmes, enfants commençaient à se dévêtir, grisés par les hurlements qu’elle poussait.
Au moment où la chaleur insupportable atteint son paroxysme, un froid mortel lui parcouru soudainement les entrailles. Elle comprit qu’elle avait maintenant en elle sa semence et que plus rien ne serait comme avant.
Il l’abandonna immédiatement à la foule délirante. Elle sentit des mains l’agripper, la fouiller. Elle tentait vainement de trouver son amant au milieu de ces monstres, mais plus rien ne semblait exister à part cette démence orgiaque qui l’entourait. Elle essaya de ressentir du plaisir au contact de ces mains qui la caressaient, de ces langues qui la léchaient, mais elle n’était plus que souffrance.
Ce fut son dernier Sabbat.
Et aujourd’hui mesdames et messieurs, une promotion fantastique sur les petits pois ! Profitez-en.
Robert n’en pouvait plus de ce boulot.
C’est pas une vie ça. Déblatérer des conneries toute la journée pour des petites vieilles qui lui regardent les poils sortant de sa chemise.
Bon, il y mettait du sien, hein, rien à dire. Mais en un mot comme en cent, il se faisait chier.
Passons ensuite au rayon shampooing.
Et toujours les mêmes offres, les mêmes têtes d’enterrement, et les mêmes rayons de merde.
Nous avons tout d’abord un lot de...
Robert continua machinalement son baratin habituel, mais son oeil avait été attiré par une superbe croupe qui le fixait. Face à cul avec cette apparition, il faillit oublier les 30% de réduction sur le papier toilette. Il ne voyait rien que ce cul, un dos bien dessiné qui semblait musclé et une chevelure brune, ample et souple.
... Le shampooing qui fait briller et resplendir votre chevelure.
Au moment ou il passa à côté d’elle, négligemment elle se baissa pour aller ramasser la lotion appaisante la plus en bas du rayon. Lui, tout en racontant ses aneries de promotion n’eut qu’à tendre la main.
Elle eut à peine un tressaillement. Comme si elle s’y attendait. Et lui de continuer de plus belle.
Vous pouvez désormais observer notre magnifique promotion sur les kleenex qui pourront vous être utiles dans plus d’une situation.
Qu’est-ce qu’il racontait ? Il s’en rendait compte désormais, cette croupe le rendait dingue. C’est à ce moment-là qu’il vit du coin de l’oeil la première petite vieille qui le matait, en bavant. La pouliche, en grognat, posa son sac et releva ses cheveux.
Quant au papier toilette, il...
Robert l’avait déjà dit ce passage là. D’ailleurs il n’était pas du tout à cet endroit du rayon. Il s’en foutait, il faut dire.
En effet, il avait commencé à relever la robe de la belle, et attaquait déjà la descente du collant. Il s’en sortait plutôt bien, le désir aidant. Et elle se laissait faire, en se cambrant de plus en plus.
La vieille n’en pouvait apparemment plus. La deuxième venait d’arriver à côté d’elle, et leurs expressions étaient sans équivoque. Outrées mais curieuses. Les salopes...
Nous pénétrons désormais au rayon des lingettes. Vous pouvez voir...
Robert racontait maintenant n’importe quoi. En même temps, il commençait à se démener dans l’orifice de sa muse et elle, cambrée à un point difficilement concevable, lui caressait un peu tout, les bras tendus derrière elle. Robert, imperturbable, commença son langoureux travail.
Et les préservatifs, en caoutchouc très résistant qui vous sauveront en cas d’urgence.
Tiens d’ailleurs c’est vrai, on a oublié les capottes, pensa rapidement Robert. Puis cette pensée s’évapora dans son va et vient.
Les deux vieilles s’étaient maintenant enfuies. Il fallait se grouiller. Il accéléra progressivement la cadence jusqu’à atteindre une vitesse plus que raisonnable. Tout en continuant à parler au micro. Difficile exercice par ailleurs.
Et ce n’est pas 10 euros, ni 5 euros, ni trois euros mesdames, mais un. Mais un. Hein. Huh huh ...
Là il ne pouvait plus parler. Trop fatiguant.
C’est le moment où le petit père responsable arriva et devint tout rouge, suivit des deux vieilles perverses qui ne voulaient surtout pas rater la fin du programme.
Ne plus le regarder, bordel. Robert ferma les yeux, et lacha enfin ce putain de micro.
Il allait ... C’était là ! C’était ...
VOUS ETES VIRE !
Et Robert jouit.
Voilà, cette fois ils m’ont eu avec leurs maladies exotiques... L’irruption est apparue sur mes mains, juste après que cette foutue négrillone m’a touchée.
Ils étaient quatre ou cinq petits noirs à jouer dans l’entrée de l’immeuble, en y laissant leurs postillons, la trace de leurs mains, de leurs pieds, tous ces miasmes du tiers-monde qui nous envahissent ! Quand j’ai voulu les chasser du hall ils se sont mis à se moquer de moi et m’ont entouré. Ils ont beau avoir trois ou quatre ans, ils se sentent déjà en pays conquis, et l’homme blanc que je suis les fait rire ! Ils chantaient "Monsieur il a pas ses gants, Monsieur il a pas ses gants !"
Hélas ! J’ai toujours mes gants quand je sors mais là il faisait trop chaud. Erreur d’autant plus fatale que l’été les germes se multiplient, j’ai l’impression de les voir grouiller partout, comme grouillent tous ces bronzés vecteurs d’infection, ces cafards qui courent sur les murs, ces pigeons qui chient partout... La guerre bactériologique est déjà commencée, et l’Europe est en train de la perdre ! Enfin bref la petite fille a attrapé mes mains pour tenter de m’entraîner dans une danse tribale, je les ai vite retirées mais trop tard...
Je suis un de derniers français de ce bâtiment, les autres sont tous des noirs et des marron. Il y avait un autre blanc à l’étage au dessus, mais il est mort l’année dernière. D’une hépatite à ce qu’on dit, tu parles, elle a bon dos l’hépatite ! On n’a jamais vraiment su, je parierais plutôt pour une de ces saletés de microbes ramenés dans les valises d’outre méditerranée...
Le lendemain, les plaques sont sorties, ma peau se granulait. Jusqu’à présent j’avais réussi à me protéger au maximum. Depuis que je ne travaille plus, je ne sors pratiquement plus. Quand je suis obligé de la faire, je change de vétements dans le couloir, je ne porte jamais chez moi les affaires amenées dehors. Je ne fais pas de courses dans le quartier, trop de germes qui circulent, avec ces gens-là qui crachent par terre, qui pissent n’importe où, ces gens qui vont aller tripoter la marchandise au supermarché, postillonner sur l’étal du boucher, et bien sûr je ne parle même pas des commerces qui sont de plus en plus tenus par des arabes ! Autant aller directement manger sur le plateau des malades en service infectieux ! Je n’achète que sous cellophane, dans les quartiers français.
J’ai téléphoné au docteur Roger le lendemain, il m’a dit qu’il était surbooké en ce moment et qu’après il partait en vacances, ce connard ! Il m’a proposé son remplaçant, le Docteur Benslimane ! Tiens, compte là-dessus pour aller le voir, celui-là ! Et comme j’insistais, il m’a encore dit que ça ne devait pas être grave, que je me faisais plein de film à propos des microbes, etc... Je connais ce discours, tu parles ! J’avais pas dormi de la nuit, je sentais cette saleté qui me rongeait comme toute cette souillure qui ronge la France, qui nous ramène l’héroïne et le SIDA... Tiens ,le SIDA, ça vient bien d’Afrique, quand même ? Et tous ces médecins pleins aux as avec des noms en stein qui veulent nous faire croire que c’est pas si contagieux, que ça se passe que par le sang et le sperme et que c’est pas la faute à ces nègres, ni aux Mouloud et aux Mohamed qui trafiquent dans la cité, ni de tous ces pédés parisiens qu’on voit de plus en plus à la télé... Mensonge, bourrage de crâne, on nous cache les vrais chiffres, la progression de l’infection, et on protège les drogués qui pullulent en semant leurs seringues partout. Alors quand j’entends le ministre qui veut nettoyer les banlieues au Karcher, ce rigolo avec son nom étranger qui sait que causer, je rigole ! C’est pas par l’eau, c’est par le feu qu’il faut purifier tout ça ! Et puis la peau de mes mains a commencé à se desquamer. A défaut d’un vrai toubib, je les ai montrées au pharmacien. Il m’a dit que ça ressemblait à une allergie et sous prétexte que je me suis passé les mains à l’eau de javel après avoir été touché par la négrillone, il en a déduit que ça devait être une allergie à l’eau de javel. Il se fout de moi ! Personne ne se rend compte de la gravité de l’infection. J’ai des mains de lépreux, ça me dégoûte ! Et eux, ceux qui m’ont contaminé, ils rigolent bien. Les gamins passent leurs journées à gueuler sous mes fenêtres, les adultes mettent à fond leur musique de sauvage, comme un chant de victoire de me savoir atteint !
Mon sang charrie des microbes nègres, je les imagine suivre ma circulation sur des pirogues microscopiques pour attaquer chacune de mes cellules comme autant de villages à brûler, les violer comme autant de femmes blanches, enfantant des tas de petits bâtards qui se multiplieront dans mon corps. Lequel de mes organes va céder en premier ? Mon cœur, mes reins, mon foie ?
Dans quelques temps je ne serai plus qu’une masse retournant à l’informe, un bouillon de culture qui nourrira des milliers de micro-organismes, qui eux-mêmes répandront l’épidémie ! Mais je ne finirai pas comme ça. L’invasion ne passera pas par moi. Il est minuit et dans l’immeuble, les vermines dorment en famille. Moi, avec des chaînes et des cadenas, j’ai bloqué toutes les issues. J’ai répandu l’essence dans le hall et je sors mes allumettes.
Seul le feu peut éliminer l’infection !
Paris, l’assemblée est réunie au grand complet dans la salle bleue pour arrêter la marche à suivre vis à vis du Comité Olympique afin, qu’enfin, la grandeur du pays soit reconnue !
On pouvait reconnaître autour de la table des sportifs : Rat Ging, grand nom de la boxe s’il en était, Rat Sta et Popoulos les deux sprinteurs de l’équipe de France et mécènes : Rat Ventzburger, immigré belge, Rat Tish,... tous avec des incisives à rayer le parquet et des yeux d’une avidité presque inquiétante,...
Il ne manquait plus que les maîtres de cérémonie le grand Maha Rat Jack et le non moins renommé Rat Coleur,...
Sans oublier bien sûr, Rat dine sans qui le budget ne saurait être,...
Le trio final arriva enfin. Tous se turent et les regards perçants se tournèrent en un même mouvement d’ensemble. Certains essuyèrent prestement la bave qui commençait à poindre au coin de leur bouche.
Les bras chargés de documents, les rats de cuir distribuèrent à chacun un dossier complet sur lequel le mot d’ordre était imprimé en lettres d’or "LOBBYING" avant de se retirer.
Rat Jack, affaibli par une attaque céRatbrale, laissa la parole à son ratcolite.
Ainsi s’ouvrit la séance : le lobbying devait être la voie vers la réussite. Il allait falloir jouer sur les deux tableaux de la signification du mot lobbbying : à savoir parlementer dans les couloirs et faire une anti-chambre de la mort pour ces braves paysans !
Donc, dans un premier temps il fallait agir auprès des seconds couteaux des têtes du comité Olympique dans les couloirs des administrations, en privilégiant voyages d’études, soirées caritatives bien arrosées, découverte des sites olympiques choisis en mettant en avant l’enthousiasme de la population et l’intérêt économique d’une décision favorable de leur part à un tel projet.
Dans un second temps, qui néanmoins, s’envisage en parallèle, il fallait convaincre la population locale, à forte, voire très forte, connotation rurale de vendre les terrains nécessaires à la constitution des infrastructures. Déplacements sur site, propositions financières alléchantes, relogement dans des immeubles de standing dans Paris intra-muros,... tous les moyens étaient bons pour atteindre les objectifs, y compris des moyens d’expulsions illicites, rendus légaux par le grand avocat Rat Bijacob si besoin. Il fallait ne pas lâcher quitte à coincer dans un véritable étau les villageois de Rat Stignac au point de les enfermer dans l’anti-chambre de la mort, de l’agonie.
Ainsi donc la répartition des rôles fut faite de la manière suivante : les politiques dans les anti-chambres de la politique, les sportifs au grand air, sur le terrain à la campagne.
Les premières visites furent ainsi programmées : Rat Ging devait rencontrer les Rat Gondin, propriétaires des emplacement du futur stade olympique, et les Rat Sta et Popoulos devaient prendre contact avec la famille Rat tatouille qui possédait les terres choisies pour l’emplacement du village olympique.
Rat Hô, dont le nom n’a pas encore été évoqué, ex futur espoir d’athlétisme, devait quant à elle, se rendre chez les Rat Spoutine, paysans mais non moins propriétaires des quelques hectares sur lesquels la nouvelle piscine devait prendre eaux.
Ainsi, afin de s’adapter aux us et coutumes paysannes, nos sportifs prirent rendez-vous à 18h30 pour se faire inviter à la soupe.
Ils arrivèrent donc en survêtement, basket et une mallette de billets bien garnie à la main pour évoquer, avec les familles dont ils avaient la charge, le projet de site olympique.
Tous, sans exception, ouvrir des yeux hébétés devant ces figures qu’ils n’avaient encore approchées que par l’intermédiaire de leur écran de télé.
Tous eurent la cuillère suspendue dans les airs à l’évocation des projets.
Tous encore se trouvèrent abasourdis devant la mallette de monnaie.
Et tous bien sûr ne pipèrent mots pour le reste de la soirée.
Le lendemain c’était l’effervescence au village,... Rat Damara n’avait jamais vu son troquet aussi plein et les discussions allaient bon train ! Rat Psody, Maire de Rat Stignac, n’en croyait pas ses oreilles. Ainsi donc, en haut lieu on voulait désertifier son village, avec les deniers de l’Etat, pour que des nantis puissent se pavaner aux JO !!!! Il prit alors la parole et présenta sa version des faits : l’argent ne serait jamais versé sinon une attaque en règle pour détournement de biens sociaux et abus d’initiés pourrait être lancée, les relogements ne pouvaient pas être aussi mirobolants que ce qui avait été annoncé puisque les prix étaient si élevés que nos chers ex propriétaires terriens ne pourraient pas payer les loyers. Tout n’était que magouilles et il en aurait la preuve dès le lendemain.
Le lendemain donc Rat Psody revint avec un dossier béton dans le bar de Rat Damara, il avait les preuves nécessaires pour convaincre son petit monde et ils allaient pouvoir imaginer une stratégie de défense.
La visite du comité Olympique étant prévue le mois suivant chaque parcelle de terre allait faire l’objet d’un ensilage infecte, les bestiaux allaient courir sur tout le territoire et la tournée Présidentielle allait très vite ressembler à une tournée Pestilentielle. Ainsi donc fut fait.
Et c’est les deux pieds dans la merde que tous ces Rats méchants firent le tour des propriétés, cochons aux fesses, plumes de poule collées aux bas des pantalons, mains salies par des poignées crotteuses,... une franche réussite et la cerise sur le gâteau, le coq gaulois dans sa superbe vers les 3 heures de l’après-midi, dressé fièrement sur son tas de fumier qui lança un magistrale Cocorico !
C’était franchement vomitif, même si l’espace était suffisant, même si tout semblait bien dans le meilleur des mondes, les purées de tomates pourries et les compotes de fruits blets qui avaient accompagné le déplacement du comité Olympique montraient ouvertement la non-coopération de ces Rats débiles.
Cela avait eu le mérite également de faire apparaître au grand jour que c’est encore les pieds dans la merde, qu’en France, on s’en sort le mieux !
Et quelle fête à Rat Stignac,...
Tout avait si bien commencé, lorsque les membres du CIO sont arrivés sur le complexe olympique de Bagdad.
