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La Saint Con 2006

Tous les ans, à la Saint Con, on brûle un con !

Petit rendez-vous littéraire sans prétention, le 10 avril de chaque année, c’est maintenant une tradition, on brûle les cons avec nos amis zonards.

Pendant une semaine, on publie les nouvelles que les auteurs ont préparées avec amour au coin du feu, tout l’hiver, en attendant que les beaux jours reviennent. Ou alors, ils l’ont écrite ce matin. Ça dépend des cas. L’enjeu est tout de même de taille : on devient pour un an le "Grand Inquisiteur de l’ordre de Saint Con". Sur la Zone, c’est important. Ici, on sait qui gagne... Héhéhé...

Attention, on lit, et on vote. Soit sur le forum lapin, soit sur le forum zonard.

NDLR : le fait que la Saint Con tombe cette année le lendemain du marathon de Paris est un hasard. Heureux hasard, mais hasard quand même.


Saint Con, payez pour nous

Le narrateur est un patron boulanger qui m’a demandé de traduire sa rancoeur. En effet, en dix ans d’exercice, il a été harcelé sans cesse par la junte administrative... Dans ce panier de parasites hématophages se distingue une inspectrice qui s’acharne à déceler la moindre virgule de travers susceptible de justifier une amende. Elle revient, bien sûr, étant donné qu’il est « bon client ».

Excédé, à bout d’enthousiasme, il décide enfin de s’exiler aux US. Il considère que cette lettre fait partie du solde de ses affaires en France. Le consensus se cultive dans le partage d’une connaissance commune, dans la volonté de ne pas être seul à savoir, quitte à donner dans le prosélytisme. Une sorte de testament, de proclamation d’impuissance, un cri de soulagement.

Un entrepreneur « survivant » s’adresse à toi, écoute bien :

Au terme de la carrière d’un flic de l’URSSAF, combien d’entreprises et de patrons a t il dégoûtés, coulés ou fait fuir ?

Ce qu’il rackette l’est au dépend de l’envie de s’en sortir, de l’ambition, de la cohésion et de la paix sociale, Au profit de la jalousie, de l’envie envieuse, de sa conscience, des scandales financiers alimentés par les caisses,

Il est la police comptable du gaspillage et des abus et des faillites.

Et toi aussi, puisque tu t’es servie une fois de plus sur le dos d’une entreprise, et que ce sont ses membres qui en font les frais, aussi bien les dirigeants qui bossent déjà deux jours sur trois pour t’engraisser, toi et tes comparses, que les employés qui sont avisés de la raison pour laquelle, cette année, ils n’ont pas de prime.

Parce que tu nous as volés.

Car c’est bien un vol n’est ce pas ? Es-tu le chef d’escadrille des cons qui volent ? Dommage que tu ne sois pas Kamikaze ; traduction : con à usage unique ; encore que, on pourrait presque souhaiter être racketté à nouveau pour pouvoir te tuer encore. Tu as piqué du pognon, ce pognon que tu crois gagner, mais à la sueur de notre front. Quand on gagne son pain avec tant de mal et que, sans cesse, il faut faire attention aux petites dépenses, comment ne pas être écœurés de considérer avec quel mépris et quelle arrogance les acteurs économiques sont saignés par les sangsues que vous êtes, et puis de quelle façon ces ponctions hémorragiques sont gaspillées. Je sais pourquoi maintenant je me lève à trois heures du matin, pour aller travailler dans la nuit glacée, et il n’est pas un de ces moments où, saisi par le froid et encore chargé de sommeil, je ne pense à toutes les cancrelats de ton espèce qui sont douillettement aux aguets pour nous pourrir l’existence et réduire notre motivation au travail à une crispation bileuse. Alors, chacun de ces matins, mes mains engourdies se réchauffent simplement dans la pensée de serrer lentement le cou porcin d’une vermine de ton espèce, et je savoure la terreur qui éteint son regard vacillant.

Et toi, vermine, maudite conne, depuis quand embrasses-tu cette voie ? La seule chose que tu puisses épouser maintenant. Comment peux-tu encore avoir le courage de te regarder dans la glace ? Comment oses-tu serrer les mains que tu viens saigner ? Crois-tu que le sourire affable qui t’accueille n’est autre qu ’une politesse de convenance, alors que ton agonie nous comblerait d’aise ?

Les entreprises, traquées et épuisées par ton engeance, s’expatrient quand elles ne coulent pas ; et toi, toi tu restes. Tu n’as rien à faire là où on crée du bien et des emplois, puisque dans ce domaine tu es inutile et, même, nuisible ; tu ne crées que du mal et tu avaries le sang de ton pays.

Tu n’es qu’un parasite malfaisant, vivant sur nos impôts et sur le racket de nos impôts, et les impôts du racket. Une sorcière servant les « puissances du mal », dénoncées dans un réquisitoire littéraire. Une vipère parmi les vipères de l’hydre administrative. Une punaise, un crachat social, une saloperie humaine.

C’est vrai que tu n’es pas belle, et comme tu es aussi bête que méchante, cela convient très bien à ton teint et à ta pratique, et ne fait qu’ajouter à cette laideur une saleté intérieure. Cette espèce de hideur dessinée par une résignation à rester fourbe et méchante, de cette malveillance obtuse et froide des vils serviteurs des assassins. Tu n’es pas même diabolique. Le diable, lui, est beau et malin par définition. Toi, tu ne mérites même pas l’enfer, tu es inclassable. Tu n’es que de la fange, de la vulgarité brute, un mensonge poisseux et fétide, un cloaque puant qui n’a pas de sexe, et l’enfer, s’il t’accueille un jour, t’offrirait au moins une identité honorable. Cette faveur, peut-être quelqu’un aura t-il la compassion de te l’offrir en t’écrasant la gueule à coup de DOG MARTIN contre la bouche d’un égout lorsqu’une révolution offrira de châtier ceux qui ont contribué, comme toi, à ruiner la France.

Tu ne vieilliras pas tranquillement, fumier. La poix est prête. D’abord les pieds. Ambassadeur de tes ancêtres, tu piétineras un brasier de circulaires jusqu’à ce que ta souffrance nous fasse crépiter de plaisir. On veut des hurlements atroces, ce sera le pied. Pendant ce temps, des vieillards atteints de pyorrhée lécheront ta bouche et les yeux. Longtemps, très longtemps après, alors qu’ils se seront putréfiés sur toi, nous t’enduirons avec de la cire d’oreilles d’ogre vert et du smegma de syphilitiques. On y mettra le feu. Le grésillement de ta graisse et de ta cervelle accompagnera tes lamentations d’une harmonique désopilante. Tu boiras du gasoil bouillant, on s’amusera à allumer tes jets de pisse, ça te fera une chaude lance. Tu mangeras de la merde séchée de contribuable poitrinaire nourri aux piments oiseaux pour chier des bouses ardentes. Braise d’anus on t’appellera, ah ah ah !

Ta gueule, enfin enduite de ta méchanceté et de ta bêtise, servira de torche vivante pour illuminer une nouvelle zone, l’enfer des cons.

Non, ce n’est pas une lettre d’injures, mais une incantation. Qu’en attendant le cancer te consumme les entrailles, comme toi tu ronges le sang de ton pays.


La St Con ou les dérives macabres d’un paumé

« Force est de constater que les jeunes sont de plus en plus stupides et enclins à toutes les dérives en prenant les divagations d’individus dangereux pour argent comptant en se livrant à des actes répréhensibles à la seule lecture d’une annonce alléchante »
Tel est, en gros, ce qu’on peut retenir du discours du maire de Nancy, suite au marasme médiatique engendré par l’arrestation avant-hier d’un jeune bloggeur accroc à l’internet, suspecté dans l’affaire des « immolations nancéiennes. »
La police avait d’abord exploré la piste peu fructueuse de supposés « groupuscules sectaires ». L’inscription « Saint-con » figurant au dessus des cadavres calcinés pouvait en effet induire en erreur.

Pourtant, il ne s’agissait que des actes d’un homme seul, profondément perturbé et recruté par des anarcho-gauchistes sans scrupules dont le but inavoué n’est que de renverser les chefs d’état en proclamant la connerie comme ennemi, rappelant ainsi, par moyens détournés, que tout homme politique est un con en puissance et qu’il faut s’en débarrasser.
« Je pénétrais chez ma victime, m’assurant que personne ne pourrait lui venir en aide, puis à l’aide d’un dildo en bois, j’assommais mon con »
Tel était le mode opératoire de « Groumf » le mystérieux carboniseur de Nancy, en Lorraine. L’homme reste naturel et léger quant à son geste, tout comme lorsqu’il l’explique minutieusement. Rien ne laisse transparaître la moindre culpabilité
« Bon au début, j’ai fait dans le classique, en attachant la victime à son plumard, en l’aspergeant d’essence avant de jeter une allumette et de m’en aller, mais au bout de la dix huitième victime, ça devient moins marrant, alors j’ai innové [...]
J’ai par exemple, avant de brûler les sœurs M., fait une reconstitution minutieuse du bûcher utilisé pour brûler les sorcière au Moyen-Age. Pour mon cousin, con en puissance, j’ai placé une bombe incendiaire dans la bouche de sa poupée gonflable après l’avoir gonflé grâce à l’arrivée de gaz, notez bien que je suis un artiste, la bombe se déclenchait uniquement en cas d’éjaculation, grâce à la contraction de la bite. [...] Mais la victime que j’ai préféré calciner, c’est quand même ce bougre de bloggeur de merde, le tristement célèbre atom-of-the-end. Ca c’est du con. »
Loin de regretter son acte, Groumf décrit comment il en est arrivé à un tel degré de bassesse dans une humanité déjà au fond d’un trou puant l’urine et la bêtise crasse.

« Au départ, l’idée était de participer à la saint con, grand rassemblement de zonard dont le but était de brûler son con, ou tout du moins de poster un texte expliquant comment nous avions procédé et qui était notre victime. Voyez vous, je suis un auteur soucieux de la qualité de son récit, et surtout de sa véracité. J’ai donc étudié la question, et vu le nombre d’auteur talentueux présent sur la zone, (nous rappelons que l’auteur de ce texte est dérangé et incohérent) j’ai alors compris que tous les auteurs, sans exception, iraient donc aussi loin en brûlant réellement leur con, con choisit consciencieusement. Ma première victime (un vieil ivrogne du bar au coin de la rue) avait tout, sa fin mémorable aurait été le centre d’un récit génial qui m’aurait propulsé sous les projecteurs, mais il lui manquait quelque chose : la notoriété.
Moi je savais qu’il était con, mais, et si un auteur décidait par exemple de brûler Sarkozy sur une voiture au fond d’une banlieue...j’avais l’air de quoi avec mon ivrogne ? Je vous le demande. J’ai donc fait d’autres victimes, de manière à rendre mes cons, d’une certaine façon, célèbres. Mais leur célébrité ne dépassant guère ma région, et n’ayant pas accès aux hautes sphères, j’ai dû réagir.

Les effets de manches tous plus élaborés les uns que les autres pour brûler un con, de manière originale, étaient éclipsés par la médiocrité du con lui-même. Arrivé au jour de la saint con, durant le rassemblement officiel, j’étais seul, sans récit et sans con. Et c’est alors qu’est arrivé Atom-of-the-end, invité par Nounourz à brûler un con. Le bloggeur aux 30 millions d’hommes-bites et d’ennemis, con pour certains, très con pour d’autres, champion de l’humour merdique, à la syntaxe banal, au vocabulaire bourré de barbarisme et de fautes et à la verve corrosive auto-proclamée...
Une chance inouïe ! Un con, relativement plus connu que ceux sacrifiés jusqu’ici, ce n’était peut être pas Villeret (j’ai d’ailleurs pensé à lui mais cet imbécile est mort avant que j’aie eu vent de l’existence de la saint con) mais c’était mieux que rien. En demandant à Atom-of-the-end ce qu’il foutait ici et où était son con, il m’a répondu qu’il était, comme à son habitude, arrivé les mains vides et espérait juste se bourrer la gueule... J’ai trouvé ça très con. Mais vraiment très con, de venir volontairement à la saint con sans son con. Et j’ai reçu une illumination. C’est pourquoi je l’ai forcé à boire, même s’il n’a guère besoin qu’on le force à dire vrai...

Une fois suffisamment ivre pour brûler correctement sans opposer de résistance, j’ai fait basculer sa tête en arrière, de manière à ce qu’il ouvre la bouche j’ai placé une planche en équilibre au dessus de sa tête, puis j’y ai posé une bougie. L’équilibre de cette planche était assuré par une sorte d’échafaudage branlant, une fine corde de nylon reliant la planche à l’échafaudage, ce qui empêchait le poids de la bougie de faire basculer la plaque de bois prématurément. J’ai alors jeté plusieurs magazines et vidéos pornos sur l’échafaudage, puis je me suis dirigé vers la foule de zonard, hurlant que des vidéos et des magazines pornos avaient été laissé à l’abandon alors que j’indiquais du bout du doigt où je les avais déposé...l’annonce ne remporta pas un grand succès, jusqu’à ce que je précise qu’il y avait aussi des revues pornographiques gays. C’est alors que les zonards se précipitèrent vers l’échafaudage branlant, et c’est à une multitude de masturbations simultanées que nous devons la dislocation du dit échafaudage. Une fois la structure en chute, la cordelette de nylon se dénoua, la planche bascula vers ma victime, et la bougie tomba tout droit dans le gosier d’atom of the end.
La quantité d’alcool impressionnante, inhumaine même, ingurgitée par le bloggeur, eut l’effet escompté. Elle provoqua un terrible incendie intestinal chez ma victime, qui se leva d’un bon, courant et hurlant dans tous les sens, avant de s’embraser sous les yeux ébahis des zonards présents, simulant ainsi la plus bel combustion humaine spontanée vue à ce jour. Le spectacle était si criant de vérité qu’atom-of-the-end reçut, à titre posthume, le prix de la plus belle auto inhumation de con, le jury restant sourd à mes protestations et mon histoire, trop occupés qu’ils étaient à lire des revues gays ou à brûler des cons. »

C’est ainsi qu’à la suite de ce témoignage, les administrateurs de la zone furent arrêtés, ainsi que bon nombre des participants de la saint con. Les organisateurs se retranchent derrière une mauvaise interprétation du second degré de leur propos par des « cons », qui ne mériteraient que d’être brûlés vifs, selon eux. Autant dire que cette remarque sera utilisé en leur défaveur durant le procès.


Au coin du feu

Le type arrive sur une île. Il entend une voix, se retourne, et une sorte de nain lui cause d’étoiles et d’églises, dont l’une sonne comme une ville des Etats-Corrompus d’Amérique. Il a maintenant quelques messages à passer. Sept au total. Un par jour. êa sent le syndicat tout ça, sauf si le septième, il est obligé de l’adresser un dimanche.

Le premier pour dénoncer un problème d’endurance. Il faut aller vite et revenir au début. Sinon, c’est la mort. Le deuxième concerne quelques juifs qui seront emprisonnés pendant les dix jours de tempêtes. S’ils restent tranquilles, ils s’en sortiront. Le troisième, c’est pour une histoire de barbaque. Ils ont dû tout bouffer, les salauds. C’est mal. Le quatrième est affaire d’adultère : un dévergondage malsain, des prostituées, des malades de la peste et de la grippe aviaire. Le cinquième à cause d’une tache sur un quelconque manteau. Le sixième pour une porte que personne ne peut fermer. Le septième pour un SDF dont l’apparence tout entière est vraiment à vomir.

Et puis la trappe s’ouvre, il monte, il trouve une tripotée de vieillards zoophiles qui s’extasient devant un lion, un taureau et un aigle. Les animaux ont des yeux partout. Les vieux ont des couronnes. Ils ont dû tous avoir la fève, mais il n’y a pas de reine. On pleure, parce que personne n’arrive à ouvrir un bouquin. On égorge un mouton et hop ! Le mouton égorgé, au bord de l’agonie, laissant derrière lui des traînées de sang, arrive avec ses petites pattes à ouvrir le bouquin. Ils sont contents. C’est un livre de contes. Il y a un cavalier couronné (encore un chanceux de la galette) tagadant un cheval blanc, un méchant qui va tuer tout le monde, un nègre qui fera la justice et Shrek, ou Hulk, je ne sais plus, qui portera les cadavres. Il y a des types cramés qui hurlent encore et qu’on essaye de calmer, des tempêtes, une liste de personnes qui seront épargnées et des trompettistes barbares. Le son des trompettes fait tomber une pluie de sang, affale les montagnes, décroche les étoiles, cache la lumière, libère les sauterelles, massacre un tiers de l’humanité. Au dernier son de trompette, tout s’effondre. Une dame (Ah, enfin ! Une dame !) est poursuivie par un dragon qui veut avaler son rejeton sitôt qu’il sortira du ventre de sa mère. La dame accouche, le bébé est sauvé, elle est nourrie gratos et le dragon tombe dans une crevasse. Il n’a pas dit son dernier mot ! C’est qu’il a des potes, le dragon, et notamment une grosse bête avec des cornes partout. Tout le monde l’aime bien, la bête, parce qu’en fait, personne n’a vraiment le choix de faire autrement. En signe de reconnaissance, ils se marquent trois "six" et peuvent ainsi rester vivants. Arrive l’armée des quarante-quatre mille vierges menée par trois fous menaçants. Ils ont des faucilles et sûrement, des marteaux. Ils éclatent tout sur leur passage et font une mare de sang. Ils ont aussi des alliés bien utiles : une bande d’empoisonneurs armés jusqu’aux dents. Les poisons donnent des ulcères, vident les mers, pourrissent toutes les sources d’eau potable, accélèrent le réchauffement de la planète et le dérèglement climatique. Le temps du combat a sonné. Ils assassinent la pute et tous ceux qui l’ont sautée. La méchante bête et le dragon périssent à leur tour. Tous ceux qui moururent à cause des méchants ressuscitent pour mille ans et une nouvelle ville s’érige, triomphante.

Heureux ceux qui lavent leurs vêtements, pour avoir droit à l’arbre de vie, et entrer dans la ville par les portes. Dehors, les chiens, les empoisonneurs, les paillards, les meurtriers, les idolâtres et quiconque aime et pratique le mensonge !

C’est con, ce livre.

Il jeta la bible dans la cheminée et Dieu, dont elle était censée lui prouver l’existence, brûla avec elle. Aucun ange du ciel ne vint les sauver.

Amen.


Découvrons le monde merveilleux du métal : les True Evils

Découvrez le monde trépidant et méconnu du métal et ses principaux acteurs...
Le mot du jour, spécial Saint-Con : True Evil (oui, je sais ça fait 2 mots...)

True Evil : n.m. (n.f. mais plus rare) Littéralement « Vrai Méchant ». Se prononce « Trou Ivol ». Puriste du métal extrême adoptant un mode de vie non moins extrême et méprisant ouvertement toutes les autres musiques. En effet, selon lui, tout groupe ne parvenant pas à reproduire avec exactitude le son délicat et cristallin du marteau-piqueur ne mérite pas d’exister. Il n’écoute que des groupes de « True », c’est-à-dire de PURS bourrins. Je m’explique : un groupe de death/black métal aux riffs de guitare frénétiques (qui a dit inaudibles ?), à la basse jouée façon marteau-piqueur, au batteur tapant comme un épileptique en rut, au chant proche du porc qu’on égorge et vantant les mérites du dépucelage sauvage d’orphelines trisomiques de 8 ans, c’est True. Le même groupe avec un claviériste, c’est des grosses taffioles. En effet, la musique dite « True » ne doit contenir ni mélodie ni passage symphonique pouvant évoquer une certaine « douceur ». Que nenni ! D’autant que le dark-brutal-death-core se marie très mal avec du Richard Clayderman...
La musique chérie du « True Evil » doit être brute de décoffrage, sans temps mort, et doit donner l’impression à l’auditeur d’assister au décollage d’un Boeing 747. Pour les textes, plus le thème est gore, plus c’est True, par exemple : l’excision d’anorexiques de 14 ans avec des ciseaux rouillés, le massacre et le viol de bébés phoques, la sodomie à sec de sa grand-mère avec une clé à molette, etc...
Mais dans ce cas présent, peut-on vraiment parler de musique ?
A vrai dire, non... mais il faut dire OUI quand même sous peine de se faire savamment maraver la gueule à coups de gourdin par une bande de True Evils hurlant : « Black Metal ist Krieg !!!! ».
Le True Evil, comme je l’ai précisé plus haut, n’a pas son pareil pour démonter les autres styles musicaux (rap, pop, jazz, rock, punk, électro, goth, métal pas True,...), mais gare à celui qui ose critiquer le métal ! L’étroitesse de son esprit n’a d’égale que celle du cul d’Edouard Balladur (bien que personnellement, je ne sois pas allée regarder). Toute la vie du True Evil gravite autour du métal extrême, à tel point que ça en devient son mode de vie : il pense True, il mange True, il chie True.
Il adopte un look extrême _ cheveux longs cradingues, tatouages, piercings, barbe (dans laquelle on trouve des résidus de bouffe), graisse (physiquement, le True Evil n’a rien d’une sylphide) et t-shirts de groupes au nom illisible et imprononçable pour un individu sobre _, un mode de vie extrême _ il picole, fait la fête la nuit avec ses potes True Evils jusqu’à pas d’heure, picole, dort le jour, picole, bouffe de la viande crue, picole, sacrifie des vierges et picole _ mais surtout une manière de penser extrême. En effet, le True Evil déteste tout et tout le monde, méprise ouvertement ceux qui sont différents de lui par leurs goûts (ou même différents tout court), considère les femmes comme de simples vide-couilles, chie sur la religion mais croit néanmoins en Odin (son plus grand regret : ne pas être un viking), et surtout est persuadé d’avoir tout le temps raison (osez prouver à un True Evil qu’il a tort, et vous allez perdre tout intégrité anale à coups de pied-de-biche...).

Bref, vous l’avez compris, le True Evil est un gros con.

Dans les concerts de métal (même si ce n’est pas du « True » métal), il y a toujours au moins un True Evil présent, venu davantage pour picoler, se foutre de la gueule des « pas True » et se bastonner que pour la musique. Et fouteur de merde avec ça !

Heureusement, grâce à la Saint-Con (béni soit son créateur : qu’il soit exonéré d’impôts jusqu’à la fin de ses jours), le moment est venu de lui faire payer sa connerie !

Pour ce faire, vous avez besoin :
- D’une salle de concert
- D’un groupe de métal avec lequel vous êtes amis (ou juste de mèche) et ayant certaines chansons « douces » dans leur répertoire
- D’une bouteille de vodka pleine
- D’une bouteille de vodka remplie d’eau
- D’un sac dans lequel vous cacherez les 2 bouteilles
- D’un briquet

Une fois tous ces ingrédients réunis, le piège machiavélique peut commencer.

Allez amicalement à la rencontre du True Evil du coin et qui vous fait tant chier. Proposez-lui d’aller avec vous voir le groupe de death-thrash-grindcore-trollish-black-metal « We Fuck Virgins in the Ass with a Screwdriver and Make Them Eat the Cassoulet Toulousain that We Vomited Yesterday » qui passe ce soir à la salle des fête. S’il décline, assurez-lui qu’il y aura plein de bière et de vierges à sacrifier, il ne pourra pas refuser.
Allez au concert avec lui.
Au bout de quelques chansons bien bourrines et quelques bières, faites un signe discret au groupe (avec lequel vous êtes de mèche je vous le rappelle) pour qu’il entonne LA chanson fatale.
Et voilà que raisonnent les premières notes de la fameuse ballade romantique du groupe : « Oh my love your dead and rotten cunt tastes like honey ». Le True Evil, allergique à tout ce qui ressemble de près ou de loin à de la tendresse (c’est une chanson d’amour nécrophile, certes, mais d’amour !!), va se mettre à râler, faire des gestes obscènes, balancer des canettes de bières (vides bien sûr) et insulter copieusement le groupe : « Bande de taffioles putrides ! Fils de putes syphilitiques ! Espèce de goths ! Votre chansonnette de pédés elle est pas TRUE !!!! ». A force de s’égosiller, notre ami bourrin va avoir SOIF.
Proposez-lui d’aller picoler le temps de la chanson. Sortez vos 2 bouteilles de votre sac, gardez sur vous celle de vraie vodka et tendez-lui celle remplie d’eau. Notre ami, trop énervé (et un peu bourré) ne se rendra pas compte du subterfuge... jusqu’au moment de se rafraîchir le gosier ! Le True Evil, après avoir élégamment décapsulé la bouteille avec ses dents, la porte à ses lèvres et entreprend de la vider cul sec. Quelle n’est pas sa surprise de sentir se répandre sur sa langue et son palais de l’eau ! DE L’EAU POUR UN TRUE EVIL !! Enfer et castration ! En état de choc, de violents tremblements vont soudainement secouer son corps, ses yeux se révulser et son sphincter se relâcher ! Profitez de son état pour lui vider votre bouteille de vodka pure sur tout le corps. Dégainez votre briquet, jetez-le sur votre victime et admirez-le brûler et périr dans d’atroces souffrances.
Ne restez pas trop longtemps à l’admirez connement ; la salle de concert est en train de cramer. Fuyez !

Une fois dehors, vous pouvez être fier de vous : non seulement vous avez débarrassé la Terre d’un con, mais si ça se trouve vous en avez tué plein d’autres dans l’incendie.
Bravo.


Feu Follet

Le cerveau plein d’échardes associé à la vivacité d’esprit et au dynamisme proverbial du chêne centenaire neurasthénique. Une gueule de bois cosmique, mimant une descente, non pas aux enfers, simplement dans une réalité terne, palpable, et refroidie. Une verve morne pour verbes morts.

Avoir contemplé le Chaos dans les yeux, d’égal à égal, sans même sourciller. Avoir réussi à capter son attention, son intérêt et, dans l’espace d’un infime instant, avoir perçu son respect. Revenir à la réalité -notre prison- consumé, cerveau connecté à l’envers, neurones calcinés, les idées vitrifiées par cette expérience. Les pensées restent brûlantes, incisives, et mordantes, se refroidissant lentement.

Il est de ces expériences dont on ne peut revenir intact, côtoyer le Chaos, avoir la folie de vouloir l’appréhender, l’assimiler, l’accueillir au sein de son crâne, au sein même de son âme qui en fait partie. Le Chaos est un concept, un absolu ; son essence ne nous autorise pas à nous immerger en lui sans sombrer dans une démence inhumaine, profonde comme un monde.

S’intégrer au Chaos de façon délibérée est un réflèxe autodestructeur de notre conscience sur notre être, un meurtre spirituel. Une apoptose, un refus catégorique de l’existence du réflèxe de survie, une démission de cette société déclinante faisant commerce de la santé mentale et de son apologie, tout en finançant l’aliénation de masse -des masses- à grands coups de parpaings médiatiques lancés sur des cerveaux désossés. Résultat ? de la compote de neurones... et des parpaings dégueulasses.

Le Chaos... Il ne faut pas l’atteindre, il suffit de l’attendre.
Au dessus de nous, et progressivement, il pénètre notre âme, correctement lubrifiée par l’alcool, la came, la folie qui dilatent l’esprit pour laisser place, sans heurt ni douleur, à cet absolu qui nous ravage de l’intérieur. Attention. Il est recommandé de se pencher attentivement sur les précautions d’emploi de votre Chaos afin d’éviter tout désagrément, car : "se laisser pénétrer à sec, est un coup à se faire scarifier le cerveau au scalpel électrique".

Le Chaos, concept insidieux, fourbe et opportuniste, nous accompagne toujours durant nos absorptions conviviales de psychotropes. Assis sagement à nos côtés, immobile, il ne nous quitte pas des yeux ; nous observant avec cette tranquillité sereine, cette patience infinie qui caractérisent si bien les éternels. Il attend donc son heure, s’occupant comme il peut, regardant en souriant nos résistances se briser peu à peu sous les substansifs coups de béliers spiritueux, que l’on s’inflige ; lorsque l’on vogue sur le cours de nos veilles.

Et, quand les vagues démentielles de la tempête neurale érigées par l’ivresse, ou la folie, en viennent à submerger les digues qui contiennent/retiennent le flot de nos pensées en place, en les ancrant dans une réalité si terre à terre ; le Chaos s’immisce alors.

Il nous abandonne quelques heures plus tard ; il nous libère lentement, nous ramenant à notre solitude cérébrale, livré à nous-mêmes, enfermé dans notre crâne, notre cellule, avec pour toute compagnie cet autiste narcissique à demi cinglé, auquel il ne faut jamais tourner dos, que certains appellent "l’inconscient". Le Chaos est un geôlier qui nous rend visite de temps à autre, pour une inspection surprise, histoire de vérifier si nous sommes enfin devenus mûrs pour la psychose, si nous sommes assez rongés de l’interieur, pourris par la démence pour accepter l’éventualité d’une évasion.

Le Chaos nous purge, nous purifie ; il affaiblit notre corps et bouleverse la discipline académique, la rigueur consensuelle de nos pensées. Il torture notre enveloppe, rompt le pacte fragile de non-agression mutuelle qui unit en temps de sobriété le pantin au marionettiste. Le Chaos élève notre esprit, lui permet de prendre son envol, il le tire vers le haut, en baisant notre corps. Il paraît nous consumer, il semble brûler notre âme en nous maintenant si proche des flammes astrales de son essence. Mais il ne fait que réchauffer notre âme, alors que notre corps repose, seul et inerte, sur des charbons ardents.

J’aimerais parfois l’embrasser, m’offrir à lui sans resistance, sans concession, ni discussion. Une rémission totale. Ne plus me contenter de l’approcher, d’être dans ses bras, mais l’embrasser à pleine bouche, le mordre. Abandonner cette réalité corporelle, froide fade et si souvent insipide, où mes sens, bridés ne me renvoient que mélancolie à l’idée d’avoir vécu si proche du Chaos. Il est notre passeur, il est une passerelle instable, ballotée par le souffle de la démence, sur laquelle je marche les yeux bandés, ivre mort et hilare, pour accéder à la Passion.

J’ai conscience que je serai peut-être incapable d’aimer autre chose avec autant de force. Ce paradoxe m’amuse : ne pouvoir apprecier pleinement qu’un concept aussi abstrait, et insaisissable qu’absolu, et ne pouvoir qu’éventuellement ressentir son inhumaine globalité que dans les quelques secondes précédant ma mort, à l’instant précis où ma conscience s’embrasera intégralement dans un orgasme absolu avant extinction -définitive- des feux, sans artifice.

Pour faire bien, et pour finir, je tiens à ce que mon corps subisse la même expérience -la crémation- afin de rester intègre et en accord avec mes principes, et ce, même en postmortem.


Tu es poussière...

21h40. Encore une heure de patience, à peine. Puis, à l’appel du steward je ramasserai mon petit sac à dos posé à côté de moi sur le banc métallique, mon seul bagage, et j’irai de l’autre côté de la barrière, la dernière. Je tendrai ma carte d’embarquement à l’autre pétasse boudinée dans son uniforme ridicule qui se dandine d’un pied sur l’autre, et pour toujours, je tirerai ma révérence, je disparaîtrai.

Mais pour l’instant, j’ai l’impression que l’horloge fixée sur le pilier en face de moi recule. Alors, pour tromper l’attente languissante, calmer mes doutes aussi, je balaie la salle du regard et tente d’imaginer la vie de ces inconnus qui m’entourent Apparemment il n’y a pas énormément de monde pour embarquer sur ce long courrier. Le hall d’attente est étrangement silencieux, ça sent les parfums capiteux et le cuir des boutiques duty free. Les produits d’entretien aussi. Des odeurs placebo qui masquent temporairement la crasse humaine. Il y a, éparpillés sur les sièges, juste quelques hommes d’affaires taciturnes, fatigués de se battre...comme moi. Des locaux qui rentrent chez eux chargés de présents pour les leurs, compilés dans des sacs de fortune. Un groupe de touristes sans enfants. Tiens oui les enfants ? Que font les miens ?

Une grande femme passe devant moi. Je remarque ses longues jambes musclées et je m’évapore mentalement dans le claquement sec de ses talons hauts faisant danser ses courbes. Surtout ne pas penser. De l’autre côté des immenses baies vitrées qui nous entourent, la nuit dévore inexorablement la piste d’envol et les lumières clignotantes des avions ressemblent à des lucioles, éphémères, comme ma vie.

