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S’abrutir, numéro 4

Car il n’y pas plus de raison que cela s’arrete ou continue. On continue de s’arreter mais on ne s’arrete pas de continuer de s’arreter - qui nous aime, nous aime.

C’est un homme comme Sarkozy qu’il faut à la France pour s’apercevoir qu’elle n’en a pas besoin.

C’est une femme comme Tinkerbelle qu’il faut aux français pour s’apercevoir que Chantal Goya n’avait pas que des défauts mais aussi des cheveux.

C’est avec Vonder, sa pouffe-team et S’abrutir n° 4 que tout le monde pourra découvrir qu’avec les femmes c’est en général mieux fait, moins cher, plus classe, plus rapide, plus simple et si elle veulent quand elle veulent, encore plus con.

Avec en prime le récit circonstancié, in-situ et de visu de la création "des éditions Lapins" cette incroyable aventure qui du dépot de dossier au tribunal de commerce au dépot de bilan vous tiendra en haleine, oh allez facile ! enfin environ... non mais enfin on dit et puis en fait, genre presque que ça.

"Passé le Borgne, plus de limite" (Nicolo Sarkosa)


    le SarkoRap !
    Sur l’instru de "Tout baigne", refrain Sarko est dans la place, tout baigne Chirac est en salade, à Fresnes Nico est à sa place, tout saigne Jaco est sans pallas, fin d’regne. /refrain C’est la fin des magouilles Plus une cloppe pour les crouilles L’argent à ceux qui l’mérite surtout ceux qui l’hérite La Ségoléne est aux fourneaux Elle sert la soupe à son pequenot La meuf utile en politique C’est quand son mec est un cacique refrain - La France se mene depuis Beauveau La loi c’est celle du (...)
    Bubble’s Talks

    La recette du Whisky sour.
    Mai 2007 C’est la fête. Sarkosy est au pouvoir, tous les espoirs sont permis, à Neuilly le champagne déborde par les égouts, dans les casernes les CRS enfilent des caisses de grenades lacrymo. elles sont si belles. Le corps enseignant progressiste martèle sur les pupitres ressortis des greniers "Allons zenfant de la patrie, le jaour de glware est arrivé" sur l’air du "petit papa noel" faudrait pas non plus qu’ils se fassent lyncher trop vite par leur collègues - avant qu’on les mate. Des juges (...)
    Bubble’s Talks

Comment devenir riche, bête et célèbre

Il y a beaucoup plus désagréable comme rencontre qu’un tête à tête avec Tinkerbelle le chihuahua. Pas uniquement parce que la bête que l’on a alors en face de soi est ravissante (ex Miss Canin, ex mannequin pour Dior chien ) mais aussi parce qu’elle sait faire preuve d’un grand bon sens et d’un humour... disons... très cabot.

S’Ab. Vous avez débuté dans la publicité. T le C. Oui, en effet. J’’ai commencé à poser très jeune, dès l’âge de 6 semaines, dans les bras de Laetitia Casta. J’avais le museau blotti entre ses deux seins. Ce fut une expérience inoubliable, que bien des hommes m’envient ! (Rires.)

S’Ab. Vous avez ensuite enchaîné avec le cinéma. T le C. Oui, mais je n’aime pas trop en parler.

S’Ab. A propos, un chien qui parle, c’est pas si courant, non ? T le C. C’est même tout à fait invraisemblable. D’ailleurs, je me demande comment vos lecteurs gobent de telles conneries.

S’Ab. C’est-à-dire qu’ils sont très cons. Toute notre ligne éditoriale est articulée autour de ce principe. Mais revenons à nos moutons. T le C. Des moutons ? Où ? Où ça ? Ouah ouah ouah !