Il se situait dans la partie neuve de la ville, reconstruite complètement après l’attentat nucléaire de septembre 2010. Le complexe jouxtait la grande mosquée, financée par le groupe Mc Donald. La discussion avait été âpre pour que le sponsor renonce à apposer le logo Mc Do lumineux au sommet du minaret, comme prévu au départ. En échange les religieux avaient accepté que Ronald Mc Donald soit chargé de l’animation des enfants à l’école coranique.
A peine sortis de l’hélicoptère, les représentants du CIO me firent part de leur perplexité à l’idée d’organiser les jeux 2024 à Bagdad. Je leur exposai mes arguments. D’abord la position centrale de Bagdad au moyen-orient, entre les pays amis de l’occident depuis longtemps comme la Turquie, l’Arabie Saoudite, le Koweït, et ses nouveaux amis où les Etats-Unis avaient imposé la démocratie, juste après l’Irak : l’Iran, la Syrie, la Libye. Maintenant, ajoutai-je, le nombre d’attentats en Irak avait considérablement diminué, à peine une vingtaine cette année, et nous étions déjà en mars. Surtout, j’allais leur démontrer que le site olympique était complètement sécurisé.
Je leur indiquai la tour de béton avec la verrière au dessus, qui était le PC sécurité. De là, tout était étroitement surveillé. Si l’hélicoptère qui les avait amenés n’avait pas été autorisé, l’alerte aurait été donnée et les missiles cachés dans les pubs Coca Cola autour du stade l’auraient immédiatement abattu. Je leur exposai les grandes lignes des techniques de défenses du site. Concernant les spectateurs, nous avions repris l’idée adoptée par les stades européens pour éviter la violence, après le coup d’Etat de l’Empereur Nicolas 1er en France : aucun spectateur ne pénétrait sur le site où se trouvent les athlètes. Ils étaient dirigés vers des salles équipées d’écrans géants qui retransmettaient les épreuves.
Les spectateurs entraient un par un dans la salle en passant par un sas où on les faisait se déshabiller, on les revêtait d’une combinaison normalisée et on les attachait au fauteuil. En cas d’agitation ou d’incident, il est possible d’envoyer des décharges électriques dans les fauteuils des perturbateurs. Ici, dans l’Irak démocratique ami des USA, nous pouvons même envoyer un haut voltage similaire à celui de la chaise électrique, en vertu du patriot act II qui légalise pour raison d’Etat l’exécution des terroristes avant leur procès.
Tout avait été prévu avec soin et discrétion. La piscine olympique avait été construite récemment, et son architecture avait été étudiée de près par un homme loufoque, mais très efficace. Elle semblait tout à fait normale à toute personne étrangère au projet. Or, si l’urgence devait survenir, le fond s’ouvrirait alors, et un sous marin de style moderne (avec discothèque, salon de thé, salle de sport, cinéma etc.), se chargerait de tout... Plusieurs des hommes du CIO, semblait emballer à l’idée de faire parti de l’équipage, mais celui-ci avait déjà été recruté, et aucun changement ne serait admis. Ils avaient subi un entraînement plutôt poussé, dont nous tairons la méthode empruntée.
Des hommes seraient également postés sur tous les toits. Ils avaient été entraînés au saut à l’élastique, rasant le bitume de près, afin d’être opérationnels le plus rapidement possible. On entendait go, go, go, à peine le temps de s’attacher, qu’ils étaient déjà en bas, prêts à risquer leur vie pour que ces jeux olympiques appartiennent à l’histoire. Des hommes mangeaient des barbes à papa, dans lesquels étaient cachés de petits espions qui balayaient le terrain. Dans leurs poches, personne ne pouvait se douter, qu’il cachait une mallette. La technologie de la nouvelle ère. Une secousse brusque regonflait le tout, et là une mitraille ultra performante pouvait cracher un véritable venin.
On avait également pensé que l’intrusion pouvait survenir des bouches d’égoûts. Mais bien entendu, des spécialistes avaient trouvé une solution : un élevage de rats avait été mis en place depuis plusieurs mois. On les lâcherait le moment venu. Certains, qui étaient considérés comme meneurs, étaient pourvus d’un petit émetteur avec lequel on pouvait les diriger, et les commander à distance. On pouvait les rendre agressifs ou doux comme des agneaux, suivant le cas.
Les membres du CIO avaient l’air convaincus par leur visite et, en remontant dans leur hélicoptère, ils m’assurèrent de leur impression très favorable. Tout en suivant des yeux l’appareil qui s’élevait au dessus du complexe, je jubilais. C’est alors que j’entendis le pilote irakien crier : Allahou Akbar ! avant de se précipiter sur le PC sécurité où il explosa, détruisant le centre névralgique de contrôle dans une gerbe de flammes.
Finalement, les JO à Bagdad, ce ne serait pas encore pour 2024...
Des flingues, il y en a partout. Chez toi, chez chaque putain de toxico, et même probablement chez ta grand-mère. Sauf chez moi.
Là où je vis est d’ailleurs le seul lieu où je peux me sentir en quasi-totale sécurité envers ce monde qui m’entoure. Les flingues, j’en crève rien qu’à l’idée d’en voir une sur un vigile de l’un de ces supermarchés ridicules qui vend justement des flingues. Je ne peux presque pas faire mes courses à cause de cela, justement. Je suis obligé d’acheter ma bouffe chez l’épicier arabe de l’autre rue, dont sa thune doit sûrement provenir d’un de ces groupes terroristes, et qui doit pisser sur ma bouffe d’enfoiré d’occidental.
J’aurais pu vivre une vie normale. Une vie saine, pouvant dormir à poings fermés, tout en attendant le premier connard de drogué qui aurait essayé de tout prendre dans ma maison de merde, et lui foutre au cul mon fusil à pompe et appuyer sur la détente, sans remords, tout en m’appuyant sur le saint Second Amendement. Oui, j’aurais pu. J’aurais pu flinguer le premier gars qui m’aurait adressé la parole dans la rue, sur un ton qui ne m’aurait pas plu, à une heure qui ne m’aurait pas plu, à un endroit qui ne m’aurait pas plu. J’aurais aussi pu. Seulement, la vie est faite telle que nous ne choisissons en aucun cas son déroulement. Et moi, je suis obligé de vivre la mienne avec cette peur de mourir au premier coin de rue en recevant plusieurs grammes de plomb directement dans ma cage thoracique.
Cette vie aurait pu voir le jour, si je ne m’étais pas aventuré au travers d’une de ces zones d’insécurité totale, qui deviennent de plus en plus présentes dans chacune de nos belles villes d’Occident. Ce jour-là, j’aurais dû décider de ne pas aller voir mon frère, un bon-à-rien ne survivant qu’à son petit trafic de drogue. Ma mère venait d’être récemment tuée d’une balle perdue durant une fusillade entre bandes au beau milieu d’un centre commercial. Par un élan de compassion que je ne pourrais plus jamais retrouver, j’avais décidé d’aller voir mon connard de frère, par solidarité fraternelle, à ce que l’on dit. Conneries. Après m’avoir reçu comme le connard qu’il est, à moitié défoncé et à peine levé de sa longue hibernation, il m’a sommairement demandé de dégager. Je ne me suis pas fait prier, préférant me tirer vite fait du taudis décrépit, inondé de crasse, aux murs jaunis et rempli de toute la misère humaine dans lequel il vivait. Sortant à peine de cette merde sur fondations, je rencontre une bande de jeunes afro-américains. Comme quelqu’un avait décidé que ma journée serait d’un pathétique sans nom, cette joyeuse compagnie semble vouloir se diriger dans ma direction. Je presse un peu le pas, on ne sait jamais, ils peuvent avoir envie de se défouler un peu les bras, mais que cette envie n’était pas pressante et que si je me casse vite fait, on me laisserait tranquille. Malheureusement, ça ne se passe jamais comme ça. Ces petits cons, une bonne dizaine, voulaient voir si j’avais les capacités de jouer au distributeur de billets récalcitrant. Comme un con, c’est le cas. Les relations entre moi et ces petites fiottes furent en vue de devenir plutôt hostiles. Tout se passa rapidement en réalité, une trentaine de secondes. Pas le temps de négocier, personne pour voir la scène, j’étais dans la merde. Ils commencèrent par me frapper, me déséquilibrer, assez lentement, prélude à un carnage. Tout s’accéléra enfin. Durant ma chute, ma nuque rebondit sur le bord du trottoir, une blessure qui laissera quelques séquelles. Puis, c’est le moment le plus répétitif durant un lynchage, celui dont la victime se souvient assez facilement, du moins, si elle ne s’est pas encore évanouie ou si elle n’est pas encore morte. C’est le moment des frappes lourdes, dont on parvient difficilement à s’habituer. C’est là que la douleur se fait. Mais, j’aurais pu survivre à cela avec seulement quelques blessures physiques et psychologiques facilement réparables. L’un des plus jeunes du groupe, ayant pensé qu’il avait autre chose à foutre, avait décidé de jouer avec son revolver en attendant d’encaisser la monnaie. Si seulement cette petite frappe avait voulu suivre ses camarades en me démontant la gueule. Un simple mauvais réflexe peut parvenir à un massacre total lorsque l’on est en présence d’un revolver. Deux coups de feu. Un qui s’en alla à quelques centimètres du bout de trottoir où ma tête était reposée. L’autre fit exploser la boîte crânienne de ce crétin. Je revois encore la scène : Lui faisant tournoyer autour de son majeur l’arme à feu, ses potes me soignant à coups d’Adidas. Pas de cran de sécurité, deux coups de feu, l’adolescent est projeté violemment contre le bitume de la rue, où s’étale par la suite le reste de ses maigres capacités intellectuelles et quelques litres de son sang. La suite n’est pas très intéressante, voire banale : Fuite de la bande, arrivée de la police et des ambulances, etc... Après quelques mois de convalescence, j’étais en parfait état physique.
Les divers tests psychologiques réalisés n’ont rien révélé de vraiment intéressant. Qui plus est, ça m’a coûté une fortune ces conneries. Heureusement que je suis pété de thunes, sinon je l’aurais senti passé. La vie a donc suivi son cours.
Sauf que depuis, je ne peux absolument pas voir, toucher ou utiliser une arme à feu. La vision de ce corps de jeune afro-américain, s’écroulant violemment sur la route, en étalant une longue gerbe de sang, d’os éparpillés et de matières rosâtres, je la vois dès que je ferme mes paupières. Et sortir en dehors de ma demeure m’est très difficile. Le monde extérieur me paraît beaucoup plus violent qu’il ne l’était avant cet incident. Néanmoins, j’arrive très bien à vivre. Je bosse chez moi et mes rares sorties sont certes peu prudentes mais j’ai survécu jusqu’ici. Enfin, sauf que j’ai une envie de crever absolue. Je ne vois plus aucune alternative à mon semblant de vie, et cela, je ne peux absolument pas me l’expliquer. Il suffirait que je prenne un rendez-vous chez ce psy’, qui, dans un élan de générosité absolue envers son compte en banque, me laissa sa carte, au cas où. Mais j’ai décidé de ne pas céder à la facilité : Ce sera le suicide ou la mort. Il va falloir survivre dans ce monde où mourir au prochain coin de rue est une hypothèse tout à fait envisageable. Et pour cela, je vais devoir vaincre ma peur des armes. J’ai tout à coup très envie de tuer.
La facture s’éleva à plusieurs dizaines de milliers de dollars, mais bon, rien à foutre, ce soir c’est l’Apocalypse dans Manhattan. Finalement, avec une envie très forte, et surtout en sachant que j’allais me faire tuer dans la soirée, cette "phobie" des armes a disparu assez facilement. Depuis que mon envie de tuer est apparue, une autre peur est venue en moi, à vrai dire, elle est présente en moi depuis toujours : Celle de vivre. Désormais, plus aucune alternative n’est visible, et j’ai juste envie que mon nom apparaisse soit lors du journal télévisé, soit écrit par un mélange de sang de plusieurs dizaines de personnes. Le petit massacre que je prépare sera de l’improvisation pure, et les souvenirs des séances de tir de toute ma vie me font rappeler les bases élémentaires du meurtre en règle. Ma préparation ne devra être que la plus rapide possible, et le massacre n’en sera que plus intense. Ça devrait bientôt commencer, une bonne position de tir, pas trop élevée pour voir les crânes des badauds éclater de manière la plus spectaculaire possible, ni trop basse, afin d’éviter au maximum les éventuelles répliques à ma destruction d’âmes. C’est que les flics n’aiment pas trop voir leurs heureux bienfaiteurs crever sous leurs yeux. Cela doit faire mauvais genre, probablement.
20h00, premier coup de feu tiré. Je vise plutôt bien je dois dire, et avec cette lunette de visée, j’ai facilement pu apercevoir le globe oculaire de ce vieux passant éclater vers plusieurs directions. Quelques fractions de secondes plus tard, une grande tache de sang éparpillé et mélangé avec diverses autres substances est visible à quelques mètres derrière le vieillard, qui restera immobile pendant quelques secondes, et s’écroulera de toute sa frêle carrure. Les réactions des autres passants sont très amusantes : les enfants pleurent, tombent, tapent du pied, tandis que leurs mères, affolées, ne cherchent qu’à s’enfuir, où pour les plus intelligentes, se couvrir derrière un muret. "Duck and cover", toujours. Un jeune ramasse un pavé, le jette dans une vitrine et s’empresse de prendre tout ce qui traîne : bijoux, montres, etc... Il ira loin celui-là dans la vie. Ou alors, plus que quelques mètres. Deuxième coup de feu sur sa gueule de voyou amateur, mais pour celui-ci je joue la carte du sadisme en tirant plutôt sur la jambe pour commencer. Tout son butin s’envole, c’est pas de bol pour ce crétin, il aurait pu être millionnaire en attendant un peu, putain. Il tombe, ça fait mal. Il crie aussi. Je vise un peu plus haut cette fois ci : sur sa main. Elle se cloue littéralement au sol, avec un peu de recherche artistique ça fait un joli Christ, je décide donc de "clouer" l’autre main, pour qu’il souffre encore un peu. Assez joué, je vise la tête et elle s’écrase violemment contre le trottoir, brisant sa nuque et une bonne partie de la boîte crânienne. Les flics ont dû être avertis depuis un petit moment déjà, on va accélérer le rendement. Un passant, deux passants, trois passants, des passants par dizaines, criant, s’affolant, se bousculant, mourant. Le pire, c’est qu’ils ne savent toujours pas qui tire. Tant mieux, on va pouvoir continuer un peu plus longtemps...
Ça fait deux heures que le massacre a débuté, plus personne aux fenêtres, plus personne dans les rues, plus aucune voiture n’ose s’aventurer dans l’avenue. Les flics ont tout quadrillé, personne ne passe sinon on trépasse. Je commence à me lasser... Tiens, un flic un tant soit peu inconscient... J’ajuste mon fusil, je vise, je tire. Soudain, je revois la scène du jeune noir jouant avec son flingue, deux coups de feu, sang et cervelle et violente chute. Et quand j’ai tiré sur ce flic, c’est cette chute qui est reproduite, avec son effusion de mort par l’arrière du crâne. Je crois bien que ce massacre est fini, j’en ai marre, je veux crever. Je serais la dernière victime de cette soirée. Je place mon fusil juste sous mon menton, je prends une grande inspiration et... Ainsi, c’est fini.
Le soleil de midi réchauffait agréablement la ville et je me promenais parmi les murs de briques roses, espérant trouver un peu de distraction dans l’animation de la foule.
Je me faufilais parmi la populace en short et tongs dans les rues commerçantes, lorgnant de ci de là quelques appétissants spécimens féminins. Il fait décidément bon vivre l’été à Toulouse, surtout au milieu des mini-jupes et autres petits hauts moulants laissant deviner des formes qui me laissaient rêveur. J’arrivai sur la place du Capitole, et me dirigeai vers les arcades où j’allais pouvoir trouver une terrasse pour siroter un demi bien frais tout en observant le défilé des estivantes.