Brusquement j’entends résonner une voix nasillarde, l’appel est lancé, cette fois c’est la bonne. Mon cœur s’emballe, il frappe mes tempes. Je tremble un peu. Je suis excité et triste à la fois. Je me sens seul, terriblement. J’hésite une minute ou deux puis mon corps se lève indépendant de ma volonté. Quelques enjambées et me voici comme un automate devant le comptoir. Ma main se tend vers l’hôtesse. Je regarde mes doigts donner le pass. Je ne réfléchis plus. Je me laisse porter . De toute façon il est trop tard pour faire machine arrière. Depuis des mois j’ai préparé en secret ma disparition, tout organisé pas à pas, les faux papiers, les points de chute, l’ailleurs, l’après. J’ai soigneusement verrouillé toutes les issues de sortie possibles, alors il n’y a plus à hésiter, aucune échappatoire pour cause de lâcheté. Il faut y aller, cette fois j’y suis.

Qu’importe ! un peu plus tôt un peu plus tard de toute façon on disparaît tous d’une façon ou d’une autre, autant choisir son moment comme un pied de nez à cette putain de vie.

Libre, je suis libre... Libre.

J’ai le feu aux joues. je m’engage sur la passerelle d’embarquement. Il fait un peu froid. La femme aux longues jambes me sourit. Je remarque la pointe de ses seins se durcir sous son fin vêtement. Je me prends pour un aventurier. Pauvre con.
A peine ai-je franchi le sas de l’avion qu’une musique douce m’accueille et envahit mon cerveau. J’ai l’impression de pénétrer dans un cocon, de m’enfermer volontairement dans un piège. Malgré tout, j’avance docilement derrière la croupe de l’hôtesse qui me guide jusqu’à mon siège dans l’étroit couloir central, puis je me pose sur mon fauteuil trop serré pour me sentir à l’aise. Encore une poignée de minutes et ce sera le grand départ vers l’inconnu en traversant les cieux. La métaphore m’amuse. Encore un peu et je me prendrais presque pour un ange rejoignant son paradis alors qu’en réalité je ne suis qu’un fumier et un lâche qui a largué les siens et ses obligations. En bouclant ma ceinture je cherche du regard « Belles jambes » Elle a disparu, elle aussi....


Dans un petit bac en tôle rouillé qui fut l’ultime réceptacle d’une carte d’identité, d’un chéquier, d’un passeport, d’une carte bleu, d’une carte vitale, d’un permis de conduire, d’une carte d’électeur, d’une carte de groupe sanguin, d’une liste de téléphones et d’adresses.... de toute les autorisations obligatoires pour mener une existence d’esclave consentant, de toute une vie résumée en quelques chiffres, il ne reste désormais qu’un petit tas de cendres froides.

Ce matin même je regardais religieusement se consumer cet amas inutile de papiers imbibé d’essence dans les flammes. La Crémation du citoyen Français Ducon Lajoie. Dans le silence et la solitude j’ai immolé le con asservi que j’ai été pendant 40 ans. Une destruction citoyenne finalement plus importante aux yeux des mes semblables que ma propre disparition corporelle.
Désormais, je n’étais plus. Je n’existais plus. J’avais disparu, j’étais rayé à jamais de la civilisation. J’avais brûlé à jamais ce que j’étais, un objet d’utilité publique, programmé, estampillé, docile . Le feu vorace avait lavé mon âme tourmentée et libéré mon être emprisonné dans le carcan.

Libre, j’étais libre.


Le bourdonnement du lourd Boeing qui fait chauffer ses réacteurs en bout de piste me ramène à mon présent. Je suis bien calé, le regard fixé sur le trou noir du hublot. J’entends les frémissements des roues, ensuite le monstre s’élancera et tout sera dit, je m’en irai, définitivement, laissant derrière moi mon passé d’adulte responsable. j’échappe enfin à mon destin tracé. Je vais vivre.....


Flash spécial au JT : Un 747 s’est crashé sur la piste d’envol lors du décollage. Accident stupide, imprévisible ? attentat terroriste ? Il est encore trop tôt pour le dire. Une certitude, parmi les restes calcinés, éparpillés sur la piste, un corps n’as pu être clairement identifié. Il ne correspondait pas. Une enquête est ouverte.


Bernaüx le batard

« J’en appelle au feu purificateur sur la personne de Bernard Werber qui se camoufle online sous le pseudonyme Glaüx le chouette. », il n’y a pas à dire, la formulation en jette. Cela fait si longtemps que je rêve de cette journée du 10 avril. Cette saint con sera l’aboutissement de toute ma vie, le point culminant de mon étude approfondie de la connerie humaine. C’est dit, je serai Grand-Inquisiteur cette année.

Je me lève pour une fois dans ma vie en forme. Petit déjeuner rapide pour commencer rapidement mes préparations. J’ai déjà son adresse. Ce fut facile à obtenir : son site bernardwerber.com est enregistré chez Gandi et une banale recherche whois fut très intéressante. Un petit tour sur mappy m’a appris qu’il habitait en face du cimetière de Montparnasse et la photo satellite m’a confirmé qu’il s’agissait bien d’un immeuble. Après avoir mangé, je m’imprime donc tout ça et prépare mon sac à dos.
2 briquets, histoire d’être certain de pouvoir allumer la mèche.
1 bidon d’essence, déjà entamé puisque j’ai rempli quelques bouteilles en mélangeant l’essence à du savon. 6 parties d’essence et 4 de savon.
Les deux cocktails molotovs ainsi préparés. (il m’a suffit de rajouter de banaux pétards bison autour du goulot). De la ficelle.
Un gros scotch noir pour baillonner cet enculé.
Tous ses livres de merde pour faire un combustible intéressant.
Des menottes.
Un grand couteau de boucher.
Une cagoule.
Du fric.
Un pique-nique pour midi.
Bien entendu, je laisse dans un coin tous mes papiers d’identité. En partant, je ferme à clé et planque le trousseau sous le paillasson. La gare m’attend, je commence à m’impatienter.

Dans le train pour Paris, je rumine d’excellentes tirades à lancer à Bernard Glaüx lors de notre face à face. Cet enculé qui nous fait croire qu’il est alsacien est en fait un petit bourgeois de la capitale. J’imagine déjà très bien son immeuble de planqué, son appartement avec son bureau plein de ses livres que je hais. Je jubile d’avance. Grand Inquisiteur, ce titre me va tellement bien que je le sens déjà me coller aux basques. Je regarde les autres connards du wagon qui détournent les yeux. Ma volonté leur fait peur, ils perçoivent certainement la supériorité indéniable de celui habité par la liberté et par le feu.

Je trouve sans problème l’immeuble en question dans lequel je pénètre grâce à mon passe du facteur. Il me suffit de repérer l’étage où il habite sur sa boîte aux lettres. Bien. Je commence à entrer dans une sorte de transe frénétique tandis que je commence à improviser mon plan qui jusqu’à présent se trouvait limité par l’absence de vision que j’avais de l’intérieur de l’immeuble. Je cours à son étage, montant les marches quatre à quatre. Je suis pressé d’en finir. Je passe la cagoule avant de sonner.

Il vient m’ouvrir ce con. Ca y est, il ouvre la porte !
Je plaque le couteau sur sa gorge en lui faisant chut avec la main gauche. Je le pousse en arrière, il trébuche et semble se faire mal.
Alors on fait moins le malin, hein, Bernaüx ?
Je ... Je ... Il bredouille l’enfoiré.
Tu permets que je t’appelle Bernaüx, connard ?
Je ne comprends pas ...
Ta gueule !
Je sors le gros scotch et le baillonne. L’entendre bredouiller des « Mais c’est pas moi » et autres « J’ai rien fait » m’insupporte d’avance. Enfin tranquille, je lui fous quelques coups de pied et commence à arroser chez lui tout en lui lançant mes tirades tant rêvées. « Tu crois en Dieu, Bernaüx ? », je lui fais. « Si je te crame, tu fais comme tes héros de merde ? Tu t’envoles, tu casses ton genre de putain de fil et tu vas dans un vortex de merde au centre de la galaxie ? ». Rhaaa, le con. « Tu sais ce que font les fourmis face au feu ? » Je sors du sac le bidon et les cocktails. Je vois dans son regard qu’il comprend où je veux en venir. Glaüx a dû réaliser quel jour on était et comprendre pourquoi je suis venu. « Elles paniquent Gloglo, elles paniquent... ». J’arrose un peu partout dans l’appartement, en me laissant suffisamment de place pour me casser sans problème. « Ton assurance-vie couvre les incendies connard ? » Il se débat. Je lui passe les menottes et l’emmaillote avec la ficelle.
Làààà... Il ne peut plus bouger. « C’est quand-même con pour un auteur de SF de crever comme une héroïne du moyen-âge. », A ce stade de notre discussion, j’exulte. J’explose de rire en regardant ses yeux révulsés, semblant me dire encore et toujours à quel point il regrettait d’être venu me faire chier sur Lapin, sur la Zone, ou sur son putain de blog à la con que j’ai fait semblant de programmer. Toujours attirer la confiance de celui que l’on veut détruire. « Tu vas crever comme une poubelle de banlieue, connard » articulais-je en positionnant le premier cocktail entre ses jambes ficelées. « Dis au revoir à ton oeuvre ! ». Là vient le moment tant attendu, jouissance ultime. je disperse tous ses foutus best-sellers autour de lui et lui fout quelques coups de pied comme il semblait s’évanouir. Et en égérie de la vengeance de tous les amoureux de la littérature, j’allume un briquet puis la mèche de la deuxième bouteille. Je hurle ma tirade finale :
« Espèce de batard, t’écris vraiment comme un batard, tu vas crever comme un batard ! », puis je claque la porte. Je souffle plusieurs fois pour calmer ma tension qui vient d’atteindre des sommets. Le pied ultime, crever Glaüx comme une pucelle, éliminer un connard de la Zone de plus, et gagner la Saint Con tout à la fois.


Soyons honnêtes

Allons droit au but.

Je n’en ai strictement rien à foutre de votre Saint Con.
Je m’en jute dessus, je m’en tamponne, je m’en racle le vagin que je n’ai pas, je m’en éructe des crottes de nez, je m’en secoue la batterie, je m’en bats les phoques.
Pour ne pas dire peu m’en chaut.
En effet.
Pourquoi consacrer un texte aux cons, aussi connement cons soient-ils ?
N’en ont-ils déjà pas assez ?!
Je préfère laisser ce sale boulot aux charognards de TF1, eux qui en vivent, de la connerie du con qui les regarde, du con qu’ils interrogent sur le trottoir, du con qui conçoit les pubs, et même du con qui conchie la télévision.

Pour la Saint- Con, non Monsieur Nihil et autres craterelles ambulantes, j’ai le crasseux regret de vous annoncer que je ne souhaite pas me joindre aux festivités.

Voyez vous, cette idée me répugne, m’indispose et me révolte.

Alors,non, pour la Saint-Con je ne me complairai pas dans le miasme infâme où s’ébat joyeusement la racaille pseudo intellectuelle ou supralittéraire.
Non pour la Saint-Con je ne contribuerai point à cette controverse digne du contribuable de base.
Non en votre compagnie je ne consentirai pas à massacrer des comptables de la pourriture cérébrale.
Non je ne congestionnerai pas les sinus du Grand Con de mes propos congrûment fielleux.
Non en ce jour de congé zonational je ne me connecterai point comme un conformiste à la congrégation confuse de La Zone, à votre concile de neurones congelés.
Non je ne serai pas le complice de ces complaintes conophobes.
Non je ne me ferai pas le numéro complémentaire de votre grille complexe de bourreaux compromis.
Non je ne réciterai pas de complies en implorant Saint-Con jusqu’à en avoir des compères- loriot .
Non je ne me conjoindrai pas à votre complot, à cette annuelle conjuration des comtes pour enfants débiles.
Non je ne conceptualiserai pas de concert avec des piliers de comptoir.
Non je n’écrirai rien de compulsif, pas même une comptine débile ou un poème en prose. Je ne cherche pas vos compliments. Pour être complètement franc je m’en contrefous.
Non en ce jour sacré je ne prierai pas ma concubine de s’arrêter dans l’incomparable confection de pipes qu’elle accepte de dispenser sous la libre contrainte à mon compagnon de toujours.
Non je ne me perdrai pas en conjectures sur nos contemporains contrefaits, malhereuses victimes de la consanguinté connielle.
Non je ne me convertirai pas à votre conviviale condamnation des cons.

Non.

Je ne suis de toute façon pas convaincu de la légitimité de l’action de votre contingent .

Bien au contraire, je souhaite être le contrevenant du jour, le rebelle à deux balles de la semaine., l’asocial incompris du moins, l’éternel Confucius de la débilité névrotique.
Non je ne soignerai pas mon comportement.
Je tiens à rester toujours aussi profondément concupiscent, je veux persévérer et éjaculer ainsi mon compost spermatique jusqu’au confins de la constellation.

Condamnez moi par contumace, congédiez-moi,bannissez moi hors de la conurbation zonarde, au-delà du continent, voire de toute forme de contingence connu, inconnue, ou même les deux si vous avez cela en magasin.
J’en jouis visqueusement à l’avance.
Sachez toutefois, que quel que soit votre mécontentement , tel un condor ayant bouffé du compte-tours, je saurai coordonner les compartiments de la contestation.
Et alors je planerai au dessus de vos cadavres en quinconce pour contrôler la consomption de votre consortium consternant.

Il n’y a rien au monde de plus conformiste que de comploter contre les cons.
D’ailleurs, comme le dirait ma consoeur confuse, c’est celui qui dit qui y est Nananère.
(J’oserais presque, si un optimiste élan de lyrisme et de lucidité m’envahissait, ajouter : « tralala »)

Aussi pour cette Saint- Con 2006, je souhaite être le Grand Brûlé.

Je veux monter sur le bûcher, sentir le venin se consumer sur mon épiderme.
Je ne vous implorerai même pas de me laisser des cendres. Je vous conspuerai en contrepèteries jusqu’à rendre votre convent top constipé pour convoiter une quelconque contrition en ma personne.
Je vous contaminerai jusqu’au dernier, vous crèverez tous la gueule ouverte, les vers boiteux entre les dents.
Et en trois jours vous reconstruirez le temple de la connerie.
Vous y consulterez, dans la confusion, des oracles à Concarneau.
Vous y convergerez pour la concaténation de vos médiocrités. La concavité de vos crânes s’emplira des fientes compactes de vautours trisomiques.

Par pitié, pour la Saint- Con, consumez-moi.

ps : ma viande est tendre et juteuse, mais elle pourrit vite.


Comment cramer un con de façon Rôle Play sans être trop Super Gros Bill Méga Bourrin

Introduction :
Aujourd’hui, c’est la Saint Con, où on crame des cons. Nous sommes le 10 Avril mais je ne m’interresserais pas au con valescent, ni au con textuel, ni au con vergeant ou au con plice, ils ne sont pas assez con et puis on pourra plus faire de jeux de mots pourris après. Non. Deux bons cons que j’aimerais voir cramer : Monsieur Jean-Pierre Raffarin et Mister George W. Bush. il sera donc plus correct de parler de Raffarinades et de Busheries.

Cette célébration de la St Con sera donc placée sous le haut patronage de l’ex-Premier ministre français, de Jean-Claude Vandamme, acteur parlant une quatrième langue belge, de Jean Chrétien, ex-Premier Ministre du Canada, ne parlant ni français ni anglais, de Georges W. Bush président des êtats-Unis ne parlant pas l’anglais, de monsieur de la Palice, de Joseph Prudhomme, du maire de Champignac, du Père Ubu et du docteur Coué réunis en con clave communicationnel.

Raffarinades :
Raffarin est con parce qu’il dit que "L’abstention, c’est une forme d’indifférence qu’il nous faut essayer de lever pour convaincre." et que son anglais est magnifique "Win.. the yes... needs the no to win, again the no."

« C’est perché au sommet de son arbre généalogique que l’homme sonne le plus juste(...). Pour un grand nombre de philosophes, le soleil c’est l’homme », a-t-il ainsi lancé, avant d’en appeler à « gagner de l’intelligence ajoutée ». S’en est suivie une longue diatribe sur « Les chars lourds capables de porter les idées uniques, le virus mortel pour la diversité culturelle (...), il ne faut pas exporter nos modèles dans des fourgons blindés ». [On peut comparer la première phrase à la citation de Cocteau : « C’est dans son arbre généalogique que l’oiseau chante le mieux. »]

Mais c’est sûr, le poids du pouvoir qui était lourd. Pauvre Raffarin et son petit cerveau...

Et pour les canards une dernière : "Si on annonce tout à l’avance, on est bloqué. On tire le canard en vol après l’avoir incité à décoller."

Busheries :
"Et il n’y a pas de doute dans mon esprit, pas le moindre doute que nous allons échouer. L’échec ne fait partie de notre vocabulaire. Notre grande nation va guider le monde et nous réussirons."

(Washington, Octobre 2001)

Pourquoi le dit-il alors ? Il me semble qu’il y a quelques champions d’échecs américains tels que Boby Fisher... Mais tant pis. Bush l’hyper conservateur qui gardait les crédits de l’Etat pour autre chose que des digues en Louisiane continue de penser qu’ "Une dictature, ce serait quand même sacrément beaucoup plus simple, il n’y a pas à en douter." (Juillet 2001) révélant que les américains valaient pas mieux que Staline qui lui au moins n’imitait pas Faudel en disant tout le temps la même chose (sauf que Faudel il le fait en deux langues !...) "Notre nation doit se rassembler pour se réunir."

(Tampa, Fla., Juin 2001)

"Nous prenons les bonnes décisions afin de mettre fin à la solution."

Quelle solution ?
Les soldats en Irak sont en sous effectif et les engagements dans l’armée sont en baisse. La solution est unique : Retirer les troupes d’Irak... Mais "Mon gouvernement a appelé tous les leaders dans le...dans le Moyen-Orient, à faire tout ce qu’ils peuvent pour faire cesser la violence, pour dire aux différentes parties qu’il ne pourra jamais y avoir la paix."

(Crawford, Texas, Juillet 2001)

Alors là, plus personne n’est aware de rien ! Enfin, allez sur Google et tapez "miserable faillure" (miserable raté) et cliquez sur "J’ai de la chance"...

Cramons les ! :

C’est donc avec joie que je propose de les cramer !

"OUAIS !"

Vous voyez que tout le monde est d’accord !
C’est donc ainsi que je mis à la chasse sans permis du Raffarin et du Bush à ma manière jedeurôlisticalisée !

Armée d’un fusil anti connerie et du traditionnel lance-flammes et mes sorts d’invocation de feu (mais je doute d’avoir à les utiliser, j’ai trop peur de les user pour des conneries !) associés à la Saint Con, acompagnée de ma boîte d’appats. Comme pour la description j’ai commencé par Raffarin, je vais cramer d’abord Raffarin, aussi parce qu’il habite plus près de chez moi !

C’était un carnage !

L’appat était un panneau avec écrit : "De Villepin a fait hausser le chômage des seize/vingt-cinq de 58 % avec le CPE".

"Ca y’est les gars, on l’tient !"

Alors il s’avance vers la provocation écrite, en déshabillé de soie rose, avec pantoufles lapin blanches à museau rouge au lieu des yeux rouges. Je m’avance avec le fusil anti-connerie qui le cloue sur place.

"On fait moins l’con, là !" je lui réplique pendant l’intallation du bûcher.

Tel le Cacique Hatuey, on le place dessus.

"Dernière volonté avant de cramer ?"

"Eeuuuh... Qui..."

"Trop tard ! MUAHAHAHAHAHAHA !"

Lance-Flammes Activé...Tentative d’évasion...(Jet d’intelligence ). Echec critique !) Lance-Flamme en cours d’utilisation : Attaque Méga Barbaque !...Coup Critique !...Con cramé !... Vainqueur Claudia Pepita !... Bonus d’XP : 1096 dont 90 % pour Phiip !... Bonus d’argent : 19 € dont 90 % pour Phiip ! Claudia monte au lvl 86 !

C’est bon, l’a finit la voix qu’annonce les niveaux ?

(Oui !)

Très bien, maintenant, j’ai pris l’avion pour traverser l’Atlantique.

Le billet m’a coûté bonbon, mais mes bonus d’XP m’ont aguerrie encore plus ! Et aussi la promesse d’un super barbaque...

J’arrive bientôt à la Maison Blanche de Washington après avoir fait un peu le tour du pays (J’ai mangé Cajun ! )...

Donc, j’arrive et je prends état des lieux. Le terrain est miné, je devrais donc affronter plusieurs monstres avant d’arriver au Bush du niveau.

Mais j’avais pas très envie de me battre là maintenant d’autant plus qu’il me semblait que j’avais un niveau LARGEMENT suffisant pour battre un Bush de niveau 86 avec une classe spéciale promettant un malus - 10 000 en intelligence !

Alors je tâte de mes dés pour mettre à l’épreuve mes propres points...

(Jet d’intelligence... Réussite...)

Qu’est-ce que j’suis forte ! Mais c’est du Meta-Game alors je ne l’utiliserais que pour me débarrasser des larbins !

Donc, j’avais décidé de faire appel à la ruse et de créer une diversion... J’ai attrappé mon pote Momo et lui accroché une barbe postiche au menton et enroûlé du pécul sur la tête avant de le lancer dans le champs de mines.
Ni une, ni deux, les cons de monstres et les chiens de garde se sont précipités sur lui. Tant mieux pour Momo, il aura de la bouffe gratuite !

C’est ainsi que je m’introduis dans la Maison Blanche où Bush, en bon Bush de niveau, m’attendait en me disant :

"Tu ne m’auras pas !"

"C’est ce qu’on va voir !"

(Jet de courage... Echec !)

Bush commence donc suite à ce jet à trembler sur ses cannes de serin (je confirme !).

(Sort de bouclier... Vous ne pouvez pas toucher votre adversaire durant un tours ! ... Lance-Flammes Activé !... Tentative de Fuite... jet d’agilité... Réussi ... )

Mais il ne s’en tirera pas comme ça. Je sors, vite, c’est urgent. Je décanille les coniauds de chiens d’garde pour libérer Momo, tant pis, ils auront un barbaque géant, de toute façon, le lance-flammes est activé, faut qu’il tire !

Jet de chance !... Fumble...

"YEAH !!"

Et c’est dans un immense feu de joie que ce termine ce banquet...


L’à peu près confession presque pas forcée

Le simple fait qu’il existe une majorité de crétins qui croient en quelque chose suffit pour que ce quelque chose prenne vie. Prenons Dieu, par exemple... Ne me dites pas que vous pouvez encore être athée ou agnostique dans le monde dans lequel on vit ? Tous les jours, des tas de connards tuent au nom de Dieu, nous avons essuyé plusieurs crises économiques conséquences directes de guerres aux Moyen-Orient, d’attentats dans nos capitales, de croisades et de djihads... Dieu est bien vivant et il nous fait chier au quotidien qu’on veuille croire en lui ou non.

Y a un petit moment que je me dis que le boulot que je fais n’a rien de plus à m’apporter. Ce n’est pas que ça soit un boulot pourri, au contraire et c’est plutôt bien payé. Je crois que j’en ai fait le tour tout simplement et il ne m’offre plus aucun espace dans lequel je peux surprendre les autres alors que c’est ce qui me motive, ce qui recharge mes batteries. Je suis fasciné par les idées nouvelles et mon boulot n’est plus vraiment le cadre dans lequel je peux en avoir. J’ai fini par concevoir mon taf d’un point de vue purement alimentaire et en fin de compte c’est suffisant. J’ai en effet trouvé un espace dans lequel ma créativité peut exploser sans la moindre barrière - Il est impossible d’emprisonner un homme libre, il trouvera toujours un moyen de s’évader - cet espace est un site pseudo littéraire sur le web, ça s’appelle Le Zine et ça se veut subversif, arrogant, corrosif et drôle... En réalité, c’est bancal et ça n’a rien de bien méchant, une longue série de témoignages d’anonymes, organisés comme le chaos peut l’être, vides de sens, de but, des caricatures et plagias involontaires grossiers et mal fichus de ce qu’on peut déjà trouver en mieux en librairie. Tout y est de mauvaise facture quoi que d’accès gratuit. Encore heureux, en même temps... Ce site est la preuve incontestable de la différence abyssale qu’il y a, tant au niveau du fond que de la forme, entre les professionnels de la plume et les bricoleurs de la fin de semaine. C’est une caution inespérée pour la publication papier payante, le constat qu’Internet n’est pas prêt de se substituer à elle.

En ces lieux pitoyables où s’amoncellent, se collectionnent et s’archivent des monuments de médiocrité, je porte le pseudonyme ridicule et improbable de Lapingouin et personne jusqu’à présent n’a fait le lien avec ma véritable identité, avec ma véritable vie et mes véritables idées. J’y suis imposteur, manipulateur, menteur, usurpateur et hypocrite depuis plus de quatre ans maintenant. J’ai fait copain copain avec toute la clique de scribouilleurs de passage et les habitués, j’en ai même rencontré quelques-uns une fois lors d’une soirée à Paris aux tous débuts... et c’est là au beau milieu de personnes que je ne connaissais pas in fine bien que les fréquentant virtuellement depuis un an, par dépit, au cœur de ma dépression, alors que je faisais mon numéro de clown fraternel pour simuler une camaraderie de façade, que je me suis rendu compte du véritable intérêt que je pourrais tirer du Zine. C’est exactement à ce moment qu’une idée génialissime a germé dans mon esprit. « Le simple fait qu’il existe une majorité de crétins qui croient en quelque chose suffit pour que ce quelque chose prenne vie... », Je me suis répété cela des milliers de fois alors que je rentrais chez moi au petit matin, bien murgé. Ce quelque chose ça serait le gentil Lapingouin.

Voilà maintenant quatre ans que je mène une étude psychosociologique sur ce conglomérat d’auteurs atypiques et pourris qui constitue la faune de cet étonnant microcosme de connerie humaine qu’est le Zine. L’écriture d’un recueil, voilà le terrain sur lequel j’exprime des idées nouvelles, voilà ce qui me sauve, ce qui recharge mes batteries et que je prends tant de plaisir à construire petit à petit en parallèle d’un travail morne et aride qui embrume mon quotidien dans un marasme d’asthénie. Cette étude que je mène en sous-marin, sous mon camouflage de Lapingouin, gentil participant docile, est un chef-d’œuvre de l’anthropologie moderne et elle sera bientôt publiée par un éditeur célèbre tout de suite séduit par le projet. « Vous venez de trouver une mine d’or ! », Qu’il m’a concédé récemment, « Cet attroupement d’auteurs maudits est incroyable ! Jamais personne ne les éditera ! Regardez les moi, ces couillons, se blottir les uns aux autres dans la froideur polaire de leur ânerie... On pourrait même tourner la suite de "La Marche de l’Empereur" à partir de leur vie... y a matière... Le succès commercial de votre étude psychosociologique est assuré... Les gens vont se ruer sur votre bouquin. Il n’y a rien qui les enchante d’avantage que de lire qu’il y a encore plus médiocres qu’eux-mêmes. »

J’ai presque fini le livre, je fais des coupes franches, j’affine mon style, j’intercale de vieilles notes que je vois sous un jour différent avec le recul. J’ai tiré de mes observations des tas d’enseignements, des tas de théories comportementales bizarroïdes, des tas de théorèmes sur la médiocrité ambiante, sur la perte de temps, l’ennui, j’ai dégagé des tas de constantes sur la connerie humaine ... Attendez, j’vais vous faire un petit état des lieux... Comment parler du Zine en occultant les habitués ? Impossible, ils sont au centre de mon étude. Je commencerais donc par eux...

Nuhul, le fondateur. Il annonce la couleur avec son pseudo... Avec lui faut pas la ramener, c’est un asocial de la pire espèce... versatile à volonté, bipolaire, on ne sait jamais trop comment l’aborder parce qu’on a peur de ses réactions aléatoires. Autant il peut te mordre jusqu’au sang quand tu le caresses, qu’il peut t’encenser quand tu le traînes dans le vomi. Son vrai nom est Jean Jacques Fourmi et il en a tellement souffert à l’école quand les autres le traitaient en permanence de suiveur, qu’il a cru bon pour contrer le coup de se forger une carapace de prophète de la subversion... bien entendu, c’est un échec ambulant. Son trip c’est de mêler le religieux avec les séquelles de son quotidien de technicien de surface... ça nous donne des histoires surprenantes sur le Zine, où des missionnaires - chevaliers - balayeurs partent en croisade pour ressusciter des clones de Monsieur Propre à la chaîne en se livrant à d’improbables batailles sanglantes de brosses à reluire et aspirateurs.

Yaqua, la copine du fondateur. Elle a subi sa mauvaise influence depuis qu’elle l’a rencontré dans une boîte gothique branchée de la capitale. Poète maudit : ce qui vous le comprendrez, en réalité, veut dire écrivain non publié pour le commun des mortels, signifie génie incompris pour les gothiques... c’est comme ça que Nuhul s’est présenté à Yaqua. En somme craquant pour la goloïde qui n’a pas pu y résister... Elle prend rapidement du galon comme toutes les ex-copines du gourou du Zine. Depuis il lui a lobotomisé le cerveau et il la force à participer à son délire en permanence. Elle se tape des séances de lecture insensées, durant des heures et des heures, des créations de Nuhul, depuis l’ébauche de l’idée jusqu’au jet final avoisinant en moyenne les 124 pages. Elle est Zinarde à plein temps, doit faire des rapports de 3 tomes sur tous les textes que pond le maître des lieux. Complètement grillée du cerveau, irrécupérable.

Teddybearz, un blogueur invétéré qui passe ses journées à raconter sa vie... cherchez l’erreur... Enfin ça c’est sa couverture, parce qu’en réalité, Teddybearz est le dealer officiel du Zine... un vrai petit apothicaire en peluche, l’ami, et ses textes crypto- pharmaceutiques sont des ordonnances à peine voilées. Il dirige sa petite compagnie qui expédie des Colissimo partout dans le monde avec tous les bonbons Pez que ses clients lui ont commandés sur E-Bay... Il est un peu suicidaire quand il a rien d’autre à foutre et qu’il s’emmerde. Du coup, son rêve dans la vie c’est de se transformer en stalagmite dans les alpages... Mister Freeze est une fiote à côté du gaillard, un vrai espoir pour la cryogénie.

Anatoly Karpov, un octogénaire fou furieux amoureux des charades préhistoriques, les seuls textes qu’il poste. C’est un apparatchik en exil, un nostalgique du Communisme qu’a fait encadrer sa carte du parti au dessus de sa cheminée et qui maudit le jour de la naissance de Gorbatchev, l’antéchrist... Ses ennemis héréditaires sont les habitants des îles Faeroe qu’il a purement et simplement en aversion, on ne sait pas trop bien pourquoi. Il nourrit par contre une grande contradiction : il concilie vénération de Lénine et du fils de Dieu, Jésus... A moins qu’il ne concilie vénération de Jésus et du fils de Dieu, Lénine ? Enfin bon, il est zarbi... Il parle un langage strange et floode les forums de lignes incompréhensibles en Q-Basic... Il se finit tous les soirs à la liqueur de mangue frelatée pour oublier que son hamster l’a quitté.

Glötte-la-hulotte, un professeur de François, le français du moyen age. (rendez vous compte...) Il hante textes, commentaires et forums à l’affût de la moindre faute... Il affectionne particulièrement les nouveaux arrivés à qui il donne des fessées déculottées en public. On pourrait croire qu’il n’aime pas ceux qui débarquent, mais non, il passe son temps libre à faire de la pub pour le Zine dans des blogs entre autres, dans les grands salons littéraires internationaux en particulier, à la recherche de viande fraîche. En fait, il se sert du site communautaire pour assouvir ses pulsions sadiques et lubriques.

Nawak et Abbé Cottard, deux morveux prépubères qui aiment à faire croire au lectorat qu’ils sont en train de passer le baccalauréat alors qu’ils doivent péniblement, si on additionne leur age, dépasser la 30aine... ça fait 5 ans qu’ils passent leur Bac, ils n’y a plus qu’eux qui croient à leur rengaine. Abbé Cottard est speedé, sa mère a remplacé le Nesquick par du crack dans son p’tit dej’ et ça ne lui a pas trop réussi... Nawak est plus calme mais c’est parce qu’il pratique le Kabuki, théâtre japonais, à moins qu’il ne s’agisse d’Ikebana ou Bukake, je confonds toujours... enfin c’est ce qu’il croit, il est cobaye pour l’agence Neurochirurgicale Française en réalité. Peut-être qu’un jour ces deux gaillards comprendront qu’ils sont faits pour vivre dans le cul l’un de l’autre ?

Kenurivaa prétend bosser à l’aérospatiale autour du projet Saucissonia un satellite envoyé pour prélever des trucs sur les comètes charcutières... Ce qu’elle nous cache c’est qu’en vrai c’est une chaudasse nymphomane qu’a dû demander l’asile politique à l’Allemagne, patrie de la pornographie amateur et du head-fucking, tant ses besoins sexuels sont grands et inassouvissables en France. Elle drague tout ce qui bouge sur le Zine et en particulier le fond des marécages littéraires quand elle nous pond des textes.