S’Ab. Calmez vous, c’est juste une expression. Alors, le cinéma ? T le C. Vous savez, il n’y a pas de quoi pavoiser. J’ai essentiellement tourné dans le X, pour rendre service à ma maîtresse, mais ce fut extrêmement pénible. A la longue, j’ai bien cru que j’allais me finir par me transformer en cochon ! Vous connaissez l’expression, une femme dans chaque porc ? (Il remue la queue à qui mieux mieux.)

S’Ab. Pour rendre service à votre maîtresse ? T le C. Ma maîtresse de l’époque était fauchée. Tourner dans les films X lui a permis de gagner du blé rapidement. Mais moi, j’en avais assez d’être exploité. Alors je me suis sauvé. Vous imaginez ? Moi, un chihuahua sans défense, sans ressource... je me suis retrouvé à la rue, SDF. J’ai bien cru que c’était la fin ! Heureusement, j’ai rencontré cette brave dame, bénévole à la SPA. Elle m’a recueilli et remis sur pattes. Je lui dois beaucoup !

S’Ab. Quelle vie de chien ! T le C. Ouais, c’est dingue !

S’Ab. Aujourd’hui, vous êtes riche, bête et célèbre. C’est quoi votre truc ? T le C. Je suis intimement convaincu que j’ai eu beaucoup de chance. Autant dire que je n’ai aucun mérite à être bête, puisque je suis né ainsi. Riche, je le suis devenu grâce aux défilés de mode. C’est en défilant pour YSL que j’ai rencontré ma chère Paris. Ce fut un véritable coup de foudre ! L’amour total, quoi... (Il affiche l’air béat du roquet soumis.)

S’Ab. Les mauvaises langues prétendent que si Paris n’avait pas été une fille à papa, vous ne l’auriez même pas remarquée. T le C. Ecoutez, j’ai connu la misère, la faim, les journées sans fin, le museau écorché vif à force de fouiller dans les poubelles... Alors oui, le fait que ma nouvelle maîtresse soit millionnaire ne m’a pas laisser indifférent.

S’Ab. Si j’ai bien compris, le conseil que vous donneriez à nos lecteurs pour devenir riche, bête et célèbre, c’est d’épouser une millionnaire ? T le C. Soyons clairs. Jamais l’homme ne pourra devenir l’égal du chien. Vous vous imaginez, vous, devenir un toutou à sa mémère ? Bouffer des croquettes ? Porter un manteau rose ? Ne croyez pas que le métier de chien de salon soit si facile !

S’Ab. Le mot de la fin ? T le C. Certes, ma maîtresse est une gourde, mais au moins, j’ai la sécurité de l’emploi. Alors oui, si ça vous tente, prenez exemple ! Apprenez à donner la papatte en échange d’un susucre !

Propos recueillis par Vonderwomane


Le faisant du

Ce que vous n’auriez jamais voulu savoir et que vous avez toujours oublié de demander, d’ailleurs.

C’est le rush, faut terminer l’article de la rédac-chefesse pour S’abrutir N°4 Ca l’énerve que je l’appelle comme ça mais j’ai mes raisons.
- Rédac-chefesse ça fait cucul, qu’elle dit.
- Tu préfères rédac-de-mes-fesses ? que j’ai pu rétorquer, entre autres. En général elle m’en colle une rapide de sa main libre, ou pas, un jour j’ai encaissé la perforatrice 13 tonnes pour rames de 200 feuilles, sans broncher. Enfin, c’est-à-dire, quand VanVan ma reveillé il m’a assuré que je n’avais eu le temps de dire aie, argh ou aoch, l’honneur était sauf, ouf. N’empêche je suis coincé, ses articles il faut que je les fasse et ses baffes les ramasse. Elle a commencé au numéro 3.
- Oh l’écrivassier tu vas me torcher l’interview de l’ourse verte et je signerai, fissa.
- Hé darlingeling, j’ai cru mal entendre là.
- T’as cru mal entendre quoi ? Tu veux que je monte un peu le volume pour expliquer ce que toi et moi...
- okay, okay, je le fais cet article, demain, demain.
- Le gentil garçon. Et pour le 4 elle a remis ça.
- Bon mon bichon, c’est pas tout ça mais t’as jusqu’au 28.
- Pour ?
- Fais le malin seulement, tu préfères la scéance de haut-parleur ?
- M’en fous j’ai tout dit à ma femme. Là elle était coincée.
- A ta femme oui et à mon mec ?
- Combien de pages ?