Je rêvassais depuis dix bonnes minutes quand mon regard fut tout à coup happé par une créature tout droit sortie de mes fantasmes les plus insensés. Elle se tenait debout, à quelques mètres, visiblement à la recherche de quelque chose ou quelqu’un. Vêtue d’une courte robe rouge, elle était comme un bouton au milieu de la figure : pas moyen de la manquer. En faisant un rapide tour de tête, je remarquai que tous les yeux masculins la déshabillaient du regard. Elle le savait, s’en amusait, comme le trahissait le léger sourire qui illuminait ses lèvres pulpeuses. Elle continua de scruter la terrasse quand son regard croisa le mien. Son sourire s’élargit, elle se fraya un passage entre les tables et les chaises, puit vint s’asseoir à ma table, face à moi.
Vous...vous êtes bien [censuré] ?
Euh... Je... oui, ce, hum, c’est moi, oui oui.
LE [censuré] ? Celui de la Zone ? C’est bien vous ?
Jusqu’à preuve du contraire, c’est bien moi, je ne me connais pas de frère jumeau.
Je m’appelle Vulva. Je suis si heureuse de faire votre connaissance !
Oh, quel joli prénom... Moi de même, ravi de vous rencontrer. Puis-je savoir ce que me vaut l’honneur...
Elle m’interrompit d’un geste de la main, et posa une valise noire sur la table.
Je suis représentante en prothèses médicales, cette valise contient des jambes artificielles, en plastiques. Elles sont très réalistes.
Ah, je vois. Et en quoi cela me concerne-t-il ? Je ne suis pas handicapé, enfin pas encore.
Pas encore ?
Non, rien, ne faites pas attention. Continuez, je vous prie...
Elle ouvrit la valise, sortit deux mollets, et les posa sur la table. Les pieds et les cuisses étaient sans doute à l’intérieur de la mallette. Elle les observa longuement, puis me les tendit. Je les attrapai, ne sachant trop qu’en faire, les observai puis les reposai sur la table.
Je ne vois pas où vous voulez en venir...
S’agit-il de jambes entières, mon cher [censuré] ?
Non, ce ne sont que des parties de jambes...
Bien joué, Watson !
Non, moi c’est [censuré]...
Vous faites quelque chose le dix avril prochain ?
Elle reprit les mollets de plastique et les brandit au-dessus de sa tête. La situation prenait une tournure passablement ridicule, et je sentis une vague d’hilarité m’envahir. Je me mordis les lèvres pour ne pas exploser de rire, de peur de la vexer. Elle resta les bras en l’air et me dit en souriant :
Ça ne vous fait penser à rien ?
Euh, c’est pour la caméra cachée ?
Réfléchissez... ce sont des parties de jambes... où sont-elles ?
En l’air !! C’est une partie de jambes en l’air !!
Exactement ! Vous avez rencontré une inconnue dans un lieu public, et cette rencontre a abouti à une partie de jambes en l’air !
Woaw, je crois que je vais écrire une nouvelle là-dessus...
C’est exactement ce que je souhaitais. Je peux m’en aller désormais... Au revoir et merci !
Au revoir Vulva, et euh, vous ne voulez pas mon numéro de téléphone ?
Mon cher [censuré], je suis une tigresse affamée de sexe, je suis plus humide que la pelouse un matin de rosée, j’aime faire l’amour à en mourir avec un, plusieurs mâles en rut, je suis une bombe dédiée aux explosions de jouissances... Mais je ne suis pas désespérée au point d’atterrir dans votre lit. Vous pouvez me rendre visite, votre main droite et vous, sur mon site wvvw.vulva.com... Il y a des vidéos torrides...
Merci du tuyau... Eh bien, adieu très chère, et encore merci pour cette inspiration providentielle !
Elle s’éloigna sans se retourner, puis disparut au coin de la rue. Mais grâce à elle, j’allais pouvoir écrire le texte qui me manquait...
Moi ça me paraissait mal parti. Les augures me semblaient mi-moyens, et puis j’ai pas le feu sacré.
Et puis, bon, aussi, ’faut dire que, faisant partie du club des branleurs de neurones, voire des codeurs sous BrainFuck, je ne suis pas assez sportif pour les J.O. normaux, et la connerie, j’essaye de l’esquiver tous les jours.
J’ai pas dit non plus que j’y arrivais, hein. Néanmoins, nonobstant mes convictions religieuses, je me suis dit, bon, pourquoi pas ?
Et j’ai imaginé une île, perdue dans le Pacifique, qui serait intégralement dédiée aux J.O. Ca, c’est bien con, comme idée. Tout le temps, ce serait les J.O., sur cette île, et les J.O. seraient le temps. Non je ne suis pas sous acide.
Les sportifs feraient une épreuve par jour. Une course par jour, même Myke Tyson tiendrait pas le rythme. Myke Tyson n’est pas coureur ? C’est bien ce que je disais, alors. Et le dimanche, ce serait Ranouka : les sportifs mangeraient de la viande.
Ah oui, parce que le restant de la semaine, c’est sucres lents de rigueur. Ah, on est sportif ou on ne l’est pas. C’est obligé, pour les performances. D’ailleurs, ’faudrait penser à mettre une fabrique de pâtes sur l’île. Oui, mais dans ce cas, les ouvriers de la fabrique seraient pas sportifs, et c’est aller contre le principe de l’île. On n’a qu’à dire que fabriquer les pâtes fait partie de l’entraînement. Et le blé pour les pâtes, on l’achèterait avec le prix des places pour les spectateurs.
Attention, pas trop de spectateurs. Ca déconcentre le sportif. C’est ralouf, déconcentrer le sportif. Et puis, c’est anti-Coubertin. C’est juste pour les pâtes.
D’ailleurs, maintenant que j’y pense, l’île olympique, ça enlève définitivement le problème de choisir la ville des J.O.. Là on le sait, c’est dans le Pacifique. En plus, pas moyen de les louper : c’est quand les J.O. ? Tout l’temps !
Les événementiels m’en voudraient, d’ailleurs, si ça se passait comme ça : personne n’en aurait plus rien à foutre, des J.O.. Les sportifs courreraient comme des cons autour de la piste, dans l’indifférence générale. Ca leur ferait les pieds, tiens.
Tiens, y’aurait même plus de J.O., en fait. On prend tous les sportifs, on leur fait faire des pâtes dans le Pacifique Sud, et baste ! On oublie les coordonnées de l’île, je suis désolé mon capitaine, j’arrive pas à remettre la main sur la carte, c’est ballot.
Les J.O., ils sont où ?
On les a perdus mon général.
4 cc d’adré en injé intra !
Non mon génral, c’est fini, mon général, ils sont perdus, mon général.
Et puis, bon, niveau connerie, y’a encore un truc plus fabuleux : je viens de me rendre compte avec horreur que ma grande idée, snif, snif, elle a été traitée en long, en large et en travers par Perec, dans "W ou le souvenir d’enfance".
Trop con, le mec.
Y a des jours comme ça... Tout semblait partir dans tous les sens et m’échapper, je ne comprenais plus rien, il avait trop de tout. Trop de choses à faire, à dire, à penser !
Et soudain tu étais là. C’était il y a quelques heures et c’était il y a une éternité.
Et maintenant je suis dans cette ruelle sombre et tu es debout devant moi. Rapides instantanés d’une si étrange journée. Aujourd’hui tout bascule. Je sens coulisser contre mon palais la douce chaleur de ton gland, pendant que mes mains massent les muscles durs de tes fesses. Tu gémis doucement au rythme des caresses que ma langue te prodigue. C’est étrange, je ne me souviens pas vraiment de comment je suis arrivée à cette situation... Je pense que tu aimes ce que je te fais. Tu aimes, n’est ce pas ?
Il y a quelques heures, je ne te connaissais même pas. Assise au bord du quai, je regardais les vagues lécher doucement la base du ponton. Je pensais à ma vie. Ou plutôt à mon absence de vie. Pas de famille... pas d’amis... tout juste un travail envahissant et un cercle de relations haut placées justifiant mon néant affectif.
"Moi ? Pas de vie ?! Mais si voyons ! Je suis justement quelqu’un avec une vie professionnelle et sociale très intense !". Laissez-moi rire. Je ne suis personne. Je ne suis personne avec une vie faussement trop remplie.
Ce soir, je voulais quelque chose de différent. Je voulais que ça change. Alors que la marée descendait doucement, je me disais que je voulais vraiment changer tout ça. Alors il y a eu ce bruit de pas qui s’est arrêté juste derrière moi, et je me suis retournée. C’était toi. Tu avais les yeux dans le vague, à l’horizon. Tu ne me voyais pas. Puis tes yeux se sont lentement baissés sur moi ; noirs, incendiaires, vides. Pleins d’une absence de vie que je trouvais fascinante. Je me suis levée, je t’ai dévisagé... tu n’as pas réagi, juste suivie du regard.
"Emmène-moi chez toi", ai-je murmuré.
Tu as soupiré, tu as pris ma main et je t’ai suivi. Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça.
Et maintenant je suis là, à tes pieds. Ton regard est voilé, tes paupières sont closes. Je sens juste ta main sur mes cheveux. Elle se crispe un peu au rythme de tes soupirs. Tu n’as pas de nom, et pas de vie non plus. Un peu comme moi. Je ne sais même pas si tu es vraiment réel. Peut-être que tu n’es pas réel. On est où là ? C’est chez toi cette ruelle ? Mon esprit se vide. Je dois arrêter de penser. Il y a des situations dans lesquelles penser n’a pas de sens.
Je me concentre sur ton plaisir, C’est mon but unique en cet instant précis. Tu es un objet que je dois amener à la jouissance. Je perçois avec une satisfaction étrangement assourdie les spasmes de ton bassin, et ta queue frémissante dans ma bouche. Ton goût un peu salé me démontre que mes efforts ne sont pas vains. Je sais au moins encore apporter du plaisir aux hommes.
Tes râles s’intensifient, il faut que j’aille doucement. Je ne veux pas que tout aille trop vite ; j’aspire moins fort et peu à peu, tu te détends.
Mes pensées vagabondent de nouveau. Quel duo ! Toi debout devant moi, nulle part, te vidant l’esprit dans le plaisir primaire que je te procure de manière machinale, automatique. Nos corps se donnent pour que nos âmes s’évadent. Mais en as-tu vraiment une, d’âme ?
Dans un soupir tu me repousses doucement. Alors je lève les yeux et croise ton regard vide. Qu’y a-t-il derrière le voile de tes yeux ?
Tu te recules et t’assois sur un banc, ton membre dressé et luisant tentant de démentir le néant de ton regard. Il était là depuis le début, ce banc ? Je me lève et m’approche de toi. Mon corps est une machine, un automate. Je me sens comme enfermée en dedans et me regarde de l’extérieur de moi même. Ma jambe gauche se lève et se pose le long de la cuisse droite. Puis ma jambe droite s’installe tout près de ta cuisse gauche. Tes yeux me fixent et peu à peu je sens que mon âme s’y engloutit. Comme la lumière qui est inexorablement attirée au plus profond d’un trou noir, et cesse simplement d’exister. Je me sens disparaître.
Je sens la queue ferme que ma bouche a su si bien gonfler, et qu’elle connaît maintenant si bien, posée au creux de mes cuisses, attendant patiemment de se faire un chemin au plus profond de moi. Comment se fait-il que tout soit aussi machinal ?
Alors, et uniquement parce que c’est ainsi que doivent se passer les choses, je t’offre l’entrée. Je ressens le plaisir de ta verge, et comme la fraîcheur de ton gland humide devient rapidement chaleur au contact de mes muqueuses. Mon corps apprécie, Le tien aussi. Je le vois. Mais ton regard reste vide, si vide ! Et je continue d’analyser la situation, méthodiquement, froidement, tout en laissant mon bassin s’agiter lascivement sur toi, provoquant des vagues de plaisir au creux de mes reins. Il y a mon corps, et il y a ma tête. Libérer ma bouche de ta queue semble avoir ouvert une brèche par laquelle je m’échappe de moi-même. Tout se qui faisait mon être semble se désagréger, happés dans tes yeux vides.
Tout va vite maintenant, nous ne sommes là que pour satisfaire nos corps. Tes mains se sont posées sur mes fesses et les accompagnent dans leur va-et-vient, changeant le rythme selon ton besoin. Le plaisir de nos corps augmente au fur et à mesure que le néant m’envahit. Et quand je sens mon ventre frissonner et mon cœur s’accélérer, tu fermes soudain les yeux et tes mains se crispent sur mes fesses. Tout est noir, tout est néant. Je suis une coquille vide au regard absent.
Je suis au milieu d’une foule de connards... Ils puent la pisse.
Y en a un qui gerbe sur un autre au fond. Ça déclanche une bagarre. J’aimerais y participer mais ça se passe trop loin, à contre courrant dans la foule alors l’envie s’en va. Ça me démange pourtant. J’ai besoin de casser de la gueule ce soir... Voilà que j’déboule au beau milieu de la salle... Y a des crêtes d’iroquois où que je tourne la tête... On se croirait dans une saloperie de basse-cour... ça sent la fange tout pareil. J’arrive même pas à voir mes groles tellement qu’on est serrés. Heureusement j’ai mes rangers. Je crois bien qu’le sol est recouvert de tessons de bouteilles et d’une purée de vomi ou de chiasse (je sais pas trop... p’tête même les deux.). J’entraperçois la scène... Y a ce connard de Sid Vicious à la basse. Enculé d’anglais de merde. Y a un mec qui vient de lui balancer une Budweiser en plein dans sa gueule de rosbif de mes couilles... elle éclate en plein sur son arcade sourcilière et manque de peu de l’éborgner. Il en a rien à foutre et continue de jouer. Il pisse grave le sang pourtant. J’me faufile à grands coups de coudes... Y en a qui tentent de me les rendre mais tout est trop confus, d’autres morflent à ma place. Rotten gueule comme une crécelle... J’crois qu’il chante God save de Queen. C’est vrai qu’on est dans un putain de concert... C’est accessoire tout ça. J’entends que dalle de toutes façons, mes tympans me font mal. Soudain, un type manque de peu de me péter le genou en plongeant du cul alors qu’on le bouscule. Je lui fous deux trois coups de pied dans les dents comme il est à terre pour marquer le coup, la prochaine fois il fera gaffe, l’enculé... Vicious vient d’éclater sa basse sur le crâne d’un pauvre connard du premier rang... Il est rancunier le bougre ! Ça commence à sauter de partout... Tout le monde est torché à la mauvaise bibine. Tant mieux c’est celle qui fait dégueuler plus loin et plus fort...
Waaaaaaaaa, faut oublier ta vie ! T’es là pour te défouler vieille pute... ça va pogoter dur !
Je sautille sur mes deux pieds comme un con de cabris manchot. Je décoche un coup de boule à un morveux qui croise mon chemin. Je viens de lui enfoncer son pif jusqu’à la trachée. Il hurle comme une merde, je me casse après lui avoir broyé deux trois côtes... il est trop bruyant ce con. Je fais tournoyer mes poings garnis de quincaillerie. J’espère énucléer deux trois connards dans l’assemblée, mais ils ont tous des tronches molles de lopettes. Ça leur fait que des éraflures superficielles. Gasppppp ! Une saloperie de gros porc vient de me foutre un coup de bide. Je suis projeté au sol. Des bouts de tessons s’enfichent dans mon dos. Waaaaaaaaaaa, c’est trop bon ! Il peut pas savoir à quel point ça me fait plaisir... Il me met dans une rage monstre, j’en ai une putain de gaule dans le calebute... Je me relève avant d’être piétiné, et je fonce dans le tas de graisse qui déborde de son treillis pourri. J’y saute dessus les pieds devant. Je vais te faire tâter de la semelle, grosse merde ! Je crois que je viens de lui exploser deux trois organes mais j’suis pas sûr, il ondule comme un bonhomme en jelly et s’affale sur son gros cul. Est-ce qu’il s’est chié dessus ? J’ai vraiment trop de considération pour ce pauv’ type. En même temps, j’m’en fous. C’est pas ma pute, j’vais pas passer la nuit avec. Qu’il aille se faire mettre. La foule l’emporte. J’en ai fait une proie facile pour deux, trois gringalets qui profitent de l’affaiblissement momentané du gras double pour le rouer de coups. Rien à battre. Je fais un plongeon en arrière à l’aveugle en écartant mes bras. Ça pue la sueur, ça chlingue l’aisselle pourrie, comme dans une salle de gym à l’abandon. Putain... Ma tête cogne contre le mur. Ça fait un bruit pas possible. J’ai l’impression d’avoir le goût de mon cerveau dans la bouche.