Tout ce petit monde se côtoie sur le Zine, cette entité numérique monstrueuse qui se nourrit de textes d’innocents internautes oisifs de passage. La plupart de ces habitués fait partie de l’administration, une caste à part, les organes vitaux de la Bête. Les autres aspirent à intégrer ce corps et lèchent les bottes de ceux qui en font déjà partie, en particulier celles de Nuhul que l’on doit voir briller à l’autre bout de l’univers. Toute l’ossature de la chimère Zine s’articule autour de plusieurs espaces d’expression totalement sous le contrôle des organes. Il y a les textes, bien entendu, que n’importe qui peut poster s’il respecte la ligne éditoriale, l’appétit de l’Ignominie Zinarde en réalité. Les textes sont stockés dans le gésier de la Gorgone, dans l’attente qu’un des Administrants veuille bien initier son entière digestion en le publiant... Parfois certains ne passent pas et son régurgités, vomis au loin. La plupart du temps, les articles sont déglutis mais dès que ça se produit c’est horrible. Ça se passe au niveau du second espace d’expression : les commentaires de texte... Les intervenants sont de vrais petits enzymes gloutons piranhas... Vu l’appétit boulimique de la Monstruosité, vu le nombre d’articles qui défile chaque jour, ils sont vite dépassés, n’ont pas le temps de tout lire et du coup se contentent de désosser grossièrement la pitance textuelle qui une fois dépiautée vient en partie ressourcer la Bête de son suc nourricier... Quant à l’article devenu bouillie de merde sous les attaques acides des commentateurs, il glisse rapidement dans le colon de l’Animal et se perd à jamais dans les archives. D’ailleurs, une bien étrange ambiance règne au niveau de l’estomac commentatorium, une ambiance aigre et hostile. C’est que la Bête souffre d’un ulcère qui le ronge et du coup, les intervenants s’entredéchirent les uns les autres ne sachant pas trop d’où vient la douleur. De toutes façons, le niveau des commentaires ne vole pas bien haut. Les textes ne sont pas matière à déconne, on a l’impression qu’une mission divine habite les intervenants et que leur avis à un intérêt majeur pour l’avenir de l’humanité entière.

Le dernier espace d’expression est le forum. C’est le cortex du Zine. C’est là que se fait la communication entre ses différents centres névralgiques actifs. C’est là que se décident les collaborations, que se lancent des initiatives collectives et, chose hautement importante sur le Zine, que se préparent les rituels unificateurs de la communauté. Il y a en cet endroit des espaces réservés, un forum dans le forum, où seul les hautes instances on le droit de pénétrer. Ce sont les quartiers de commandement du site, le subconscient de la Bête. C’est sur le forum également que se préparent les assauts de la Gorgone. Parfois la Bête se jette sur d’autres monstres numériques pour les mordre à la carotide. Les Zinards organisent des floods sur d’autres sites apparemment pour mettre en pratique les commandements défendus véhément sur le site, les valeurs du Zine.

Une de ces fêtes païennes, existant dans l’unique but de resserrer les rangs, est la Back-anale. Ça se passe le 10 Avril et tous les Zinards sont conviés à poster des textes où ils se mettent en scène, des autofictions dans lesquelles ils désignent un con symbolique et où ils s’en vont joyeusement lui cramer la gueule pour effectuer une sorte de sacrifice humain au dieu de la connerie. C’est un événement qui remporte en général un franc succès et de nombreux Zinards y participent. Ça permet de relancer la machine de production de textes nourriciers pour la Bête, de dégripper dans la convivialité les rouages de l’inspiration de chacun qui rouillent et qui grippent au fil des contributions et qu’ont besoin d’un petit coup de boost pour tenir une année de plus.

J’avais un plan tout fait cette année pour la Back-anale, une histoire sournoisement hypocrite qui m’aurait en fait servi à sonder un peu plus le participant de base, en extraire les précieuses données qui seraient venu compléter mon étude. J’y mettais en scène Lapingouin, mon avatar de synthèse, brûlant dans le texte à tour de rôle tous les autres scriptoholiques des lieux, pas pour être méchant, pour leur lustrer le jonc en réalité, m’attirer la sympathie de tous ceux que je n’aurais pas oublié de mentionner. C’était assez avancé mais j’ai préféré changer de direction. Lapingouin est un personnage bizarre sur le Zine, il tient des propos anarchistes constructifs, chose peu commune, il ne se contente pas de critiquer, de détruire ce qu’il dénonce mais tente d’aller un poil plus loin en proposant des ébauches d’alternatives originales en diluant ses idées dans des fictions à la con, histoire de faire passer un peu mieux la pilule. Je suis un conservateur en réalité par pur intérêt personnel et j’emmerde Lapingouin. Là pour le coup, je le voyais bien péter un câble, annoncer que tous les maux du monde viennent du groupe, s’imaginer ensuite par excès d’égocentrisme qu’il est quelqu’un qui de son propre fait a réussi à se soustraire de l’influence de quelque groupe que se soit. Il se serait ensuite rendu compte que le Zine regorge de personnes pensant la même chose que lui et très peu de temps après se serait effondré réalisant qu’en réalité malgré tous ses efforts il continuait à appartenir au groupe de ceux qui se réclament n’appartenir à aucun groupe. Pour venir à bout de se dilemme logique entraînant une profonde déprime de ce dit personnage, Lapingouin à l’occasion de la Back-anale se serait donc auto investi d’une mission divine : cramer tous les connards du Zine qui comme lui pensent qu’ils n’appartiennent à aucun ensemble. Du coup, dès qu’il aurait zigouillé le dernier d’entre eux, il serait bel et bien devenu le seul et l’unique crétin à n’appartenir à aucun groupe. Ça aurait été drôle, tout le monde aurait bien rigolé, chacun aurait relu 20 fois le passage où son nom est mentionné, tout aurait été pour le mieux dans le meilleur des mondes. Seulement voilà, j’ai jeté tout cela à la corbeille, j’ai trouvé une bien meilleure victime...

Ceci est mon texte de Back-anale, je suis Patrice Sanchez, 30 ans, célibataire, et je suis chargé de surveiller les propos de foyers activistes sur Internet potentiellement dangereux pour les différentes composantes du pouvoir en place. Je passe mes journées à épier les conneries que d’autres se racontent, dans le cadre de soi-disant groupements révolutionnaires qui pètent en général dix mille fois plus haut que leur cul. Je fais des transcriptions toute la journée pour la DST. Ça me fait chier. Ça me fait chier. Ça me fait chier. Ça me fait chier. Ça me fait chier. Ça me fait chier. Ça me fait chier. Ça me fait chier. Ça me fait chier.

Il y a à peu près une heure, on a frappé à la porte de ma petite planque à la con où il y a juste une connexion Internet sur laquelle consciencieusement chaque jour, je viens brancher mon ordinateur portable pendant 12h environ. En regardant par le trou de la serrure, j’ai cru reconnaître un vieux pote alors je lui ai ouvert la porte. Je n’arrivais plus très bien à me souvenir de son nom mais ça pour sûr on se connaissait bien tous les deux. De suite, il a pointé un pistolet sur ma tempe et m’a forcé à m’asseoir devant ma machine. Il m’a gentiment invité à ouvrir un nouveau document Word et à revoir ma copie de Back-anale... Je tape toutes les conneries qu’il me dicte comme il me menace de son arme... « Le simple fait qu’il existe une majorité de crétins qui croient en quelque chose suffit pour que ce quelque chose prenne vie... », Qu’il me balance à présent alors je retranscris ses propos... « Je suis le Zine... », qu’il me concède finalement alors que je l’écris dans la foulée... « J’ai pas que ça à foutre, alors tu vas te grouiller de poster ton texte pourri et pis tu ajouteras avant en conclusion que finalement la seule personne que t’as décidé de griller cette année c’est toi-même pasque t’es qu’un gros connard... Voilà c’est bien... » Je crois que la Bête n’est plus rassasiée par les textes...

(O\/O) Lapingouin


Fire in the hole

... brûle brûle brûlE brûLE brêLE bRêLE BRêLE BRêLE BRêLe BRêle BRûle Brûle brûle brûle brûlE brûLE driiiiiing brêLE bRêLE driiiiiing BRêLE BRêLE driiiiiing BRU... Hein ?

Quoi ?
driiiiiing
C’est quoi ce truc ? Je passe en revue tous mes espaces-temps possibles et toutes mes réalités contradictoires pour essayer de localiser cette sonnerie qui vient parasiter mes douces rêveries. Où suis-je, putain ? Driiiiiing.
Oh bordel, le téléphone. J’ai toutes les peines du monde à émerger, à me recaler sur la bonne fréquence. C’est forcément un cauchemar merdique et je vais me rendormir. Je suffoque, je sombre, je coule comme une pierre. C’est parfait comme ça... Je... Gzzz... BRÛle BRûle Brûle...
Driiiiiing, merde c’est bien le téléphone.
Je me lamente brièvement : j’étais en train de faire un rêve merveilleux qui parlait... Qui parlait de quoi déjà ? Raté, j’ai déjà tout oublié. Je sais à peine qui je suis quand j’appuie sur le bouton "décrocher", repéré à grand-peine sur le claver lumineux.
- Gû ?
- Oui bonsoir, c’est le labo ?
- Gû ?
- Oui c’est la maternité. On a un bilan à venir prélever pour une dame sur le point d’accoucher en salle de travail, s’il vous plaît.
- Gûûû ?
- D’accord, à tout de suite. Clic tûût tûût tûût tûût tûût...
- GÛ !
Trop tard. Ils ont raccroché, ces enfants de chienne qui veulent ma mort.
Je renais laborieusement dans les tréfonds de l’ombre. Je suis technicien de laboratoire. Je suis de garde de nuit, et on vient de m’appeler pour un bilan. Gû. On vient de m’appeler, et il est quatre heures du matin. Technicien de sa grand-mère de labo. C’est ça la réalité, dans les grandes lignes en tous cas. Je m’extirpe de sous la couette : le monde est froid, le monde est hostile. Je me remets les idées dans leurs petites cases : quatre heures du matin, prélèvement, salle de travail.
Salle de travail... Quel nom à la con. Se faire réveiller en plein milieu de la nuit pour aller faire des analyses à des pétasses qui ont oublié de prendre leurs résultats avant d’aller enfanter leurs bâtards, ça c’est du travail. Glander étalée sur une table à écarter le cul pour chier un lombric chevelu, j’appelle pas ça travailler.

M’habiller, sortir de chez moi, prendre la voiture, tout ça se passe dans une de ces réalités alternatives dont j’arrive pas encore à me dépêtrer. Je me vois comme dans un film, ça glisse sur moi comme de l’eau. Les brumes du sommeil s’agglomèrent lourdement dans ma conscience. Le chauffage dans la bagnole, poussé à fond, me renvoie peu à peu au néant... Je... Zzzzz...

En pleine nuit, avec ma mallette au bout du bras et ma blouse enfilée en dépit du bon sens et de tous les autres sens, j’ai l’air malin. Vraiment. Je cogne à la porte de la clinique, je sonne, je réclame vengeance avec un mégaphone, mais personne ne veut m’ouvrir. J’ai évidemment oublié mes clés et ces salauds se sont barricadés. Ils m’attendent probablement avec des pièges et des chaudrons d’huile bouillante. C’était une mauvaise idée, je savais que j’aurais dû rester couché, on me veut clairement du mal et moi comme un abruti de zélote kamikaze je me vautre dans la gueule du loup. J’ai l’impression d’entendre des petits rires derrière la porte, on se fout clairement de ma poire. Je tente d’organiser une manifestation de voisins, pour alerter les autorités locales sur cette violation évidente des libertés individuelles, sans succès.
Après vingt minutes d’acharnement, une sage-pute vient m’entrouvrir le battant.
- Ah, on vous attendait.
- Et bien vous auriez pu préparer un autre comité d’accueil qu’une porte close.
- Pardon ?
- Ferme-la, radasse. Où est l’animal ?

Je suis accueilli par un concert de hurlements bestiaux dignes d’une bande-son de film d’horreur. La femelle a visiblement du mal à évacuer la viande. Y a un paquet de monde dans la salle de travail, on dirait une free-party silencieuse organisée par des fantômes noctambules. On trouve successivement, et par ordre d’apparition à l’écran : le futur papa, un grand abruti mal rasé qui danse d’un pied sur l’autre, le médecin, le comment dire, l’obstétritruc, enfin le proctologue du cul de femmes enceintes. Y a ces sage-femmes de merde et leur cheftaine avec des cernes épaisses comme mon bras. Tout ça juste pour une connasse en train de mettre bas, comme si c’était un exploit inouï. Il manque plus que la presse internationale.
Tous ces tarés congénitaux me regardent sans rien dire, j’ai l’impression d’être devant un étal de poissonnerie, au réveil ça fait pas du bien.
- J’ai... Je... Je viens pour la prise de sang...
Comme si c’était pas évident. Que je suis con des fois. Hormis la grognasse le cul à l’air qui gémit quelque chose qui ressemble à "va te faire enculer" en morse moldave, ils me matent tous sans rien dire. Quoi ? J’ai oublié de mettre un pantalon ou quoi ?

L’animal est de type bovin et flasque, nu et étalé partout sur la table. La taille de son cul me fout le mal de mer. Ses gros seins flasques ballottent de part et d’autre de la citerne grumeleuse qui lui sert de bide. Entre ses pattes arrière écartées, la matrice dilatée, dégoulinante. Son pauvre trou écartelé, rond comme le zéro de sa nullité crasse. Elle bredouille et hurle alternativement, et tout ce que ces nains ont trouvé pour la calmer, c’est de lui tapoter la tête en lui murmurant : "là... ça va aller... tout va bien... ça c’est un bon chien...". Je t’euthanasierais ça vite fait moi, ce serait plus efficace.
Je négocie avec le spéléologue de cul sur les analyses à faire, j’ai pas que ça à foutre moi, il me reste plus que deux heures avant de me lever pour aller bosser demain ... Euh non, plus qu’une heure et demie, d’ailleurs. Cette foutue conne a oublié de prendre les résultats de son dernier bilan en perdant les eaux. Résultat, faut tout refaire en urgence. Je me promets de bien tortiller l’aiguille dans sa veine pour la peine.

J’ai jamais rien vu de plus con qu’une conne qui accouche. Qu’on me croit sur parole, c’est la chose la plus bestiale, la plus basse et la plus stupide qui soit. Tout intellect siphonné dans l’utérus, pilonné par la souffrance. Et laid en plus, à verdir. La maternité est une malédiction puante et purulente qui change les femmes en gros tas d’immondice. Tout ça pour quoi ? Pour un con de plus qui viendra polluer l’humanité déjà bien boueuse ? On l’appellera Kevin, il rêvera de jouer dans un groupe de rock et deviendra plombier intérimaire. Il jouera au foot le samedi et engrossera une grosse pute en robe moche, et tout recommencera. C’est le cycle de la connerie perpétuelle.
Je place le garrot sur le gros bras en sueur de la femelle et j’approche mon aiguille, tentant de faire abstraction des spasmes. Elle se convulse d’un coup, contraction de merde, le proctologue lui fout un doigt, sans doute pour l’apaiser. Ca a l’air de marcher, elle se ré-étale laborieusement comme une chambre à air crevée. Le père me scrute d’un œil soupçonneux pour voir si je profite pas de l’occasion pour lui voler des organes ou approchant.
La femelle décérébrée trouve la force de geindre :
- J’ai peur des aiguilles, je veux pas, vous aller me faire mal.
Tiens, elle parle en humain. J’aurais pas cru ça de ce gros tas de merde agité de vie convulsive. Je me redresse, souffle un coup, et lance à la cantonade :
- Bon, je vois. Tout le monde dehors.
Ils me regardent, médusés.
- Allez, de l’air, dégagez, laissez-nous seuls, moi et l’utérus sur pattes.
Sans comprendre, ils obtempèrent et se retranchent comme il se doit autour de la machine à café. Je ferme la porte derrière eux et fais des grands gestes mongoloïdes au père qui tente de mater par le hublot. Enfin tranquille en tête-à-tête avec le mammifère récalcitrant.
- Bon, alors écoute-moi, reproductrice. Que je sache, je t’empêche pas de rajouter un con sur Terre, alors m’empêche pas de te piquer. J’en ai pour trois secondes et puis on se sépare à l’amiable, pour ne plus jamais se revoir. OK ? Ca filtre dans le réseau de neurones ?
"Broutbroutbrout POUET POUET prout proUUAATCH broutbrout PoOuEt. Tzing ding broutburp Pouet."
Ca en gros c’est ce qu’elle a entendu. Non, ça filtre pas. Elle me fixe d’un œil vide, bave aux lèvres. Tant pis, je suis pas là pour réinventer la communication animale. Il faut accomplir ce qui doit l’être, j’ai lu ça dans la Bible. J’avance mon aiguille vers sa veine graisseuse, mais elle se débat à nouveau, elle geint :
- Je veux pas, ça fait trop mal !
Cette pute est en train de s’arracher trois kilos de viande vivante des boyaux, sans péridurale et elle me fout des bâtons dans les roues pour une pauvre prise de sang ? Je pointe mon aiguille vers son œil droit et la menace :
- C’EST FINI CES CONNERIES ?
Rien à faire. Ca bouge, ça secoue, on se croirait en plein séisme. Un tel cul phénoménal en train de faire des vagues, ça fait peur.
Bon.

Je sors de la salle, et je fais un signe de tête entendu aux spectateurs qui m’observent d’un air interrogatif. Je les tranquillise :
- J’ai besoin de matériel, je vais chercher ça dans ma voiture et je reviens tout de suite.
Eux, du moment que je viens pas leur arracher leur café des mains, ça leur pose pas de problème majeur.

J’attrape le bidon d’essence dans le coffre de la voiture et je retourne auprès du tonneau humain. OK, deuxième round. Je lui fous directement ma main dans le bide, sans préliminaires et sans tenir compte de ses protestations simiesques. C’est tellement dilaté que ça glisse tout seul, je pourrais y mettre la tête sans problème majeur. C’est humide, c’est chaud, pour un peu je me croirais sous ma couette. Je patine un moment dans les muqueuses, faut dire que j’y connais rien à ce genre d’architecture molle. Y a des tissus qui viennent me chatouiller les doigts, je m’arrête contre des murs d’os, c’est une vraie aventure. Je me fraye un passage au travers de ces nœuds de viande. Je sens des poils tout au fond : ça doit être les cheveux du futur con à naître. J’y suis déjà jusqu’au coude et faut enfoncer encore un peu. Je force doucement, les os de la madame protestent un peu mais me cèdent la place. Je chope le fœtus par le cou et je le tire d’un coup sec. Putain, c’est solide ! Ce ténia sur pattes a fusionné avec les chairs de son hôte, je peine vraiment à l’arracher de sa gangue de placenta. Ce con s’est emmuré vivant dans les entrailles de sa mère pour échapper à la lumière du jour. Je vais te montrer la Vérité aveuglante, moi, petit con. Je tire de plus en plus violemment, en accompagnant l’effort de grands coups de mon autre coude dans le bide de la maman pour faire lâcher prise. Ca y est ça sort putain. Le petit étron moche se tortille lamentablement au bout d’un sac de viandasse qui pue. Je tire encore, mais ça résiste. Ah, je suis con : j’oubliais le cordon.
La femelle, à moitié dans le gaz, me voit avec les mains couvertes de sang et un morceau de steak, elle hurle de toutes ses forces. Je lui montre son enfant à demi-mort en rigolant :
- Félicitations, madame, c’est un magnifique mort-né ! Il est tout à fait moche. Longue vie et bonheur dans son bocal de formol !
Des poings se mettent à tambouriner contre la porte que j’ai pris le soin de fermer à clé en revenant. Ca me file un grand coup de chaud. C’est vrai que je suis pas la pour m’amuser moi. Mon poing refermé sur le cordon poisseux du truc, je tire encore, et la matrice se vide d’un coup de ses organes. Cascade poisseuse et gerbante. Oh bordel, j’ai chopé des trucs avec le cordon, genre les ovaires ou les trompes de je sais pas quoi, j’y comprends plus rien, et y a tout l’intérieur qui a suivi. Les hurlements de la gentille madame se sont mués en gargouillements indistincts, on dirait une chanson de François Feldman.
- Tu vas la fermer ouais ? Tu t’es crue sur Chérie FM ?
Me servant du fœtus comme d’une masse d’armes, je le fais tournoyer autour du cordon et en administre des grands coups dans la gueule de la génitrice vide. Ca fait splotch à chaque coup, elle s’en prend plein la poire, j’ai l’impression de revivre. Ca se désosse dans tous les coins, c’est à mourir de rire.
Je laisse pendre le fœtus au bout du cordon. Passons à la suite des opérations, cette salope ex-gravide va payer pour tous mes confrères laborantins morts au combat. Un corps humain, c’est grosso-modo comme un réservoir. Ou plutôt comme plein de réservoirs interconnectés, ce qui revient au même. Des poches, des tuyaux mous, tout ça. Je vais bien la remplir jusqu’à ras bord, ça va la calmer.
J’ouvre le robinet de la perfusion et je siphonne de l’essence dedans. Je pompe pour bien remplir tout son système veineux d’essence. Elle suffoque d’un coup, devient bleue. Le réseau sanguin a une étonnante capacité d’élasticité, ce qui fait que je peux lui en pomper au moins deux ou trois litres avant que ça commence à déborder de partout. Elle gicle de l’essence par la chatte, elle sue de l’essence. C’est parfait.
Avec la commande, je relève la table d’accouchement pour le mettre tête en bas. Je commence à verser du gasoil dans la coquille vide qui lui sert de ventre, cette salope informe, cette méduse opaque étalée. Je t’en foutrais de la maternité. Je remplis bien, puis je trempe consciencieusement son avorton dans ce qu’il reste de carburant. J’essaie de bien le noyer, des fois qu’il soit encore vivant. Ca doit le changer du placenta.
Et hop, je l’allume avec mon briquet. VLAOUF, le fœtus s’embrase d’un coup. Les flammes se mettent à lécher le cordon imbibé d’essence et à remonter vers la matrice. C’est comme la mèche d’un bâton de dynamite, le feu remonte, remonte doucement. Je me recule jusqu’au fond de la pièce, il faut toujours être prudent avec les explosifs. Des flammèches dansent sur le bide de la femelle, sans bruit, tandis que le fœtus se consume. L’essence dans son gros utérus dilaté prend vraiment feu cette fois, purifiant ce gros tas d’organes malmenés.
Et d’un coup, c’est l’explosion, les flammes se ruent en elle, annexent en une seconde son système veineux et prennent possession d’elle. Elles s’élèvent brutalement dans un grand rugissement, noircissent le plafond et s’emparent des instruments de contrôle. On ne voit plus que l’ombre de la victime au cœur du brasier en fusion. Je vois ses seins fondre sous la chaleur, sa peau se flétrir et partir par plaques. C’est une vision d’horreur infernale, dantesque, cauchemardesque, j’applaudis à tout rompre, je fais la hola.

La tempête de feu se calme peu à peu, et je m’approche. Du sang suinte laborieusement sous la table, sorti de je ne sais où. Je le laisse couler dans une bassine. C’est bien beau de s’amuser, mais il faut bien travailler, les analyses ne vont pas se faire toutes seules. Je remplis le fond du récipient et me détourne du bûcher.

Je sors, couvert de sang et de suie. Aux sages-putes qui se ruent vers moi, en leur montrant bassine :
- Impeccable, j’ai tout ce qu’il me faut. Bon c’est un peu coagulé au fond, mais je passerai ça au mixer, ça ira. Je vous faxe les résultats, à plus !
En chemin vers la sortie, je me ravise et m’approchant du père, je plonge ma main dans la poche de ma blouse et en tire un petit bout de charbon encore un peu chaud.
- Ah au fait, toutes mes félicitations, vous voici papa. C’est un superbe petit carbonisé.

Ah mon petit chez-moi blindé, mes draps ignifugés, ma couverture anti-feu, mon pyjama en titane réfrigéré, que je vous aime... Ma petite tranquillité sécurisée. Ce que j’ai sommeil putain. A moi les doux rêves paisibles de ceux qui se savent à l’abri des cahots du destin... Je m’endors paisiblement.

... brûle brûle brûlE brûLE brÛLE driiiiiing
driiiiiing BRÛLE ?
driiiiiing
Ah mais putain !


La Saint Con cosmique

Ce texte n’est pas de lui. Cette phrase non plus. Ce qui suit non plus. Il l’a volée sur le site de l’amicale des pyromanes réunionnais. Le « qui » de la quarante-septième ligne lui a été aimablement cédé par un politique célèbre dont je tairai le nom.
En ce qui me concerne, je suis le narrateur omniscient et omniprésent. Ce texte étant son dernier, j’ai pris quelques largesses pronominales que je vous saurais gré de tolérer, à l’inverse de l’auteur qui, dans un égocentrisme odieux, n’a pu souffrir que sa création soit entachée d’une semence étrangère. Je le laisse donc meubler, à quoi bon s’y opposer, la fin est déjà écrite par mes soins.

Vide cosmique. Je plane dedans. Je suis l’anomalie. Le noir et l’obscurité. Excessivement loin de toute forme d’existence.
Ici, l’Univers tend vers le néant.
Je perçois, parmi un certain nombre, une réaction chimique. Un acide ribonucléique vient de se dupliquer.
J’attends, c’est mon boulot après tout. Percevoir, attendre, et à l’occasion, faire quelque chose.

1- L’AME
Ca n’existe pas. Il n’a pas d’âme.

2- LA LOGIQUE
La ville s’accorde admirablement avec la pluie. Le système y égraine les perles d’une civilisation défaillante. La roue tourne et les gens s’empifrent. Les voitures poursuivent leur course au pétrole, pendant que les piétons errants se font écraser par des automobilistes maladroits. Sélection naturelle déréglée.
C’est la gueule en sang et les phalanges éclatées qu’il s’affale sur son lit. Bourré jusqu’à l’os, le dos courbaturé par les poings qui l’ont martelé toute la soirée. Des hommes qui deviennent des bêtes, une dispute, et des visages ensanglantés, des corps qui en retiennent d’autres, les muscles secs et tendus à craquer dans une lutte statique et acharnée. Des paroles de sourds sont prononcées dans la nuit glaciale.
Je vais le défoncer / Arrête / Je vais le défoncer / Arrête Et puis l’explosion, la furie, des coups de pieds jetés aux visages, des cris de douleurs. Le bruit sourd du coup qui s’abat dans l’obscurité. Le silence d’un affrontement suffoquant de haine. Des petits bourgeois qui s’étripent jusqu’à l’épuisement. L’alcool annihile la douleur. Des dents, des cotes, des pouces se cassent, les sangs s’étalent sur les chemises. Les cris des filles. La bave et la pluie s’écoulent dans le bruit des halètements exténués de deux corps incapables d’en finir.
Il n’a pas de crocs.

3- LA BEAUTE
La période de coït du paon dure tout le printemps. Durant la parodie nuptiale, le mâle, élève ses rectrices et déploie ses plumes sus caudales en éventail. Les femelles accourent à cette parade et, poliment, adoptent les postures caractéristiques indiquant qu’elles sont disposées à s’accoupler, tapies sur le sol face au mâle, les ailes mi ouvertes. A ce signal, le paon referme rapidement sa magnifique traîne et s’accouple successivement avec toutes les paonnes.
Mais il n’a pas de plumes.

4- LA RAISON
Il aime être aimé, le plaisir, et aimer, un peu.
L’agencement photonique qu’il offre aux rétines correspond aux attentes de récepteurs plus ou moins bandants. Mais la séduction, dès lors qu’on l’envisage techniquement, n’est régie que par le culte du moi, ce qui l’oblige à choisir et à se ronger les doigts jusqu’aux nerfs. Car choisir, il n’en a jamais été capable. Il est plus simple de vouer sa vie aux néants, qu’à autre chose. On est libre de meubler l’entre-clope à sa guise, tandis que l’espoir vous condamne à agir.
L’enfant découvre la perception en même temps que la raison. La seconde naissant des blessures infligées par la première, il arrive, selon les circonstances, qu’un déséquilibre se crée. L’homme, a choisi la seconde. Ce qui en soi n’était pas idiot. Par définition d’ailleurs. Mais je suis le roi des crétins. Et si le cerveau est capable de penser, il n’existe que pour savoir si la banane se mange, selon sa couleur. Pas pour inventer des concepts, tels que celui du gag relatif à la peau dudit fruit.
Dépassée par le sentiment, la pensée ne peut être créatrice. Elle n’est que conscience, mitigée. Et la conscience n’est rien d’autre que la transcendance de l’ego à travers l’univers et même, quelle cupidité, la métaphysique.
Il n’a pas d’esprit. L’homme n’est que moi, et il a fait la connerie de s’en apercevoir. Le mot est lâché.

Aujourd’hui, et croyez moi, il s’agit bel et bien d’aujourd’hui, j’ai tout détruit. Au cœur de la matière, il suffit de décocher une petite check box, et tout inverser. C’est mon job. Cycliquement, je coche, j’attends un peu, je décoche, et ça recommence. Alors aujourd’hui, j’ai décoché, il était temps. Ceux qui doutaient d’Einstein, vont être rassuré, il a raison.
Ce coup ci, j’ai pris mon temps, pour savourer un peu le spectacle. Mine de rien, c’est assez chiant comme taf. J’ai commencé par lui. Parce qu’il écrit comme un cochon.

J’ai d’abord déchecké les molécules d’oxygène qui traînaient dans son sang. De la lave en fusion coula alors dans ses veines. Dissolvant toute sa plomberie interne, des effluves de sang bouillant suintait par tous ses pores. Il hurla. Et s’affaissa sur son putain de bureau. Après j’ai annihilé ses yeux. Des flammes jaillissaient de ses orbites et la douleur fut telle qu’il trouva la force de se lever, en gerbant et toussant des marées de sang et de boyaux en lambeaux.
Planplan, son immonde clébard, enfermé avec lui dans la pièce s’était réfugié sous le lit et miaulait de terreur face au spectacle. Petit fumier. Je te l’ai déchécké direct, il a disparu en une étincelle.
Puis il s’est agenouillé, carbonisé et sanguinolent, sur son tapis Ikea de merde. Dans l’ordre, j’ai ensuite dissout les parois de sa vessie, fait cramer doucement ses testicules, l’une après l’autre, puis, ses mains, son tapis (de merde), et le vagin de sa mère, avant de l’achever, qu’il l’entende couiner comme une chienne de l’appartement voisin pendant qu’il finissait d’agoniser.
Je l’ai laissé brûler à petit feu. Puis j’ai sélectionné « Check All », je me suis gratté l’oreille, et j’ai cliqué « ».

Aussi présomptueux que cela puisse paraître, toutes les choses ont une origine. Mais pas de fin. Quand sclérosé par l’acrania qu’il choyait, le civilisé retournera pourrir la terre qui l’a porté, son fils ira élever les enfants de sa putain dans la même grotte dégueulasse d’obscurité.


La logique du pire : une dédicace à Murphy

Il est sept heures, et j’ai envie de vomir. Ce n’est pas un quelconque problème digestif, loin s’en faut ; non, c’est ma vie qui me donne envie de gerber. Mais il faut bien passer outre, alors comme tout les matins, je contiens ma nausée et j’ m’extirpe péniblement de mon lit, tandis que ma femme continue de ronfler. Une fois de plus, je me demande ce que je fous avec elle, cette connasse qui n’en branle pas une et se contente de dépenser le peu de fric que je parviens à gagner avec mon boulot minable. Elle me fait encore bander, c’est ce qui la sauve. Le jour ou ma bite ne se lèvera plus pour sa gueule de lolita ou pour son petit cul rebondi, je la fous à la porte sans ménagement. Si au moins cette ahurie savait faire la cuisine.

Le café est assez fort - c’est moi qui l’ai préparé cette fois ci - et je sens l’énergie affluer péniblement dans mon organisme. Une deuxième tasse, et je suis prêt à affronter la jungle urbaine. Pas besoin d’allumer le téléviseur : les nouvelles seront à chier, comme à l’ordinaire. Pas besoin du petit écran pour nourrir ma dépression, elle s’entretient d’elle-même, alimentée par une existence sordide, une vie de couple insipide et par des possibilités d’avenir meilleur réduites au néant.