Bon l’article je l’ai pas. Pas grave je lui faxe par émail, à ma rédac-chefesse, "C’est bon j’ai un super topo sur Paris Hilton, quatre pages et des photos" et si je trouve rien, je faucherai un magazine périmé chez la coiffiste, j’y vais qu’à cette occasion, et puis en avant, scannage, reconnaissance de caractères et paf c’est plié. M’étonnerait beaucoup qu’elle lise ce genre de torchon, nous on fait semblant d’être con alors que eux ! Euh non, à la reflexion avec les volumes vendus ils font semblant aussi, mais mieux. Le fax par émail c’est mon truc, ca date de l’époque où un espèce de techno-branchouille, je parie que maintenant il a un blog, m’a claqué un "Liiiiimaiyle c’est teeeeellement plus rapide que le fax et teeeellement plus clean". Alors pour noël j’ai pris une feuille noire, j’ai écrit dessus "Joyeux Noël, ma biche" en blanc, je l’ai scannée, format de sortie BMP, 1024*768, 24 bits par pixel, 40 Méga-octets et je là lui ai envoyée par mail. En 56 K : 2 heures et 13 minutes, ah y avait pas l’adsl à l’époque ! Il n’a pas répondu. Ha ha quel gros fendard je fais, bon en souvenir de cette époque je colle toujours en fichier joint une image de mes mails. Je tape, j’imprime, je scanne, je colle et j’envoie. Avec l’Adsl 25 Mo/s ça le fait moins, mais ça surprend toujours. De mon coté ça me demande un petit peu de boulot, pour un accusé de reception par exemple ça peut aller de 5 à 35 minutes, ca dépend si le scanner est branché, si l’imprimante est prête, si y a du papier etc. Comme je suis un mec basiquement honnête, lorsque je reçois un mail je l’imprime, je le scanne puis je consulte le fichier scanné à l’écran - je fais pas trop de concessions avec la morale, moi. C’est vrai que parfois pendant l’impression je lis directement le message, mais c’est juste pour vérifier que c’est bien le même.

Le fax-émail "C’est bon j’ai un super topo sur Paris Hilton, quatre pages et des photos" est parti, maintenant faut le pondre.

- VanVan, tu t’y connais toi en Paris Hilton ? j’y demande à VanVan.
- Ca dépend, qu’est ce qu’entends par là ? qu’y me répond.
- Tu la connais ou pas ? j’y réplique, VanVan il est sourd à mes blagues désopoilantes.
- Oui bien-sûr je la connais, pourquoi ? VanVan, parfois il m’étonne.
- Et t’as son adresse ?
- Je l’ai sur un cd quelque part mais dans le botin tu devrais trouver.

Quel con ce VanVan, un botin ah ah ah, je tape direct Paris Hilton dans "pages blanches.fr".

- Hé VanVan c’est quoi cette connerie ?
- Quelle connerie ?
- Bin, Hilton Paris, avenue Suffren, Hôtel 4 étoiles au pied de la Tour Eiffel, Restaurant, cuisine saveurs du monde. Formule buffet à partir de 33 euros.
- Et alors ? Elle a racheté un hôtel, c’est tout, tu sais elle est pas que célèbre, elle est riche aussi c’est peut-être un truc qui t’échappe mais essaye avec google si tu préfères.

Ah oui google ! tap-tap-tap-tap-tap-tap-tap envoi. Oh, oh, là y a du matos.