Une petite chienne vient d’amortir ma chute. Elle s’est retrouvée sous mon cul. La conne comme je l’asphyxie me griffe l’épaule. Je me relève et lui fais face. Elle a une gueule trop parfaite, trop lisse. Elle est jeune, sa tronche est recouverte d’un maquillage de pouf mais, cela dit, je lui décapsulerais volontiers l’hymen avec les dents sur le champ. J’vais te donner une leçon de vie, cocotte ! Elle me regarde avec des yeux ronds, apeurée. Putain, mais qu’est ce qu’une petite bitch comme elle fait à un concert des Sex-Pistols ? Ces mecs sur la scène sont sensés dénoncer l’exploitation de la jeunesse par les records companies, Barbie ! Tu crois que Punk c’est une mode ou quoi ? Punk c’est la négation de tout ce que t’es, vache à lait consentante, lobotomisée volontaire de mes couilles !, Que je lui crache. Elle me fait un bras d’honneur, je crois que le bruit de la salle couvre mes paroles de toutes façons. Le langage des signes est tout indiqué... S’en suit un cri aigu. J’viens de lui arracher une de ses deux boucles d’oreilles en tirant dessus. Un bout de son lobe s’est barré avec... son t-shirt rose clouté, flanqué d’un improbable emblème anarchiste se couvre soudain d’hémoglobine. La pute hurle, me flanque un grand coup de pied dans les burnes et se jette sur ma gueule avec ses dents aiguisées. Elle mord dur, la salope ! Elle vient de se retirer alors qu’une douleur tétanisante m’envahit. Je tâte la plaie avec mes mains mais j’ai un trou à la place de ma joue. Je vois la conne recracher au sol un bout de viande ensanglanté. Je lui décoche comme par réflexe un coup de poing dans sa p’tite gueule de vierge. Elle tombe sur ses genoux et vomit une flopée de dents. Waaaa putain, j’arrive à faire sortir ma langue alors que ma bouche est fermée !
Sur le front-stage, Vicious vient de se taillader plusieurs fois l’avant-bras avec une lame de rasoir. Il lèche le sang et le postillonne dans la foule en furie. Tout le monde devient hystérique et ça pogote de plus belles. On se croirait au beau milieu d’un tremblement de terre. Putain faut que j’me réfugie dans les chiottes avant qu’un raz de marée humain ne me compresse contre le mur ! Je relève l’autre conne à terre et tente de l’emporter avec moi. Elle est inconsciente et je la sers de toutes mes forces contre ma poitrine pour la protéger. Trop tard... D’autres merdeux ont eu l’idée de la planque et se sont barricadés de l’intérieur. Une lame de fond difforme de crêtes, de cuirs cloutés, de chaînes et de salles gueules, nous happe alors soudain. Je roule, je prends des coups, j’ai l’impression que tous mes os éclatent en même temps, je roule et je roule encore... Lorsque ça se calme, je n’y vois plus rien. Ma tête a heurté de nouveau le mur et en glissant, j’ai été à moitié scalpé. Mon cuir chevelu a été traîné sur plusieurs mètres, complètement raboté contre la paroi. J’ai une fracture ouverte à chaque jambe, ça me fait horriblement mal.
Je crois qu’on est sous une avalanche humaine, petite conne..., Que je lance à l’inconnue comme elle se réveille et que ses yeux interrogateurs plongent dans les miens. Elle est sur le point de défaillir de nouveau lorsqu’elle voit mes deux fémurs ensanglantés émerger de mon jean déchiré mais elle se reprend comme la poussée du mur vivant s’intensifie et me presse inexorablement contre elle. Je me tiens les deux bras contre la paroi et forme une sorte de bulle autour de l’autre conne qui se met à paniquer et à foutre des coups dans tous les sens. Comme je peux rien faire d’autre pour la calmer, j’embroche une de ses cuisses avec mon fémur, d’un mouvement sec... L’autre truie gueule sa race mais cesse de paniquer. Elle me regarde droit dans les yeux... J’y lis la résignation alors que je ne peux plus rien faire pour lutter. Voila que j’tremble, que je chancelle. Je lâche tout...
Mon crâne vient violement impacter le sien. Mes lèvres se retrouvent contre les siennes. Mes dents en fait son contre ses dents, ma mâchoire s’enfonce dans sa mâchoire et nos langues humides s’entremêlent. Mon torse se retrouve écrasé contre ses petits seins, j’ai senti sa cage thoracique craqueler. Je crois que mes poumons ont explosé comme des ballons de baudruche. Mon souffle en reste coupé. Les cuisses de la jeune femme se sont écartées et mon bassin est venu broyer le sien. Mon sexe a plus ou moins pénétré son sexe. Ils ne forment plus qu’une mélasse difforme de toutes façons. Voilà que mes gencives cèdent, que sa mâchoire se déboîte, que la mienne est arrachée. Mon nez écrase le sien. Elle sent le parfum bon marché.
Et merde ! Le moteur émit encore quelques bruits et je me retrouvai sur la bande d’arrêt d’urgence, à chercher un téléphone pour appeler une dépanneuse. Tous les connards me regardaient en souriant, comme si ils étaient ravis de me voir tomber en panne.
Quelle journée pourrie. Mon gosse avait oublié de nettoyer le gant qui lui avait servi à s’astiquer la veille et moi, avec la tête qu’avait pas encore dit au revoir à mon cul, je me suis plantée. Le shampooing à l’huile d’amande avait drôlement changé d’odeur et je me retrouvais salement arrosée de semence divine. Voilà, un téléphone. J’appelle et tombe sur un homme, à la voix grave, qui me propose de m’envoyer un véhicule pour m’amener au garage le plus proche. Bah non ducon, j’ai bien envie de rester là et d’ouvrir un kebab. Je ferai griller mes sandwichs avec les vapeurs d’essence, ça c’est sûr, ça va me rapporter un max. Une demi-heure plus tard, après que quelques personnes m’aient prise pour une pute de passage, le mec arrive dans un gros camion orange et remorque ma bagnole. Son air hautain me rappelle une fouine et lorsqu’il me regarde en mouillant sensuellement ses lèvres, je dois me retenir pour ne pas éclater de rire. Heureusement, le voyage n’est pas long et je quitte mon playboy du jour pour attendre dans la pièce principale où les voitures sont entassées. Je remarque plusieurs gros bras qui exhibent leurs tatouages de merde en maniant leur clé à molette comme un sabre. Assez ridicule. Un peu d’huile de vidange par ci, on remet du sans plomb par là et on enfonce ses doigts jusqu’au plus profond du chapeau de bielle. Un jet d’eau s’échappe du pot d’échappement, on dirait un scénario de film autoporno. Et moi, assise sur ma pauvre chaise, en regardant tout ça, je me surprends à descendre ma main jusqu’à ma jupe. Je la remonte et me lève, il faut que je trouve les toilettes. C’est que mon mari était parti il y’a des années avec une sorte de yorkshire et mon gosse est encore trop petit pour qu’il puisse faire autre chose que des crises d’asthme en me baisant. Aucune indication, je marche au hasard dans le garage qui se révèle assez grand et tombe sur une salle avec une seule voiture dans laquelle se trouve l’homme de mes rêves. Son visage exprime la sérénité, ses bras placés sur le volant lui donnent une pointe de machisme qui m’excite furieusement. Je m’avance jusqu’à lui, ouvre la porte et le regarde. Son air ne change pas, apparemment, il n’a rien contre une petite partie de jambes en l’air. Je lui fais mon sourire le plus aguicheur en plaçant ma main sur son torse musclé. Aucun poil de graisse, on dirait du bois. Je l’agrippe par le cou et, d’un ton que je veux le plus érotique possible :
Ca te dirait de réparer une fuite d’eau ?
J’ai l’impression qu’il sourit mais il ne dit rien, ses yeux toujours braqués sur le pare-brise. Si il savait comme cette indifférence me réchauffe. Je me place sur lui, mes deux jambes entourant ses genoux. Son regard n’a pas bougé et il me dévisage intensément. Des picotements se répandent dans mon corps, comme si des milliers de capteurs électriques venaient de se déclencher. Je commence à trembler alors que je me déshabille. La virilité de mon amant me rabaisse au rang de soumise. J’empoigne une de ses mains et la place délicatement sur ma chatte rasée.
Oh ouiiiiii
Je ne peux retenir quelques cris d’extase alors que les doigts de mon partenaire pénètrent mon humidité. Je gémis doucement et secoue ma tête sans pouvoir m’arrêter. Ma vision se brouille peu à peu alors qu’il continue à visiter mon être. Mes hanches se balancent d’elles mêmes dans un mouvement de va et vient qui accentue encore mon plaisir. Sa main rude ne s’arrête pas, j’ai l’impression qu’elle tient à me connaître dans mon intégralité mais je n’en suis absolument pas dérangée. Je remarque alors que l’homme a sa ceinture et j’en profite pour le détacher pour enfoncer le bout en métal dans mon anus. Je me mets à haleter nerveusement tandis que ma peau transpire abondamment. Je n’avais jamais connu ça avec mon connard de mari, il n’aurait jamais osé me pénétrer de cette façon. J’adresse un sourire carnassier à l’inconnu à cette pensée et me baisse encore plus pour sentir ses paumes chatouiller mon vagin.
Oh ouiiiiiiiiiiiiiiiii
Encore un cri. On va sûrement m’entendre, il faut en finir rapidement malheureusement. De la bave commence à dégouliner sur mes seins dont les tétons pointent la bouche de l’homme que je rapproche, le laissant doucement embrasser ma poitrine. Je sens alors l’orgasme parvenir dans un dernier sursaut de mon corps qui agit comme une marionnette. Il arrive, il arrive, je gueule une nouvelle fois, libérée de tout lorsque j’entends une voix forte qui résonne dans toute la salle :
Crash test numéro 184, puissance 14.3, capteurs mis en marche, opération dans 3, 2, 1..
Je bouge de plus en plus, j’ai le sentiment que lui aussi remue encore plus vite, je me retourne. Le mur. Il se rapproche. Je suis noyée dans le plaisir total et...
Aaaaaaaaaaaaaaah.
Opération réussie, inspection des dégâts.
Aujourd’hui il m’est arrivé quelque chose d’assez étrange. Comme une sorte d’impression de déjà vu, sauf que ce n’était pas ça. Une chose aussi déstabilisante que d’arriver dans un endroit inconnu tout en s’y repérant pourtant immédiatement.
Je me suis levée ce matin et quelque chose avait changé dans mon salon. Quelque chose d’imperceptible mais de pourtant tellement flagrant. J’ai passé la matinée à essayer de comprendre. J’ai détaillé chaque objet, observant la poussière qui les entoure pour voir celui qui aurait pu être déplacé. J’ai vérifié que les chaises étaient toujours bloquées sous la table. J’ai détaillé chacun de mes tableaux. Mais rien. C’est pourtant là, devant moi, comme une évidence.
Il y a quelques années j’ai eu un accident de voiture. Quelque chose d’assez bénin en fait. De la tôle froissée comme on dit. Ce n’est pas moi qui conduisais, j’étais gentiment à l’arrière à regarder le paysage défiler. Quelques secondes avant l’accident, je me rappelle que je fixais un arbre. Un arbre immense et isolé au milieu de la campagne. Il était noir et plus aucune feuille ne poussait sur ses branches. A ce moment là, j’ai su qu’il allait arriver quelque chose à cette voiture, mais j’ai préféré refouler cette certitude irrationnelle et me taire. Au virage suivant, nous avons terminé dans le fossé.
Je ne comprends pas vraiment ce qu’il m’arrive, j’ai l’impression de revivre une énième crise d’adolescence. Un jour je me sens bien, même trop bien. Je fais des dizaines et des dizaines de projets, je m’entends avec tout le monde, je suis partout, presque hystérique. Le lendemain, j’ai l’impression de porter le poids du monde sur mes épaules. Je me sens épuisée, étouffée. Je n’ai envie de rien, tout me semble insurmontable. Le fait de prendre une douche, de manger deviennent des épreuves qui me sont inaccessibles. La fatigue me gagne, paradoxalement accompagnée d’insomnies. Puis la mélancolie. L’inutilité de ma vie, de ce que je suis me saute au visage. Alors j’essaye de comprendre mais je ne sais même pas ce qu’il y a à comprendre.
Et puis il y a les autres jours. Ceux où plus rien n’a d’importance. Ceux où quoi qu’il se passe autour de moi je me sens seule. Comme si tout était braqué sur moi, que rien ne pouvait m’atteindre, même les plus importants. Mine de rien, ce sont ces jours-là où je me sens le mieux.
Aujourd’hui j’ai franchi le pas et j’ai pris rendez-vous avec un psychiatre. Non que je ressente un besoin réel d’y aller, mais j’ai besoin d’un peu plus de constance. Les crises d’ado ne sont plus de mon âge. J’ai besoin de normalité, de tranquillité, de repos. J’ai besoin de me laisser porter comme tous ceux que je peux croiser dans le métro.J’ai besoin qu’on m’enlève mes exigences. Je veux être comme tous ceux que je déteste. Je veux être comme tout le monde.
Je sais que je vais mourir comme je savais pour l’accident. Tous les jours dans le train j’attends qu’une bombe explose. Je me surprends à scruter les gens autour de moi : leurs expressions de visage, leurs manies, et surtout leurs sacs. Je prête attention aux odeurs, mon cœur se serre dès que je crois déceler celle du brûlé. La panique me gagne si le train met trop longtemps à repartir : je m’assois toujours en queue, il suffirait que le train d’après ne puisse pas s’arrêter à temps... Ca s’est déjà vu.
Le reste du temps je fantasme en regardant défiler le paysage. Une explosion, est-ce qu’on la sent arriver ? Est-ce qu’on entend un grand bruit ? On ressent un coup violent ? Est-ce que pendant un dixième de seconde on sait que notre corps part en lambeaux ? Est-ce que le monde continuerait de tourner sans moi ? Oui sans aucun doute. Mais moi je ne veux pas mourir comme ça, en rentrant du boulot, comme ça, anonymement.
Je ne veux pas mourir.
Pitié.
Il y a quelques années, une de mes connaissances est morte dans un accident de voiture. Brûlé vif. Peu de temps après l’enterrement, je me suis mise à faire des cauchemars très particuliers. Je voyais exactement tout ce qui se passait dans la pièce où je m’étais endormie : le programme qui passait à la télé, les allées et venues des gens. Tout. Impossible alors pour mon inconscient de se rendre compte que je dormais. Sauf qu’en plus, Il était là, toujours dans un coin de la pièce. Son corps brûlé et déjà pourrissant tourné vers moi. Il me parlait, me prévenait. Il mentionnait mon avenir, Il m’avertissait de ce qui allait m’arriver. Et moi je ne L’ai jamais écouté : on écoute pas ses rêves, c’est le premier pas vers la folie. Pourtant Il avait raison.
Je me demande ce que c’est d’être fou. Où est la barrière, cette limite à ne pas franchir pour passer de l’autre côté ? Qui décrète ce qui est vrai ou non, ce qui est sensé de ce qui ne l’est pas ? J’ai vu tout ce que je dis avoir vu. J’ai raison c’est Ma vérité, mais sûrement pas celle des autres.
Avant, aller voir un psy était pour moi un signe suffisant de folie. Voir des choses que les autres ne voient pas. Y croire. Je suis folle. Une maladie qui me ronge petit à petit. Un mal qui s’insinue sournoisement, me laissant l’entrevoir avant de m’emporter. Pourtant, on dit que quand on a conscience d’être fou, on ne l’est pas.
Je suis quoi alors moi ?
Je suis qui ?
Il y a un homme dans mon appartement, je ne sais pas si c’est Lui. Il reste planté dans le salon et il ne bouge pas. Il y a un homme dans mon salon. Je ne sais pas qui c’est. Il est là. Dans mon salon. Planté. Je ne sais pas ce qu’il veut. Mais il y a un homme dans mon salon. Debout. Immobile.