La voiture met cinq bonnes minutes à démarrer. J’ai un problème à l’allumage, il attendra, je n’ai pas les moyens de laisser la caisse chez le garagiste. Je rejoins en vitesse le flot métallique, et ne suis bientôt plus qu’une cellule gris métal naviguant au hasard d’artères surpeuplées. Je peine à maintenir mon véhicule à une centaine de kilomètres à l’heure, tandis que d’autres me doublent à droite et à gauche. Ca m’avait fait un peu peur au début, puis on s’y fait vite. Maintenant, quand un boulet roule devant moi comme un escargot, je le dépasse par la droite aussi. La voie de gauche semble réservée aux fous du volant qui roulent à cent cinquante, groupe auquel j’appartiendrais si ma voiture me le permettait. Mais cette carne qui pue l’huile est à peine capable d’atteindre les vitesses autorisées.

Une vingtaine de minutes plus tard, voici que la rocade commence à s’encombrer, le flux ralentit de plus en plus. Encore une saloperie d’accident, bordel de merde, ces connards pourraient crever ailleurs ou à un autre moment. Tous ces vautours doivent sans doute ralentir à l’approche du drame pour ne pas rater une miette du spectacle. Je les comprends. Si seulement il y avait encore à mon passage, quelques détails bien gore, une tête arrachée, des membres, des taches de sang, des gens qui pleurent, une femme effondrée et un policier qui tente de la réconforter tandis qu’un collègue enlève un siège enfant maculé de rouge... putain, je me fais trop des films là. Y’aura rien, comme d’hab ; à la téloche tout à l’air si excitant et formidable, alors que dans la vie, tout est insipide et morne. Il y aura une voiture avec une aile froissée et des types en train de rédiger un constat sur le capot. C’est nul.

Les files sont maintenant bien bloquées, on avance à dix kilomètres à l’heure, et si ça continue mon moteur ne va pas tarder à surchauffer. Je vais arriver à la bourre au taf, et mon chef va encore me prendre la tête, malgré le fait que je n’y sois pour rien. Je tourne machinalement le bouton de l’autoradio, espérant trouver le réconfort dans un peu de musique, mais au lieu de cela, une voix grésillante semble dresser un inventaire que je comprends à peine.

« - ...sur la rocade ouest de toulouse, les étudiants ont dressé un barrage au niveau de l’embranchement de l’autoroute de Montpellier. Aux dernières nouvelles, ils ne laisseraient passer strictement personne hormis force de l’ordre et services de secours d’urgence... »

Putain...

Putain !

C’est à cause de ces trous du culs que je me galère dans ce bouchon depuis trois quarts d’heure ? Non mais je rêve là, dites moi que je rêve ! Ca fait une demi heure que je devrais être arrivé, et je n’en verrai manifestement pas le bout avant plusieurs heures encore qui seront évidemment déduites de mon salaire. Pendant que ces crétins congénitaux s’amusent à jouer les révolutionnaires d’opérette, il y a des centaines voire des milliers de pauvres types comme moi qui sont en train de perdre encore un peu plus de thunes, ces mêmes thunes qui manqueront à la fin du mois au moment d’aller acheter à bouffer. Je me demande pourquoi on ne coupe pas les bourses à ces jean-foutre, après tout, on retient bien les salaires des grévistes et personne ne dit rien à cela. Qu’on coupe les allocs aux étudiants qui font chier, on verra bien s’il en reste beaucoup pour emmerder le monde. Mon portable sonne, mon sixième sens s’affole. Je ne devrais pas répondre. Mais c’est plus fort que moi.

Mon chef me raccroche au nez, il a gueulé si fort que j’en ai mal à l’oreille. Je pourrais faire demi-tour, tout cela ne sert plus à rien désormais. Il y a une logique de la malchance, qui veut que les pires emmerdent attendent le pire moment pour se manifester, et je viens à l’instant d’en faire les frais. Trois ouvriers absents, des erreurs en pagaille, et pour mon plus grand malheur, je ne suis pas là pour réparer les dégats. Plus de deux cent mille euros perdus, tous les cadres en colère contre ma gueule, sous prétexte que « je n’avais qu’à m’informer des mouvements de grève pour anticiper et être à l’heure à mon poste de travail ». Me voici donc officiellement chômeur, avec des crédits sur le cul contractés par ma bien-détestée épouse, une voiture sur le point de rendre l’âme. Manquerait plus qu’un cancer pour couronner le tout. Ca viendra certainement le jour ou je demanderai à mon médecin de se pencher sur mes problèmes de maux de ventre...

Toute la route est immobilisée, impossible d’avancer ou de reculer. A la radio, ils semblent dire que le blocus restera en place jusqu’en début d’après-midi, dieu comme tout cela est réjouissant. C’est comme ça que ces connards luttent contre la précarité, en foutant des types comme moi dans une misère noire ? Je sens qu’il ne me faut pas grand-chose pour craquer. Et heureusement, la logique du pire me guette, parce que lorsqu’on est dans la merde jusqu’au cou, il faut bien que la main du Destin vous y enfonce la tête une bonne fois pour toutes. Alors, c’est à ce moment que j’ai remarqué que le voyant de la température moteur était rouge foncé. En fait, je l’ai remarqué parce que le moteur commençait à hoqueter de façon assez inquiétante, mais le temps de réagir, il était trop tard : mon moteur s’arrêtait définitivement, et un épais nuage blanc s’échappait de mon capot.

J’ai dû jurer pendant un bon quart d’heure, à en faire frémir un atteint du syndrome de la Tourette, à en faire rougir un charretier, un quart d’heure où les bordels, les putains, Dieu et les culs et la merde en ont pris pour leur grade. Mais les premiers destinataires de mes débordements de vulgarité furent bien évidemment ces saloperies d’étudiants, sponsorisés par le CROUS ou par le conseil régional pour ruiner ma vie et ma carrière sous des prétextes prétendument humanistes. Alors quand j’ai vu cette face ridée et ornée d’un brushing à deux cents balles, enrobée dans du tissu que je ne pourrais même pas me payer en économisant six mois, me demander de faire preuve de compréhension, argumentant qu’ « après tout, ils ont raison, ces jeunes, il faut les comprendre », la colère s’est emparée de moi, incontrôlable. Une fureur qui avait grandi en sourdine depuis quelques heures - ou plutôt depuis des années - et qui parvenait soudainement à se libérer. C’était un autre moi-même, comme dans un rêve, je me suis observé avec une horreur mêlée de fascination régler son compte à cette cinquantenaire grisonnante qui avait eu le malheur de passer au mauvais endroit au mauvais moment, et surtout, de prononcer la phrase de trop. Elle n’a pas eu de bol, elle non plus. Quand on gagne assez de milliers d’euros par mois pour s’habiller chez Dior, pour (sous) payer une femme de ménage portugaise à faire le ménage dans la villa de 200m², et pour se permettre de sortir de sa Mercedes décapotable pour affirmer son soutien à des post-ados capricieux, faut faire un minimum attention à ne pas aller chatouiller de trop près un smicard qui vient de perdre son taf.

Maintenant, elle gît à côté de moi, inconsciente.
L’allume-cigare en main, je lui imprime des ronds sur la gueule en hurlant « ET BONNE SAINT CON, POUFIASSE ». Ses cheveux ont été brûlés, mon briquet repose à côté de sa tête fumante. Impossible de me souvenir de la scène, c’est bien dommage. Je vais sans doute atterrir en taule pour cela, j’aurais au moins aimé avoir en compensation les images de mon pétage de cable, de son visage déformé par la douleur, l’écho de ses supplications inutiles. Je continue à appliquer l’allume cigare sur sa tronche de connasse mais il a du refroidir entre-temps, et avant que je ne parvienne à attraper le briquet, je sens des mains qui m’agrippent et m’éloignent de ma victime. Je n’ai aucun alibi, aucune circonstance atténuante, mon enfance n’a pas vraiment été malheureuse : j’en ai au moins pour vingt ans. Si je ne crève pas en taule, je jure solennellement que pour la saint-con 2026, je ferai cramer un étudiant.


Vie de saint Con

Au printemps de la vingt-septième année du règne de Flavius Placidus Valentinianus, l’armée du Hun Attila, formidablement grossie des troupes des nations subjuguées, franchit le Rhin et entreprit de ravager la Gaule, creusant de la Germanie inférieure jusqu’au coeur de la Lyonnaise un abominable sillon de cités dévastées et de campagnes ravagées, cependant qu’averti des tractations entre l’Europae Orbator et le roi des Vandales, dont l’alliance menaçait plus que jamais les derniers lambeaux de l’empire, le patrice Aetius s’efforçait de s’adjoindre les forces du Wisigoth Theodoric et d’affermir la loyauté de ses lieutenants francs.

Cette configuration de forces augurait un gigantesque et décisif affrontement entre la civilisation vacillante soutenue par ses jeunes élèves barbares et l’irréductible sauvagerie des hordes vouées au carnage et à la destruction, lorsque le déferlement soudain d’une nouvelle calamité sur la Germanie supérieure parut définitivement sceller le sort de la Gaule.

Drageon élagué de la plus antique race des Francs, banni par les Saliens, honni par les Ripuaires, maudit par tous et grandi dans l’opprobre attachée à sa naissance, le furibond Conhart avait assemblé dans les marécages des basses terres une troupe hétéroclites de vagabonds et de pillards sans dieux ni lois, lie de l’humanité, rejetons indésirés des Sicambres, des Skires, des Chattes, des Marcomans, des Bataves, des Saxons, des Jutes, et des Suèves, et l’on raconta même que s’y rencontraient des Huns jugés infâmes par Attila lui-même, des débris de peuples fracassés, ombres d’ Usipètes et de Tenctères ivres d’une haine revancharde, descendants faméliques de Cimbres et de Teutons, fantômes tourmentés de races d’hommes oubliées éructant la langue des bêtes fauves, et d’aucuns témoignèrent que des Géants recrachés des enfers pour courir le viol et la rapine se joignaient à ces cohortes. Et bientôt nul n’ignora dans ces contrées que Conhart lui-même tirait son abominable ardeur du bouillonnement d’un sang monstrueux issu du ravissement d’une princesse franque par un démon sorti des eaux. Et, sous son commandement, tout cela pillait, saccageait, brûlait, violait, dévastait, torturait, blasphémait, profanait, puis s’éloignait dans un galop dément comme un vol de griffons pour s’abattre sur le pays voisin, laissant après soi non pas les pleurs des survivants mais le silence du désert.

La veille des feux de Beltane, l’avant-garde de cette meute pointa ses crocs sur les collines surplombant la Sanldre en face de Ballodunum, fit entendre ses premiers grognements, pilla les faubourgs dont la population miséreuse avait cherché son salut, qui dans l’enceinte de la ville, qui dans les bois. Au petit jour, sous un ciel orageux, les premiers détachements passaient le fleuve en aval et en amont, évitant de s’engager sur le pont où ils se fussent exposés aux sorties des assiégés, et trahisant quelque capacité à s’organiser qui arracha en un long soupir ses derniers espoirs au commandant de la place. Sous l’averse, les assaillants emportèrent la porte occidentale dès le premier assaut, se rendirent maîtres des remparts, massacrèrent les défenseurs, puis se livrèrent tout entier au meurtre et au pillage, et le concert des cris de terreur et d’agonie commença de s’élever vers le ciel, où leur répondirent des grondements de tonnerre auxquels nul, en ces instants-là, ne prêtait plus la moindre attention.

Remontant la rue principale, Conhart s’abandonnait, enivré, au spectacle de ses combattants pénétrant dans les maisons les armes à la main, en expulsant des hommes tripes à l’air, couchant sur les tables et sur la terre battue les femmes ou les enfants - car, de femmes, il n’en y avaient point toujours assez de vivantes après le passage de la première vague de soudards - et retournant tout des toits aux fondations pour y dénicher les trésors dissimulés, puis, souvent déçus, se mettant en quête de boisson. Au centre de la ville, Conhart et sa garde rapprochée s’arrêtèrent devant un temple, mirent pied à terre, et pénétrèrent dans l’édifice. A l’intérieur les attendait, prêt depuis toujours à mourir, un vieux prêtre en robe blanche. « Veille femme, quel avorton céleste adorez-vous ici ? », interrogea Conhart. Les rires puissants des barbares résonnèrent longtemps sous les voutes, entretenus par l’impassible attitude hiératique du prêtre. « Conhart, si ta présence souille ces lieux, puisse au moins ta bouche putride exhalant tous les relents des enfers ne jamais prononcer le nom merveilleux du dieu qu’ici, humblement, nous servîmes jusqu’au jour d’hui. » Sur quoi le prêtre, d’un geste calme et précis, porta une capsule à sa bouche, en ingurgita le contenu, et s’effondra aux pieds des impies, crachant de la bile et du sang, puis mourut en quelques instants. Ils enjambèrent le corps et poursuivirent leur exploration profanatrice pour déboucher dans une vaste pièce où des vierges consacrées gîsaient sur le sol autour d’un feu sacré. A leurs lèvres, la même écume qu’à celles du prêtre. D’une main vigoureuse, Conhart empoigna l’une des corps par les cheveux et le souleva jusqu’à hauteur de son visage, l’examinant avec avidité. Elle était ravissante ; il la désira. A l’adresse de ses lieutenants, il s’exclama, réjoui : « Elles sont encore fraîches ! » Et, l’ayant laissé retomber, il dénouait déjà ses braies.

C’était plus que le dieu n’en pouvait supporter. De l’intérieur de l’édifice, on entendit la pluie se transformer en tempête et le tonnerre se déchaîner. La foudre frappa, le sol vibra, le feu s’anima. A rebours de celle des flammes, l’ardeur des soudards décrut. Conhart, surpris dans une position défavorable par l’assaut d’une puissance supérieure à la sienne, n’hésita pas l’ombre d’un instant et, plutôt que de céder un pouce de terrain, résolut d’affronter l’adversaire avec l’arme qui était la sienne au moment où celui-ci surgissait. C’est-à-dire que Conhart fit trois pas, se campa devant le foyer vindicatif, et pissa copieusement sur celui-ci dans l’espoir insensé de l’éteindre. Les flammes bondirent en un jet dru et continu vers le plafond qu’elles vinrent lécher avec férocité, redescendant le long des murs en millions de serpents de feu voraces. Le plafond du temple produisit d’inquiétant craquements mais, avant qu’il ne commençât de s’affaisser, Conhart demeurait seul dans la place.

Dehors, ses sbires effarés constatèrent qu’une chape de ténèbres s’était maintenant abattue sur la cité meurtrie. Le vent était tombé, les clameurs des hommes s’étaient tues, le monde semblait suspendu, en attente. Seul vivait le centre de la ville, le lieu de culte profané, le coeur de la seule vraie bataille, d’où s’échappaient des langues de flammes. Puis le toit s’effondra, et l’élément furieux jaillit en une fontaine tonnante au coeur de laquelle gesticulait, fantastique, une silhouette à peine humaine. Et, démultiplié en ombres gigantesques, ce combat se projeta sur toutes la ville jusqu’à ce que, peu à peu, l’apparence d’homme se rapetissât dans les flammes jusqu’à l’insignifiance. Alors le geyser de feu se tarit et les énormes nuages surnaturels se dissipèrent, rendant au jour sa lumière.

Mais le plus ahurissant n’était pas encore survenu. Du rideau de fumée qu’exhalait le coeur carbonisé du temple émergea, s’avançant d’un pas paisible et le regard tourné vers la paix des dieux, la silhouette du Franc Conhart, et il semblait marcher dans la fournaise comme sur un lit de roses, et il ne se départit pas de longtemps d’un sourire extatique, bien qu’il fallut d’innombrables seaux d’eau pour l’éteindre, car en effet les flammes couraient encore sur son enveloppe corporelle comme les mains d’une maîtresse et semblaient ne l’abandonner qu’à regret. Et quand on put enfin l’empoigner sans se brûler, on se saisit de lui et on l’alla respecteusement baigner dans la Sanldre sous les yeux ébahis des pillards et des pillés.

Ce jour-là, il eut encore la force d’ordonner : d’abord, que les prêtres survivants de la cité allumassent les feux de Beltane avant la nuit ; ensuite, qu’il fût mis un terme définitif aux exactions de ses troupes ; puis, que l’on dépêchât une ambassade auprès du quartier général romain ; enfin, que chacun se préparât à se mettre en marche dès le lendemain. Puis il sombra dans un sommeil profond duquel il s’extirpa deux jours et trois nuits plus tard pour sauter sur son cheval et galoper vers la Lyonnaise.

Aux Champs Catalauniques, le patrice Aetius les plaça au centre de son dispositif, parce qu’il se méfiait d’eux. Ils y encaissèrent de plein fouet les charges des cavaleries hunnique et gépide et brisèrent leurs assauts répétés tout au long de la journée. Au soir, ils n’étaient plus qu’une poignée, mais Conhart leur insufflait son ardeur et ils eussent sans nul doute mené la contre-attaque si l’affolement des Wisigoths décapités, les divisions des francs saliens, et les arrière-pensées du Romain n’avaient amené les vainqueurs à se satisfaire d’une retraite de l’envahisseur.

Les maigres restes de la troupe s’en revinrent sur leurs pas et rentrèrent pacifiquement dans Ballodunum. Au centre de la ville, le coeur de l’emplacement du temple en ruines demeurait un brasier ardent à ciel ouvert. Conhart donna l’accolade à ses fidèles et s’enfonça dans la fournaise. Parvenu en son centre, on le vit se dissoudre dans l’air brûlant. Alors le champ de ruines se tempéra par triste et naturel attiédissement, et l’on put recueillir les cendres du Franc Conhart. Avec l’urne, on enterra son cheval, et le secret de l’emplacement de son tombeau fut scellé pour les siècles des siècles.

Plus tard, des chrétiens soutinrent que Conhart avait passé par le feu purgatoire de son vivant. De malheureux cathares rallièrent la noble autorité de son personnage à leur cause dualiste et docétiste, professant qu’en lui bon et mauvais principes mêlés par démoniaque accouplement s’étaient brusquement dissociés, que son corps d’après la combustion n’était qu’apparence. Toutes sortes de groupuscules fanatiques dévoyèrent son souvenir.

La cité du confluent de la Sanldre changea d’abord son nom en Odincourt, puis en Saint-Michel ; Conhart devint saint Conhart, puis saint Con ; le feu s’en moque, il brûle.


Manif en villchbonk

Tuuuut tuuuut tuuuut, claironne le réveil-matin. Monde de merde, beuglé-je. Dire que j’étais sur le point de... de... de... bon, tant pis. Ah mais putain, aujourd’hui c’est la Saint Con. Dans le contexte actuel de multipolarisation des puissances, ca tombe bien, y a une manif qui s’y juxtapose. J’aurais dû arrêter les messages a caractère informatif cette nuit. Nonobstons donc. ’fin bref.

De bon matin (14h30), choucroute. Ben oui y a des restes de la veille, et quand on est capable d’encaisser, autant en profiter. Récapitulons : le briquet est dans la poche du manteau ignifugé (enfin hydrofugé, ils avaient pas ce que je cherchais mais y avait des super soldes), les allumettes avec le briquet, l’essence dans la poche intérieure droite, la vodka dans la poche intérieure gauche, et un paquet de mouchoirs dans la poche du jean ignydrofugé. Et le petit élastique pour pas avoir les cheveux qui brûlent en brûlant, ça serait débile. Excellente cette choucroute, quoique je penserai à la réchauffer la prochaine fois.

Et merde, où j’ai foutu mes clés ? Pas dans mes poches. Pas dans le panier du chat. Pas dans le lit. Pas avec mes dessins. Pas dans la planque à bouteilles. Pas dans la capuche. Pas dans l’évier. Mais où je les ai foutues ?? Rasade de vodka. Drôle de goût.

On verra plus tard. J’ai trouvé une cible parfaite, en plein milieu des manifestants, un con. Le genre à te faire perdre toute crédibilité. L’aimant à caméras, la grande gueule, charismatique grâce à son super pantalon trop large, sa tronche de défoncé, et ses cheveux présentables, un égo grand comme ma... voilà quoi. Mais en quoi est-il con ? Pour plein de raisons :

- Fils de riche (j’aime pas)
- Confiant et arrogant (non plus)
- Il a un vrai fier destrier
- Grande gueule
- et surtout est là pour faire péter les cours et foutre le bordel.

Mais le meilleur est pour la fin, il est pour ce pour quoi tout le monde est contre. J’ai rien contre, par principe, mais s’il manifeste avec nous, ça va mal se finir s’il repère les caméras. C’est pourquoi il est l’élu, à une voix contre zéro. Faudra juste éviter les dommages collatéraux par contre : les rastas sont mes amis, faut les aimer aussi. Eux m’aiment quand ils ont les yeux injectés de sang. Les CRS, ben faut bien manger quoi, et si on peut le faire en tabassant des gens, et que ça leur plaît, ils ont trouvé leur voie. Les autres m’ont rien fait, et j’ai pas des stocks de carburant infinis.

Qui avait foutu ces clés à leur place, sur le buffet ? Je vais être à la bourre. Sautons dans le grandiose carosse. Cabre, fier destrier.

...

Vrombis alors, fier destrier ?

...

Démarre ?

Ah... non. Si ? non. J’ai pas que ça à foutre. Ah ben c’est pas trop tôt. Direction la ville ! Et en évitant les nids de poule, mon fier destrier a un amortisseur en moins, des ressorts très puissants dans l’assise, et pour un fier destrier il est bas de plafoChbonk. Vraiment pas pratique, je prendrai un casque la prochaine fChbonk. Faudra ptet même que je le remplace le fier destrChbonk. SaloperChbonk. D’accord, je me tais. Mais quand mêmChbonk. Glaüx, tes paroles de sagesse me reviennent en esprit : "Ma gueule, bordChbonk"

Et je vois... la ville ! 500 âmes, 300 vaches, 25 caniches nains et assimilés, 3 maisons de retraite. "C’est par où la manif ?" Demandais-je à un indigène vêtu de bleu. "Ben à l’ôt’ bout du pôtelin, cinquônt’mét’." "Merci, brave autochtChbonk." "A vô souhé."

Longeant le boulevard principal, nommé assez originalement N-214, à l’incroyablChbonk vitesse de trente milliers de mètres par heure, je finis par arriver à la manif, assez désorienté par les chocs répétés contre le plafond de cette putChbonk- ce fougueux carosse. Je crois voir trois cents personnes, ça sent le jeune en folie, c’est parfait, je gare ma merdChbonk ici. Tiens, ils ont recyclé les panneaux de la foire agricole. La prochaine fois ils penseront à la peinture, ça le fait plus.

Tout tourne autour de moi. C’est chouette ça, ça m’a coûté qu’un quart de litre de vodka. De mauvaise qualité, elle avait un sale goût d’essence. Et amusant, l’essence a un sale goût de vodka. Peu importe, je suis ici pour réchauffer l’ambiance ! Mais je vois cinqtuple, tant mieux, j’en brûlerai cinq !

Etrangement larges ces rastas. Et je vois mon con, tout de bleu vêtu ! Ma quête s’achève. Tel un boeuf, je pique un sprint, essence goût vodka à la main, et me vautre lamentablement dans un rasta blanc avec des taches noires un peu plus loin. Mon con hurle. Amusant, il a une fourche : ça n’en sera que plus amusant. Je suis tout plein d’essence, les bouteilles en verre ça tient mal les chocs contre le goudron, à noter. Faudrait voir à passer à l’acte, il se rapproche en me hurlant des mots que je ne comprends pas, accent du cru oblige, forcément il est né loin d’ici.

Je sors mon fond de vodka, n’ayant plus que ça d’inflammable à portée de main. Je tends le bras en l’air, me relève, et tente de l’assommer avec, manque de bol, raté. Je retrouve la stabilité rassurante du bitume, au goût de vodka essence. Qu’on est bien au sol, tout de même. Lui continue de borborygmer dans sa moustache (ça pousse vite cette merde), je l’asperge avec ma bouteille après un laborieux passage sur le dos, mais visiblement il s’en fout.

Tant mieux. Fiou, ils refoulent ces rastas, j’ai marché dans une de leurs merdes. Je tente de me raccrocher à un pis, sans succès, alors je tente le tout pour le tout : sortie de zippo, armé, au bout de vingt secondes qui me semblent une éternité je réussis à avoir une flamme correcte, et au moment où je me lance sur le paysan qui est un sale con, un bovidé jamaïquain me piétine. Et dans un éclair de lucidité, je me rends compte j’ai pas mis mon élastique à cheveux, et que sans élastique à cheveux, les cheveux, ça fait mèche.


La psychanalyse du feu

En l’espace d’un mois, j’ai essuyé un largage en règle par cette salope de Myriam, la mort de ma grand-mère, et le décès abrupt et soudain de mon hamster russe. Dans la foulée, j’ai combattu la maladie, me mourant à petit feu dans la solitude des 17m² de mon studio-étudiant devenu insalubre pour l’occasion (effets combinés des relents de rongeur moisissant et des effluves méphitiques s’échappant à intervalles réguliers de mes intestins pourris). Après ça, j’ai sombré dans la dépression - lien de cause à effet, j’ai pris sept kilos et je me suis rendu compte que j’étais moche. Et bien que la mort me semblât être la seule alternative honorable à mon état, je poussai la couardise jusqu’à refuser de m’approcher de mon balcon.

Bref, après ça, disais-je, mon psy l’employé de la société de dératisation qui est venue s’occuper de mon appartement m’a dit : « ce qui ne tue pas nous rend plus fort ». Ce fut l’illumination. J’allais non seulement redevenir le jeune homme fier et fort d’autre fois, mais j’allais en plus acquérir la sagesse du serpent, la ruse du renard, et euh... bref.
Fort de ces résolutions, je me levai, allumai mon PC, et me mis à taper avec ferveur sur mon clavier logitec tout neuf. Rechercher : dépression, psychologie, test. Résultats : aufeminin.com, mademoiselle.net . Trop mièvre. Je suis un homme, bordel. sante-mag.fr, dochebdo.com . Trop intellectuel. Je suis étudiant, bordel. zone.apinc.org . C’est le site. Celui qui fera de moi un homme accompli.

Comme indiqué, j’ai donc rempli trois pages de questionnaire, essayant d’être le plus objectif possible même face aux énigmes les plus déroutantes (« tu suces ? », « t’avales ? »), j’ai écrit cinq sonnets sur les majorettes sans rechigner, j’ai consenti à tester mes réflexes sur une nouvelle version de Doom où on tire sur des pianistes après s’être auto-médicamenté à grand renfort de Xanax et de Stilnox. Et - joie, bonheur, ravissement - mes efforts de furent pas vains. Le verdict tomba, clair, limpide, transparent : « Notre interprétation : Il est évident que vous souffrez d’un trouble post- traumatique persistant se manifestant aux alentours de la vingtaine et lié à un choc psychologique intense ancien. Vous présentez tous les symptômes d’une enfance bafouée ; les réminiscence de vos humiliations vous assaillent : vous vous sentirez souillé et avili jusqu’à la déchéance de cet agresseur séculaire, jusqu’à sa mort par immolation.
« Notre herméneutique aléatoire : Ta chatte, ta chatte, ta chatte. Va mourir, enfoiré de bouffeur de gnou malgache. Connard de lémurien pornographe surnuméraire inférieur void DTCS. Taggle.
« Notre solution : La saint-con. »

Ainsi soit-il, j’allais donc brûler. Brûler celui qui, des années durant, avait fait de ma vie un calvaire. Celui qui avait ruiné mon enfance, qui m’avait humilié en mon for intérieur ; ce monstre qui m’a accablé, abaissé à l’état larvaire, l’être ignoble à cause duquel je me suis senti mortifié à chacune de mes erreurs. Celui qui m’a montré à quel point j’étais un être inférieur.
Petit Ours Brun allait mourir.

Petit Ours Brun, ce fils de pute. Après toutes ces années, j’avais réussi à me débarrasser de son image abjecte de peluche sclérosée à l’anus enfiché d’un manche à balai. Longtemps, j’avais cru en lui. Petit Ours Brun n’était pas comme tous ces enfants sages fiers de leur moutonnerie : il balançait sa soupe à la gueule de sa conasse de mère, il rigolait en inondant la salle d’eau quand il prenait son bain, il pissait partout pour ne pas aller faire la sieste et vomissait sur le paillasson quand il rentrait bourré (où est-ce ma mémoire qui m’abuse ?). Mais chaque fois, c’était la même désillusion. Je pensais qu’enfin, il allait sortir un peu de la masse, affirmer sa différence et s’assumer complètement comme le préadolescent subversif que j’aspirais si fort à devenir... mais non, Papa Ours surgissait faisait les gros sourcils, et Petit Ours Brun allait passer la serpillière de la cuisine au pas de la porte sans émettre la moindre objection. Ce n’est pourtant pas que Papa Ours prenait la peine de développer une argumentation sans faille sur les faiblesses du comportement de son garnement.
L’évidence a donc fini par s’imposer à moi : il n’y a pas de place au troupeau pour les brebis galeuses. Il faut rentrer dans les rangs.
Petit Ours Brun et sa famille ont fait de moi un bordel de mouton. Je les hais.

Nous sommes le 8 mars. J’ai un mois pour localiser le repaire des ours.

8 avril. C’est officiel. D’après l’alignement des planètes face à ton cul, la tanière de l’ours se situe dans la Creuse. J’achète donc mon billet pour Aubusson - billet de bus, cela va sans dire, aucune voie ferrée n’a encore osé s’aventurer jusque là - et je tente de m’équiper convenablement en vue de l’assaut.

10 avril, 7h30. Me voilà fin prêt. Je monte dans le bus, armé d’un jerricane d’alcool à brûler et d’un fer à repasser.

15h15. Je chasse d’un geste irrité le nuage de moucherons voraces qui m’assaille depuis que j’ai passé la lisière de la forêt creusoise. Ca fait deux heures que je marche harnaché de mon équipement para-nucléaire et du groupe électrogène 5cv qui me servira à alimenter mon arme secrète au moment opportun. Tout ça commence à me peser sérieusement sur les épaules, et pour en rajouter un peu à mon état d’épuisement, j’ai la vague impression de tourner en rond. Incapable d’ébranler la ténacité du cumulo-nimbus d’insectes bourdonnants, je me vote une pause à l’unanimité.

15h30. Bordel, je suis complètement perdu. J’ouvre le jerricane d’alcool à brûler et je m’en jette un ch’ti pour me redonner du courage.

20h00. L’alcool à brûler, c’est comme le speed, mais en mieux. J’ai presque fini de quadriller l’intégralité des bois environnants. Si mes calculs sont bons, il y a 98% de probabilité pour que la tanière des ours se trouve dans les 764 hectares de frondaisons restants.

22h30. Je suis devant le repaire de l’ennemi. Une maison en 2D située dans le plan (xOz) du repère terrestre supposé galiléen. Je me place face à la porte, à une côte y=85cm (une longueur de bras armé) de la charnière gauche. Je branche le fer à repasser, j’avale la dernière goutte de mon fantastique breuvage en attendant qu’il chauffe.

22h35. Je tire la bobinette. L’ourson devait s’ennuyer ferme à regarder Patrick Sébastien à la télé avec son papa, parce qu’il ouvre quasi-immédiatement. J’entends la maman ours crier « qui est-ce ? » depuis la cuisine où elle procède à son ouvrage quotidien.
Mon personnage est parfaitement au point : je suis un représentant en tupperwares qui passent au micro-onde. Comme prévu, ce sale enfoiré n’en a rien à foutre et en avise sa mère. Au moment où il va me claquer la porte au nez, j’ajoute fort adroitement : « j’ai aussi du crack ». Ça fait son effet. J’en étais sûr.
Petit Ours Brun sort, me souffle « 140 euros », et referme la porte derrière lui. C’est le moment que j’attendais. Peste comme la foudre, je dégaine mon fer à repasser et coince énergiquement son humble gueule de connard en deux dimensions entre la porte rose et la semelle de mon arme.
Mouhahahaha.

L’ours a brûlé en moins de cinq minutes. Dans un élan de bienveillance envers les générations futures, j’ai repassé toute la maison, parents-ours compris. Elle se disperse maintenant au gré des vents, les bribes de ses cendres diaphanes virevoltant entres les feuillages délicats des bosquets alentours. Une larme de ravissement coule le long de ma joue, et achève sa course sur la semelle encore chaude du fer à repasser, laissant échapper un filet vaporeux dans un murmure d’allégresse. Grâce à moi, le monde va enfin retrouver sa quiétude. L’année prochaine, Candy va prendre cher du fer à souder dans son cul de salope.


Non homologué.

Voilà. On est le 11. Une fois de plus j’ai survécu. C’est un peu surprenant d’ailleurs, tous les ans je m’attends à y passer... puis non. Rien. Ou alors que des tentatives ratées. Pourtant, je sais que pour pas mal de monde, je suis une sacrée conne ! Peut être que c’est ça qui me sauve en fait. Je suis pas con, je suis juste une conne...