- Hé Vanvan ! t’as une carte visa toi ?
- Ouai bien sûr, pas toi ?
- Non j’ai qu’une 24-24 de la poste et une vitale mais ça le site prend pas.
- Et pourquoi t’as besoin d’une visa au fait ?
- J’ai pas besoin de la carte mais du numéro, apparement en échange j’aurai droit à trois jours de "trial" avec Paris Hilton, ca veut dire quoi trial ?
- C’est une espèce de moto-cross. VanVan quand même il a de l’expérience.
- Elle fait de la moto ?
- Ouai, on peut dire qu’elle chevauche des engins, effectivement, mais oublie la carte je viens de retrouver mon cd.

Cooooool, un annuaire sur cd, hop je lance la galette, ziouuuuuuuu. Mais ?... je ?... oh ! oh ! ooooooooooh.

- Hé Vanvan ?
- Qu’est ce qu’il y a encore ?
- La Hilton là elle fait des films de science-fiction ou quoi ?
- C’est-à-dire ?
- Non mais t’as vu la taille des machins qu’elle, enfin qu’elle, bon donc t’as vu quoi.
- Oui et alors ?
- Bin je voulais dire ça existe pas ça, c’est en plastique non ?
- Oui c’est en plastique, je sais, la rédac-chef m’a dit tu risquais d’être surpris.
- Ah bon elle a dit ça ? mais pourquoi elle a dit ça ? et d’ailleurs comment tu sais que...
- Que quoi ?
- Nan que rien, mais je peux pas faire un article là-dessus, c’est pas honnête après on va croire que je mens et puis tout ça.
- Eh bin fait un article sur son chien alors ! T’es à niveau non ?
- Oué super bonne idée, merci Vanvan.

"Il y a beaucoup plus désagréable comme rencontre qu’un tête à tête avec Tinkerbelle le chi." ?
- Hé VanVan ça s’écrit comment chiwouawoua déjà ?


In Boîte Jaune With Lapin, l’interviou essclusiv !

Nous retrouvons Lapin chez lui. Il nous reçoit dans son intérieur décoré avec goût, en papier kraft jaune froissé et collé de traviole.

Ses traits sont tirés, il a apparemment déjà bu, quelques bouteilles de bière au sol en témoignent, ainsi que les deux éléphants roses qui attendent le matin, dehors. Nous lui demandons s’il a le temps de nous accorder une petite interview sur sa récente publication en vrai papier ; il accepte de bonne grâce, en même temps on avait pris rendez-vous, manquerait plus que ça, qu’il refuse, mais bon, on respecte, alors on dit qu’on est drôlement content et on le suit. Il nous emmène dans un bar du vieux Lille de sa connaissance. Il y a des lampes en forme de verre à bière au mur et ça sent la bière, de Londres à Berlin, ça sent la bière, dieux qu’on est bien, alors on en commande une, de bière. La première question est : « alors, t’es content d’être édité en vrai papier ? ». D’ailleurs ce sera la seule question. Voilà. S’ ça vous plaît pas c’est l’même prout.

- J’étais content, au début. Ben oui. On m’avait promis des tas de choses super cool. Ma bite mal dessinée en photo sur la table de chevet de milliers de crétins. Rends-toi compte. Ma bite en photo dans les journaux, ma bite en photo sur internet, ma bite en photo au journal de 13 heures. Ou si pas ma bite, ma tête en tissu pourri. Mais comme j’ai une tête de bite, hahahaaaaa *brôôps* pardon. GARÇON ! N’AUTRE BIERE AVEC BEAUCOUP DE BEURRE !

- J’étais content, ouais. Le succès, la gloire, tu comprends. J’ai été comme qui dirait forcé à donner aux gens ce qu’ils désiraient. Ils me voulaient, bonhomme, eh ouais. En vrai papier. Alors Phiip m’a édité en vrai papier. Glacé, couverture à l’italienne, un bouquin sapé comme un parrain, effet craft jaune, une boîte jaune en papier, quoi, avec trois fois mon nom rien que sur la couverture, une nouvelle collection rien que pour moi pour l’instant, la totale, la gloire, le succès, la drogue, les p. euuuh enfin tout, quoi. De quoi me faire la bite mal dessinée toute dure.