Je ne suis pas folle. Je ne suis pas folle. Je ne suis pas folle. Je ne suis pas folle. Je ne suis pas folle. Je ne suis pas folle. Je ne suis pas folle. Je ne suis pas folle. Je ne suis pas folle.
Je ne suis pas folle.
Je ne suis pas folle.
Je ne suis pas folle.
Je ne suis pas folle.
Je ne suis pas folle.
Une dépression. Je fais une dépression, juste une dépression. Il n’y a pas d’homme dans mon salon. Je suis folle, mais juste un peu. Une folie commune qui se soigne à coup de cachets. Maintenant, ça va aller. On me l’a dit.
Les gens me montrent des choses depuis hier, je les suis.
Il est là. Moi je suis assise sur mon fauteuil, et je le regarde. Il a le doigt pointé sur mon étagère. Il est là, quelques mètres devant moi. Il est là. Je ne suis pas folle.
Je sais enfin ce qui avait changé dans mon salon. Un livre. Un livre que je n’avais jamais vu, mais il me l’a montré. Le livre raconte comment je vais mourir. Un objet ça ne s’invente pas. Des visions d’accord. Mais un objet qu’on peut toucher et sentir non. Et puis, je prends bien mes cachets. Un objet non, ça ne s’invente pas. Je vais mourir.
Je suis folle.
Et pic
Et pic
Et colegram
Et
Ils sont tous là de toute manière. Maintenant on ne peut plus rien y faire, c’est comme ça. Y a rien à faire à part peut être un trou dans la tête, parce que décidément là, il y a beaucoup trop de monde. Moi je n’aime pas le monde et le monde ne m’aime pas. Mais on y peut rien, ils sont là de toute manière. Maintenant. De l’autre côté.
Une fois de plus, je m’éveille dans la nuit : le corps en sueur, la respiration haletante, et mon cÅ ?ur battant la chamade.
Je revois ce regard qui me tétanise, j’entends ce souffle qui me fait dresser les poils et sens à nouveau son odeur qui me donne la nausée.
Pas de doute, il est là, bien là !
Une larme perle au coin de ma paupière... je tremble et me traîne dans le noir, de peur que le jour ne me révèle la triste réalité.
J’atteins ma salle de bain mais l’eau dont j’imbibe mon visage ne m’est d’aucun secours. Alors désarmée, je me laisse tomber sur le sol carrelé, combien de temps je reste là assise la tête entre les mains je ne sais... Mais au petit matin, je me réveille transie et prostrée dans cette position de prisonnière. Prisonnière de ce passé, de cet homme qui me hante, qui me répugne et a réussi à m’ôter le sommeil.
Il a réduit mon quotidien à un cauchemar permanent, une porte qui claque, un bruit de pas, un grincement, un rien me fait croire qu’il revient me chercher !
Je sais qu’il m’empotera mais j’ignore quand. Peut être qu’en fin de compte, il va gagner, que je vais le laisser gagner car je suis lasse de me battre contre des moulins à vent.
Peut être tout simplement, qu’il a déjà gagné, il a fait de moi une pauvre petite chose sans vie, une victime, dont tel un sacrificateur il règle le destin.
Je crois qu’au fond je l’ai toujours su, à la minute où il a disposé de mon être, il m’a prise toute entière, corps et âme, je suis vouée à mourir de sa main.
Parfois j’aimerais qu’il soit là, qu’il me maudisse, qu’il me prenne une dernière fois et qu’il emporte ma dépouille souillée loin de cette terre.
Alors dans le silence oppressant de la nuit, je l’appelle, cet être qui a réduit ma vie à néant. Contre toute attente, j’appelle mon bourreau pour qu’il me frappe une dernière fois, pour qu’il me fasse endurer les pires sévices et que la mort vienne.
Mais il n’est pas là pour exaucer les derniers vœux d’une damnée.
Cela aurait été trop facile de me laisser sans vie. Non ce qu’il veut, c’est me poursuivre jusqu’à la fin de mes jours. Quoi de plus atroce que d’empêcher le repos de l’âme !
Non, son visage n’a pas fini de me hanter, il me hantera pour l’éternité !
J’ai beau vouloir oublier ses traits, me dire qu’il n’a jamais existé, à chaque instant il est présent dans ma tête. Il est là quand j’ouvre les yeux, quand j’essaie de les fermer et même quand je me regarde dans la glace. J’ai l’impression que son ombre transparaît à travers les moindres pores de mon corps décharné.
J’ai le sentiment que la force n’est pas ma plus grande qualité, puisque je suis incapable de mettre fin à cet enfer. Pourtant les gens me disent que je suis forte, forte de continuer à vivre après ce qui m’est arrivé. Mais j’ignore, si survivre c’est être forte. N’est-ce pas tout simplement subir et attendre que l’on décide à votre place ?
Au fond, j’ai l’impression d’avoir toujours été faible et qu’il a eu raison d’en profiter. Au lieu de lui en vouloir, je devrais presque le féliciter. Après tout, qui ne profiterait pas d’un être aussi futile que moi ?
C’est l’heure creuse où chaque chose semble s’être suspendue en plein vol. Une aube terne, pénible monte peu à peu de l’est, mais les réverbères restent allumés. Leur lumière orangée me fout la gerbe.
Tout s’est arrêté, comme chaque nuit entre quatre et six heures. La ville retient son souffle avant de recracher dans les rues des dizaines de piétons aux yeux embrumés de sommeil.
Quelques voitures passent sur l’avenue, un peu plus loin, leurs phares balaient le bitume glacé.
Je suis épuisé, j’ai patrouillé toute la nuit. A dix heures je rentre chez moi, je me fais une petite bouffe et je me couche. Pas du luxe. En attendant, il faut que je me subisse cette matinée misérable, nauséabonde, ces relents de déclin immobile. Je me pose un moment au café de la rue Verneuil, mais sa maigre activité me déprime considérablement.
Je me suis fait engueuler par Henri, mon collègue de patrouille, ce vieux connard aigri, pour une histoire d’échange de jours de congé à la con. Depuis, je traîne tout seul en attendant la fin de mon service. Je peux pas me permettre de rentrer trop tôt au poste, il y a encore du monde là-bas. Alors je bats les rues, sans but précis. Je fume clope sur clope, alors que je suis en service. Mais qui s’en soucie ?
Je m’enfonce dans un quartier aux ruelles encaissées, je croise les balayeurs de la municipalité, qui ne m’accordent pas un regard. Tout est gris, pourri, dégueulasse.
Au coin d’une petite rue, j’avise une petite nana qui descend laborieusement de sa voiture garée en vrac. Je m’adosse un moment contre un poteau, hors de sa vue, et je regarde ce qu’elle fait. Elle rentre visiblement d’une soirée bien arrosée, elle a l’air complètement assommée par l’alcool. Elle fouille longtemps son sac à main pour trouver quelque chose, des clés peut-être. Ses gestes sont imprécis, ses mains volent d’une poche à l’autre, sans presque s’arrêter.
Elle est franchement moche, mais rien n’est bien beau à six heures du matin. Son maquillage commence à être complètement de travers, elle est fagotée dans une espèce d’accoutrement ridicule pour pétasse, qui ne correspond en rien à son physique. Un bustier bien trop osé pour ses gros nichons et son ventre, qui laisse nus ses bras épais et mous. Un pantalon taille basse qui la serre de partout. Elle est courte sur pattes, des cheveux en tignasse noire coiffés à la mode et des gros yeux bleus globuleux et affolés. Elle doit avoir dix-huit ou vingt ans. Tu parles d’un cadeau de la nature.
Je m’avance jusqu’à elle.
Police municipale, bonjour.
Elle sursaute, elle ne m’avait pas vu. Elle me jette un regard paniqué, cherche quelque chose à répondre sans réaliser que je ne lui ai encore rien demandé. Elle est prise en faute, elle se sait trahie par son attitude, par ses gestes hasardeux. Je laisse durer le plaisir. Elle pue l’alcool à plein nez.
Vos papiers, s’il vous plaît.
Je lui fais le topo habituel, mais on sait tous les deux où tout ça nous mène. Elle est bourrée, suffisamment pour que je lui crée des emmerdes, mais pas assez pour ne pas comprendre ce qui lui arrive. Je lis longuement ses papiers d’identité. Elle s’appelle Laetitia Montraux. Je laisse traîner en longueur, comme on fait toujours. Je lui demande si elle a des stupéfiants sur elle, elle me dit non, je ne la crois pas. Je vois à sa démarche qu’il n’y a pas que l’alcool. Quelques passants commencent à circuler près de nous, je chope la nana par un bras et l’attire au coin de la ruelle.
Vous avez bu de l’alcool ?
Elle me jette un regard suppliant, elle cherche une réponse à la fois crédible et excusable, mais il n’y en a aucune.
Oui, quelques verres tout à l’heure, à la soirée.
Et vous avez pris le volant ? Vous savez que c’est extrêmement dangereux ? Vous êtes en état d’ébriété sur la voie publique, vous allez passer quelques heures en cellule de dégrisement et payer une amende. Au commissariat, vous serez fouillée par une auxiliaire féminine, j’espère pour vous que vous n’êtes effectivement pas en possession de stupéfiants. Vous avez les coordonnées d’une personne à joindre ?
Je vous en prie... Euh... Vous ne pourriez pas me verbaliser plutôt, ou quelque chose comme ça ? Je vous en prie...
Je m’éloigne insensiblement dans la ruelle, l’obligeant à me suivre de plus en plus loin. Je me penche vers elle. Je la regarde dans les yeux.
Les PV j’y crois plus depuis un bail. Hum... J’imagine que ça ne t’arrange pas trop de me suivre au poste. Alors voilà ce qu’on va faire : tu vas me sucer la bite, et je te laisse rentrer cuver ta cuite.
Elle a un sursaut et quelque chose s’éteint dans son regard. Elle baisse le nez, ne dit rien. Putain, qu’elle est moche, avec ses joues gonflées et ses gros yeux de carpe.
Bien, nous allons au poste. C’est juste à côté d’ici. Suivez-moi.
Je tourne le dos et commence à remonter vers la rue. Dans mon dos, je ne l’entends pas me suivre. Sa voix faiblarde de petite fille prise en faute me rappelle :
Attendez...
Voilà. Je reviens sur mes pas, et je me plante devant elle, sans un mot. Elle jette des regards paniqués vers la rue, mais personne ne viendra à son secours. L’angle est bloqué par la présence d’un camion stationné. Elle attend quelque chose, que je baisse mon froc, sans doute, que je prenne l’initiative, mais je ne vais pas lui faciliter la tâche non plus.
Allez.
Elle hoche la tête et se baisse. Je sens ses mains pataudes s’échiner sur ma braguette. Je la regarde galérer sans un geste pour l’aider. Elle a des doigts boudinés aux ongles vernis, mais sa bouche est pulpeuse. Elle finit par m’attraper la queue, la sort de la braguette. Je ne bande pas, elle hésite, elle ne sait pas si elle doit me sucer tout de suite ou me branler un peu pour me faire durcir. Elle pressent que les choses doivent être faites dans les règles de l’art, alors elle me caresse un peu. Pas très convaincant. Je regarde ses gros seins blancs qui débordent du bustier, j’imagine ma bite entre eux deux et me voilà en train de bander.
Elle me suce. Elle s’y prend mieux que je ne l’espérais. Cette petite salope est une vraie experte, on voit que ses bourrelets ne sont pas un handicap pour trouver de la queue à piper les samedis soirs. Elle me branle doucement d’une main, agite la langue contre mon gland. Elle s’active pour que l’épreuve dure le moins longtemps possible.
Je regarde aux alentours, des passants coupent la ruelle. Un simple coup d’œil de côté et ils nous verraient, ça me fait marrer.
Je sens la chaleur commencer à monter, un grondement profond émane de ma gorge sans que je puisse le retenir. Tout se passe trop bien, sa grosse bouche de suceuse glisse le long de ma bite, sans effort. Trop bien. Je lui chope la tignasse d’une main et ma bite cogne au fond. Ca n’a même pas l’air de la déranger. Cette putain de salope se permet même quelques lapements avant de m’engloutir à nouveau. Je sens ma queue de plus en plus gonflée, gorgée de sang, et le sperme qui palpite en bas, prêt à monter.
Attends.
Son chignon de pute toujours bien en main, je lui enlève ma verge. Je renfourne le matériel, et tire la fille sans ménagement, vers une sorte d’entrée de cave, juste à côté. Elle me suit sans résister, sans un mot, et ça m’énerve. J’ai l’impression qu’elle aime un peu trop ça, cette petite chienne.
Une fois à l’abri des regards, je descends les bretelles de son bustier et celles de son soutien-gorge, je libère ses seins de leur prison. Ils sont lourds et flasques, des gros tétons bulbeux qui pointent vers le bas. Pas très ragoûtant. Elle a un léger réflexe pour se rajuster, mais elle a déjà compris la situation.
Baisse le bas.
Elle s’exécute sans discuter, me montre un cul joufflu et blanc, une chatte bien rasée. Cette salope m’attendait, on dirait. Je la mets à genoux, écarte ses cuisses un peu. Je m’amuse quelques secondes avec sa chatte, mais cette petite vicieuse s’est tellement régalée qu’elle est déjà bien lubrifiée. Pour tenter de l’humilier un peu, je la laisse mariner là, à quatre pattes et cul nu sur cet escalier froid. Et puis la tension est trop forte, je sors ma bite et m’enfonce en elle sans difficulté. Elle se permet de gémir entre ses dents. Je lui rechope les cheveux et je tire. Son intérieur est doux et chaud, je n’aurais pas cru ça possible. C’est vraiment bon, terriblement bon, et ma verge est une masse sensible et douloureuse, prête à exploser. Je fais quelques aller-retours violents, ses seins ballottent et elle gémit encore. Putain rien ne semble la rebuter. Je pourrais l’enculer là sans qu’elle trouve à y redire, la traiter comme une chienne, et elle jouirait bien quand même cette salope pourrie. Cette grosse vache de merde.
En quelques secondes c’est terminé, je sors ma bite et crache la purée sur son cul frémissant. J’aurais bien aimé la retourner et éjaculer sur sa bouche, l’obliger à me regarder bien en face avec ses gros yeux bleus globuleux pendant que j’aurais déchargé sur sa poire, mais je n’ai pas eu le temps. Ma jouissance est bien faible et d’un coup tout me paraît connement inutile. Je laisse ma queue débander doucement.
Je regarde la fille. Elle a pris ses deux nichons au creux de son bras, pudique. J’ai son putain de trou du cul en pleine face et elle cache ses pauvres tétons. Soumise, elle attend mon bon vouloir. Elle resserre doucement les cuisses. Je regarde mon sperme couler lentement le long de sa raie. Dégueulasse.
Je me rhabille prestement et m’apprête à décarrer. Et puis une pulsion de rage me prends au bide et je ne peux pas faire autrement que lui envoyer mon pied dans son centre de vache laitière. Elle se tord, surprise, et son gémissement est d’un coup bien plus convaincant. Je ricane et l’insulte à voix basse. Un nouveau coup de pied, dans le cul. J’ai envie de lui cracher à la gueule, de lui faire dégueuler sa passivité de bête soumise, l’obliger à se défendre. Mais même si je la tuais sur place elle ne bougerait pas.
Je la laisse traîner là, cul nu et gémissante, et je me barre.
Salut Laetitia. Oublie pas que maintenant, j’ai ton adresse.
Dehors les réverbères se sont éteints, les passants ont empli les rues et se précipitent vers la station de RER. Les voitures sont de plus en plus nombreuses. La lumière du jour me fait mal aux yeux.
Tout me paraît foireux à crever.
Tu verras petit, tu seras très bien ici, avait dit la vieille de la DASS.
Sale pute !
J’aurais aimé la voir moi à quatre ans abandonnée, trimballée, ballottée puis rejetée, enfermée, isolée seule dans un orphelinat...
Je crois que c’est le silence qui m’a réveillé brusquement, ou l’instinct... peut-être.