En tout cas, ça m’empêche pas tous les ans de purifier d’un con cette pauvre vieille planète. Cette année c’était facile, j’ai eu du con de première qualité qui est venu directement chercher la petite bête. J’avais pas de con prédéfini, mais je n’ai eu que l’embarras du choix. En fait, le plus dur, ç’a été de choisir dans la multitude que j’avais à disposition. J’ai hésité à faire un paquet promotionnel, mais brûler du con en masse, ça manque de classe. Donc après pondération avec moi-même, j’ai choisi de taper au plus fort, et de me faire - une fois n’est pas coutume - du con politique. Mister GWB lui-même. Après tout, merde, y a pas de mal à se faire du bien. C’est juste dommage, j’avais pas pensé que ses cons d’assistants auraient un atout planqué dans leur manche... Mais bon, tant pis. Je me le suis fait, c’est le principal.

Je vous vois déjà vous demander « mais putain, comment elle a fait ? » Avec tous les visas à remplir pour rentrer sur le territoire américain, comment elle a réussi à pas se faire prendre ?
Et bien ça, mes amis, c’est le bonheur de bosser pour une boîte qui vous envoie en mission avec un pass diplomatique. Ca ouvre pas mal de portes.
Bref. Je suis arrivée aux USA en fin de semaine dernière, un peu déphasée par le décalage horaire, mais heureuse d’être dans le plus grand vivier de cons de la planète, avec, en bagage accompagné, un litre d’hydrazine et un autre de peroxyde d’azote de première qualité. ‘Pour demo’. Je devais assister à une conférence internationale sur ‘l’avenir du spatial et la coopération euro américaine’. J’ai commencé à sourire quand j’ai vu la liste des personnalités devant assister au colloque. Du TRES gros gibier.

Lundi matin, 10 avril, je passe dans mon taxi la grille du JPL, avec mon peroxyde sous le coude. J’ai dû laisser mon portable à l’entrée, car il est considéré comme un élément potentiellement dangereux.
« Et, je la fais avec quoi, ma présentation, connard ? » Air interloqué, remplis d’incompréhension, vaguement agressif et subtilement bovin du garde, mine de rien équipé d’une très grosse, euh... arme à feu.
« Laisse tomber, j’ai d’autres affaires à m’occuper, t’es pas assez valorisant. »
Et avant que mon nouvel ami à la grosse arme à feu comprenne vraiment la profondeur de ce que je viens de lui dire, le taxi m’amène jusqu’à l’entrée du bâtiment principal, dans lequel je rentre d’un pas conquérant. Le chemin de la salle de la conférence est fléché, et je trouve mon troupeau de cons sans la moindre difficulté. Vraiment du TRES TRES gros gibier.
Et à l’instant même où je pénètre dans la salle, je vois mon con. Il est là, en face de moi, entouré de deux gorilles fades, paraissant tout étriqué dans son costume un peu trop petit. Manifestement, les dîners à la Maison Blanche sont profitables. Je m’arrête quelques secondes sur le pas de la porte pour remercier les engeances supérieures qui ont réuni les conditions parfaites pour ma plus belle St Con. J’en aurai presque une petite larme ! Et dans ce pays de cons où les cultures étrangères sont complètement ignorées, ils ont jamais entendu parler de la St Con. Je n’ai même pas besoin de porter de combinaison ignifugée. Tellement facile...

Je passe donc à la première phase du plan : établir le contact avec mon con. Celui que je veux brûler, je veux dire. Admire, la classe européenne, et apprend, pauvre inculte étazunien ! Je dépose donc ma mallette (vide de portable, mais pleine de combustible), à mes pieds, et feins de vérifier l’attache de ma chaussure. Ce faisant, je prends bien soin de présenter la plus reconnaissable partie de mon anatomie, ainsi que le haut de mes bas à mon Con. Bingo. Les yeux s’élargissent, le cou et les oreilles deviennent rouge, les narines palpitent... il est ferré. Je me redresse ensuite et prends l’air ennuyé de quelqu’un qui ne connaît personne et ne sait pas trop où aller, et je me rapproche de ma proie en étudiant le programme affiché au mur. La proie s’approche de moi. Il a le droit de s’éloigner de ses baby-sitter ?

« Bonjour madame... »
« Mademoiselle. » Je ne résiste pas au plaisir de lui faire croire que je ne le reconnais pas. Ca facilite le contact. S’ensuit une discussion sur les raisons de sa présence ici (on lui a dit de venir mais il comprend manifestement pas vraiment où il est), et sur ma présentation à venir (la propulsion chimique utilisée sur les satellites européens, et les possibles bénéfices pour la NASA), et bien sûr, il est tellement con qu’il accepte de m’aider pour la démonstration. (« Ouais, des jouets ! »)

Je vous fais grâce des détails de ce qui a suivi, ça n’a pas d’intérêt. Je saute directement au feu d’artifice. Sachez juste qu’il tremble terriblement dès qu’il voit un bout de lingerie qui dépasse, comme tout bon étalon (mouahhahahahaa !) texan qu’il est, et que sa maladresse n’a d’égale que sa connerie.
Il a donc réussi à se renverser sur lui la bouteille de peroxyde, tout seul, comme un grand, avant même que j’aie besoin de l’aider un peu, et je lui ai proposé ma bouteille d’hydrazine pour nettoyer (avais-je oublié de mentionner que faute de contenant adéquat, j’avais dû stocker mon combustible dans une bouteille de Volvic ?), il a tout de suite accepté. Les gorilles ont couru pour l’assister, mais n’ont pas été assez rapides. Le voir, tout seul, comme un grand, renverser sur son pantalon taché le liquide qui l’a fait prendre feu immédiatement m’a fait poussé un cri de bonheur digne des meilleures actrices de hard. Dommage qu’il ait été noyé dans les hurlements de l’assistance. S’en est suivi le déclenchement des extincteurs, une véritable panique, l’évacuation de la salle, et mon accolpagnement en soi-disant état de choc vers un hôpital proche.

Dans les heures qui suivirent, je repensais à mon con, flambant, hurlant, courant en tous sens, puis s’écroulant dans un dernier spasme, et je ne pouvais m’empêcher de sourire béatement.
Je dois avouer que j’ai eu un vrai choc quand je l’ai vu entrer dans ma chambre avec son sourire niais et son air con. Pas de chance pour moi, le vrai étant tellement con qu’ils pensaient bien qu’un jour il se ferait descendre, ils avaient un fake en rab pour assurer l’intérim. Ils m’ont filé pas mal de drogues pour me laver le cerveau et me faire oublier ce qui s’était passé, mais avec l’entraînement de ces dernières années sur les substances illégales, ça n’a pas eu trop d’effet. Enfin ça, bien sûr, je leur ai pas dit.

Du coup c’est dommage, cette bande de cons m’empêche d’homologuer mon succès... N’empêche, j’ai jamais vu du con brûler aussi bien.


Ma Saint-Con

Je n’aime pas être dans ces soirées, je devrais le savoir, depuis le temps. Mais c’est toujours pareil : je m’en souviens pendant, jamais avant.
J’oublie. Non, plutôt j’espère secrètement, à chaque fois, que ce ne sera pas le même défilé de pantins ébahis de retrouver d’autres pantins encore plus dépendants qu’eux aux fils qui les meuvent.
Mais c’est toujours pareil.

Une vague agonie alcoolique, c’est tout ce que j’espère arriver à ce moment précis de la party où tout le monde sans exception trouve son prochain génial, bave d’impatience devant chaque artiste émoustillant la compagnie avec son nouveau projet à base de chaises recyclées ou de voyages dans les Balkans.
Il me faut même un tsunami de vodka pour ne pas avoir envie d’étrangler le prochain bobo qui l’ouvre avec son écharpe verte en poils de yak du Mexique (région de Zacatecas). Le voilà le problème récurrent : Le bobo.
Un mot, deux syllabes, deux lettres, pour étiqueter la tumeur intellectuelle contemporaine : le bourgeois bohème, cet individu qui affiche sans rougir, loin de là même puisqu’il le fait avec fierté, jouer un rôle. Un rôle de décomposition qui consiste à prendre les avantages de chaque idéologie et à renier leurs inconvénients : profiter du confort du capitalisme et se donner une image d’homme de gauche. Avoir un discours qui se veut social et ne s’en tenir qu’à une attitude snob, ne faisant jamais l’effort de comprendre le peuple sans y ajouter de la condescendance. Le bobo est faux. Vide. Creux.
Les anciens expliquaient le fonctionnement de la pompe à eau par le fait que la nature n’aime pas le vide, et se chargeait de le remplir par ce qui se trouvait à proximité, soit en l’occurrence l’eau.
En réalité, c’est l’homme qui n’aime pas le vide, il en a peur. Et lorsqu’il est lui-même une carcasse dont toute la substance a été aspirée par la pompe du consensualisme mondain, il se remplit avec la première chose qu’il voit : les parements extérieurs de ses congénères.
L’artiste, que le vingtième siècle et son explosion des vecteurs médiatiques ont rendu trop riche, trop puissant, donc bourgeois, donc snob, ne pouvait que se reconnaître dans cette nouvelle culture. "Je suis artiste, donc marginal, mais j’aspire au confort et l’aisance que procure la société", voilà ce qu’ils doivent penser, si ils pensent, évidemment. En cet instant, j’ai un doute : j’en vois quatre admirer un cinquième leur expliquant que le concept de son prochain court métrage sera de rendre les parois des appartements d’un immeuble invisibles pour voir dans le même plan ce que les gens imaginent sur leurs voisins, et ce que ces derniers font réellement.
La bande des quatre est en extase, pour afficher sourire plus grand faudrait fendre leurs joues à coups de ciseaux. Alors, pensent-ils ? Doute. Je m’approche :

- Pas mal ton idée.
- Merci, me répond l’artiste.
- C’est juste con que ça a déjà été fait.
- Ha oui ?
- Ouais, y a 70 ans. Par Hitchcock. Je sais pas si tu connais.

Bon bah en fait ils ne pensent pas, sinon ils sauraient qu’une telle idée visuelle reprise maintes et maintes fois par la pub et tous les "petits génies du clip" (ce sont toujours des "petits génies du clip") avait forcément une origine cinématographique bien antérieure.
Je sirote ma vodka, et je les observe. Ils ne paraissent en aucun cas gênés (masquer leurs méconnaissances est une aptitude naturelle chez eux, très bien développée). Sur cinq, ils sont trois à porter des lunettes. Ce sont les mêmes. Encore et toujours ces mêmes putain de montures rectangulaires noires et épaisses. C’est moche. Je soupçonne certains de porter de fausses lunettes pour accentuer leur panoplie du clan afin d’être mieux intégrés. La peur du vide.
Il y a aussi les coupes de cheveux. La femelle bobo doit absolument être coiffée comme toutes les autres femelles bobos : court et plaqué vers l’avant. C’est moche. Tout comme leurs pantalons, qui s’arrêtent systématiquement juste au-dessus de la cheville, ce qui permet de mieux montrer ses superbes grosses chaussettes en laines noires naturelles péniblement fourrées dans des godasses qui semblent toujours avoir été usées et qu’on refuserait à Emmaüs (47 euros chez la styliste du quartier, celle qui a une boutique à la devanture violette avec des boîtes de conserve en vitrine). C’est moche. Je n’ai jamais compris ces gens intimement persuadés de ne pas faire partie de la masse gélatineuse téléguidée par les médias (ils ne regardent pas TF1 - c’est leur grand fait d’arme), mais qui ont tout de même les réflexes grégaires semblables à n’importe quelle communauté. Bizarre.
Et depuis tout à l’heure, depuis que j’observe en silence cette grotesque représentation de sagacité culturelle, le fils caché de Hitch parle. Je ne l’écoute évidemment pas, il doit sûrement expliquer qu’en fait son idée à lui tend à explorer d’autres possibilités que celles du vieux Alfred. Ils ont tous des idées supérieures à tout le monde, des intentions beaucoup plus exigeantes, un potentiel intellectualiste tellement plus fort. Si on les écoutait, il y aurait ce soir dans ce salon : trois Hitchcock, un Pressburger et deux Truffaut. Tout ce génie inconnu, non exploité, ça me serre la gorge. Je bois alors.
Et c’est qu’il m’énerve en plus, le cinéaste là, avec son air suffisant. Non content d’axer un projet entier autour d’une idée volée à un maître, une idée de plus vue et revue environ 147 fois (car il y a plus de voleurs que de génies méconnus, m’est avis), il continue de palabrer pour se persuader qu’il tient quelque chose. C’est sa gorge que je vais tenir, et que je vais serrer. Envie de leur offrir un happening. Là, maintenant. Pour eux. Sûr qu’ils le prendraient mal ; l’artiste a horreur de l’imprévu, a horreur de la violence, et a horreur qu’on abîme son écharpe en poils de yak. J’aurais donc tout faux. Oui, faux comme eux, mais faut s’adapter à son référentiel. Non, je vais plutôt le brûler. Comme ça on vérifiera si un bobo c’est vraiment organique (au fond, qui a déjà testé ?). Il me faut de l’alcool et du feu. Et j’en ai. Il est nécessaire au préalable de chauffer l’alcool, il n’y a qu’au cinéma que ça prend feu comme du kérosène. Il doit bien y avoir des greluches wanabe punks qui se font des boules de feu en cuisine. J’y emmène mon petit comité, feignant une camaraderie de cinéphiles emplie de corrections vis-à-vis de chacun. "Hahaha ce qu’on rigole mes amis". Ho mon dieu ces airs coincés c’est épouvantable.
Classique, deux dindes font chauffer une casserole de vodka en gloussant et se dandinant d’impatience devant la gazinière. Je le fais à chaque fois, mais à chaque fois j’y prends du plaisir :

- Salut vous faites quoi ?
- On se fait des boules de feu !
- Hmmm.
- Dans un verre, on met une boule de glace, de l’alcool chaud, on le flambe, et on aspire tout avec une paille.
- Hmmm. Et ce dans le but de vous beurrer je suppose.
- Oui.
- Hmmm. A votre avis, c’est quoi qui brûle dans la vodka ?
- ...
- C’est l’alcool qui brûle. Donc après, hop, plus d’alcool. De la vodka flambée, ça n’a jamais soûlé personne (sauf moi, mais c’est soûler différemment). Vous vous explosez le gosier pour rien. Mais laissez le feu sous la casserole quand même.

Le cinéaste me demande ce qu’on va faire, du coup. Je clos les paupières à moitié, je joue au mec fatigué par la boisson. "Je vais préparer des cocktails" que je leur dis en titubant vers la casserole.

- Coup d’œil : des petites bulles sur les côtés du récipient, on est à température. Je sors mon paquet de clopes et m’en allume une. D’une main j’embarque la casserole et en me retournant, je trébuche, je tombe, la vodka chaude atterrit sur le veston à carreaux 100% coton de mon ami, suivie de près par ma cigarette, sûrement expulsée durant ma chute.
- C’est comme ça que ça s’est passé ? demande l’agent aux quatre autres témoins.

Tous abondent dans mon sens.

- Bon, ben c’est un tout bête accident, vous avez de la chance qu’il n’a eu que des brûlures superficielles, le coton protège bien. Ça aurait pu être plus grave s’il portait du synthétique, conclue le policier.

Oui, ça aurait pu. Mais j’ai eu ses vêtements, sa veste et sa foutue écharpe en poils de yak, et ça me suffit. Remettre sa carcasse à nue, pour l’obliger à affronter son vide.


Le malheur des uns

Un jour j’ai manqué de me crâmer la gueule avec une tondeuse à gazon. Ce jour là j’étais saoul et j’étais con et je l’étais assurément plus que de coutume. La chose s’est passée chez un pote de lycée pendant qu’on séchait les cours. On a débarqué à quatre ou cinq dans la villa cossue de ses parents qui, téléportés dans leur quotidien professionnel, ne se doutaient de rien. On a pillé le bar et ingéré de grands verres d’alcools forts. Je me rappelle de la bataille de pizza amorcée dans la cuisine et qui s’était conclue dans le salon, on s’envoyait des parts de 3 fromages et de Reine à travers la tronche, mais comme on voyait double on visait mal et la garniture dégoulinait sur les murs blancs de la maison. Le sol était bariolé d’arabesques gluants et de pâte à moitié ratatinée. A force d’échanger des tirs sans se toucher on a vite épuisé le stock de munitions. Alors on est descendu dans le garage. Comme ça, à l’instinct. Mon imbécile de pote Mickey a remarqué la tondeuse à gazon rangée dans un coin et moi j’ai proposé de s’en remettre un coup derrière la tête. On a donc appliqué nos organes respiroires, à tour de rôle, la bouche et les narines, sur l’embouchure du reservoir à essence de la tondeuse. On inhalait les vapeurs du gaz oil comme les petits colombiens de la télévision, ceux qui respirent dans les sachets de colle. Moi je l’ai fait avec une clope au bec, qui était allumée. Et tandis que j’aspirais un bon coup pour me défoncer, la cigarette est tombée dans l’essence.

Il ne s’est rien passé.

Je ne me suis pas carbonisé la gueule en dépit du fait avéré que, comme un con, je l’avais aimanté sur ce réservoir de tondeuse à gazon et que, ce faisant, j’avais lâché ma cigarette incandescente à l’interieur. Le réservoir n’a pas explosé, il n’a même pas pris feu. La connerie a refusé de me condamner. La connerie n’a pas voulu de moi. Tu peux me qualifier de miraculé si tu veux mais, en réalité, j’incarne bien plus que ça. Immunisé contre ma connerie propre je suis un Dieu vivant devant tout les cons rassemblés. Tout à fait. Et je m’en félicite. Et je m’en délecte. L’affaire ne te paraît-elle point évidente ? La connerie ne m’atteint pas, je la domine, je la contrôle, elle glisse sur moi comme un comique de cirque s’étale par terre en marchant sur une peau de banane. A toi le simple d’esprit je peux te l’assurer, par mon essence même je possède le droit de vie et de mort sur chaque connard de cette putain de planète. Oui, j’en suis convaincu. Et pour te le prouver, d’ailleurs, je vais en brûler un, de con. Je sens déjà la haine divine monter en moi, cette énergie indispensable pour la crémation. Le problème est de fixer la haine, il faut la rassembler, en récupérer les petits morceaux qui traînent partout, des bouts de haine émiettée sur tout un tas de connards, des parcelles oubliées dans le passé et que le temps parvient à étouffer. Et puis, ensuite, lorsque la haine est là et te dispose à l’action, ensuite il faut te concentrer.

Brûler un con et n’en bruler qu’un seul voilà toute la difficulté. Car la connerie est solidaire, elle se multiplie, elle t’embrouille, elle te disperse, elle te fait tourner la tête à gauche, à droite, elle te la fait lever en haut, pencher en bas, elle te pousse sans arrêt à changer d’objectif. Tu trouves un con, le con, celui que tu te décides à réduire en cendres, tu vérifies ton équipement et, immanquablement, alors que tout est prêt et qu’il ne te reste plus qu’à concrétiser, à ce moment-là, à cet instant précis, il te vient en tête un autre con. Un con encore plus con. La connerie produit tellement de nouveaux talents qu’elle arrive constamment à se surpasser. Je suis, moi, le brûleur de cons, toujours pris de vitesse. Il faut choisir son con et s’y tenir. Il faut choisir un con et ne plus y penser.

J’ai sélectionné une tondeuse thermique tractée : la MC Allister MAC 7th pour être précis. Du solide, avec une coque en acier peinte en rouge et jaune, un moteur Briggs et Stratton type INTEK 7 doté d’une puissance de 6, 5 chevaux. En matière de tondeuse a gazon, Briggs et Stratton fabrique les meilleurs moteurs et, à ce titre, équipe la plupart des grandes marques. Le réservoir à essence de la MC Allister possède une capacité de 3, 5 litres, ce qui s’avère amplement suffisant pour brûler un con, et comporte une ouverture ronde, d’une dizaine de centimètres de diamètre, fermée par un bouchon à vis. On y plaquant correctement la tête du con à cuire, on peut tracer un cercle passant par la lèvre inférieure, les pomettes, la moitier des deux yeux dans le sens de la largeur et la naissance de l’arrête nasale située à la jointures des sourcils. Tandis que je me rend à l’hotel du Crillon, j’apprécie la souplesse et la maniabilité de l’engin. Je la pousse devant moi sur les trottoirs de Paris, ouvrant un corridor de lumière parmi la foule des passants anonymes.

Mon con prend un bain 6 étages au dessus alors que, me présentant à l’entrée du palace, j’empreinte la rampe d’accès prévue pour les fauteuils roulants. J’ai toujours nourrie une franche aversion pour le milieu du cinéma et plus spécialement pour les acteurs. Les actrices de cinéma sont des pétasses et les acteurs de cinéma sont des sales cons. A 100 %. Je ne prend aucun risque en ciblant de la sorte, à croire que je deviens frileux avec le temps. Je deviens vieux mais l’expérience parle pour moi, petit. Efficacité et sobriété sont les deux bosses chamelles du brûleur de con professionnel. Et j’apprécie le calme et la sérénité des plaines, les parfums subtils du bon vin, le jazz et les femmes raffinées. Quel besoin aurais-je de me donner en spectacle ou de taper dans l’artifice ? Faut-il absolument brûler un con original, un con inattendu ? Ce type de con se rend-il plus nuisible que le commun des cons ? Rien ne permet de penser en ce sens, et, pour ce qui me concerne, mon intuition penche vivement vers l’inverse. L’acteur de cinéma est adulé par la connerie de masse car il personnifie l’aspiration du con de tous les jours. Ne doit-on pas percevoir ici un genre de quintessence ? Une sorte de symbole ultime ? Le hall d’entrée de l’hôtel dégage une impression mêlée de luxe et d’histoire fastueuse. L’employé de l’accueil, droit comme un I derrière son comptoir, engoncé dans une veste noire à boutons d’or, est payé pour ne s’étonner de rien. Mr George Clooney a exigé, une tondeuse à gazon modèle Mac Allister Mac 7 th, mais oui Monsieur, parfait Monsieur, suite 12, 6ème étage, l’ascenseur est situé au fond du hall, sur votre droite, dans ce sens-là, le voyez-vous ?

Je le vois. Je l’empreinte. Cling ! Au 6ème étage un service de sécurité Nord-Américain condense la profondeur du corridor, dans la famille armoires à glace, deux types, costumes et cravates sombres, regards barrés par des lunettes de soleil malgré la lumière artificielle des lampes fixées aux murs, dont la coupe de cheveux ras rappelle celle des GIs embourbés dans le sable Irakien. Ils vérifient mon identité et l’un d’eux transmet, par talkie-walkie, la raison de ma présence à un attaché de presse qui, à son tour, s’empresse de mettre George dans la confidence. Grâce à ma ruse et au prestige d’Edith Piaf, je savais que Georges Clooney, avec sa belle gueule universelle et malgré son air d’acteur américain moins con que la moyenne, ne me fermerait pas la porte au nez. Tu peux noter ce truc de vétéran petit : tout acteur de cinéma ou chanteur américain, fusse-t-il le moins con, accepte, avec fierté et bonheur, n’importe quoi venant d’une personnalité légendaire comme Edith Piaf. Ceci, sans se poser plus de question. Ainsi je pénètre dans la suite de Monsieur Clooney, irritant fantasme de copines que je peine à niquer, introduisant par devant moi le soi-disant présent de madame Piaf.

George trouve la Mac Allister absolument fantastique. Il reconnaît dans cette tondeuse à gazon tout le talent et la puissance d’évocation d’Edith. Il fait le tour de la machine, pieds nus, en resserant la cordon cotonneux de son épais peignoir en éponge blanche. Il se dirige vers le bar, ouvre la boîte à cigares, m’en offre un, que j’accepte, et allume le sien. Ce con de George Clooney est aussi beau en réalité qu’au cinéma, et il paraît au moins aussi intéressant et aussi sûr de lui. J’en viens à me demander si je ne l’ai pas sous-estimé, finalement, avec mon histoire d’Edith Piaf. Je me demande si il ne me reçoit pas pour satisfaire sa propre curiosité ou simplement par distraction. Je viens, sans ambage, de lui remettre une tondeuse à gazon de la part d’Edith Piaf, morte et enterrée depuis plus de quarante ans. Ne m’érige-je point ainsi comme con valant détour ?

Mais non. George Clooney est un acteur de cinéma et, en terme de connerie, les acteurs de cinéma sont d’une valeur constante et sûre. George Clooney ne se doute de rien évidemment et George Clooney m’affirme maintenant qu’il aimerait tant rencontrer Edith Piaf à l’occasion de son séjour à Paris. Il est merveilleusement surpris et tellement honoré de recevoir cette tondeuse à gazon. Un sourire franc ne quitte plus son visage. Il n’hésite pas à se pencher quand, dévissant le bouchon du réservoir je lui annonce qu’Edith y a versé quelques gouttes de parfum à son intention. "Closer George, don’t be shy, closer" et le voilà à présent le nez collé dans le réservoir, son cigare échappant des lèvres, l’essence se transformant en brasier, mon pied sur la nuque lui maintenant la tête écrasée dans les flammes. Ses cris étouffés, ses cheveux embrasés. Une minute passe. Puis deux. Je relâche l’étreinte.

Son corps éteint roule sur le côté. Le feu du réservoir lui a crâmé jusqu’au cerveau. Le visage est méconnaissable, gris, noir, les deux yeux fondus et il ne reste plus de peau. Une odeur suffocante de porc grillé a remplacé George Clooney. La Mac Allister n’a pas explosé, une bonne machine, un excellent outil de travail, fiable et costaud. Les héritiers du défunt ne s’en plaindront pas.

En général quand on échappe à une situation critique on apprécie pas mal de voir les autres s’y vautrer et ne pas en sortir indemne. Que tes semblables se noient dans le torrent dont tu as précédement franchi les flots tumultueux te rend plus fort et plus puissant. Dans cet ordre d’idée, les très cons, les incapables de quoi que se soit et les malchanceux chroniques potentialisent ton amour propre. Ils sont la condition sine qua non de ta réussite humaine et sociale. Tu sais, même si elle est bonne, il n’y a rien de valorisant à baiser une grosse salope que tout le monde a déjà baisée. Sauf si elle trimbale le virus du SIDA et que, parmi ceux l’ayant secouée sans capote, toi seul n’aies pas été contaminé. Alors, dans ce cas, profitant de la faveur des astres, tu regardes tout le monde crever, quel dommage, et tu te dis en ton for intérieur que tu possèdes quelque chose de spécial, quelque chose de plus que les autres, et ça te fait plaisir de penser ça parce que des faits objectifs parlent pour toi et que, pour une fois, tu ne te racontes pas d’histoire.


Fanfare

Il y a extrêmement peu d’animations le lundi, et ce lundi 10 avril, strictement rien.

J’ai un jour lu que l’huître était l’animal le plus con qui existe, avec un QI de deux, un banquet d’ostréiculteurs aurait été parfait, quoi de plus con que de consacrer sa vie à élever des animaux comndamnés à être con ?

Le domaine maritime est ma hantise, vous allez à la plage, vous vous baignez, vous remontez à votre serviette, vous vous asseyez, vous avez du sable plein le cul, vous mangez des petits beurres qui crissent sous les dents, et en plus vous devez partager les emmerdes avec un tas de bovins huilés.
J’ai donc pensé à incendier des véliplanchistes, mais ils se réunissaient le jour d’avant, sont pas fichus de prendre un jour de repos pour la saint con ces connards ?

Puis l’idée m’est apparu, il est écrit dans les régles de la saint con : "les animateurs et les participants sont souvent largement aussi stupides et abrutis que les gens qu’ils conspuent, et ils ne s’en cachent pas." Je suis con !
Puisque je suis con, je me permets de m’intéresser à la politique, je vais à gauche ! Pas bien la pauvreté ! Méchant les patrons ! Au bucher Villepin ! A bas la précarité ! Vive les gens heureux !
Il me faut une contenance, un combat à mener, une lutte à soutenir, deux solutions s’offrent à moi.
La première serait de prier, oui quand on est con dieu fait tout ce qu’on veut pour peu qu’on marmonne en ayant un air constipé, prier donc pour qu’Al Qaida coule un pétrolier au large de Brest. Ainsi je me rendrai au port de commerce avec une pelle et un balai, profiterai des journalistes pour jouer au révolté, me lancerai en politique dans un parti écologiste d’extrême-gauche, et je brulerai le PDG de Renault parce qu’il va vendre des voitures à des chinois et couler le monde pour l’argent.

La seconde solution est plus réalisable, et plus facile aussi, je vais aller aider les chômeurs musclés, les étudiants en staps ! Etant donné que je suis con, j’ai désormais toutes les capacités pour leur parler.

Mêmes les animaux les plus cons savent vivre en groupe, les étudiants en staps sont des lions, les hommes glandent, les femmes raménent la bouffe. La viande ici est faisandée, ne se mange pas, et ils la désignent sous le nom "d’idées". Tout mon prestige est contenu dans le fabuleux tas de bouffe que je leur améne, nous allons nous en prendre à la société qui est méchante, à la dictature sur l’intelligence, au capitalisme roi.

"Ouais les gars ! Ben on fait des études en sport, et on aura pas de travail à la sortie ! C’est la faute des Francais, ils font pas assez d’enfants, alors suivez moi ! On va faire une manif’ pour péter tous les distributeurs de capotes et comme ça, ben, les Francais baiseront, et on aura du boulot grâce à leurs enfants, allez suivez moi !"
Pierre Desproges avait raison, les sportifs me suivent, l’ambiance est joyeuse. Mes compagnons en sont à leur septième semaine de grève, ils ont enfin trouvé en ma personne le leader qu’il leur manquait, le retrait du CPE vient d’être annoncé à la radio. Coup de froid parmi mes troupes, on vient de perdre 800 lavettes, tous ces enfoirés de rats puants de gauchistes de la faculté de lettres nous lachent, nous, leurs frères de lutte, il faudra en cramer un car plein.

Cette annonce n’a fait qu’accroître la fureur de mes troupes, ils sont désormais tout seuls, ils ne peuvent s’en remettre qu’à moi, la seule personne partageant leur combat volontairement. Nous avons franchi le pont séparant la faculté de sport du centre ville, il est temps de montrer à mes troupes notre véritable lutte.

"Beaucoup de gens en France ne prétendent pas comprendre l’intérêt de notre lutte, qu’ils viennent en fac de sport ! Certains disent que l’intelligence est la voie de l’avenir, qu’ils viennent en fac de sports !
D’autres encore, en France et en Navarre disent que nous pouvons travailler avec les intelligents, qu’ils viennent en fac de sport !
Il y en a même qui reconnaissent que l’intelligence est mauvaise, mais qu’elle permet de réaliser des progrès économiques, qu’ils viennent en fac de sport !
Ce qui est vrai de cette fac de sport est vrai de la France - une paix réelle et durable en France ne pourra être assurée tant qu’un étudiant en sport sur un se verra privé du droit élémentaire d’un étudiant en sport, qui est d’enseigner le sport à une classe. Tous les hommes libres, où qu’ils vivent, sont des étudiants en sport, et c’est pourquoi en tant qu’homme libre, je m’enorgueillis de dire : Ich bin ein étudiant en sports !"

Mon armée hurle sa joie, nous ne pouvons plus que gagner avec autant de confiance et de bonnes idées. Nous traversons le rond-point, nous engageons sur l’artère qui conduit à la place centrale. Les gens s’arrêtent en nous contemplant, mes troupes sont tout engoncées dans des joggings, baskets aux pieds. Ma garde prétorienne a des dreadlocks. Comment pourrions nous ne pas voir nos exigences satisfaites avec pareille armée ?

Nous passons devant la place de la liberté sans que je fasse un quelconque signe d’arrêt, ma fanfare se tait soudainement, le changement n’est visiblement pas pour eux.

"Camarades et amis !
C’est aujourd’hui la fête grandiose qui marque la septième semaine de notre lutte. Nous avons vu nombre de nos camarades douter, aujourd’hui n’est pourtant pas un jour de doute.
Aujourd’hui nous affirmerons notre puissance, nous affirmerons notre courage, nous affirmerons nos bonnes volontés !
Aujourd’hui nous allons régner !
Aujourd’hui nous allons changer la face du monde, en nous en prenant au capitalisme roi, en nous en prenant à la culture bourgeoise, en nous en prenant à la dictature de l’intelligence !
Nous allons aller brûler la librairie Dialogues !"

Je sens des murmures désaprobateurs se répandre dans la foule, je ne dois pas perdre mon auditoir.