- *Brôps*. N’AUUUTRE !

- J’ai vite déchanté, mon vieux. Déjà, le papier glacé, c’est froid aux couilles. Et je les ai souvent sorties. Bon. Mais j’aurais pu me faire fabriquer une fourrure comme celle du bellâtre dans Violence et passion de Visconti, sauf que verte, sauf que pour un lapin moche en tissu pourri, sauf que de Phiip et pas de Visconti, mais sinon pareil, de quoi me vautrer sensuellement sur les pages avec les couilles à l’air libre. Ou demander à Phiip de me faire une parka bien couvrante avec un pull fichu, je sais qu’il en a, et puis déjà que depuis moi il se balade sans jeans, hein, il va pas chouiner pour un petit pull de plus. J’aurais pu demander le slip, je l’ai pas fait, hé. Alors respect.

- Et puis y a les gens. *Broaps*. Des monstres. Tous à me reluquer, tous à bloquer sur l’Ourse Verte quand elle joue avec moi à faire *pouf* et *gniii*. Et puis leurs doigts, leurs doigts, leurs DOIGTS ! Des gros doigts tout gras, même pas de beurre, du gras sale, du gras qui tache les pages, qui fait *frouuuuut* quand les bouts de doigts ripent, du gras qui laisse des empreintes sur moi, bâârk. *Breuups* gnpardon. Gnatrobu. »

- Ouais, j’ai déchanté.

- Et puis on m’a prostitué. Des gens m’ont montré en public, un peu comme un gogo dancer ou une strip teaseuse, sauf que je sais pas danser, et que je suis déjà à poils, alors pas pareil, mais comme, quand même, ouais enfin je me comprends. Ils m’ont pris, ils m’ont retourné dans tous les sens, ils m’ont pris en photo, ils m’ont filmé, je suis passé entre toutes les mains, à la télé, à la radio même, dans les journaux. Y en a un, il m’a même emmené en Belgique pour me produire. Ouais. En Belgique. En BELGIQUE bordel. ENCORE PLUS DE GRAS, PARTOUT DU GRAS ! Du gras de frite, des frites à l’huile, même pas au beurre, partout du gras qui pue sur mon corps en vrai papier...

- Purée GARÇON ! La même gnteuplé.

- Et puis j’ai appris qu’ils me vendaient.

- 19 euros.

- Je me sens sale.

*BRAAAPFFF*

(La pudeur nous oblige à reporter ces chroniques jusqu’au prochain numéro. Après une longue discussion et quelques bières de plus, l’ensemble de la rédaction a décidé de ne pas publier la suite, insoutenable, de l’interview de Lapin, eu égard à la sensibilité de nos lecteurs. Cependant, si vous avez été touché par cette douleur immense et cette détresse profonde d’un être si sympathique, vous pouvez agir : envoyez vos dons de 19 euros à cette adresse, en précisant bien au marqueur noir indélébile sans solvant parce que sinon ça pue, directement sur votre écran, « JE SOUTIENS LAPIN ET LUI ENVOIE TOUTE MON AMITIE A HAUTEUR DE 19 EUROS PLUS 3 PARCE QU’AUJOURD’HUI C’EST LA FETE DU SLIP CE QUI FAIT DONC 22 EUROS ». Comme nous sommes sensibles à votre geste, que vous allez accomplir tout de suite, et que ça saute, nous vous enverrons en remerciement le Livre Lapin, oui, LE Livre Lapin en vrai papier. C’est pas beau, ça ?)