Une certitude, les barrettes rouge sensées régler ma vie n’ont pas fonctionné. Ce matin le réveil radio est resté muet et c’est l’affolement. J’ai beau essayer de me calmer mais il n’y a rien à faire, je ne supporte pas le silence. C’est même de pire en pire. Depuis plusieurs semaines je vais mal, je vis mal, même mon psy ne parvient pas à juguler mes peurs. Constamment elles jaillissent des profondeurs insondables de mon esprit tourmenté. Visions fantasmagoriques qui repassent en boucle, dévorant ma raison vacillante. Les murs gris, les longs couloirs sombres, la petite pièce du fond, le lit à barreau... L’épouvantail.
Je dois faire un effort, prendre sur moi, je suis fébrile, nerveux, de longues minutes sont nécessaires pour me décontracter. Finalement je parviens à me lever à tâtons pour récupérer ma montre qui traîne sur la caisse en carton faisant office de chevet, il est presque 7h30, pas de doute je serai en retard.
De toute façon je suis dans l’impossibilité de me presser, chaque matin c’est le même cérémonial, d’abord j’allume la télévision, c’est impératif j’ai besoin d’entendre des infos, de la musique, de la pub, n’importe quoi pourvu qu’il y ait du bruit, cela me rassure. Ensuite il faut obligatoirement que chaque chose soit à sa place dans un univers de sons et d’images alors je peux doucement trouver mon équilibre, me situer et affronter la société.
Noir complet, le téléviseur ne fonctionne pas. Je panique, me colle contre un mur, des ombres se forment, je les vois bouger, s’allonger, se déformer, s’agripper, il est là ! Je reconnais sa silhouette, il vient comme lorsque j’étais gosse. Je cherche l’interrupteur du bout des doigts et j’éclaire la lumière pour lui échapper. Pas d’électricité, c’est la panne totale. Je comprends pourquoi le réveil n’a pas sonné. En sueur je me précipite à la fenêtre pour ouvrir les volets et voir si mon voisinage proche est également plongé dans cette obscurité qui me fait défaillir. La ville semble totalement silencieuse. Aucune voiture, aucune moto, j’ai des palpitations, je suis moite. Cloué sur place, je n’ose plus regarder la pièce qui me sert de tanière, je me fixe sur la ruelle emplissant mes poumons d’air frais. Au loin un camion de poubelle vide la merde humaine. Je m’accroche à son rituel comme à une bouée de sauvetage. J’ai la tête qui tourne, je transpire, je l’écoute remonter lentement la rue, j’analyse chaque bruit, dissèque les mouvements et peu à peu je reprends confiance.
Petit si tu n’obéis pas au curé, tu seras enfermé dans la cellule, crois moi on va t ‘apprendre à vivre ! On en a maté d’autres avant toi.
Combien de jours, de mois, d’années cumulées, j’ai passé enfermé seul dans le noir et le silence ? Je ne saurais le dire, mais il n’y avait rien à faire, je ne pouvais pas encaisser ce jeune curé qui paraît-il nous aimait tellement. Tellement au point de nous emmener le soir dans sa chambre au fond du couloir pour parler, lire des livres et surtout jouer à ses sales jeux. Je revois ses lèvres minces pincées en forme de sourire grimaçant qui se voulait affectueux, son teint pâle, ses yeux noirs, profonds qui brillaient d’une lueur bizarre tandis que ses mains longues et blanches glissaient sous nos blouses semblables à des tentacules de pieuvre.
Dieu est amour, disait t’il drapé dans son habit de corbeau tel un épouvantail rodant autour de nos lits d’innocence.
fumier !
J’avais un copain qui bénéficiait souvent de ses intentions particulières, on l’a retrouvé pendu dans sa chambre. Ils ont dit à tout le monde qu’il était malade. Menteurs ! Mon copain n’était pas malade, il ne supportait plus les sévices pervers de son tourmenteur, il me l’avait confié un soir, j’aurais dû comprendre, mais à huit ans avec la peur au ventre j’ai simplement appris à haïr.
Bande de salauds !
Pressé de fuir mon abri qui m’étouffe je descends très vite au café d’en-bas pour retrouver la vie, la lumière, des gens. Comme chaque jour je m’assois à la même place, le dos au mur et j’observe. Je me sens mieux au milieu des autres même s’ils se moquent de moi parce que je parle peu, mais c’est ainsi, je n’y peux rien, depuis qu’ils m’ont enfermé lorsque j’étais môme j’ai du mal à communiquer alors j’écris. Je joue avec ma cuillère dans la tasse fumante en écoutant le brouhaha ambiant, les plaisanteries grasses des habitués suivies des rires forcés, nécessaires à l’acceptation dans un groupe. Les conversations des femmes, les jeunes qui s’insultent près du flipper. Je vais mieux.
Les néons clignotants de l’enseigne caressent mes rétines, me réchauffent, me rassure, ça va aller. Je repense à cette fille que j’aimais et que j’ai pourtant laissée s’en aller parce qu’elle voulait un enfant et que moi je ne veux pas, je ne peux pas, je suis incapable d’envisager un futur, une continuité de mon errance.
Allons petit ne fais pas tant de manières, je ne te ferai pas de mal ne suis-je pas le représentant de notre seigneur ? Allons baise la croix du christ ! Baise la croix du Christ ou bien tu seras fouetté et tu retourneras en cellule petit mécréant, suppôt du diable !...
Je serrais les poings résistant fièrement aux injonctions de ce malade omnipotent. Pourtant lorsque l’épouvantail hantait les couloirs la nuit, tel un ange de mort, je tremblais au point d’uriner dans mon lit caché sous la couverture de laine en suppliant. J’appelais maman ou papa mais le paradis qui n’existe pas ne laisse jamais revenir les siens. Et au matin je retournais en cellule sous les rires et les quolibets des autres.
Je me résigne à quitter le bar et je m’engage dans la rue grise. J’ai froid, une pluie fine lave la crasse et me glace la nuque, je remonte mon col et j’avance d’un pas rapide en rasant les murs pour me rendre à la station de métro la plus proche. Ce sera un peu long car je suis obligé de faire un détour afin d’éviter l’église, ce lieu maudit, humide et sombre comme une tombe, austère, silencieux, désespérément triste. Je ne supporte pas l’odeur de l’encens et des cierges qui s’échappent des portes. Ces maudites portes immenses, démesurées à la mesure de l’orgueil humain, toujours ouvertes comme pour te happer au passage. L’antre de l’épouvantail.
Je fais donc un crochet c’est plus simple. Je prends par l’avenue, là où se trouve la foule, les boutiques, la circulation dense, les cinémas, ensuite je m’engouffre dans la station lumineuse aux odeurs de détergents et d’urine. Ce matin le quai n’est pas bondé. Je le remonte en direction de la tête de station pour être devant, où il y a généralement le plus de monde. Je croise une femme lasse les bras chargés de paquets, deux agents de sécurité qui discutent, un couple qui se tient par la main, je les envie. En retrait il y a ce petit garçon blond qui ressemble à un ange.
Comment ça tu ne veux pas chanter dans la chorale ? Tu feras ce que je voudrais, j’ai besoin d’angelot pour la crèche de noël, j’y mettrai le temps mais je te materai !
Le curé s’agitait dans son antre, il allait de la cure à l’autel en passant au milieu de l’allée centrale. Ombre noire, virevoltante dans un univers froid aux senteurs acres. J’attendais ramassé comme un chat dans un coin. Puis il revenait en gesticulant, ses grosses chaussures résonnaient sur les dalles grises. Il m’attrapait par la manche de mon pauvre vêtement usé puis me tirait, m’obligeait à le suivre, Je hurlais, il me frappait, je me débattais alors les coups redoublaient.
Tu vas m’écouter dis ?... Vois le christ qui te regarde il est mort pour notre salut à tous je suis son messager, tu me dois l’obéissance absolu.
Il a tué mes parents, je le déteste et vous aussi !
Je vais t’apprendre moi à blasphémer notre seigneur...
Je regarde l’ange jouer sur le quai en attendant le métro. Comme une clarté dans le flou, une lumière dans la grisaille, une visualisation de ma propre enfance volée. Perdu dans son monde, indifférent à son entourage, il fait des gestes précis, murmure des formules magiques s’invente un univers à lui ; comme moi.
Masquée à ma vue par un pilier, une forme surgissant du béton pénètre son espace tel un diable sortant d’une boîte et avance vers lui. Une main décharnée se déplie lentement et se tend pour lui saisir l’épaule.
Allons viens ici toi ! Tiens toi tranquille sinon, tu sais ce que je t’ai dit ? Ce soir tu seras puni.
Cette voix !
Tout bascule, le sol m’attire, m’appelle, le plafond s’étire, les murs se déforment, se disloquent, les lumières de la station explosent en milliers d’étincelles multicolores qui m’aveuglent. Je vacille, je crois que je vais m’évanouir. A quelques mètres de moi se tient la matérialisation de ma déchéance qui poursuit avec un autre son travail de destruction. Il attrape l’enfant qui se débat et l’attire brutalement à lui.
Sous ses traits vieillissant Je reconnais ses lèvres minces presque pincées en forme de sourire grimaçant qui se voulait affectueux, son teint pâle, ses yeux noirs, profonds qui brillent d’une lueur bizarre. J’ai envie de vomir, je m’accroche au néant, mon esprit part en lambeaux. Tétanisé je fixe ma peur vivante.
L’épouvantail me remarque à son tour, me dévisage perplexe, cherche, fouille dans sa mémoire, finalement un rictus de satisfaction laisse apparaître ses dents jaunies, il m’a reconnu. Je me vois avancer vers lui dans un flottement, mes bras en avant, vidé de tout. Il ouvre les siens comme pour m’accueillir. Mes mains le saisissent, je le pousse violemment, il recule sous l’impact, ses pieds glissent sur les carreaux, son regard se transforme en peur, il sait. Un souffle d’air chaud envahit la station, deux phares trouent l’obscurité du boyau, le métro arrive puissamment à quai émergeant du ventre de la ville dans une plainte de ferraille déchirant le silence. Encore un mètre, le vide, une plainte animal et il s’effondre sur les rails comme un sac, un épouvantail, immédiatement avalé et déchiqueté par le métro qui freine inutilement. Je m’entends marmonner : "Te voilà enfin auprès de ton maître !"
Je me sens saisi, plaqué au sol. J’entends autour de moi des cris diffus, des hurlements de femmes, je me laisse faire indifférent, passif déjà ailleurs. L’enfant blond demeuré immobile me regarde, me sourit, ultime rayon de soleil dans ma nuit sans fin. Je ferme les yeux car déjà je sais qu’ils vont m’enfermer seul dans une cellule...
Les murs gris, les longs couloirs sombres, la petite pièce, le lit à barreau... Et l’épouvantail viendra me prendre encore, et encore, et encore.
Quand j’étais enfant, ma peur était à proprement parler irrationelle. Un monstre vampire ou araignée sauteuse cachée sous le lit, dans une ombre qui bougeait et me terrifiait, me laissait en sueur attendre tremblant la venue bienveillante du soleil du début du jour.
Ce monstre me paraissait inconnu, noir, terrifiant et glacé. Un univers infini de pénombres malsaines qui n’attendaient que mon endormissement pour me saisir et me réduire en un je ne sais quoi de bouillie abjecte.
En grandissant, mon monstre a évolué. Souvent dans le noir, il prenait forme, visage humain. Hideux mais humain. J’ai appris que quelle que soit sa forme, il était toujours là. Dans le moindre des recoins que mon imagination pouvait combler. J’ai tenté de communiquer avec lui, mais il n’a jamais rien voulu savoir. Et j’ai grandi avec lui.
Il prenait un malin plaisir à me torturer, sans jamais me toucher. J’ai commencé à redouter la solitude. J’avais à cette époque là une peur maladive d’être seul, accessible à son sadisme primaire. Je recherchais toujours la présence des autres, leur babillage incessant et insignifiant qui m’endormait, me calmait. Mais tout en le fuyant, je savais que viendrait ce moment inéluctable de notre confrontation.
Et aujourd’hui, me voilà face à face avec lui. Je suis accroupi, la tête posée sur les genoux. Je ferme souvent les yeux pour ne pas voir trop son ombre. Il ne reste personne d’autre que lui et moi.
Le froid glacé de son arme contre ma tempe me permet de rester lucide. Cruel destin que celui de finir en tête à tête avec celui que l’on hait le plus. Son aspect difforme, habillé par une robe de néant me fait frissonner, bien que je ne puisse que le deviner du coin de l’oeil. Je ne peux pas le regarder en face, lui qui est là, toujours, qui me guette...
C’est en cet instant que je comprends la première, la seule vérité de ma vie. Je vais mourir maintenant et c’est lui qui va me tuer.
Cette vérité est que l’enfer, ce n’est pas les autres. L’enfer c’est soi-même.
Et je tire.
Vous êtes condamnée à trois jours de travail d’intérêt général, que vous effectuerez à Lourdes dès ce 15 Aout, à l’occasion de la venue du Pape. Etant infirmière, vous n’aurez aucun mal à vous rendre utile, et surtout, vous aurez ainsi sous vos yeux, les conséquences désastreuses qu’un excès de vitesse peut provoquer. En espérant que cette expérience vous mettra du plomb dans la tête, j’espere ne jamais vous revoir Mademoiselle !
Trois jours à rendre service n’était pas véritablement une punition. Par contre, baigner trois jours dans un océan de ferveur et de prière, cela ne me ressemblait absolument pas !... Mon départ étant prévu dans l’heure, je n’eus pas le temps de le préparer. Mes chers livres érotiques du moment n’allaient pas pouvoir me servir de bouée contre une noyade certaine.
Dés mon arrivée, je me présentai au médecin des Sanctuaires qui m’offrit une superbe robe de bure noire... au moins la couleur me plut-elle.
Rendez vous utile, Mademoiselle !
Avais-je été dans ma vie si stérile, pour qu’on me répète deux fois cette phrase dans la même journée ?
Commencez par faire votre neuvaine à Notre- Dame de Lourdes... priez ! Vous en avez besoin !
Je priais...
Sois sympa petit Jesus, fais un miracle !
Je fut lâchée, comme un galet insignifiant parmi les pierres précieuses taille marquise, réfractant la lumière divine par toutes leurs facettes. Je ne réfractais rien... je gardais tout à l’intérieur... je préférais.
Le Pape arriva, tout de blanc vêtu, passa devant moi, toutes de noir vêtue... c’était beau ! Il dut penser que c’était beau aussi, puisqu’en me regardant, il trébucha sur un serpent qui passait nonchalamment entre ses jambes.
Sale bête !, lui dis-je en me courbant pour l’aider à se relever, il y en a beaucoup en ce moment ! Il doit y avoir un nid par ici...
Merci ma sœur ! ... euhhh... sœur ?
Sœur Utilité pour vous servir Benoît !
Comme c’est gentil de m’appeler par mon prénom !
Le Pape fut transporté dans la grotte des miracles, puisqu’il s’était foulé la cheville, et je fut nommée infirmière particulière. Les prêtres qui l’entouraient l’aidèrent à s’asseoir prés de la source dans laquelle le pied Papal fut trempé. Je sortis de ma poche la pomme de mon déjeuner et l’offris au Pape qui la croqua en me remerciant chaleureusement.
Je commençais justement à avoir très faim ma sœur !
Je voulus me rendre utile. Je me mis à genoux dans la source, pris le pied de Benoît entre mes mains et le massai avec douceur.
Ah ! Quel délice ma sœur ! Dit-il en caressant ma tête.
Vous avez une jolie bague au doigt Benoît ! Que représente-t-elle ?
Oh ça ? C’est l’anneau du pêcheur voyez-vous !
Ah bon ? Vous pouvez donc pécher ?
C’est un sceau officiel et solennel... il me sert à sceller.
A sceller vos péchés ?
Je ne pèche jamais voyons ! Je suis le Pape !
Même pas en pensées ?
Lorsque cela m’arrive, j’ai une parade infaillible.... Je me flagelle jusqu’à ce que mes pensées impures disparaissent. Et ça marche ! Dieu m’envoie en récompense l’extase tant attendue pour me soulager.
Ah ! Vous pratiquez le SM alors ?