"Réalisez ! Réalisez que la librairie dialogues est remplie d’ouvrages immondes, de livres de philosophies, de traités économiques, de propagande adverse ! Nous ne pouvons nous permettre des concessions ! Nous devons frapper l’ennemi en plein coeur pour pouvoir choisir nos moyens de réflexions ! Nous allons détruire toute cette architecture moderne dispendieuse ! Nous allons mettre bas cette antre du démon basé sur l’échange de l’argent et de la culture ! Nos ennemis se jugent supérieurs grâce à ceci ! Terrassons ces deux symboles putrides ! Terrasons les bases d’un systême puant ! Affirmons notre pouvoir !"

Enfin, ils sont convaincus, certains se proposent même de siphonner les réservoirs des 4*4 pour incendier la librairie.

Nous arrivons à la librairie, j’ai un bidon d’essence de cinq litres et mon fidèle zippo, je n’aurais même pas eu à dépenser un euro vingt pour acquérir mon outil de travail. Mes troupes se jettent déchaînées sur les étagéres, Hugo se voit piétiner par un rasta blonc d’un mètre soixante, une obèse en jogging moulant brûle fièvreusement un livre de Nietzsche, un sac d’os d’un mètre quatre-vingt dix, jogging enfilé dans ses chaussettes, s’en prend à 1984 de Georges Orwell, tant mieux il était mal écrit.
Ah là non, si tu brûles "Dans la dèche à Paris et à Londres" ça va mal se passer. Bon sang, cette pute a osé !
Il a osé brûler le plus grand récit journalistique existant ! Il a osé brûler le coup de pied au cul adressé au misérabilisme niais de Zola. Là, rien ne va plus.

Je prends mon bidon, enlève le bouchon, me rapproche de lui. Je suis maintenant dans son dos, je lui projette de l’essence sur le dos, un grand coup de pied au cul. Il se retrouve allongé sur le sol, je jette mon zippo. Il y a une grande saucisse incandescente au milieu du rayon livres de poche.
Je dois agir vite, les autres n’ont pas encore repérés ce singe malgré ses cris. Il faut que je jette de l’essence sur le plus de monde possible, peu importe pour le feu, la grande saucisse s’en chargera probablement dans ses débattements désespérés et inutiles.
Ce qui est formidable avec tous ces cons, c’est qu’ils accourent vers les hurlements, il suffit qu’un homme se débatte et le voyeurisme les emporte. Ils ont bien cerné leur rôle, hurler de concert avec la victime, s’indigner, jurer, mais ne rien faire pour elle. Ils sont trop perturbés pour songer à utiliser un extincteur, tant mieux. Je projette de l’essence sur toute l’assemblée, une vingtaine de personnes, la torche se lève, s’écroule aussitôt, sa main tombée à côté d’une flaque d’essence embrase un groupe. Le reste suit.

Il est temps pour moi de faire ce que tout grand leader ferait à ce moment, me barrer avec la caisse.


Pyroman Epuration

Mmmmh. êa sent déjà le méchoui.

Mmmmh. êa sent déjà le méchoui.

La grande fête zonarde est terminée. Tout le monde rentre au bunker. La plupart des survivants ont l’air d’avoir pissé sur une ligne à haute tension, mais l’ambiance est... sympa.

Un grand maigre avec une tête de fouine lisse comme une couille de leucémique en pleine chimio, beugle dans un mégaphone comme le connard de gaucho qu’il est.

- Après tout, fidèles disciples, on est des miliciens de la Zone, le bras armé de cette grande Jyhad, une forme cyclopéenne d’inflammation hors de contrôle ! Alors c’est ça qu’on est bordel ! Je veux te l’entendre hurler salope de fange viscérale !

Une longue paire d’oreilles d’une chatoyante couleur de pisse avec un corps en dessous lui tapote l’épaule.

- Chéri, je t’en prie, n’insiste pas... Tu sais très bien que nous sommes sur le point d’entamer une discussion stérile, deux monologues simultanés en vérité, non miscibles, desquels rien ne résultera... d’ailleurs, je crois qu’il s’est chié dessus un gros paquet de référentiels et d’endomorphismes quand on l’a recouvert de White Spirit ! Tellement que tout ceci nous a permis d’extrapoler sur une galaxie de constantes universelles pleines de merde explosive...

- Nous sommes les multiples facettes fragmentées de L’Armaggedon et nous sommes... hé petit, fais attention à ta syntaxe, enculeur de bouffon psychiatrique DTC !
Le mec qui vient de l’interrompre, là, avec le blouson des « Hell’s Angels and National Education In The 9.3. Against The Fautes d’Orthographe » ? Nan, c’est personne.
Et celle qui écoute Indochine sur un ghettoblaster là bas ? Pareil, vaut mieux pas en parler.

On arrose la route de napalm devant nous, on ne sait jamais sur quoi on peut marcher. Surtout la nuit de la Saint Con... Les cons ont plastiqué toute la région, certes la plupart sont morts en le faisant (Oui, ils sont cons, je sais) mais dans le doute... Napalm, c’est notre devise. Et puis comme on dit : Plastic fondu, plastic foutu !
Bref on rentre à la maison dans une ambiance cool, on est cool, c’est cool.

Nan, c’est pas cool en fait, je suis pas cool moi.

Pourquoi ? Parce que, ce que personne n’a remarqué, c’est que moi j’ai pas fait marcher le spitfire. J’ai pas eu mon quota. J’ai pas fait parler le carburant.
Parce que moi, j’ai autre chose en tête.
Voyez vous, depuis quelques temps, on entend de drôles de bruits dans les rangs. Comme des voies discordantes au sein de notre noble et illuminée organisation. On entend de l’humour pas drôle, on sent des attitudes réfractaires à la doctrine zonarde, des avis contraires, des avis tout-court... Bref, après une enquête de surface mais quand même un peu en profondeur, j’ai dû faire face à une réalité terrifiante, quelque chose que notre communauté n’avait pas prévue.
Quelque chose qui dépassait l’entendement. Quelque chose qui ne pouvait pas exister.

Certains d’entre nous disaient des conneries.

J’éprouve encore une répugnance ne serait-ce que d’évoquer le douloureux souvenir de cette constatation. Oh, bien sûr ce n’était qu’une minorité insignifiante, quelques individus marginaux venant de l’extérieur qui bossaient pour les cons. Des connards d’agents infiltrés.

Des cons pure race.

Il fallait que j’agisse vite. Vite, vite vite vite vite vite ! VITE ! Houlà, moins vite, j’ai envie de gerber là. Donc ouais, je disais, vite. Ces dangereux individus pouvaient tenter n’importe quoi, et vu qu’ils étaient cons ils allaient attendre la nuit de la saint Con, le jour où tout le monde allait se mettre à les chercher. C’était totalement con.
Je devais avant tout m’armer discrètement et attendre qu’il fasse quelque chose. Ils balançaient leur propagande, et je fermais ma gueule en attendant de pouvoir en fumer un.
Au Rwanda, les hutus étaient découpés façon « art-moderne » à la machette et vidés de leur sang.
Sur la Zone, les cons, on les encule à sec avec des membres d’animaux, syphilitiques certes, mais morts, on les oblige à bouffer le vomi de la communauté, et après on leur retourne les organes et on les brûle. C’est une question de raffinement.

Alors j’ai attendu la fin de la Saint-Con pour commencer à participer...

Pendant que tout le monde continue de marcher je me laisse dépasser par le gros de la troupe.
Il y en a un qui n’est pas loin, je l’ai repéré depuis un moment déjà. C’est un des premiers cons à être arrivé ici. Discret, bien intégré, une fausse identité d’artiste alternatif. Une couverture parfaite. Seul problème pour toi mon p’tit gars, tu ne lis plus nos Saints Ecrits. Je n’ai aucun moyen de savoir si tu suis nos préceptes. De plus, l’autopromotion est une drogue, et toi t’es juste un foutu camé, un junkie de la pub, un drugman de toi-même. Tu mérites ce qu’il va t’arriver dans la gueule.
Je sors discrètement un cocktail Molotov de mon manteau, et je m’approche par derrière. Ce mec se déplace en marge, il ne rejoint pas le troupeau, personne ne viendra l’aider.
- Salut Konsstrukt !
Il ne se retourne pas parce qu’il en a rien à branler de ma gueule. Ça tombe bien, dans le fond moi aussi. Je le frappe avec la bouteille qui explose d’un coup et emporte la moitié de son visage. Il se tortille sur le sol comme un teckel amputé en gémissant. Je lui pisse dessus et je le laisse vaquer à ses occupations.
Bon, je me suis bien chauffé là. Je passe très vite à la suite.
Là bas, j’en vois un couple. Putain, c’est eux ! Mes préférés !
Ces deux là respirent la connerie à cent mètres, je frémis d’envie de leur sauter dessus et de les farcir de Semtex pour les transformer en feux d’artifices sanglants.
Ange Verhell ou Claudia Pepita ?
Je ne sais même pas lequel brûler en premier.
La malgache ou le prosélyte politique ?
Bon j’ai pas le temps de faire dans la finesse. Je déboule des buissons en hurlant et en agitant mon putain de crache-flamme dans tous les sens. La conne fait mine de s’enfuir mais je la rattrape et lui dégomme la tête à coups de coude pour la calmer.
« Mais, je suis pas raciste ! Je suis française d’origine algérienne et camerounaise ! »
« Ta gueule pouffiasse, t’as quinze ans, c’est déjà suffisant pour te recouvrir de napalm ! De plus, ton texte est un putain d’appel au meurtre ! Brûle, chienne hérétique ! » J’appuie sur la gâchette du lance-flamme, en lui collant le brûleur dans la bouche et sa tête explose comme un bouton d’acné.

Bon, où il s’est barré l’autre ? Un bruit derrière moi. Je me retourne.
Bordel ! J’esquive lestement un vicieux coup de croix de lorraine aiguisée comme un rasoir. L’autre blaireau est en mode « totale hystérie ».
« Meurs sale gaucho de l’enfer ! »
Bon, j’ai pas le temps de jouer. Je lui balance mon réservoir de kérosène dans la gueule en hurlant L’Internationale rien que pour lui faire plaisir et je lui file quelques coups de bottes dans le bide pour l’attendrir. Ensuite seulement, je lui balance mon zippo à la gueule et je me tire pendant que tout se transforme en brasier.

« putin, chui tro for, je sui forcéman le future un kisiteure de la sein con ! »

Enflure démoniaque ! Que m’arrive t’il ! Je ne maîtrise plus mes paroles ! Je commence déjà à avoir d’étranges idées ! En réalité, peut-être que nous devrions être gentils les uns envers les autres ? Peut-être que le message du Christ est la seule voie menant au bonheur ? Aaaaaaargh ! Bordel, reprends toi mec ! Gnin... Je crois que je devrais postuler pour un poste dans l’administration... Gnin... Putain
je... fre... gliplu... gnagnagna... Je trouve que Céline Dion a une voix magnifique ! Je pense que je vais voter Bayrou aux prochaines élections...

Je suis contaminé, je deviens con. Cette bande d’enfoiré était porteuse d’une saloperie de virus expérimental. Ils ont dû le planquer dans un truc dont on ne se méfie pas, genre le cadavre de Aure, la pouffiasse qu’on a cramé ce matin.
Il faut que je prévienne les autres ! Il faut que...
C’était seulement les cons de première ligne. Les éclaireurs d’une invasion !
Après tout, j’ai gagné. Je les ai eus. M’en fous si je deviens con. Ça ne m’empêchera pas de cramer les suivants ! Je sais qu’il y en a d’autres, je ne les ai pas encore démasqués...

Vive les hélicoptères !


Le Bûcher d’Erevanités

Je suis très content de mes titres. Le Bûcher d’Erevanités. Immaculée contre un mur. Le Doigt de Dieu. Silicyan. Glo. Les ennuis commencent ensuite. Quand il faut écrire un texte qui aille avec le titre.

Cette semaine sur la Zone, c’est fête. C’est la Saint Con. Youpi. On brûle ses cons. Je suis arrivé sur la Zone un jour de Saint Con. « Le hasard est un grand moraliste ». On en choisit un selon des règles inexistantes, sauf celle qui dit tacitement qu’un con devra être reconnu con par toute la meute des votants. Si par exemple je choisis de brûler

* * *

Oh putain. J’interromps ce texte pour vous faire part d’un événement considérable. Je viens d’aller voir où en était mon café, à la cuisine, et en revenant j’ai marché sur le sac des courses que je n’ai pas encore vidé. Eh ben une clémentine qui explose sous la babouche, ça fait très exactement le bruit et la sensation plantaire d’un rein de bébé qui éclate dans les mêmes conditions. Incroyable.

* * *

Si par exemple je choisis de brûler Jacques Cœur, ou Antonin Artaud, mon texte va se latter la gueule, si tant est qu’un texte ait une gueule. Il faudra plutôt que je choisisse le Pape, une éminence politique, un individu virtuel connu des Zonards, ou mieux, un individu-private joke existant, ayant existé ou imaginaire (Jean-Pierre Chevènement, un ragondin, un bisounours ou Goret).

Oui : la Saint Con est un grand festival de meute, où les vraies valeurs zonardes sont mises en valeur et illustrées par le feu, un grand carnaval conservateur, et un rite de passage.

* * *

Putain mais j’y crois pas, j’ai remarché dessus...

* * *

Quel con brûler ? Diable. Tout a été pris, je fais mes courses trop tard. Lapinchien a même cramé la Zone, les Zonards et la Saint Con tout ensemble.

Et pourtant si, j’ai la solution. Ma première idée, celle de l’an passé aussi, mais historiquement plus évoluée. L’an dernier, j’ai cramé un con caricatural amateur de tuning et de tracteur pulling et de bière et d’armes automatiques et de dormir dans le jardin à côté de la tondeuse la couille à l’air ; mais je l’ai cramé au moyen d’un crémateur inflammable, moi, qui se faisait flamber en même temps que le con, parce qu’il devenait comme lui. Et moi, Glaüx le Chouette, descendu de mon piédestal de connard moralisateur, je sautais dans la fange de la Zone, je me roulais, je braillais du Bloodhound Gang, et c’était parti pour Glo le Zonard. J’avais brûlé mon con, j’étais des leurs.

J’écrase une larmiche, un instant.

Bien. Je précise au préalable que je ne me relirai pas, d’une part parce que ça fait chier, d’autre part parce que se relire après une crémation bien menée, ce serait comme reflamber une crêpe au calva. Ca se fait pas.

Tiens, même le correcteur orthographique (de mon cul, qu’est-ce qu’il est naze, ce correcteur) refuse « reflamber ». Oui oui oui j’ai compris, zigouigoui rouges, oui, d’accord. Reflamber. Hahaaa. Ca t’énerve, ça, hein ? Reflamber. Reflambeeeeer. REFLAMBER ! Ah tiens non. En majuscules, il est d’accord.

Pour flamber sa propre personne, la plus grande attention est nécessaire. D’une part, on n’utilisera pas n’importe quel produit inflammable. On pourra par contre les mélanger, ou les utiliser conjointement. Par exemple, brûler un oeil à l’acide fluorhydrique et une gencive à l’acide chlorhydrique concentré pendant que l’on pose la gorge sur une lame de bronze portée au rouge et que l’on enflamme à l’ancienne les cheveux du patient semble une combinaison riche et digne d’intérêt.

L’avantage de l’auto-crémation est

* * *

reflamber

HAHAHAHAHAHAHAHA

* * *

L’avantage de l’auto-crémation est que l’on est censé connaître mieux que personne ses propres points sensibles. Cela suppose une conscience empirique de son corps, qui n’est pas donnée d’emblée à tout le monde, de fait ; je l’ai, je brûlerai donc bien.

Parmi les parties essentielles à brûler, nous compterons :
- les globes oculaires
- la langue
- les gencives de l’avant de la bouche
- l’arrière du palais, trop souvent oublié car protégé
- la peau de la gorge
- le gland
- les muqueuses anales
- les paumes
- les plantes des pieds
- le bout des doigts
- l’intérieur des genoux
- le ventre
- le dos.

D’autres interviendront, mais celles-ci sont incontournables.

Parmi les zones non nécessaires dans la crémation, nous compterons :
- les épaules et la poitrine
- les doigts excepté leur bout
- les bras
- les jambes
- le crâne
- les bourses.

Chaque zone appelle une méthode différente, pour obtenir la plus grande souffrance, et la mort le plus tard possible. Ce qui suit n’est qu’une proposition programmatique, pas encore mise en oeuvre, faute de temps et de produits pour le moment, par excès d’intérêts dispersés dans ma vie également. Mais en cas de besoin, restera ce mode d’emploi.

Il nous semble intéressant de réserver les parties physiologiquement instables pour la brûlure chimique. Un oeil percé au fer rouge explose ; c’est amusant sur le moment, douloureux, mais décevant sur le long terme. La douleur se mue en tension interne lancinante, finalement très maîtrisable. Un oeil brûlé à l’acide fluorhydrique, en revanche, continue à brûler tant qu’une base adéquate n’a pas été appliquée. On pourrait aussi parler des séquelles, infiniment préférables à celles de la brûlure thermique, étant donné que les cicatrices de brûlures chimiques sont persistantes. Mais le but ici est de se donner la mort, nous omettront donc de telles considérations absurdes.

Pour la brûlure chimique, donc, seront retenus :
- les globes oculaires
- les gencives de l’avant de la bouche (pour la persistance de la douleur malgré la couverture par les lèvres : il ne faut pas oublier que dans le cas d’une brûlure thermique, c’est le contact avec l’oxygène qui provoque la persistance de la douleur, mais qu’une fois couverte hermétiquement par un pansement humide, la brûlure perd la majeure partie de son potentiel de douleur)
- le gland, trop vite nécrosé dans le cas d’une brûlure par le feu
- les muqueuses anales, parce que l’injection par le rectum de produits corrosifs permettra de faire évoluer les expériences : peu de douleur au bout du compte, dans les parties internes mal innervées, mais la découverte de sensations nouvelles et étonnantes au fur et à mesure de la fonte des organes
- l’intérieur des genoux, par injection ici aussi, directement dans la poche de synovie et dans la moelle après perçage des os du tibia et du fémur, ce qui provoquera après un temps la fonte et la rupture de ces derniers au niveau de l’articulation, et des douleurs variées.

Sont nécessaires :
- 

* * *

Bordel mais comme j’aime les listes, ça me donne l’impression de savoir quelque chose, c’est à la limite du sexuel, j’allonge mes connaissances, je les déroule, je vous les montre, et j’en ai plus que vous. C’est minable. Je retourne au feu.

* * *

Sont nécessaires :
- un brasero, posé directement sur le sol (en dalles de pierre si possible, pour la stabilité) contenant au milieu des braises deux boules d’acier de cinq centimètres de diamètre
- sur la grille du brasero, un tas de carrossier en virgule, en acier, dont la largeur ne devra pas dépasser cinq centimètres
- de l’essence
- une chaîne de vélo
- une pince
- de l’acide fluorhydrique
- de l’acide chlorhydrique
- de l’acide sulfurique concentré
- des gants de protection chimique
- trois pinces à spaghettis
- une paire d’attelles longues (haut des cuisses jusqu’à la cheville)
- un masque de sommeil à élastique du type de ceux que les compagnies aériennes distribuent pour les longs vols de nuit ; à défaut, un masque vénitien de carnaval
- une grande série de seringues à aiguille de gros diamètre
- une chaussette de ski
- une perceuse de chirurgie dotée d’un forêt de 4 millimètres
- une douzaine de poires à clystère
- du coton hydrophile en très grande quantité. Accessoires décoratifs à l’avenant pour le cas où vous souhaiteriez me suivre dans ces expériences et les répéter chez vous, mais pour ma part j’aime les choses simples, ce sera nu devant le brasero.

Mode opératoire :

- J’allume le brasero en fin d’après-midi, dans une grande pièce où le chauffage a été mis au maximum depuis le matin et débarrassée de tous meubles inutiles, mis à part une large table où poser les accessoires et produits nécessaires, et le brasero, précisément. J’y mets, une fois qu’il est lancé, quantité de boulets de charbon, et au centre, sur le dessus, accessibles, les deux boules en acier. Je pose la grille par dessus ; sur la grille, au centre, je pose le tas de carrossier, ventre de la virgule vers le bas. Autour, je déroule la chaîne de vélo. Je laisse chauffer au rouge environ six heures.

- Je prépare les produits chimiques. Les trois jerricans d’acide doivent être sectionnés aux deux tiers (je vide au préalable le liquide qui déborderait, sans me brûler, ce serait gâcher), et posés au bord de la table, à moins de trente centimètres l’un de l’autre : ils doivent être accessibles tous trois sans qu’aucun déplacement ne me soit nécessaire. Je retiens l’ordre dans lesquels je les ai disposés : à gauche l’acide fluorhydrique, puis le chlorhydrique, enfin le sulfurique concentré. Je place à droite de chaque « seau » d’acide bricolé ainsi une assiette creuse et j’y dépose le contenu de deux paquets de coton hydrophile, déjà séparé en mottes de taille raisonnable. Je déposer aussi, sur chaque assiette de coton, une pince à spaghettis. Tout à droite, je prépare la chaussette de ski : je la bourrer de coton hydrophile, en ayant soin d’utiliser de toutes petites mottes, de façon à ne pas avoir une bourre en un seul bloc qui ne se laisserait pas pénétrer. Devant l’assiette prévue pour l’acide sulfurique concentré, je pose trois poires à clystère ; les autres, je les réserve derrière l’assiette. Devant l’assiette prévue pour l’acide chlorhydrique, je pose six seringues prêtes à l’emploi ; les autres, je les réserve derrière l’assiette. Enfin, à moins d’un mètre du brasero mais sans qu’il soit en contact avec lui, surtout (gare aux accidents), je pose un jerrican d’essence.

* * *

J’espère ne pas avoir à insister sur l’aspect profondément maladif d’une telle énumération. On voit ici le côté psychorigide, maniaque, de Glo.

* * *

J’oubliais : PAS DE MUSIQUE !

Il faut pouvoir profiter des sons produits par les diverses brûlures. Bouillonnements, sifflements, craquements, crépitements, bruits liquides. Une merveilleuse symphonie.

Et c’est parti. Il fait nuit. Je suis seul dans ma nouvelle maison, dans les Pyrénées, en basse saison, personne ne viendra, personne ne m’entendra crier, d’ailleurs ici personne ne me connaît bien encore. Je mets mes attelles, et on y va.

1 ) Je commence par les gencives. Je saisis une bonne quantité de coton avec la pince à spaghettis, après avoir enfilé les gants de protection. Je trempe le coton dans le jerrican d’acide chlorhydrique. Je l’en sors sans trop attendre. je malaxe le coton imbibé pour en faire un boudin grossier, que je place rapidement entre ma lèvre supérieure et ma gencive, sur l’avant de la bouche. Je crie un instant. Je recommence l’opération pour la lèvre inférieure et la gencive afférente. Je crie encore un brin. Je prends garde de laisser les cotons en place.

2 ) Je saisis la chaussette emplie de coton, et la trempe tout entière, avec la pince idoine, dans le jerrican d’acide fluorhydrique. Je ne prends pas la peine de l’égoutter, et je me l’enfile sur le sexe, qui étant donné la douleur et l’excitation causée par la situation devrait être en érection. Sinon, peu importe, je m’aide d’une main. Je frotte quelques instants en mimant un coït, puis je me débrouille pour faire tenir la chaussette en passant l’élastique derrière le scrotum. Si la chaussette tombe, peu importe, l’acide a été déposé.

3 ) Je saisis la chaîne de vélo portée au rouge, sur le brasero, avec la pince métallique. En m’aidant de mes mains gantées et en essayant de brûler le moins possible le plastique des gants, je me la mets autour du cou, en collier serré. Je fais plusieurs tours. Je glisse les bouts sous des tours, pour qu’elle tienne jusqu’au bout. Je crie très fort.

4 ) Toujours avec la pince, je saisis sur le brasero le tas de carrossier, porté au rouge lui aussi. Je le prends par le bout de la virgule, ventre vers le bas, tel qu’il était posé sur la grille. Je me le glisse dans la bouche, de manière à ce que le ventre soit appliqué tout le long de ma langue, et que l’arrondi de la virgule entre en contact avec l’arrière du palais et le voile. Je maintiens l’objet quelques secondes avec la pince et mes dents serrées, tout en hurlant, mais pas plus que dix secondes, de peur de perdre toute sensation dans les parties touchées. Je retire le tas, je le jette n’importe où. Je crie.

5 ) Je me courbe en avant, le buste à 45 degrés vers le sol, et les jambes très largement écartées. Je remplis une première poire à clystère avec de l’acide sulfurique concentré. Sans attendre, surtout sans attendre, je la vide dans mon rectum. Je braille. Je recommence avec la deuxième, puis la troisième. Si les sensations sont bonnes, je peux continuer avec une ou deux poires supplémentaires, mais les tissus des sphincters devraient fondre et se distendre dès la seconde poire, empêchant tout remplissage efficace. Je crie, je me relève tant bien que mal, je laisse l’acide découler sur l’arrière et l’intérieur de mes cuisses.

6 ) Tant bien que mal, je calme mes larmes et je prends la perceuse de chirurgie sur la table. Je ne pose pas le forêt sur la peau, sinon en commençant à tourner il va riper, et ce serait bête. Je lance la perceuse, et à plein régime je pousse dans le haut du tibia, à 45 degrés vers le bas, jusqu’au premier ressaut : le forêt est au cœur de l’os. Je le sors (sans avoir éteint la perceuse, surtout, sinon je reste coincé dans la plaie), et je fais de même pour l’autre jambe. Puis, toujours sans l’éteindre et en criant beaucoup, je retourne la perceuse pour pouvoir attaquer l’avant de la cuisse, juste en haut du genou, avec un angle de 45 degrés mais vers le haut, évidemment. Il faudra traverser plusieurs couches de muscle, et probablement détruire des tendons et ligaments, selon l’endroit percé. On s’en tape. On n’en est plus à chipoter, et puis ça fait vraiment très mal, là. Second fémur, idem. Je balance la perceuse contre le mur à droite. Puis je me débrouille pour voir les seringues à aiguille large à travers les petites étoiles violettes qui batifolent dans mes yeux, j’en saisis une, et je l’emplis d’acide chlorhydrique ; très vite, je la vide dans le trou de mon premier tibia. Puis je la jette n’importe où. Je crie. Je saisis une seconde seringue, même procédé pour le second tibia. Je beugle. Je la balance derrière moi, en braillant. Heureusement pour moi, mes attelles me maintiennent debout. Je chope une putain de troisième seringue, je la bourre d’acide, je la mets dans le fémur droit, et je pousse, hourra, je gueule mais ça commence à me plaire, là. Itou pour le second putain de fémur, haha, va te faire mettre fémur, tu fais moins le malin maintenant, haha. Je gueule un peu quand même. Je t’envoie balader la seringue dans le jerrican d’acide chlorhydrique, ça lui apprendra la vie à cette pétasse.

7 ) Bon maintenant on arrête les trucs de tafiole. On fait un bouquet final, parce que mes tripes fondent grave dans mon cul, et je sens mon estomac qui descend au niveau de mes burnes sous forme de sauce barbecue. Je quitte les gants sa mère, je les balance je sais pas où, je m’en bat, je pose le bout de mes dix doigts à la fois à la surface de l’acide sulfurique, je laisse mijoter cinq secondes, puis on change, je les fous dans l’acide chlorhydrique, j’ai toujours aimé ce putain de nom, hahaha, ça gonfle tout seul, on dirait les doigts de Babar, trop fort, ha mais HAAAAAAAAAAAAAA. Je fous un pain dans le jerrican, je m’en colle plein les jambes, rien à foutre, va te faire mettre jerrican. Je gueule.

8 ) On débande pas, on reste chaud. Je vire la putain de grille du brasero, ça gêne pour la suite, et je chope les boules d’acier à pleines mains dans le brasero, avec la pince parce que toucher le sol avec des attelles, c’est une vue de l’esprit, putain de salopes de boules, ah voilà. Je les garde bien au chaud contre les paumes, en serrant bien les mains. Je crie mais tant qu’à faire j’essaie de crier L’Hymne à la joie, c’est plus fun.

9 ) Comme ça commence à faire chier de chialer comme ça je traite le problème à la source, et puis de toutes façons c’était prévu au programme, HAAAAAAAAAAAA, au programme, disais-je, oui, ah oui, voilà, je me chope cette putain de merde de pince à spaghettis, merde elle tombe, j’ai plus de sensations dans les doigts, bon, rien à foutre, je prends une poignée de coton à droite, une à gauche, je les trempe bien, avec mes mains, m’en fous, dans le jerrican d’acide fluorhydrique, puis je me les colle sur les yeux, j’essaie de HAAAAAAAAAA j’essaie de HAAAAAA PUTAIN HAAAAAAAA oh puis merde tant pis pour le masque c’est bon ça crame assez comme ça, je gueule un instant pour me reposer.

10 ) J’y vois plus rien, c’est la fête, le monde est flou, j’en ai rien à foutre, et j’ai oublié la dix-septième mesure de L’Hymne à la joie, ça fait un peu plus chier, ça, mais c’est pas grave, on va pas ressortir la partoche et puis je suis aveugle. Suite du programme, je crie, puis je trouve du bout du pied le bidon d’essence à droite du brasero, je le prends, je le vide sur ma tête, aïe, ça brûle, merde, je le balance derrière moi, haha, faudrait pas qu’il s’enflamme sur le brasero, haha, je crie.

11 ) Je suis en face du brasero, c’est cool, on est prêts ? On est prêts, je crie, tiens ça y est j’ai retrouvé la dix-septième mesure, c’est parti, je saute à pieds joints comme je peux dans le brasero, je m’enflamme, c’est la fête, putain c’est bien sensible la plante des pieds, quand HAAAAAAAAAAA quand HAAAAAAAA BORDEL quand même, je br


Menu surprise

« êa fait rêver une bagnole comme la mienne, je sais... »

Jadis je ne me lassais pas de croiser des regards envieux quand je roulais en ville dans ma superbe voiture décapotable. êa me faisait rigoler - « Ouais je suis riche, et pas toi mon vieux, c’est comme ça. Ah ! Ah ! »

Maintenant ce genre de regards me laisse plutôt indifférent. Dans l’absolu, il est insensé d’être fier d’une belle voiture et d’un portefeuille bien rempli. J’ai compris ça.

Ce dont je peux être fier, en revanche, c’est d’avoir réussi en partant de presque rien, d’avoir travaillé dur et d’avoir mérité chaque putain de centime d’euro que j’ai gagné. Ceux qui sont nés riches n’ont aucun mérite. Moi, mesdames et messieurs, j’ai connu la misère, je connais la valeur de l’argent. Alors vous pouvez admirer ma décapotable si ça vous chante, mais c’est juste une voiture, et n’importe quel connard né dans une famille de bourges à la con pourrait la posséder. C’est moi que vous devriez admirer, pas ma superbe voiture ou mon portefeuille, juste moi.

C’est une belle fin de journée. Mon service a conclu une affaire extrêmement lucrative aujourd’hui, et je suis en route pour fêter ça avec mes collègues dans un des meilleurs restaurants de la ville. Le soleil se couche, la température est idéale, je suis beau et riche : tout va bien. Virage à gauche, et je m’engage dans le parking du restaurant.

Ici ma décapotable passe inaperçue, elle devient ordinaire au milieu des autres merveilles. Je me gare, et marche quelques mètres pour rejoindre l’accueil. Là, un jeune homme en costard me fait un grand sourire et me demande :

- Puis-je vous aider monsieur ?
- Oui, pourriez-vous m’indiquer la table réservée au nom de Rimbert, s’il vous plaît ?
- Mais bien entendu monsieur.

Il regarde dans le carnet de réservations du restaurant puis :

- Si vous voulez bien me suivre...

Je marche donc derrière le serveur, et pour arriver à ma table je dois passer devant tout un tas de vieux cons riches et cravatés. Ils sont quelques fois accompagnés de leurs femmes, des connasses essayant de paraître plus belles et plus jeunes qu’elles ne sont, sans grand succès d’ailleurs. Je connais le genre... Ces personnes ne sont pas intéressantes. Pour la plupart, elles ont vécu toute leur vie dans l’opulence et la connerie. Je ne me sens pas vraiment comme elles, pour moi c’était pas gagné d’avance, j’ai du travailler dur pour m’en sortir. Je suis différent, je vaux mieux que ces putains de bourgeois qui vont voter à droite la tête haute.

J’arrive enfin à ma table, sur laquelle est posée une bouteille de Champagne aux trois quarts vide. Mes joyeux collègues sont déjà là, et ils m’ont pas attendu pour boire.

- Salut Jim !