La naissance des éditions lapin

Un jour, le chef nous a convoqués (c’est le mot qui était écrit sur le papier qu’il nous a distribués) à une réunion, ordre du jour la création de la maison d’édition Lapin, c’était aussi marqué sur la feuille.

Au début on a cru que c’était une blague parce que des réunions normales on n’en fait jamais. On a juste des réunions que le chef appelle des conférences de rédaction où on fait rien, pareil que dans les réunions normales des autres entreprises mais avec un autre nom. Du coup, évidement, on a tous bien rigolé de la blague, comme elle venait du chef elle était forcément drôle même si on n’avait pas bien compris pourquoi et on restés dans nos bureaux.

Alors le chef a débarqué, il n’était pas très content et il nous a dit que c’était vraiment vrai cette histoire de réunion et qu’on avait intérêt à venir si on ne voulait pas avoir des problèmes. On est sortis dare-dare : on n’aime pas trop quand le chef est en colère. On l’aime beaucoup et il est très sympa, mais il y a des moments où il vaut mieux faire ce qu’il nous dit de faire.

Il a commencé tout de suite, après un couplet sur notre manque de sérieux et notre incurie chronique. Il nous a dit :

- J’ai fait un rêve.

En temps ordinaire l’un de nous aurait rigolé et aurait sorti une blague du genre Martin Luther King ta mère en short parce que le chef adore utiliser et déformer des citations. Mais là on n’a pas osé parce que le chef avait vraiment l’air sérieux. Il a continué en nous disant :

- On va éditer un livre lapin, un vrai en papier avec une, euh, avec des grandes oreilles imprimées dedans. J’ai décidé qu’on allait créer les éditions lapins parce qu’il nous faut un statut adapté pour pouvoir le vendre.

C’était une très bonne idée, on a tous crié hourrah, peut-être qu’enfin on allait être payés pour le travail qu’on fait (parce que des fois on fait du vrai travail, pas tout le temps, mais de temps en temps quand même). Alors le chef a ajouté :

- On va créer une société, il nous faut un capital. Sur le papier que je vous distribue, j’ai mis la répartition des part que vous devez acheter. C’est obligatoire et je reste majoritaire.

C’était assez curieux, parce que d’habitude quand le chef fait une proposition, il y en a toujours au moins un, généralement le chef de la rubrique people parce qu’il sait qu’il va pouvoir me donner tout le travail à faire, qui applaudit et dit au chef qu’il est merveilleux et que c’est vraiment super d’avoir un chef aussi intelligent. Mais là, personne n’a rien dit. En fait on n’était pas bien sûr d’avoir compris l’idée. En règle générale, on travaille pour être payé, mais là apparemment c’était l’inverse, ça faisait tout drôle. Finalement le type qui s’occupe du serveur lapin a dit quelque chose. C’est le seul, dans ces cas là qui le fait, pas parce qu’on a peur du chef, on a de la chance d’en avoir un aussi sympa et tout et tout, mais parce que le type qui s’occupe du serveur lapin sait que le chef ne lui dira trop rien s’il veut que le serveur continue à bien fonctionner. Nous on ne fait pas le poids. Il a dit, le type qui s’occupe du serveur lapin, pas le chef :

- Normalement on est censé être payé pour travailler, pourquoi on serait obligé de faire le contraire ?

Le chef l’a regardé d’un drôle d’air, on voyait bien qu’il n’était pas vraiment content mais qu’il se retenait d’éclater parce que sinon le serveur lapin aurait un gros bug et le chef déteste quand il y a des bugs. Il lui a dit que c’était parce qu’il fallait un statut et de l’argent et que depuis le temps qu’on faisait les andouilles dans le zine, c’était l’occasion de le remercier lui de nous avoir permis de s’amuser. On n’a plus rien dit, même pas le type qui s’occupe du serveur lapin, mais lui il a été favorisé, et on a versé le montant de nos parts.

Et voilà comment on a créé les éditions lapin.