Schlague ou Martinet, c’est cela oui !
Je pensais au Sado Masochisme mon Père !
Oh ! Comme c’est gentil de m’appeler Papa !
Le sado masochisme ma sœur est un péché mortel ! Puisque le but du SM est la recherche du plaisir.
Et bien, vous venez de me dire que vous ressentez l’extase en vous flagellant !
Mon but premier n’est pas la recherche du plaisir, mais sa disparition ! Si Dieu dans sa grande bonté m’offre le plaisir en plus, je ne vais pas le refuser non ?
Bien sûr ! Suis-je bête ! Puis-je vous masser le mollet ? Je ne voudrais pas que vous fassiez une phlébite suite à votre entorse, Papa !
Faites mon enfant, faites !... C’est Dieu qui vous envoie !
Benoît terminait sa pomme pendant que je le massais, remontant petit à petit sous sa robe blanche.
Vous n’allez pas trop loin ma sœur ?
La phlébite peut aussi atteindre la cuisse vous savez !
Ha ! Si c’est médical alors !... Dit-il en fermant les yeux, s’abandonnant à mes mains.
Dieu guidera vos mains ma sœur... je m’abandonne à Lui...
Je remontai sa robe dévoilant largement ses cuisses blanches, et son pubis. Il n’avait pas de slip. Apparurent les bijoux Papaux. Deux belles prunes vierges, qu’apparemment il se fichait que je voie, car il gardait les yeux fermés, attendant l’intervention Divine. Les prêtres autour de nous bougèrent à peine, sans doute gênés, mais n’osaient surtout pas nous déranger pendant la séance de massage.
Les yeux rivés sur l’ergot surplombant les prunes du Pape, je continuai mon massage ascendant, éffleurant au passage ses pèches fripées, me demandant si la queue Papale pouvait encore bander. Je fus étonnée par son manque de pudeur. L’erotisme de la situation n’avait pu lui échapper, or, il ne réagissait pas, ni en bandant, ni en étant outré ! J’en conclus qu’il était vicieux... Fallait en profiter ! Je pris sa verge dans ma main, la décalottai, et le branlais doucement. Mon autre main malaxait ses testicules.
Oh !! Sainte vierge ! Que vous êtes bonne avec moi !... Gémit le Pape.
Merci mon Père ! Mais je ne suis pas la Sainte Vierge !
Bien sûr que non, voyons ! Mais c’est Elle qui vous guide !... continuez mon enfant !
Je sentis sa queue gonfler et grandir entre mes doigts.... Le Pape bandait dur... et cela m’excitait. Je me penchai. Ma langue douce et chaude caressa son gland, en fit de nombreux tours avant que je le serre entre mes lèvres. Je descendis doucement le long de sa hampe, pour remonter à la même allure. Je malaxais toujours ses testicules qui se remplissaient à vue de toucher.

Les yeux du Pape se révulsèrent et sa voix haut perchée ressemblait à de petits cris plaintifs. Les prêtres autour priaient en faisant de nombreux signes de croix, ne sachant s’ils avaient devant eux l’expression d’une volonté Divine ou diabolique, les yeux exhorbités, dirigés sur ma bouche qui avalait la queue du Pape avec un plaisir évident. Je le tétais, coinçant son gland contre mon palais. Il n’allait pas tenir longtemps à mon avis. Je ressortis sa verge pour admirer mon travail. Elle était luisante de salive.
AHH !! Je sens l’extase venir !... Criait le Pape... que Votre bonté est grande ! Que Votre suceuse est bonne !... que votre volonté soit faite sur ma queue et mes couilles ! AAAAMMEEENNN !!!!
Je caressais à présent le frein du Pape avec l’ongle de mon pouce, et titillais son meat avec le bout de ma langue. Il était mûr à en exploser. Un reste d’instinct sexuel lui fit remonter son bassin et son gland buta contre ma luette. Je déglutis en réponse à son enfournement sentant sa queue descendre encore plus loin au fond de ma gorge.
Le Pape chantait l’Ave Maria pendant que je massais sa verge avec le va-et-vient de mes lèvres qui l’enserrait. Je sentis sa sève monter... ses testicules se ramassèrent au creux de ma main et sa verge déjà tendue à l’extrême palpita de toutes ses veines turgescentes.
Benoît hurla comme un possédé en éjaculant trois jets... Le Pere, le Fils et le Saint Esprit... qui emplirent ma bouche d’un goût divin de victoire !
Je recrachai sa sève sur son ventre, lui montrant le fruit de mon travail utile. Il y trempa son doigt et me baptisa avec...
Mais où suis-je ? Je ne reconnais plus rien ! Ces murs gris et cette fenêtre sans rideau ... Je ne suis certainement pas chez moi c’est beaucoup plus accueillant ! Ah oui je me souviens l’opération,... je me sens si faible et je peux à peine bouger,... mes jambes sont inertes, je ne me suis jamais retrouvée dans un tel état post opératoire ! Une enclume martèle ma tête c’est une sensation affreuse, il va falloir que j’en parle au docteur Marthod !
J’ai beau me dire que je n’y suis pour rien, je me refuse à baisser les bras. Merde après tout je ne suis pas la seule à être dans cet état d’esprit puisque tout est fait pour lutter contre !
C’est vrai, ma plus grande angoisse, ce sont les signes inéluctables de la vieillesse et tout ce qui tourne autour ! Je ne supporte pas les vieux ! voilà c’est dit.
Ils puent, il sont séniles et sont des emmerdeurs patentés aux courses, dans les rues, en voiture, au resto,... enfin dans la vie quoi !
Je ne supporte pas ces machins qui se laissent aller. Mais qu’ils y aillent tout de suite et une bonne fois pour toute !... dans le trou.
Je n’ai jamais pu supporter la déchéance de ma mère, en un rien de temps elle qui était si belle s’est retrouvée plissée, fanée, ses cheveux blonds sont devenus filasses et ses traits si graciles se sont affaissés comme une chantilly qui retombe. Le pire c’est qu’elle n’a rien fait pour lutter contre son état : pas de couleur, pas de maquillage, pas de sport, je l’entends encore me dire : "mais ma fille c’est la vie que veux-tu on n’y peut rien ! toi aussi tu verras tu changeras !"
Et comme si prendre de l’âge signifiait être une daube en plus elle s’affichait vieille, avec des vêtements à grosses fleurs ridicules ou des couleurs ternes,... je ne sais plus exactement quand j’ai arrêté de la voir,...
Je crois finalement que c’est lorsque j’ai vu mon reflet dans un miroir un jour et où j’ai vu tant de similitudes c’était insupportable. C’est aussi à ce moment-là que je l’ai installée (si on peut dire) dans cette maison pour grabataires et que j’ai refermé les portes de cet établissement et de mes souvenirs.
C’est là encore que j’ai commencé à réagir et à corriger quelques imperfections que mes années laissaient poindre, lifting, le premier, réfection des seins, affinement de la silhouette enfin la totale quoi,... et aujourd’hui je m’entretiens quelques coups de bistouri sont parfois nécessaire mais très égoïstement je me trouve bien et les rides non plus prises.
Ma vie je l’ai réglée comme du papier à musique, entre coiffeurs, manucures, sports, toubibs, diététiciens et autres palliatifs aux signes extérieurs de vieillesse,... accessoirement je prends du bon temps avec des hommes jeunes de préférence après tout je peux me le permettre et puis j’agrémente mes soirées de lectures spectacles entre amis tout pour ne pas subir l’emprise de la vie.
Assez paradoxalement j’ai arrêté de compter les années depuis à peu près 15 ans, je mets toujours le même nombre de bougies sur mon gâteau d’anniversaire et suis pourtant de loin la plus âgée de mes fréquentations mais finalement je suis arrivée à me persuader que l’âge que je fêtais était bien le mien.
Ainsi donc mon agenda se remplit d’une quinzaine sur l’autre et ce soir c’est lundi, une journée passée à faire les boutiques et à piétiner en ville m’a franchement épuisée, je suis sûre qu’avec la pollution et le stress provoqué par cette multitude de vieux qui traînent un peu partout sans vraiment plus savoir ce qu’ils cherchent, je vais avoir attrapé une ride ou quelques cheveux blancs ! Rien que d’imaginer cette éventualité j’en ai le ventre noué ! Et ce sont des symptômes que je ne connais que trop bien. Systématiquement je vomis à la simple vue d’une marque sur ma peau ou mon visage. C’est devenu un rituel, viscéral.
Heureusement, j’ai mon cours de Yoga puis un bon sauna, de quoi évacuer toutes ces mauvaises ondes. Je ne vais certainement pas prendre le risque de passer devant une glace avant d’avoir pu me détendre.
Et toujours cette douleur lancinante qui me hante, tout tourne autour de moi je n’ai jamais connu pareil vertige,...
Encore un feu rouge ! Mais c’est pas vrai celui-là ne fonctionne que si on appuie sur le bouton !... Une vieille j’en étais sûre. Aller juste pour le fun, j’accélère histoire de la faire courir un peu ça ne va certainement pas lui faire de mal de se bouger le cul et puis un grand coup de Klaxon,.. hi hi ! bingo ! ! !
Et bien tu vois mamie, t’arrives encore à te remuer quand tu veux !
Dommage qu’avec cette chaleur elle n’ait pas fait l’infarc.
Non mais franchement plus je les regarde et plus je déprime. Ah non alors jamais comme ça,... je préférerais encore crever tout de suite !!! Avec la peau qui plisse tellement sur les jambes on dirait qu’elles portent des bas dont les jarretelles auraient lâché. Et ces tronches de sapajou pouah !!! Et ces messieurs tiens parlons-en ! Epaules voûtées, tête basse, fripés et tremblotants,... guère plus réjouissants.
Bon où en étais-je ? Oui voilà j’arrive enfin pour mon heure et demi de relaxation. Il y en a d’ailleurs qui n’ont franchement pas de honte quand on veut bien y réfléchir, se foutre à poil pour prendre une douche devant tout le monde, se pavaner comme des déesses avec les seins sur le ventre et le cul qui est lamentablement attiré par l’attraction terrestre c’est terrifiant.
Je préfère de loin prendre le temps de rentrer chez moi et de me tremper dans un bon bain d’huiles essentielles pour me détendre. Après seulement j’ai le courage de me regarder dans une glace. J’avoue volontiers que je suis toujours fébrile à cet instant, le verdict tombe et les mesures drastiques doivent être prises dans les plus brefs délais.
Ainsi le verdict de ce soir est sans appel, la couleur est à refaire, ces racines poivre et sel m’écoeure, mais j’ai rendez-vous demain chez mon coiffeur donc pas d’affolement, par contre ma peau est terne et cette marque du lion, ces rides immondes juste au-dessus du nez entre les deux yeux n’y étaient pas encore hier, le temps me rattrape mes mains tremblent en passant sur mon visage, je sens cette vague nauséeuse montée en moi et des gouttes de sueur perlent sur mon front, je n’ose même plus regarder le reste,... je penche la tête sur l’évier et vomis tripes et boyaux.
Je reprends mon souffle, bois un peu d’eau fraîche et continue, je ne vais tout de même pas me laisser abattre, je sais qu’il existe des solutions.
Le ventre est rebondi et mes mains et mon cou laissent apparaître des tâches brunes, là c’est une urgence pour le docteur Marthod et d’ici là j’annule toutes les sorties hors de question que quiconque puisse me voir dans cet état.
Et dire qu’à mon âge il y en a qui ressemble déjà à rien et qui s’affiche !
Cette chaleur est insoutenable, il faut que j’arrive à ouvrir cette fenêtre mais elle me semble tellement loin ! Et puis je n’ai pas le souvenir d’une telle tristesse dans les chambres de la clinique les conditions se sont vraiment dégradées !! ! Il faudra que j’en parle au docteur Marthod !...
Bien, le docteur Marthod je le vois samedi pour une injection de botox, dans quinze jours pour le traitement laser des tâches brunes et dans deux mois pour la chirurgie. Deux mois ! Avant il n’a pas une seule petite place, c’est impressionnant tout de même. En attendant il ne faut pas que je me laisse aller, alors ce dimanche footing et abdos. Après tout le cœur aussi est un muscle qui se travaille, même si depuis quelques temps déjà j’ai l’impression de fatiguer plus vite et de courir moins vite, tout comme le cerveau. Puisque je n’envisage plus de sorties dans l’immédiat je vais en profiter pour faire quelques grilles de mots fléchés histoire de faire fonctionner ma mémoire pour ne pas devenir sénile et je vais faire une cure d’oxygène purifiée. Il n’y a rien de mieux pour régénérer le sang paraît-il !
Je vais me contenter de l’essentiel me redonner cette jeunesse qui m’échappe. Et à défaut de pouvoir régler dans l’instant cette infortune c’est ma garde-robe que je vais changer. J’ai repéré quelques modèles sympa aux couleurs flash qui devraient me redonner le moral. J’irai donc dès demain faire les courses.
Et j’adore faire les courses, c’est une occasion exceptionnelle de faire mumuse avec ces vieilles peaux que le chariot soutient. Je ne peux pas m’empêcher de les taquiner c’est une sensation forte une envie de les pousser de vie à trépas, de leur donner un coup de pousse, de leur faire mal pour ce qu’elles représentent, pour ce qu’elles me renvoient de moi-même. Aller c’est parti !!!
Justement j’en vois une devant moi au rayon biscottes je crois qu’elle va les voir de prêt les boîtes,... Je tiens fermement mon chariot, marche d’un pas preste et lui enfonce les roulettes avant dans les chevilles, elle titube, en avant en arrière une deux et splach le nez contre le rayon Excellent !
Oh pardon Madame je ne vous ai pas fait mal j’espère ? Un peu ??? Mais où ça ? Aux pieds et à la tête ? Ah vous saignez !!! Ces chariots sont vraiment dangereux !
Hypocrite que je suis et à un point. Maintenant au tour du petit vieux là-bas au rayon congel, je ne sais pas pourquoi mais je le sens bien lui,... Je m’engage dans l’allée et m’arrête à côté, c’est impensable il sent la naphtaline ! Je me rapproche encore et fais mine d’être concentrée sur un produit introuvable, j’accroche malencontreusement sa canne et le bouscule, il est complètement déstabilisé et choit. Bien sûr, il faut que j’appelle à l’aide et lui c’est tout de même avec les pompiers qu’il est reparti. Il aura au moins la possibilité de se faire refaire quelque chose, je suis plutôt gentille finalement.
Ce que j’apprécie moins c’est que parfois moi aussi je me blesse et mon dieu bêtement. J’ai réussi l’autre jour à me faire une entorse à la cheville rien qu’en marchant avec mes dernières chaussures à talons. Et le médecin de me dire, qu’à mon âge je devrais être plus raisonnable dans mes choix ! Il ne manquait pas d’air celui-là !
Tout comme d’ailleurs ce jeune godelureau qui l’autre jour a osé me traiter de vieille peau ravalée ! Franchement l’éducation d’aujourd’hui n’est plus ce quelle était !
Je suis encore en sueur c’est pas croyable, je n’arrive même pas à me redresser, j’espère au moins que l’opération est une réussite mais je ne devrais pas m’en faire ça l’a toujours été. Je pense que j’ai dû faire quelques complications...
Tiens on frappe à ma porte ! Et moi qui ne voulais voir personne, j’ai pourtant décommandé toutes mes invitations ! Je me demande qui cela peut bien être ? Entrez c’est ouvert ! Il va falloir que je pense à faire ajouter un juda à cette porte !
Madame DURAND, comment allez vous aujourd’hui ?
Mais qui êtes-vous ? Est-ce vous l’infirmière qui vient préparer mon opération ? Le docteur Marthod ne peut venir comme à son habitude ?
Madame DURAND, je vous ai déjà dit que le docteur Marthod était décédé depuis 5 ans à l’âge de 75 ans ! Vous vous souvenez ?
Mais qu’est-ce que c’est que cette image que me renvoie la glace qui est cette personne qui me fait face ? J’ai une silhouette fine, des seins hauts perchés, les pommettes saillantes et les cheveux blonds cendrés,... en quoi m’avez-vous donc déguisée qu’est ce que cela signifie ? J’exige une explication ! vous m’avez droguée pour m’affubler d’un tel accoutrement ?