C’est Charles qui me salue, un de mes meilleurs amis. On est entré la même année dans la boîte, il a commencé au bas de l’échelle avec moi. C’est pas un de ces salauds de bourgeois pourris, lui aussi il sait ce que c’est que la pauvreté. D’ailleurs, tout comme moi, il n’est jamais parvenu à perdre complètement le vocabulaire quelque peu trivial de ses origines modestes. On prend nos repas ensemble le midi et des cuites le soir depuis des années.

- Salut man !

Là c’est Vincent qui me salue. C’est pas encore un vrai pote comme Charles, lui je le connais un peu moins. Il a pas tout à fait connu la misère comme nous, mais on l’aime bien quand même. Il est complètement dingue et c’est pas le dernier pour la picole. Après une période de méfiance réciproque, on a fini par s’apprécier. En sortant du bureau ce soir, Charles et moi avons tout naturellement décidé de l’inviter à fêter le succès de l’affaire avec nous, surtout que son aide dans le dossier fêté nous a été très précieuse.

J’ai répondu à leurs salutations en souriant :

- Salut bande de bourges. Alors, je vois que vous m’avez pas attendu hein, déjà en train de picoler, bravo...

Vincent a rétorqué :

- Charles était en manque, man, il avait les mains qui tremblaient, tu comprends bien que je pouvais pas le laisser comme ça le pauvre...
- Ok, ça va, j’ai compris, ai-je dit, toujours souriant.

Puis, me tournant vers un serveur :

- Garçon, apportez-nous deux autres bouteilles de champagne !
- Tout de suite monsieur.

On avait l’habitude de se bourrer la gueule depuis toujours, même sans raisons particulières. Alors maintenant qu’on avait quelque chose à fêter, on allait pas se priver !

- On a vraiment assuré les gars. Je suis soulagé que tout se termine si bien, j’ai tellement passé de temps sur ce dossier... Putain, je mériterais de monter encore en grade, c’est génia, ai-je dit.
- Oh oui, c’est sûr. Président minimum moi je dis, s’est moqué Charles.
- Président je sais pas, mais vice président du département des ventes ou un truc comme ça, c’est pas exclu sans déconner.
- Alors là, ça m’étonnerait, de tels postes sont réservés aux amis du patron, ça a toujours fonctionné comme ça, a dit Vincent en souriant vaguement.

Les bouteilles de champagne sont arrivées, et j’ai enfin pu trinquer avec mes chers collègues.

Tout en enchaînant les verres, on a étudié le menu.
Personnellement j’étais assez attiré par le menu surprise. Seulement, il était indiqué que ce menu ne pouvait être commandé qu’à la condition d’être pris par tous les convives d’une même table. Il me fallait donc l’accord des deux autres.

- Ça vous dit le menu surprise ?, ai-je demandé.

Charles semblait partant. Par contre, Vincent semblait plutôt réticent, il m’a répondu :

- Non mais attends, le menu surprise, on peut pas savoir ce que c’est, ça risque d’être le pire, oh, man !

Charles a répondu pour moi :

- Ça va, t’enflamme pas, au prix qu’il coûte le menu, ils peuvent pas se permettre de faire un truc trop bidon !

Alors Charles et Vincent se sont gentiment disputés pour savoir si on prenait le menu surprise ou pas. Je les ai écoutés. Ils me faisaient rigoler quand ils se battaient pour des conneries comme ça, de vrais gamins...

J’ai allumé une cigarette avec mon zippo, je me suis servi un nouveau verre de champagne et j’ai regardé autour de moi, dans le restaurant. J’étais encore en train de râler intérieurement contre ces putains de bourgeois imbéciles quand j’ai remarqué, à quelques tables de nous, une grande figure médiatique et politique. Nicolas Sarkozy, en chair et en os, était en train de s’installer à une table !

J’ai donné des petits coups de coude dans le ventre de Charles, coupant sa discussion avec Vincent. Il m’a regardé, les sourcils relevés, interrogatif, comme pour me dire : « Quoi, qu’est-ce que tu veux, qu’est-ce qui t’arrive ? » Alors, sans dire un mot, j’ai fais un signe de tête en direction de Sarkozy. Il a tourné la tête vers l’endroit que j’indiquais, et la réaction ne s’est pas faite attendre :

- Bordel de merde, c’est pas croyable. Hé, Vincent, regarde un peu qui est là ! »

Vincent, intrigué, s’est tourné pour observer à son tour et il a dit :

- Oh putain ! Sarkozy ! Ça doit vraiment pas être un restaurant de merde ici. Excellent, quand je raconterais à ma femme que j’ai mangé à quelques mètres de Sarkozy !

La surprise passée, Charles et Vincent ont poursuivi leur discussion sur l’adoption ou non du menu surprise.
Finalement ils se sont rangés de mon côté, d’accord pour le menu surprise.

Je suis resté bloqué sur Sarkozy, je n’arrivais pas à détourner mon regard de lui. J’étais en train de me dire que cet enfoiré pourrait bien devenir le nouveau Président de la République, et qu’alors ce serait une catastrophe pour la France : les pauvres encore plus pauvres, des caméras et des flics partout, une aggravation considérable des inégalités, de moins en moins de services publics... Je visualisais ça très bien. Sarkozy Président, ce serait sans doute aussi la fin, à plus ou moins long terme, de l’université gratuite et des aides financières aux plus démunis. Sans les bourses et les universités gratuites je serai resté pauvre toute ma vie moi, je n’aurai eu aucune échappatoire. Bordel, Sarkozy Président, ce serait un gros putain de drame.

J’étais dans mes pensées, rêveur et lointain... Charles m’a fait sursauter lorsqu’il m’a adressé la parole :

- Non mais vas-y, arrête de le dévisager comme ça un peu, fous-lui la paix merde.
- J’ai envie de me le faire cet enfoiré, ai-je dit, le plus sérieusement du monde.
- Dis pas de conneries, a répondu Charles.

Lorsque le serveur est repassé, on a passé commande des menus surprise, d’une nouvelle bouteille de champagne pour patienter jusqu’à ce qu’ils arrivent, et nous avons indiqué nos préférences concernant les vins. Ensuite nous avons continué à boire et à discuter. C’était plutôt agréable comme atmosphère, mais j’étais ailleurs, je n’arrivais pas à penser à autre chose que Sarkozy, Sarkozy l’enfoiré, Sarkozy l’ultra-libéral à quelques mètres de nous. Ça me bouffait la tête.

Alors que nous commencions les viandes - délicieuses d’ailleurs -, j’ai vu Nicolas Sarkozy se lever pour aller aux toilettes.

J’ai interrompu la discussion de Charles et Vincent :

- Ecoutez, au moment où je vous parle, Sarkozy est aux chiottes, sans défense, et si on veut lui expliquer notre façon de penser, c’est maintenant ou jamais. Si on fait rien, je le regretterai peut-être toute ma vie. Faut vraiment que j’aille emmerder ce petit fils de pute, et j’ai besoin de vous pour ça. Vous pouvez m’aider, je vous demande de m’aider. Dites-moi que vous êtes partants.
- Je suis partant !, a dit Charles tout de suite.

Nous nous sommes tournés vers Vincent. Il avait l’air plus hésitant. En fait, je crois bien qu’il n’avait rien de spécial contre Sarkozy lui. Sarkozy Président, à la limite, ça l’aurait arrangé. Ç’aurait conduit à la diminution de l’impôt sur les grosses fortunes et à la diminution de l’impôt sur le revenu, et lui, il avait une sacrée grosse fortune et de sacrés gros revenus. Je me suis dit qu’il voyait pas beaucoup plus loin que son propre intérêt et qu’il n’imaginait pas, à la différence de moi et Charles, l’ampleur de la catastrophe que donnerait un Sarkozy Président pour l’immense majorité des français.

Moi et Charles avons donc été quelque peu surpris lorsque, après avoir vidé son verre, s’être servi à nouveau, et avoir vidé un autre verre, il nous a déclaré d’un ton solennel :

- Quand il y a une connerie à faire, je suis toujours là moi de toutes façons. Partant aussi.

Super. Bon, c’est moi qui avais initié la chose, c’était donc à moi de donner l’impulsion pour la suite :

- Parfait messieurs, puisque nous sommes d’accord, dirigeons-nous sans plus attendre vers les toilettes et donnons une petite correction à Nicolas Sarkozy.

Nous nous sommes donc levés de table et nous sommes dirigés vers les toilettes, d’un pas décidé. L’alcool commençait à nous monter à la tête, il nous donnait de l’assurance.

Si l’un de nous avait renoncé à ce moment-là, je suppose que tout le monde serait retourné s’asseoir et qu’on aurait bien rigolé tous ensemble de notre connerie, mais personne ne s’est dégonflé, et nous sommes arrivés jusqu’aux luxueuses chiottes sans ralentir.

Sarkozy était enfermé dans une cabine, et nous attendions qu’il se décide à sortir. J’ai cru entendre un reniflement ostentatoire.

- Il semblerait que notre cher présidentiable soit un train de prendre un rail de coke, ai-je dit.
- Un toxico... Voilà qui explique bien des choses..., a dit Charles, et nous avons tous rigolé comme des cons, probablement plus pour détendre nos nerfs qu’en raison de la qualité humoristique de sa remarque.

Après une poignée de secondes, Sarko est sorti de sa cabine et s’est dirigé vers le lavabo pour se laver les mains. Il avait l’air plus petit qu’à la télé. Nous le dévisagions tous sans rien dire. Sarkozy, en regardant dans le reflet du miroir, nous a remarqué en train de l’observer. Il a dit, d’un ton plutôt condescendant :

- Bonjour messieurs.

Puis il s’est essuyé les mains et s’est dirigé vers la sortie. Il était vraiment sur le point de sortir, et si je n’avais rien fait à ce moment-là, personne n’aurait rien fait et l’histoire se serait terminée comme ça. C’était une occasion unique, il fallait absolument que je fasse quelque chose !

Alors, sans perdre plus de temps, je me suis jeté sur lui. Nous sommes tous les deux tombés par terre, sur le carrelage, et je lui ai donné un grand coup de poing dans la tempe, sans chercher à retenir ma force.

Ce n’est qu’à partir de ce moment précis, je crois, que j’ai vraiment commencé à prendre mon rôle de justicier au sérieux. A toute vitesse, j’ai élaboré une petite stratégie pour tirer un maximum de profit de la situation , et j’ai crié à Charles :

- Passe-moi une serviette !

Il ne s’agissait pas de vulgaires serviettes en papier. Le restaurant proposait de véritables serviettes qui, coup de bol, avaient l’air suffisamment longues, fines et résistantes pour l’usage que je comptais en faire.

Charles m’en a lancé une, donc, et j’ai bâillonné Nicolas de telle sorte qu’il ne puisse pas appeler de l’aide en hurlant.

Ensuite, j’ai détaché ma jolie ceinture en cuir et m’en suis servi pour lui attacher les mains derrière le dos, bien serrées.

Toujours à terre, Sarkozy ne se débattait même pas. Peut-être que j’y étais allé un peu fort avec mon coup de poing et qu’il était un peu sonné, ou peut-être qu’il faisait simplement preuve de résignation. Après tout, on était trois, il était évident qu’il ne pourrait pas s’en sortir comme ça...

Nicolas maintenant hors d’état de nuire, je pouvais m’écarter du corps et me relever sans danger. J’ai marché lentement autour de lui quelques secondes avant de lui donner soudainement un grand coup de pied dans les côtes.

- Alors monsieur Sarkozy, vous croyiez vraiment que j’accepterais un président ultra-libéral comme vous ? Je dis non, je m’y refuse !, ai-je dit en imitant sa voix, que j’imitais plutôt bien d’ailleurs.

Charles a explosé de rire, puis il a dit à Nicolas :

- Alors, tu fais moins le beau que devant les caméras là hein ?

J’ai distribué au bonhomme encore quelques violents coups de pied, surtout dans le ventre. C’était assez jouissif. Une fois relativement calmé, j’ai ouvert la grande fenêtre des chiottes, qui donnait sur le parking, et j’ai inspiré une grande bouffée d’air.

- Putain, ça fait du bien !, ai-je dit, comme pour moi-même. Puis j’ai donné des instructions à mes chers collègues :

- Vincent, mets-toi devant la porte des chiottes et veillesà ce que personne n’entre. Si un client veut entrer, tu essayes de lui expliquer que les chiottes sont hors service, ou qu’on est en train de les réparer, ou qu’on est en train de les laver... Tu dis ce que tu veux mais t’empêche quiconque d’entrer à tout prix, vu ? On en a pas pour longtemps, je te demande juste de tenir quelques minutes. Tu peux faire ça pour moi, tu crois que tu peux y arriver ?

Vincent a accepté, et il est sorti prendre son poste devant la porte.

J’ai ensuite dis à Charles :

- Surveille-le deux minutes, je reviens.
- Pourquoi, qu’est-ce que tu fais, tu vas où ?
- Chercher un truc dans la voiture, je reviens tout de suite.
- Bon... Ok, mais grouille-toi.

Alors je suis sorti du restaurant en enjambant le rebord de la fenêtre des chiottes et je suis retourné dans le parking. Là, j’ai rejoint ma voiture, j’ai ouvert le coffre et j’ai pris un bidon d’essence que je conservais pour m’en sortir facilement en cas de panne sèche. Puis je suis revenu sur mes pas, j’ai fait passer le bidon d’essence par la fenêtre des chiottes et je suis revenu à l’intérieur.

Charles s’est approché de moi et m’a murmuré à l’oreille :

- Jim... Ca va un peu trop loin là non ?
- T’inquiète, c’est juste pour lui faire peur, ai-je répondu doucement.

Je savais que tôt ou tard nous allions probablement payer très cher notre petite blague, mais maintenant qu’on en était là, je voulais en profiter. J’avais l’impression d’accomplir quelque chose de grand, de fort, de merveilleux, l’impression de réaliser le rêve de tout un tas de français - ceux qui ont compris la monstruosité que l’homme politique cache derrière des discours démagogiques et des sourires.

Je me suis accroupi pour regarder Sarkozy en face. J’ai vu de la terreur dans ses yeux, lui a dû voir de la haine dans les miens.

Je me suis relevé, et sans plus attendre j’ai vidé le bidon d’essence sur lui en sifflotant. Sadique ? Oui, c’est possible.

A la dernière goutte du bidon versée, l’odeur d’essence dans la pièce était devenue puissante et très désagréable. Ça commençait à devenir irrespirable par ici. Sarko, avec son bâillon, ne pouvait respirer que par le nez, et il était visible que c’était difficile.

C’était plutôt marrant de le voir comme ça, dans ce contexte. En tout cas, moi je trouvais ça assez marrant.

J’ai allumé mon zippo et j’ai tendu le bras pour le maintenir juste au-dessus de Sarko. Il s’est mis à pleurer. J’ai dit, sentencieux :

- Petit roquet ultra-libéral, maintenant tu vas payer !

Le présidentiable s’est mis à remuer la tête et à se tortiller dans tous les sens.

Je suis resté à le regarder, tenant toujours le zippo au-dessus de lui, et je me suis mis à rire bêtement. Puis j’ai dit à Charles :

- Bon, je crois qu’on va pouvoir s’arrêter là...

Charles était devenu assez pale, il avait maintenant l’air plus inquiet qu’amusé. Il m’a répondu en acquiescant de la tête :

- Oui, vaut mieux oui...

La fête était finie. J’étais pleinement satisfait : Nicolas Sarkozy avait eu peur et n’oublierait jamais ce moment. Ça me suffisait, mission accomplie. J’allais remettre mon zippo dans ma poche maintenant...

A ce moment précis, quelqu’un a donné un grand coup dans la porte. De surprise, j’ai sursauté et j’ai fait tomber le zippo toujours allumé par terre. Oh non ! Waf, Sarkozy s’est enflammé instantanément. Horreur totale. J’ai regardé instinctivement vers la porte, et j’ai compris ce qui venait de se passer : un serveur assez costaud avait réussi à entrer de force malgré les efforts de Vincent pour l’en empêcher. Ils étaient tous les deux sur le sol, l’un sur l’autre, et Vincent tenait le serveur par le col. Tous deux regardaient Nicolas avec de grands yeux. De toute évidence, ils avaient voulu se battre mais la vision du corps humain en flammes les avait stoppé net.

J’ai regardé Sarkozy en train de cramer, comme hypnotisé. Il a comme essayé de se lever, brièvement, mais est retombé, allongé sur le ventre, vaincu pour toujours. J’étais sous le choc, jamais, jamais je n’avais voulu ça.

Les cheveux de Nicolas Sarkozy étaient en train de flamber, sa peau noircissait. Il se transformait en cendres sous mon regard médusé. Un véritable barbecue humain. Dégueulasse... Je me suis mis à pleurer.

Le feu a commencé à prendre de l’ampleur, j’ai eu peur que le restaurant brûle tout entier. Je suis sorti des chiottes en courant, j’ai sauté par-dessus Vincent et le serveur, j’ai poussé la porte, je suis allé au milieu des tables et j’ai hurlé : « Il y a le feu ! Il y a le feu ! Tout le monde dehors ! » Je pleurais toujours.

Je m’en suis sorti physiquement indemne, mais de toute évidence ma vie était maintenant foutue. Après avoir vécu cette histoire, je savais que je ne pourrais plus jamais être heureux comme avant, et que chaque fois que je fermerai les yeux je verrai le regard terrifié de Nicolas Sarkozy au milieu des flammes.

Mais hé, au fond de ma prison, dans ma cellule, il m’arrive de penser que je suis le sauveur de la France, que je suis un héros. De temps en temps je reçois de sympathiques courriers, des remerciements pour ce que j’ai eu le courage de faire. J’aime bien lire ce genre de courrier, ça me remonte le moral et ça me fait passer le temps... Je... Je ne suis pas cinglé... C’était un accident... Je... J’ai sauvé la France... Je suis un mec bien... Je sais que je suis un mec bien...


Les aventures d’Hector Paillasse, anti-héros nihiliste et mesquin

L’autre jour j’ai jeté un bouquin dans une poubelle, une grand-mère m’a traité de fasciste.
Je m’appelle Hector Paillasse et je hais l’humanité.

Vieille folle.
Pourquoi tu viens me chercher des poux au lieu de profiter de la tranquillité du parc ? En plus il était nul ce bouquin. T’es de ces cons qui croient aux symboles.
Là où je considère un alliage d’atomes en forme d’encre et de papelard, toi la vieille tu y vois un symbole de liberté, tu l’as vu à la télé.
Ceux qui esquintent les livres sont les ennemis de la liberté, le livre c’est noble, il faut le respecter.
T’es de ceux qui me forçaient à finir des plats dégueulasses, parce que tu as vu à la télé que des malheureux mouraient de faim, et que ta mère et sa mère avant elle on dit que c’est ce qu’il faut faire. Mais j’ai plus souvent vu des pauvres fouiller des poubelles que mon caca.
Je hais les symboles.
Pas pour tout ce qu’ils me font subir, mais parce que je suis trop intelligent pour en profiter comme ce tas d’cons.
Du coup la vieille, à défaut de te torturer je shoute dans ton chien.
Kaï ! Voilà tout le plaisir que j’espère de cette vie.

Je m’appelle Hector Paillasse et je hais l’humanité.
Je pourrais me suicider, mais l’instinct de conservation m’en empêche, du coup puisqu’il faut bien occuper ses jours je voue ma vie à sa perte. Rigoler sur un tas de cadavres, voilà bien la voie de l’homme sage.
Je ne changerai rien à l’histoire, mais je continue.
À ce titre vous pourriez me considérer comme une âme romantique et blessée, mais ça me ferait horreur : je suis l’antéchrist. J’ai juste pas beaucoup de moyens.

Une sonnerie de merde, des yeux qui s’ouvrent, il est sept heures , la vie continue.
Ces enfants de putain de Kellogs me font mal au bide, mais faut manger sinon vers 10 heures on a des aigreurs.
Je me dis voilà ma vie.
C’est quoi ?
Hein ?
Le monde est mythomane. Le monde pense vivre un film. Mais même un antihéros refuserait ces vieux kellogs pourris, ces tracasseries si minables qu’elles en deviennent majeures, toute cette foutue peur. Parce que tout ça c’est trop vrai, qu’il n’y a foutrement nulle part où aller.

Bah si. Au Quick.

Au boulot quoi.
Pour se réaliser au sein d’une équipe motivée.
Pour profiter d’avantages sociaux.
Pour les tickets resto.

Viens z’y, viens manger la merde qui sort de mes mains.
Ici c’est l’irréalité, la dégradation, et t’as un DVD avec ton menu.
Y’a rien de plus absurde qu’un Quick, ça n’a pas de sens.

Et voilà cinq heures que je m’y prostitue pour des bides, gros service assurément, ça ne désemplit pas.
La tension est palpable, tant du côté des bides que des larbins ; c’est la lutte pour manger, la lutte pour gagner de l’argent pour manger.
Je tiens ma caisse de bon argent bien frais avec Courage quand soudain j’aperçois une poule dans ma file de bide. Puis quatre puis cinq poules, et ça c’est l’apocalypse sans les flammes. Les poules, ces SALOPES JE VEUX LES VOIR MORTES.
Pot de gouache sur leurs sales gueules vicelardes, jeans tailles basses, manteaux blancs ou roses, c’est une poule.
Et celles-là j’y suis abonné, depuis ce jour où j’ai renversé un coca light sur la chef des poules.
Maintenant elles prennent ma file à chaque fois et développent sur moi leurs techniques d’assassinat mental. Dieu merci j’ai pas une sale gueule, parce que ces chiennes ne vénèrent rien de plus que la vanité esthétique. Princesses de f2.
Alors elles prennent le parti de me traiter comme un attardé, comme un gars d’la ferme j’ai cru comprendre, elles évoluent comme un banc de poissons mutants de couleurs vives, hurlent pour mieux parler à mots couverts, ruinent ma consistance. Car je dois le concéder, leur vitalité me fait peur, horriblement peur.
Je ne sais absolument pas comment répondre à de tels assauts, je subis ma peine gratuite avec terreur. À toute chose il se trouve une réponse quelque part, mais on ne m’a simplement pas appris à faire face à ça, un tel maelström de vacuité.
Quand je pense avec quelle froideur je pourrais lacérer leurs visages hideux, ça me soulage un peu. Mais l’épitaphe du weirdo qui torture une belle et forte jeune fille me refroidit. Et pourtant si elles abusent de ma faiblesse mentale, ça ne serait que justice que j’abuse de leur faiblesse physique, ça serait ça la vie dans un monde juste. Pas de place pour les faibles de mon espèce ici. Du répondant que diable.

"..."

La FIn Du SErViCe §§ Sauvé par le gong ! Soyons nihiliste ! le temps nous sauvera de tout après tout, hein ?
Un répit pour méditer la défaite.

Pour le coup je rentre chez moi et je m’écroule sur mon lit.

Sept heures, une sonnerie de merde, et... PUTAIN 10H, j’ai dormi trois putains d’heures de trop BORDEL DE PUTAIN DE MERDE j’ai raté le début du SERVICE, je vais me faire VIRER, où est mon PUTAIN de PANTALON, mes CLOPES ?? Je suis à la RUE si je perds ce taff à la CON, du FEU, un BRIQUET, merde mes CLES.
Je cours jusqu’à l’arrêt de bus, je cours après le bus, le bus ne s’arrête pas, je fais du stop, les voitures ne s’arrêtent pas, je cours jusqu’au quick.
Devant la porte je pense à toute misère du monde, pour me présenter avec 4 heures de retard chez le manager, avoir l’air essoufflé et misérable est un minimum. Toc toc.
- Je suis DéSOLé, ma copine (haha) est partie au travail avec mes clés, et même de l’intérieur il faut mes clés pour ouvrir ma porte !... (good one)
- Tu sais combien j’ai perdu ? Tu sais ce que ça me coûte tes retards ?

Monsieur le manager échelon 3, c’est un requin en carton. Il s’imagine venir de la cité et joue son délire de racaille reconvertie à qui veut l’entendre. Tout le monde en connaît au moins un comme ça : la volonté de s’en sortir, le travail dur, l’ascenseur social, les principes, la famille, et plus que tout le sentiment d’être un héros moderne et pragmatique, un exemple pour la nation si injuste avec ses frères par ailleurs.

- Hé ho ? Ducon ? Tu penses à quoi là ?
- ... ! Excusez-moi. Je vous jure ça arrivera plus.
- Les gars comme toi je les vois venir, regarde-toi un peu.

Son petit bureau est plein de posters de BMW série 3 et y’a que ça mon frère : 100 km/h en 3sec 7, V8, jantes alu. Je vais te dire un truc t’as vu, un jour je l’aurais. Je sais je l’aurais.

- Ouais je sais... C’est en ce moment y’a trop de stress, franchement j’y tiens à ce taff (t’as vu ?), mais c’est la galère ah ouais, j’ai même plus de voiture parce qu’on la brûlée et j’avais pas assez de thunes pour payer l’assurance alors t’as vu. (hahaha)
- Ah ouais ? Ah ouais je vois...

Ça, ça t’a calmé sale con.


Fastes et furieux

- Bonjour, ce serait pour faire un retrait sur ce compte. Cinquante euros.
- Bien, mademoiselle. Il faudrait votre pièce d’identité s’il vous plaît.
- Ah j’oubliais... et si possible en petites coupures, c’est pour une rançon.
- Euh ?!?... bien, bien !? En billets de dix ça vous va ?
- Cinq madame, s’il vous plaît, des billets de cinq.

Espèce de pourriture.
Arrête de geindre ça m’excite. Tu ne voudrais quand même pas que je t’encule, non ?!?
- mmhm ?! mvrmgr ! mhmmf !! mmm !
Hé... j’y pense... très riche suggestion tout compte fait, c’est loin d’être une mauvaise idée. Mais sois patient je te dilaterai l’échappement tout à l’heure, là j’ai du travail, salope.
Laisse-moi bosser tranquillement, tu ne me facilites pas la tâche à gesticuler comme ça, on perd du temps... J’ai pas envie de devenir la risée de la Zone avec le texte minable publié jeudi, et comme la fin de la Saint Con approche, je n’ai pas une minute à gaspiller... Tu me comprends, dans le fond, même si t’es plutôt un tout petit peu limité, hein ?!
- ...
Je lis de l’approbation dans ton silence.
Je comprends ton idiome quoiqu’exotique et assez incohérent, tu sais !
T’as beau être assez crétin tu arrives à piger que si tu es là ligoté à trois heures du mat’ sur le parking de Nortoto, c’est pour une bonne cause. T’es un bon con en fait. Ca mérite presque un susucre. Mais je peux pas t’en donner, désolé, il est nécessaire que tu restes à jeun pour l’opération. Tu n’as même pas une bouille de victime idéale, je ne te veux rien dans le fond, les gars comme toi je me contente de les éviter en général... je ne massacre pas les gens sans raison, je suis pas un vilain psychopathe, non plus !! Vais pas te cramer pour le plaisir, j’ai autre chose à foutre à cette heure-là, tu sais... me branler devant msn, mater un film glauque en version originale thaïlandaise non sous-titrée, lire des écrits pervers sur des sites pour maniaques en mal d’expression, ou encore travailler ma souplesse en vue d’un jour glorieux peut-être parvenir à accomplir l’auto-gorge-profonde.
Si ça ne tenait qu’à moi, en fait, je te relâcherais.
Ça ne m’amuse même pas de rester à cette heure-là avec un mongol dans le froid, à traficotter sa poubelle roulante.
Mais figure-toi, j’ai le sens du devoir.
Et la situation ne te convient pas, de toute façon, sale fils de pute crouteuse, fallait pas répondre à mon annonce hier soir.
Crétin furieux, je n’aurai jamais ma moindre esquisse de semblant de prémice de regret à brutaliser un sous- pianiste capable de gober pareille foutaise...
En même temps, cette annonce furtive sur Tuningzone.apinc.org, je m’étais dit que c’était le meilleur moyen d’avoir du con d’honorable facture, mais pas en excès (puisque, comme tu t’en doutes probablement, mon emploi du temps assez chargé de DEAteux ne me permet pas d’en immoler assez pour que ça devienne sensiblement bénéfique au reste de l’humanité)
Jacky.
Il y a que des blaireaux de ton espèce pour tomber dans un piège aussi minable.
Et tant mieux !...
Quelle annonce débile , quand j’y repense.
J’en gloupse de délectation...

« Echge Aston Martin tunée kittée jantée rabaissée vitre teintées tamerelaputemalbaisée ctre petite auto tunée son. pr + infos rdv parking nortoto mercredi 23h30. »

Et en plus tu t’es pas foutu de moi mon salaud, j’en ai eu pour mes frais. Je n’aurais jamais pensé que ces quelques lettres auraient un impact aussi grand... ça me rappelle cette citation sur laquelle démarre un très beau film : un battement d’ailes de papillon peut engendrer à l’autre bout de la planète un ouragan dévastateur. C’est souvent comme ça avec moi, le hasard c’est de la balle, malgré les apparences ! Et quel hasard , cette fois, mes enfants !
J’ai battu du clavier. Le désastre est venu à moi. Tout seul, comme un grand !
Avec sa putain de chamade diesel qui grogne, broute, pète de la fumée noire dans un vacarme à rendre jaloux un True Evil auquel on aurait offert un marteau piqueur !
Tu m’as causé un fou rire comme rarement j’en ai essuyé !
Salopard ! J’ai failli m’étouffer tellement c’était bon !

Et arriver au son de Schizophrenie Inc !... t’as peur de rien toi !... le ridicule ne tue pas, c’est vrai, mais franchement mon gros con sur ce coup-là je t’adore ! Même en songe je n’aurais pas imaginé mieux. Tu es l’homme de mes rêves. Putain je n’aurais jamais imaginé dire ça un jour. Tu me bouleverses mon lapin. J’espère que c’est réciproque. Les passions aussi fusionnelles c’est rare. Ce serait tellement beau. Rencontrer au hasard d’une annonce un bel inconnu, petit, gras, et salement vêtu d’un survêtement à boutons et d’un pull de caille. Croiser l’inespéré. Passer des moments calins avec, rien qu’à deux, toute la nuit. Se faire des mimi. Tu me fous la trique avec ta merde sur jantes larges, Jacky !

On est intimes maintenant, après toutes ces heures...
Je peux te faire une confidence ?
Moi non plus, je ne me lasse pas du temps passé avec toi.

On s’amuse bien tous les deux. On rigole comme de petits écureuils fous pas vrai ?
Bon, d’accord,j’avoue, je reconnais que ne pas t’avoir nourri depuis hier soir ce n’est pas très hospitalier de ma part mais encore une fois je te le répète : tu brûleras mieux si tu es déshydraté, et dès lors je pourrai assister à la fin de ta rapide combustion avant même que les pompiers arrivent. Je prendrai des photos, je te promets que je les enverrai à l’ordure purulente qui t’a mis au monde. Ça lui fera sûrement plaisir d’avoir des nouvelles. Tu as dû avoir une mère bien sensible et pas du tout castratrice pour en arriver à ce point sur l’échelle de la déchéance...