Madame DURAND, c’est votre anniversaire aujourd’hui vous vous souvenez, vous fêtez vos 100 ans ?
Pourquoi n’ai-je pas eu mon injection de botox comme prévu ?
Madame DURAND vous êtes parmi nous depuis 15 ans, vos relations vous ont confié à nos bons soins et pour le reste on vous l’a déjà dit des centaines de fois depuis que vous êtes chez nous, pour votre santé la chirurgie plastique a été retirée, il n’y a plus de botox ni autres subterfuges,... allez venez que je vous assois dans votre fauteuil, nous allons souffler vos bougies ! Votre maman a bien fait les choses elle vous a donné une bonne longévité, elle aussi a atteint les 100 ans c’est héréditaire ces choses là ! Il faut l’assumer,... Je vais vous donner un cachet pour arrêter ces vomissements !
Marie, ayant pris une livre d’un parfum de nard pur de grand prix, oignit les pieds de Jésus, et elle lui essuya les pieds avec ses cheveux ; et la maison fut emplie de l’odeur du parfum.
Marie, sois remerciée, car en vérité je te le dis, la caresse de ta main est aussi douce sur mon pied que le souffle de l’Esprit de Père sur le cœur des Elus.
Jésus, un jour, il faudra que je t’apprenne à parler comme tout le monde.
Cela faisait plusieurs jours que cette Marie, la sœur d’un client, le suivait fidèlement. Il passait par son village pouilleux ; on lui annonce que le pote Lazare est mort. Ses sœurs, Marthe et Marie, rencontrent Jésus et se lamentent. Et Jésus, bonne poire, de ressusciter Lazare. Depuis ce jour, Marie ne ratait pas une occasion pour lui chatouiller les pieds avec ses cheveux lourds et parfumés de fille de Judée, lui briser des fioles de parfum sur le crâne, l’étouffer aux trois quarts avec de l’encens ou lui gratter le sable entre les orteils. Elle l’agaçait, elle l’énervait, elle l’excitait, il allait bien falloir qu’elle y passe.
Marie, en vérité je te le dis, telle un nuage au devant de la Jérusalem céleste descendant sur le monde, une démangeaison trouble mon âme et la paix de mon cœur.
Oh, mince. Où ça ?
Là où la forêt brune et touffue, telle la chevelure de l’enfant pur, entoure l’Arbre de vie.
Ah d’accord.
Elle l’étonnait un peu, tout de même, cette Marie. Elle était différente des autres. Bonne, c’est une chose. Niaise et naïve à souhaits, capable de le suivre pour un miracle minable sur un mort à moitié putréfié sous prétexte que c’était son frère. Mais vive et franche comme la sourc... euh bref. Un beau cadeau du hasard. A ceci près qu’il n’y a pas de hasard. Un beau cadeau de son Père, donc. Oui.
Et voici qu’il se retrouvait là, au milieu du cercle de ses roadies, dans la maison de Marthe et Marie, à craquer complètement et à demander à Marie de lui tatouiller le sacré gland. Il avait perdu la raison. Enfin la foi. Enfin non. Bref. Il était perdu et sentait ses yeux sortir davantage de ses orbites à mesure que la main de Marie approchait. Elle avait gagné ; et quant à elle, son calme et sa maîtrise étaient parfaits.
L’huile parfumée qu’elle avait employée à lui enduire les pieds laissait glisser ses doigts souplement sur ses jambes. Elle avançait sur le bout des phalanges, jouait avec lui, et le regardait avec un sourire en coin. Les roadies, eux, s’agitaient un peu et tiraient sur leur tunique pour cacher les bosses humaines, trop humaines. Des jours de désert, les pauvres, et puis ça. La main de Marie arriva, au moment voulu, à la base de la queue du fils de Dieu. Il en conçut un divin frisson, comme de juste ; mais elle s’arrêta là, le regardant encore, la bite entre le pouce et l’index.
Que fais-tu, femme, mon allégresse n’attend plus que le secours de ta main pour jaillir vers le ciel. Aide-moi, en vérité.
Elle pencha légèrement la tête, sourit encore ; puis saisit la bite à pleine main, et commença, sans ambages, à la branler lentement. L’huile d’olive rendait un son liquide et assouplissait la verge, tandis qu’une goutte, descendue sous la main de Marie, chatouillait Jésus au plus haut des cieux, au fur et à mesure qu’elle parcourait sa peau jusqu’à la couille.
Jésus, que ta parole nous guide, on va peut-être vous laisser, hein, suffit de nous dire.
Mmmmaah mmnon Pierre, restez, vous mes amis, car avec vous je veux tout partager, et la joie avant tout.
Ah on aura le droit d’avoir de la félicité avec Marie, nous aussi, après toi bien sûr, ô Maître ?
Aaaaah Judas (mmmhamouih), mon fidèle Judas, sache connaître ma Parole, en vérité, ce qui est à moi, est à vous, car mon Père l’a offert...
L’Iscariote, quel joyeux compagnon. Toujours dans les bons coups. Et Marie était, en vér... euh, c’est sûr, un bon coup. Il ferait tourner l’hostie ; mais pour le moment, il se concentrait sur le chemin de la goutte d’huile et les mouvements de la main mariale.
Mais tout à coup, Marie quitta son sexe, retira sa main, et en une seconde, elle avait relevé la tunique de Jésus, et avalé l’hostie tout rond.
MmmmmmMMmMmMMMMMMRHAAA OUAIS PRENDS CA, CAR CECI EST MON CORPS, BORDEL DE PUTE !
mmmglrmrhllglrhllglrlhllmmmmmaah !
Jésus n’avait jamais bien su garder la sauce. D’ailleurs, nom d’une pipe, en théorie et d’après son Père, niquer, c’est procréer. Alors à quoi bon se faire chier à retenir.
Bon, à nous, maintenant. Je passe prem’s.
Ah non, Pierre, attends le troisième tour.
Quoi mais Jésus ! T’abuses !
Laisse, Pierre, c’est mon tour, annonça Judas, hautain.
Sûr qu’il a payé, l’enculé, commenta Matthieu.
Fait chier, je vais me faire l’âne, conclut Pierre.
Les refusés de Technikart.
Il a suffit d’une phrase, lénifiante pour le corps médical en blouse blanche, pour que le comité de rédac. du sus-dit canard branchouille qualifie ce papier de réac., reliquat de Fance qui pue des oreilles, chère à Phillipe Solers, et nous en passons.
Foutaises ! C’est un excellent article dont l’auteur - Papy Mougeot (sans filiation directe avec le ponte de Tf1) - a bien voulu laisser au Zine lapin la primeure.
Ainsi qu’un chèque de 2000 â ?¬.
Ben voila.
Je m’en vas vous raconter ma petite histoire à moué.
J’m’en vas commencer par el début, sinon, je risque de me perdre dans la suite.
Avec ma femme Germaine, on est durs au travail, et durs au mal. Pi moué, j’chui aussi dur au lit !
Mais, v’la-t-y pas qu’un souère, alors que j’avions mangé comme tous les jours ma soupe trempée, bu mes deux litrons de cid’, et fait glisser tout ça avec un p’tit coup de calva du grand’père à la Germaine, qu’y m’en reste presque plus, j’ai un grand mal dans les boyaux.
En me voyant plié en deux en disant que j’avions el feu dans les tripes, ma Germaine, qué une bonne sacrée foutue fumelle quand même, elle appelle el docteur de chez nous. Un bien brave homme, et bien savant. Et attentionné avec ça. Il est toujours aux enterrements de ses clients.
Il vient. Me tripote la bidoche, et y m’dit que j’ai attrapé la pindicite, et qu’y faut que j’aille vite à l’hôpital pour enlever el machin.
Moué, j’suis point trop chaud, mais j’ai comme un tisonnier au rouge dans el gras double, alors, bon, j’obéis.
On me transporte à l’hôpital, on me met dans une chambre, avec tout blanc. Même les draps qu’y sont tout prop !
Pi, v’la t’y pas qu’arrive une infirmière, bien gironde, qui me dit comme ça :
Papy (on m’appelle comme ça dans el canton), on doit vous opérer demain matin. Pour préparer le travail du chirurgien, je dois vous raser la zone d’intervention.
Bon, enfin, moué, j’ai compris qu’elle devait débroussailler l’étal du boucher. Même si j’avions plus mal avec les pilules, je pouvions point rien faire d’autre que de dire oui.
Mais j’rigolais bien parce que le bide au Papy, c’est point le désert d’el Sahara ! Allait devoir chercher la tronçonneuse, la p’tiote pour déboiser !
Alors, j’y dis :
Vas-y p’tiote.
Pi v’la-t-y pas qu’elle ouvre mon pyjama, pi qu’elle me descend le pantalon sur les chevilles.
Oh, qu’é dit ! Je vais aller chercher la tondeuse avant de raser.
Et elle s’en va, en laissant le matos à l’air. Elle revient avec la tondeuse, et commence à son écobuage sur ma tripaille.
Pi v’la-t-y point qu’elle m’attrape le légume entre deux doigts, et que je te le mets à droite, que je te le mets à gauche, en haut, en bas..... Brèfle,
elle tripote ça dans tous les sens tout en faisant les foins autour du bitonio.
Alors, moué, j’vais t’dire. Les chatouilles de la tondeuse, la p’tiote qui m’bricole el poireau dans tous les sens, et en plus une vue plongeante sur sa laiterie.... Y a comme qui dirait el mou dans la branche qui commence à céder !!!
J’voudreux point que vous croivez que je veux faire mon savant, malgré que j’ai mon certificat d’étude et que je lis tous les jours le journal de chez nous (« Le Berry dans toutes ses étables »), même que c’est pratique pour savoir les foires aux bestiaux et les copains morts (parce que pour les cocus, pas besoin de journal : tout le monde y sait, sauf le cocu !), mais j’ai lu qu’un certain Charles Dard-vin avait dit que les espèces pour survivre, devaient s’adapter à leur milieu. Ben nous ôtes, dans les campagnes on a du s’adapter aussi. Par’emple : quand ma Germaine elle a ses machins, hein, comment j’y fais moué ? Les fumelles des voisins, c’est point pour médire, mais vaut mieux s’astiquer le bambou sur un coussin.
Alors, y’m’ reste quoi ? Ben les vaches et les juments de la ferme. Donc, j’me suis adapté pour survivre ! Et mon aiguille à tricoter, c’est point pour les jeunes filles du Bal des Débutantes ! Y faut les deux mains et du biceps pour manier l’outil !
Tout ça pour dire que la petiote, elle se rend vite compte que c’est point avec deux doigts qu’elle va maîtriser el joystick, comme y disent les jeunes !
M’enfin, qué’m dit !!! Vous me faites quoi, là Papy ????
Ben, que j’lui dit. Quand la Germaine elle étrille le taureau pour le concours agricole, ça lui fait pareil, au taureau, même que la Germaine, ça la met dans des états...
V’la t’y pas qu’en m’regardant el poireau, elle m’dit comme ça :
Papy, ça ne va pas être possible de continuer comme ça. Je ne peux pas travailler dans ces conditions. Il faut trouver une solution.
Et qu’elle se met à m’astiquer à deux mains le gourdin. Mais crédiou, c’est point ces agaceries qui arrangent les choses ! Ma lance d’arrosage, elle fait que grimper toute seule comme une corde de fakir ! La p’tiote, là, on sent bien qu’elle est un peu perdue.
Il y a urgence, qu’elle me dit. Il faut faire ce qu’il faut.
Et elle commence à me pomper l’outil à pleine goule, à jouer des castagnettes avec mes noix de coco, elle en respire même plus la pauvrette !
Pi moi, pendant ce temps qu’ai la vue panoramique sur ses tétasses. Sont point des bonnes mamelles comme ma Germaine, qu’il faut les deux mains pour
baratter.
Mais y a de l’expression dans le melon. Faut dire que ça pointe bien ! Moi, je vérifie la consistance. Faut toujours tâter le pis des vaches pour savoir ce qu’on va en tirer. Vindiou ! C’est du ferme ! Et j’peux dire que si je la traie là, y aura point à faire chauffer le lait !
Mais côté mât de cocagne, elle est pas prêt de le faire descendre ! Surtout qu’elle est à bout de souffle et commencer à avoir des crampes dans les
mandibules qu’elle me dit !
Elle respire un bon coup, enlève sa blouse, et là je vois qu’elle a qu’un genre de ficelle entre les jambes ! Crédiou ed vindiou ! Elle enlève son cordage, et là..... Je reste comme un puceau ! J’croyais que ça existait que chez les acteuses de canal+, ça, et p’t’êt les parisiennes !
Elle a pas un poil sur la colline, la p’tiote !
D’une voix un peu rauque et chavirée, elle me dit :
Te fatigue pas, Papy. Tu es malade, et je dois m’occuper de toi. Laisse moi faire.
Bon. J’peux point nier que suis à l’hôpital, et qu’elle doit me soigner. J’la laisse faire.
Elle se met en position pour m’engloutir l’engin dans el four. Elle va jamais y arriver que j’me dis ! La dure réalité des gens de la campagne, c’est point pour les bibelots de la ville !!!!
Et, crédiou ! Voilà t’y point que ça force un peu à l’entrée, mais vlouffff !
Elle me te capture le manche d’un coup, avec un gémissement qui me fait remonter les burnes de 5 centimètres !
Et après, vas-y que je monte et descend, que je vais d’avant en arrière, que je me frotte le fri-fri sur la râpe à fromage qu’elle m’a laissé avec sa
tondeuse, en poussant des gémissements pire qu’une chatte en chaleur.
Ma Germaine, elle a l’habitude. Elle s’astique l’abricot sur moi, sans rien dire. La besogne, c’est point du bavardage. Juste à la fin, elle me dit
tendrement : « Vindiou, c’était bon, mon goret ! C’est point avec toué qu’on reste sur sa soif ! » Mais les gens ed la ville, faut toujours qu’y
causent. Si y s’écoutent point causer, y sont point capab’ de faire quèqu’ chose.
Mais bon. La p’tiote, elle a du jarret. A dada sur mon bidet.... Pi, elle passe au trot. Crédiou ed vindiou !
Pi, elle passe au grand galop ! Vindiou ! On dirait une jokère au stipule chaise ! Elle a bien le rythme, c’te cochonne ! Elle me masse sur toute
la longueur, et ran, et ran, en plus du ssschlic !
Elle se trémousse dans tous les sens sans déjanter c’te gourmande ! Les loches en cadence devant
mon nez ! Si elle continue comme ça, elle va m’écorcer la souche !
Pi v’la t’y point qu’elle pousse un grand cri rauque ! Et en même temps y a son fourreau qui comprime en cadence mon pieu, que j’crois qu’elle va m’le
réduire en copeaux ! A tel point que el machin, il en peut plus et j’y balance la purée ! Du coup, elle remonte de 20 cm et se remet à brailler de
plus belle !
« Que c’est bon, que c’est bon, donne moi tout ! » qu’êm dit !
Comme le Papy c’est pas son genre de faire l’avaricieux, je lui vide les joyeuses à grandes giclée ! Ah ! Sandediou ! J’dois bien avouer qu’elle
me les vides ! C’est plus des noix de coco, c’est des haricots secs mes roubignoles ! J’ m’étais jamais fait traire les baloches comme ça, même si
ma Germaine est une sacrée bonne trayeuse !
Elle me décapsule l’outil, dégoulinante, les fumerons en arc circonflexe, le souffle court, les yeux noyés, et elle me dit :
Ben alors, Papy ! Y a du bon dans la tradition !!! Je vais terminer le rasage (pendant ce temps elle remet sa ficelle et rengaine son barda dans sa
blouse), et je repasserai à la fin de mon service pour vérifier que ça été bien fait.
Ben, j’vais vous dire moué. Y a des médisants qui disent du mal des infirmières. Ben moi j’y répond qu’y a pas plus consciencieux et dévoué !
Elle est revenue matin et soir, tous les jours pour vérifier que le travail était bien fait.
Copirite moué, ac’t’heure.