Et sur la Zone aussi, tiens, ça ferait bien la photo de toi tout grillé comme une volaille. Y’en a deux ou trois qui vont bien repeindre leur clavier, je pense. Tu es si bandant... Enfin...
Pas trop de photos non plus.
Faut pas que j’oublie que ta femelle doit me ramener ta rançon à 5 heures sur le parking de Cora Lens 2. Toi tu seras déjà cramé, mais bon, mes bourses d’études ne me permettent pas de financer tout le dispositif de mise à mort de con. Et je n’ai pas assez d’ancienneté sur La Zone pour caresser le doux espoir de jouir de quelque défraiement.
Et après tout... trois cents balles, ça fait pas tant que ça, pour toutes ces heures à imaginer et mettre en place ta crémation, puis pour la baiser comme elle ne l’a jamais été, ta connasse, vraisemblablement crasseuse et profondément débile. Si tu comptes les sacs plastiques dans lesquels je la placerai ensuite par morceau d’environ 500 grammes pour mieux tout congeler, et les ressortir au compte goutte quand je voudrai mettre un peu de viande avec les nouilles ou les frites, ainsi que les quelques kilos d’engrais, voire l’électricité pour recharger la meuleuse d’angles sans fil, ça reste honnête comme honoraires, pas vrai ?
Pièces et main-d’œuvre 50 neuros.
Pour ce prix là Nortoto ils te faisaient ta vidange alors j’espère quand même bénéficier de ta reconnaissance éternelle et inaltérable. Mon cher collègue...
Dis-toi que c’est un prix d’ami.
D’ailleurs on est presque potes depuis hier. On ne se lâche pas, hein ?
- ...
Roo... allez fais pas ton timide.
Tu n’aimes pas dévoiler tes sentiments ?
Je comprends, je comprends. Tu es un grand pudique mine de rien.
En plus avec ce que tu as sur la bouche ça ne doit pas être facile de t’exprimer.
Fallait pas mettre de bande adhésive pare soleil de 30 cm sur ton pare brise. Des gens mal intentionnés peuvent te bâillonner avec ça, tu sais ?...
Rassure-moi : tu arrives quand même à respirer ? Ça ne fait pas trop mal ?
Tu dis rien ?
SCHBAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAM !!!!! SCHBAM SCHBAM SCHBAM. (Chocs acharnés entre la feue barre anti-rapprochement et les parties génitales de Monsieur Jacky, lui provoquant quelques fêlures du bassin.)
- MMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMHHHHHHHHH !?! MMMouhouhoummh
Excuse moi pour les coups dans l’entrejambe, mais je voulais m’assurer que tu te portais bien. Alors j’ai frappé là où il devait y en avoir le moins à abîmer. Les tocards castrés comme toi ça court les rues à notre époque de désolation. Les minables qui ont tellement peu de couilles que le seul moyen qu’ils ont de se sentir puissants, c’est de devenir un tyran destructeur accomplissant des dégâts sur des êtres ou des objets sans défense, un tortionnaire, un chauffard, une mite.
Tu lui en veux à ta caisse ? Tu crois que ça va remplacer une bite ? Tu crois que les femelles vont se jeter sur toi pour tes 5000 watts de son et tes jantes 20 pouces ? Contrôler sa caisse et vivre à travers elle, faute d’avoir la moindre maîtrise sur sa vie. Je te plains presque, mon ami. Je suis sûr que tu bats ta femme, en plus. Et tes gosses si tu en avais. Se venger de sa propre médiocrité sur son entourage. Vraiment c’est un bienfait envers la société que de cramer des pouilleux comme toi. Ce serait presque un plaisir, si on pouvait s’y consacrer en dilettante.
Mais cette magnifique œuvre, ô combien louable, nécessite de la minutie, du savoir-faire, une abnégation sans faille. Pas d’amateurs dans le domaine du sacrifice de cons !
En attendant, pour en revenir à cet accès de violence de ma part, si tu souffres , grand furoncle, ce n’est que parce que tu m’y as forcé, après tout ! Tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même. Réponds quand on te parle, tu verras, ça facilite les rapports humains, la politesse ! Enfin l’essentiel est là : me voilà rassuré : tes glapissements m’indiquent que tu te portes comme un charme. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes !
C’est que je tiens, en effet, à ce que tu sois en excellente santé, et que tout se déroule agréablement pour ta personne. Un peu comme te le dirait une hôtesse de l’air au décollage alors que quelques minutes plus tard l’avion sombrera dans une mer profonde et noire.
N’aie pas peur tout va bien se passer.
Ca fait toujours ça la première fois.
Alors je prends soin de ta petite personne.
Je ne tiens pas à ce qu’on pense que je suis un sale sadique pervers quand même !
Gardons les formes.
Soyons gentlemen.
Il faut rester humain en toutes circonstances, comprends tu ?
Tu vas flamber, erreur de la nature, mais tu as droit à un traitement digne !
Quatre étoiles.
Mais des étoiles filantes mon pote !
mouahahah.
Bref, tu vas périr dans les flammes, ça va fuser, ce sera resplendissant.
Il va faire très chaud dans ton anus. L’enfer, à côté, te paraîtra climatisé. Satan a la clim.
Pas moi.
Mais d’ailleurs...
Il fait pas si chaud que ça ici , pour l’instant, j’me caille, moi !
Ah mais oui. ;. en effet ! Ton écran de thermomètre à leds violettes, fixé sur le dossier du siège passager, indique 5° !
C’est qu’il doit avoir froid, le petit ! Tout nu comme ça en plus ! J’ai voulu que tu sois à l’aise, que tu te sentes comme à la maison, mais s’il fait une température aussi fraîche ça ne va pas aller, tu risques même de rendre l’âme avant que je te finisse, petit farceur...
Me fais pas ce coup-là, tu risquerais de le regretter, fennec !
Tant d’efforts pour rien, pour un déserteur ?
Pas moyen. Tu peux pas me faire ça !
Cela serait profondément discourtois.
Tu es mon ami, ne l’oublie jamais !
J’ai une idée, vieux. Tu peux te réjouir que j’aie descendu autant de bières en ta compagnie, j’ai une énorme envie de pisser, je dois bien avoir 2 litres pour toi mon cochon !
Mais attention n’en bois pas une goutte, tu dois rester déshydraté !
Sinon gare à ton entrejambe.

****

Enfin tout est prêt. Le con a séché. Le bûcher aussi.
Cette magnifique Renault 19 personnalisée tiendrait presque du fantasme.
En effet, on y lit, comme dans un livre pour enfants attardés, la pensée limitée et tout le génie du tuneur en série, tel un condensé de tous les enseignements et savoir-faire d’une vie dévouée à son oeuvre, certes, mais également, quand on n’a pas le goût de jouer-les- poètes-de-merde-parce-qu’il-est-quand-même-quatre-heures-du-mat’-et-qu’on-se-les-pèle, cela constitue un instrument de supplice idéal pour un con à cramer.

Tout y est.

Un concentré de toute l’astuce et l’imagination de quelques millénaires de civilisation et de progrès technique. Tout le matériel d’extermination est fourni AVEC et PAR le con, qui s’était empressé de claquer toutes ses assedics, durant des années, à la caisse du magasin situé à une vingtaine de mètres du saint bûcher. Il va regretter. Il va expier toute sa connerie jackyste. L’ascèse par le feu et ses bienfaits, on ne s’en lassera décidément jamais. C’est beau, c’est chaud, c’est bingo. J’avais bien prévu un peu d’essence pour mettre le feu à la victime , du ruban adhésif ultra résistant pour la ligoter et la bâillonner , de l’engrais pour faire une belle explosion ( soyons fous), des allumettes, et un bonnet pour ne pas avoir froid. Classique, en somme.
Mais quand s’est révélée sous mes yeux éblouis cette splendide bête de course à cinq portes !
Néons dans tous les recoins, gicleurs à leds bleues, phares xénon bleus, antibrouillards bleus (utilisés de préférence quand le ciel est bleu), leviers de portières à leds bleues, rétroviseur à leds bleues, peluches de plage arrière à leds bleues, antenne radio à leds bleues, trappe à essence avec autocollant imitation aluminium (à led bleue), bouchons de valve à leds oranges, pommeau de vitesse imitation carbone (à led bleue), fonds de compteurs personnalisés (à leds bleues), harnais de siège baquet (Chic, j’avais selon toute vraisemblance affaire à un champion des rallyes sauvages au frein à main, entre le mac do et la pompe à essence de Carrouf ! Je n’avais jamais pris conscience du caractère si sportif et agressif de la Chamade 1L8 Diesel !). Et que dire du sol métallique tigré apparemment piqué dans une cabine téléphonique, si j’en crois le logo visible en plein milieu de l’espace dédié aux chaussures du copilote ! Un vrai régal !
Ensuite ça devient presque jouissif si l’on s’intéresse aux vitres teintées mal collées à bulles apparentes, à ligne d’échappement sonore en inox et large comme l’anus d’une femelle éléphant d’Afrique après une tournante dans la savane, ainsi qu’aux lames multicolores ornant les pare-choc, aux feux arrière « californiens », aux faux chromes en bande adhésive censés embellir le bolide, qui éblouiraient même un aveugle pour peu que les phares d’un autre véhicule daignent se poser par un malheureux hasard sur lesdites lignes resplendissantes ! Jouissif, c’est le mot, oui !
De même, si l’on fixe son attention sur les énigmatiques prises d’air factices, la petite plaque collée sur la portière façon rallye avec le nom des usagers et leur groupe sanguin - en cas de collision avec un chameau dans le désert - (un chariot plein de bière devant LIDL ?), ou encore les paupières de phares !
Tous ces gadgets exposés dans le véhicule m’ont inspiré.
J’ai détruit les néons pour taillader les joues du tuneur. Le liquide agressif coulant dans les plaies l’a rendu soudain très bruyant. Quitte à supporter l’écoute de quelques gémissements, autant profiter de ce moment de détresse chez mon con pour y concentrer tout ce qui pourrait le contrarier. Je lui ai placé dans le rectum le pot japonais, préalablement détaché du reste de la ligne à l’aide de ma précieuse meuleuse d’angle. Quelques étincelles et le tube a cédé sans résistance. L’anus de mon ami n’étant pas assez dilaté, par contre, j’ai dû le huiler (10W40 semi synthèse), mais ça n’a pas eu l’air de suffire.

Tant pis pour lui.

J’ai un peu forcé, pour faire passer d’abord les 63 mm de l’embout naguère raccordé à la ligne mais, grâce au réducteur, l’effort a tout de même été modéré. Etrangement (tout restant relatif bien entendu), les 11 cm de diamètre du pot en lui-même sont passés plus aisément. Un peu d’huile et un grand coup de pied ont eu raison des réticences de mon invité surprise. Dix centimètres de pénétration suffisent. Il n’était pas question de le tuer si tôt, qui plus est par hémorragie anale, c’est trop courant, et ça n’entre pas dans le cadre de la Saint Con, de toute manière . Dommage ç’aurait pu être... excitant.
En revanche, ayant ouï dire que les tuneurs adoraient faire du bruit, voire des pets de flamme avec le silencieux final, je me suis décidé à faire une faveur à mon con.
Brûler l’intérieur de son pot, comme certains, pour faire plus de bruit paraît-il.
J’ai versé un peu d’essence à l’intérieur, laissé s’échapper une mèche par l’immense sortie de type "boîte de conserve"(format familial). L’écharpe du RC Lens harmonieusement déposée par le con sur la plage arrière entre deux subwoofers m’a semblée parfaite pour ce rôle.
Après une minute de consomption de mèche, ce qui m’a amplement laissé le loisir de m’éloigner du canon ainsi hâtivement conçu (Mac Gyver incorporated), une détonation sourde m’a hautement réjoui... Dans un splendide éclair surgi du tube en inox, le pot s’est éjecté loin du corps de ma victime, allant éclater les vitres teintées, déchirant le film violet-noir bulleux par la même occasion, et terminant sa course dans un bruit de casserole roulante, quelque part sur le bitume vierge du parking. L’explosion ayant repoussé les deux parties couplées et désintégré leur unité factice , mon con a été fatalement éjecté à quelques mètres, l’anus carbonisé, tremblant comme un lapin épileptique, éraflé par la projection sur le sol rugueux...
Finalement, je ne regrette pas, c’est bien rigolo de préparer du beauf pour la Saint-Con.
Je reviendrai !
Il a quand même dû avoir un peu mal, le pauvre. Dans le trou béant, où se mêlent sang et cendre sèche, qui m’a suggéré de nombreuses images symboliques, j’ai entreposé ensuite sans problème les divers ustensiles à leds bleues. Une belle photo. Un beau fond d’écran en perspective.
Ensuite, pour l’épineuse question de l’aileron arrière de Formule 1, qui permet évidemment de plaquer au sol le fier destrier sur la route du supermarché (faudrait pas risquer une sortie de piste, avec les chips , le cassoulet et la pouf à bord) , ou encore de la barre anti-rapprochement (sous le capot, pour ceux qui se demanderaient de quoi il s’agit : entre les deux fixations d’amortisseurs), tout comme les subwoofers, malheureusement je n’ai pas su trop quoi en faire d’original ou d’amusant. Par manque d’imagination, je dois bien l’avouer, je me suis borné à lui en foutre des coups. Ça soulage toujours, frapper comme un sourd, au moyen d’un objet contondant et tranchant. Pour les hauts parleurs monstrueux j’ai trouvé un côté vaguement ludique à les balancer d’une distance de dix pas en visant le nombril. Pétanque quand tu nous tiens ! Manquait le pastis quand même. Du coup je me suis vite lassé, de toute façon c’est assez lourd à porter et à jeter, et une fois les intestins du jacky mis à l’air, il n’y a plus grand chose de neuf à réussir. Par maladresse, j’ai dû déplorer au passage un écrasement de fémur droit. De même je lui ai, par inadvertance, fracassé le cap de Broca. Pas une grosse perte. C’est sûrement le genre de feignasse qui prend son véhicule pour aller au café à deux cents mètres, et qui n’a jamais eu le mode d’emploi de sa cavité crânienne. Comme à la suite de ces petites erreurs de ma part, il refusait de cesser ses groumoumoummmmfs plaintifs , je lui ai lâché un de ses subs de 38 cm pile sur le plexus, à la verticale. Il a compris qu’avec moi on la ramène pas, ce minable.

L’autorité naturelle, mes enfants, il n’y a que ça de vrai.

Ensuite , et c’est là que la titine trafiquée prend tout son intérêt pour le zonard, les subwoofers nécessitant des centaines voire, à force, des milliers de watts, les jackys équipent leur monture d’amplificateurs et condensateurs à faire pâlir d’envie EDF. Vous imaginez aisément que ces amplis peuvent devenir de formidables détonnateurs pour qui sait, ou bien, très peu y faire (d’où la présence d’extincteurs dans tout habitacle tuning qui se respecte ) , ou bien un peu, mais avec des intentions plus louables. Détruire du beauf avec du matos de beauf. C’est le pied.
Je n’ai eu qu’à modifier le circuit électrique à partir de ces amplis. J’avais eu la chance de tomber sur un fan de techno de merde. Avec des boum boum et rien d’autre. Il aime les basses. Il y a 5000 watts. De chaque ampli j’ai fait un allume-gaz géant, trempant les extrémités dénudées de câbles, dévoyés de leur fonction d’origine, dans un mélange composé d’essence et d’engrais. Pour le fun, j’en ai même placé une paire dans le réservoir, histoire de faire exploser les vapeurs de carburant... J’ai imbibé de cette substance tous les sièges, salissant la splendide imitation de peau de léopard (Jacky et chasseur à la fois, deux en un, je suis gâté, je suis aux anges !). Puis j’ai ruiné la moumoute du volant. Quelques litres sur la peinture chiasseuse, les jantes énormes, et même dans les prises d’air factices. Les moindres recoins ont été traités. Ça va chier !

Le plus difficile a été de concevoir le moyen de déclencher le massacre, tout en restant aux premières loges, mais en sécurité.

En démarchant les Jackys j’avais 99% de chances de tomber sur des autoradios à télécommande. Une saloperie de cd à la couverture bleue mixée par un certain Atomique était déjà dans le lecteur. J’allais immoler mon con au son de cette musique de fracassés. Comme j’ai modifié les câblages de manière à fournir une alimentation permanente à l’appareil, il suffit désormais d’appuyer sur le bouton de mise en marche de la télécommande, sans clé de contact dans le neimann, pour que les amplis commencent à fournir du courant. Au lieu de s’occuper du son, cette fois, qui sera la dernière de leur existence malmenée, ce sera du con qu’il s’agira.
Monter tout ce dispositif, par son aspect dangereux, m’a demandé quelques heures de travail minutieux.
Pourtant, ma concentration était ailleurs.

Quelque chose m’a envahi et tourmenté.
Les fameuses paupières de phares.

D’ailleurs, j’ai eu beau y réfléchir pendant des heures, je n’ai toujours pas résolu l’obsédante question de l’utilité de ces éléments étranges et pénétrants. Que les yeux de la voiture soient moins éblouis la nuit par ceux de ses congénères ? Paraître dangereux et sauvage ? Aérodynamisme ?
Guère convaincu, et mon compagnon ne semblant pas davantage enclin à me fournir une réponse plus précise que « Mouwoummmf », j’en suis arrivé à la conclusion que le seul intérêt pratique de ces bouts de plastique est, qu’une fois décollés des phares, ils se métamorphosent en arme blanche redoutable.
Ça peut servir au jacky à se défendre sur le parking du Macumba en cas de mauvaise rencontre, probablement.
Et Schlak !!, pour la peine, un coup dans la gueule du con.
Schlaaaak, plus fort !! "Tu aimes ça , hein !"
Schlaaaaaak !schlaaak !
Quelques larmes de sang dansent langoureusement sur ce corps crassement et poilument désirable de ce partenaire improvisé.
C’est donc coupant ! Fouet et machette. Deux en un . La classe !
Testons ça plus en profondeur.
Les oreilles du jacky étant destinées à cramer, elles n’ont pas plus d’utilité sur son crâne résonnant que les paupières sur ses phares. Il peut dès lors s’en passer, me dis-je.
Schlak Schlak Schlak Schlak.
Du sang. Ça commence à s’entrouvrir, un peu de chair crue s’offre à mon regard satisfait.
Je calme les beuglements de ce gros porc d’un coup de talon au plexus.
Il va pas encore me faire chier, j’en ai plus qu’assez de l’entendre se plaindre pour un oui pour un non. Merde.
"Aie des couilles mon pote. Sinon qu’est ce que tu vas devenir dans la vie ?"
Shlakschlakschlakshlakschlakschlakschlak !
Ces coups rapides, moins amples, plus précis, font leur effet.
Je bascule sa tête sur le sol pour attaquer l’oreille par l’arrière.
Sclakschlakschlakschlakschlakschlakschlak.
C’est inexplicable, mais ça me procure un bien-être diablement chaleureux, de m’acharner ainsi sur ce lobe. Encore, encore !
Schlakschlakschlakschlak
Ça pisse le sang. Ils vont aimer sur la Zone. L’oreille ne tient plus que par un lambeau de chair. Le sourire jusqu’aux oreilles, je l’arrache triomphalement entre le pouce et l’index. La victime convulse.
Et merde.
Fallait pas le saigner par là.
Vite !
Si mon con est totalement mort au moment où il flambe ce n’est plus drôle.
Et ça va faire "pas très sérieux".
Tant pis l’an prochain je ferai plus simple. Un dispositif moins long à préparer. Moins de raffinements.
Cette fois, je n’ai fait que perdre mon temps en élaborant un bûcher personnalisé et complexe, puisque mon con est en train de se vider de son sang et non de brûler comme initialement prévu.
Vite !
Je vide ce qu’il me reste du mélange explosif dans la bouche de mon camarade. Quelques gouttes également dans son fion histoire de le finir en beauté...
Vite !
Pour la médecine il serait encore récupérable : il est encore plus ou moins vivant.
Je le balance sans tendresse sur ses putains de baquets.
Il comptera parmi les morts au volant de l’année.
Ça emmerdera Sarko et de Vilebrequin.
Sourire.
Vite, la télécomande !
Je laisse la portière ouverte pour ne pas entraver les ondes.
Courir.
A quelques secondes de course de là, plaqué au sol, à plat ventre comme un soldat en opération commando, j’appuie sur le bouton en lequel se trouvent en cet instant magique tous mes espoirs et toute l’énergie que j’ai déployés quant à ce sacrifice. Il n’y a plus au monde que cette touche, le bûcher et moi.
Une simple pression inquiète de l’index pour déclencher le feu de joie.

"O Saint Con, daigne accepter cette offrande !"

Le bouton est très sensible. L’effet est instantané.

Formidable explosion digne de Hollywood.
C’est mieux que le 14 juillet, la Saint Con !
Un nuage de feu illumine les lettres jaunes de Nortoto. La consécration pour l’enseigne.
Une photo pour immortaliser mon con.
Les morceaux de cadavre les moins calcinés, parmi les miettes de plexiglas, retombent au bout de quelques secondes en une grêle joyeuse qui vient m’arroser de points de douleur et me tacher d’un sang collant et marron.
Ça sent le roussi...
Se barrer.
La nuit n’est pas finie, encore un rendez-vous à honorer.
Le devoir m’appelle.
Vite.

*****

... 7, 8, et 10 ! Cinquante euros. Le compte y est.
Mais elle n’aurait pas pu me filer des billets de 10 cette connasse ?! Je fais pas la manche, merde !
Je te mettrais bien un coup de néons dans la gueule si seulement je me rappelais dans quels sacs j’ai réparti les morceaux de ta face de chiure !...
Faudra que j’y repense quand je les dégèlerai.
Tu auras ta rouste un jour ou l’autre, sale poufiasse !

*****

Pour la fin de la Saint-Con j’ai l’honneur de vous inviter à un grand barbecue sur la plage de la Baie des Trépassés. Soixante kilos de viande de salope, un peu de gras mais pas trop. Il y en aura pour tout le monde. Venez nombreux.

(En guise de cadeau de bienvenue des reliques de Saint-Jacky seront distribuées aux invités, sur présentation de ta bite ou de TCS.)


Immolons cruellement le blaireau démagogue le plus populaire de france

La Saint Con approche à grands pas, une ambiance de fête et de roussi s’ installe peu à peu au sein de notre territoire national ; c’est un devoir civique de se trouver un bon gros con de base, celui qui ne demande que ça pour que chacun trouve le bonheur dans une Institution avec un grand I, au fur et à mesure que les festivités s’approchent, il est naturel de chercher en l’autre un bûcher potentiel.
Cependant, il y a une différence entre politesse de suivre une coutume et un véritable acte de civisme. Je n’ai pas peur de le dire : Oui, je vais ne pas faire brûler une seule personne pour la Saint Con mais deux.
Je sais, on a pas le droit, c’ est très très interdit, tu peux aller en enfer pour ça, mais la nécessité de faire un double bûcher est évidente...
PARCE QU’ IL LE FAUT
SURTOUT EN CE MOMENT
IL A UNE GUEULE DE BARMAN DéGéNéRé DES ANNéES 60, avec sa putain de vieille banane, et son costume à paillettes hérité d’une saloperie hybride de l’espace entre Claude Francois, T Rex et Popeck.
Elle est la femme de mon premier, donc, à 50% responsable de cette déchéance sensorielle que ce couple sorti du cul de l’ Heautontimoroumenos ou je ne sais quoi.
Je compte épargner mes enfants de cette merde.

Shirley Et Dino ce soir vont brûler...
L’élite se gausse en voyant ici l’une des cibles les plus faciles imaginables, ils sont là, ils s’agitent, on dirait qu’ils ne demandent que ça.
J’en juge que c’est de toute évidence une provocation. Je n’aime pas la provocation.
La provocation moi, je la fais cuire à feu doux et je ferme le couvercle.
Enculés !
Donc, ce soir c’est l’avant-première du summum de l’agitation crétine inutile moche, pas drôle, et nos deux amis à faire cuire prennent place sur le devant d’une scène qu’ils ont trop longtemps monopolisés.
Mesdames messieurs le quart d’heure de gloire de Shirley et Dino prend fin, et personne ne s’en plaindra...
Sauf, bien entendu, pas mal de gens, qui eux aussi, se feront un masque au carbone pendant la Saint Con, par réflexe du style "mais qu’est ce que je fais, qui sont ces gens, quelqu’un a du feu ?"
Ou passeront au bûcher indépendamment de leur volonté, les autres remercieront Poséidon de leur avoir accordé un sursis de quelques mois, que voulez-vous : la connerie est une seconde nature.

Shirley et Dino parlent, rires, applaudissements, tours de magie foireux, gags à tiroirs, ces deux-là sont l’adaptation humoristique d’un nihilisme apolitisé.
Même des clowns scatophiles et sodomites allemands font mieux.

L’Heure approche, des questions de spectateurs, des commentaires de critiques, des blagues, des tagada-tsoin-tsoin, la voix criarde de l’autre espèce de pute bariolée au rabais.

L’heure est là. Moi et mes mercenaires nous approchons peu à peu de l’estrade ou le couple le plus merdique de l’histoire de l’humour va servir de bougie.
J’ai les sangles, le kérosène et ma petite boîte d’allumettes du bar "le baromètre" et mes deux comparses ont amené du petit-bois sec du Mali habilement dissimulé dans des caddies de golf.
Un vigile soudoyé fait habilement diversion auprès des stars de leur dernier soir de statut en leur révélant la présence de Freddie Mercury dans la salle.
Nos deux cibles se retournent, sûrement pour demander qui est Freddie Mercury, bref, le moment tant attendu est là.

jesaisisdinol’enmaillotelefrappelemetaterredescoupsdescoupscestbondesevenger ahahahapensaisonbrulebruleviolmangetetemathématiquesmalinfluenc.

La suite c’est de votre ressort de la construire.
L’ultra-violence me fait chier.
Je vous laisse leur corps à demi cuits.

Plein le cul de mettre les mains au charbon pour que les choses aillent mieux.


Terreur sur la Zone : les griffes de Scorbut

Il y a de cela des décennies, Scorbut naquit suite au viol de sa mère par une centaine d’aliénés. Il prit tous les gènes de ses pères et il devint ainsi petit à petit l’un des plus grands cons que la Terre ait pu connaître.

Hélas, Scorbut était très égocentrique et il décida qu’il serait LE seul con. Avec une poignée de trous du cul, il créa un ordre secret chargé de traquer tout être plus con que lui. Muni d’une arme démoniaque de son invention (un gant muni de cinq allume-gaz), il déambulait dans les rues à la recherche de ses proies. Les choses se gâtèrent lorsque Scorbut tenta de tuer son premier con. Il passa en effet plusieurs jours à essayer d’allumer un brasier avec ses allume-gaz (en confondant sans doute le principe avec celui du lance-flammes). Sa victime mourut finalement d’ennui. Les trous du cul de Scorbut rendus fous devant un tel étalage de connerie, organisèrent une grande chasse à l’homme dans le but de l’éliminer. Ce qui fut parfaitement inutile notons-le car il était évidemment trop niais pour se rendre compte de quoi que ce soit. Ils le trouvèrent au fin fond d’une chaufferie en train d’essayer vainement d’allumer les cheveux de deux petits trisomiques avec ses allume-gaz. Scorbut termina donc ces jours comme un gros connard, brûlé dans une chaudière.

Depuis ce jour, tous les 10 avril, une secte appelée la Zone célèbre la mort de Scorbut en brûlant des cons. Depuis longtemps les véritables origines de cette célébration, désormais appelée la Saint-Con, sont oubliées, et pourtant...

9 avril - 3 heures / Appartement de nihil et Aka, chambre

- PUTAIN !
- Humpf... gné... qu’est-ce que t’as ?
- J’ai fait un cauchemar... enfin un rêve débile plutôt...
- Super intéress...
- Non te rendors pas attends. J’ai rêvé qu’une espèce de con essayait de me brûler avec des allume-gaz sans gaz et... HEY TU DORS !
- Ferme ta gueule, il est tard, la Saint Con est dans moins de 24 heures ça te monte à la tête...

Fais chier il pionce ce connard. Moi je peux pas me rendormir après un rêve aussi ridicule, c’est mort. Bon je vais me griller une clope.... Euh non pas « griller », « fumer »... euh... bref.
Tiens y a d’autres insomniaques sur la Zone... Un nouveau topic « vos rêves les plus cons ». Ah bah je vais avoir des trucs à raconter.
... Putain Narak et l’Abbé Pierre ont fait exactement le même rêve que moi ! C’est beau l’empathie. Ça a peut-être une signification cachée ? Cachée dans mon cul, ouais c’est ça bande de connard marrez-vous mais moi je le sens pas ce truc... Ouais c’est ça, bonne nuit.
Faut que je trouve des informations moi. Merde y a rien sur un clampin avec des allume-gaz à la place des doigts. Où est-ce que je vais trouver...

9 avril - 6 heures / Appartement de nihil et Aka, bureau

- BOUH
- Putain espèce de connard, ça va pas de me faire flipper comme ça, je vais te cramer la gueule enfoiré de pianiste !
- C’est de ta faute, avec tes conneries de me raconter tes rêves au milieu de la nuit, j’ai fait le même.
- Narak et l’Abbé aussi, raconte.
- Bah y avait un débile avec un œil qui me coursait pour me brûler avec des doigts transformés en allume-gaz. Je crois que j’ai pas supporté tant de connerie et ça m’a réveillé.
- Bon je vais dormir un peu, faut que j’aie les idées claires pour penser à tout ça.
- Ouais c’est ça connasse, pense à prévenir Jacques Pradel au passage mouahahaha.
- Elle est pourrie ta vanne, t’as envie de crever toi ça se sent.

9 avril - 10 heures / Appartement de nihil et Aka, chambre

Rien à faire, j’arrive pas à dormir. Je me retourne encore et encore dans le lit. Je vais mettre la radio, ça me bercera. C’est quoi cette chan...
Tiens nihil, tu viens te recoucher ? Nihil ?
...
Ouh putain c’est l’autre machin avec ses allume-gaz. Ok, je me la joue "même pas peur" :
- Qu’est ce que tu fous dans ma chambre connard !
- Te donner un avant-goût de le mort atroce qui t’attend demain !
- Euh, on dit « la » mort, ça fait pas très peur là du coup.
- Ta gueule salope, c’est pas pour rien que je suis le plus con. Vous avez voulu m’imiter de par votre connasserie et votre volontariat de cramer les cons comme moi, mais je suis l’unique !
- Ah la vache ouais j’avoue, t’es vraiment con.
- Je sais. J’te laisse, je dois aller voir les autres...
- Bah attends ! Tu devais pas me donner un avant-goût ?
- Ah ouais c’est vrai... Regarde ! Tu vois cette paire de chaussettes qui traîne par terre ? BAH JE LA CRAME MOI LA PAIRE DE CHAUSSETTES. JE SUIS UN FOU MOI, JE LUI METS SA MERE A LA CHAUSSETTE !

- Aka ? AKA ?
- Hein ? Quoi ?
- Putain ça fait dix minutes que tu te marres en dormant, ça devient lourd...
- Les chaussettes ? Est-ce que les chaussettes vont bien ?
- Euh ouais ok, là faut que tu meures toi.
- Non mais regarde, il a réussi à brûler un fil avec ses allume-gaz. Il était là je te dis ! C’est réel !
- Ecoute va falloir que tu te calmes avec tes histoires. T’es en train de passer ta parano à tout le monde. Lapinchien a fait aussi le même rêve et du coup il vient de me pondre un texte de 42 pages en trois minutes sur l’implication des rêves dans la réalité tridimensionnelle des ragondins dans ton cul salope. Dans deux jours, je vais avoir la version 67 pages de Tyler... Tu veux pourrir la Zone ou quoi ?
- Ok, je vais me débrouiller toute seule...

9 avril - 14 heures / Appartement de nihil et Aka, bureau

LC, c’est Aka. Non j’ai pas fini Blogule Rouge ne sabre pas le champagne. En fait je t’envoie ce MP parce que je viens de lire ton dernier texte. J’ai absolument rien compris, mais je sens qu’il peut m’aider. Tu peux me le résumer en version pour les nuls ?

« On va tous crever demain »

Ok merci.

9 avril - 16 heures / Tout pareil

Je suis claquée mais je sens qu’il faut pas que je dorme. Ce connard de nihil n’a pas l’air inquiet le moins du monde, il fredonne devant son pc, tout joyeux. Quel con. Tiens, ça me dit quelque chose cette chanson...
- Hey connard, c’est quoi que tu sifflotes ?
- Une saloperie de comptine que j’ai dans la tête... Je crois que j’en ai rêvé cette nuit.
- Putain c’est la chanson que j’ai entendue dans ma radio ! Vas-y chante !
- T’as cru que c’était journée karaoké ou quoi ?
- Ta gueule, chante j’te dis c’est important, chante ou je te fais des bisous !
- Ok t’emballe pas.
« Un, deux : Scorbut te cramera les cheveux
Trois, quatre : Tu finiras tes jours dans l’âtre
Cinq, six : Mets toi à l’abri le dix
Sept, huit : Surtout ne dors pas la nuit
Neuf, dix : Ou tu subiras les pires sévices »
- La vache, c’est con comme chanson. C’est qui Scorbut ?
- Mais je sais pas moi, c’est un rêve je te dis, depuis quand ça devrait avoir un sens... Va dormir sérieux, tu saoules.

9 avril - 23 heures / (Attention ça change) Une bibliothèque

Je suis aux archives de la bibliothèque depuis des heures à faire des recherches sur ce Scorbut. Oui je suis à la bibliothèque à 23 heures et elle est ouverte, et alors ? Me fais pas chier dans un film d’horreur les bibliothèques sont ouvertes la nuit.
A part des photos dégueulasses, j’ai pas trouvé grand-chose. Je commence à sérieusement piquer du nez. Je rassemble mes affaires pour rentrer quand je fais tomber comme de par hasard une coupure de presse vieillie par le temps.
« UN HOMME BRULE VIF DANS UNE CHAUDIERE - ON NE RETROUVE QUE SES ALLUME-GAZ »
Putain c’est lui !
Et là je comprends tout parce qu’il est bientôt minuit et que je suis l’héroïne de l’histoire et il est donc temps que je comprenne. Scorbut était un con qui est à l’origine de la Saint-Con. Il est super énervé parce qu’il s’est fait tuer sans jamais avoir réussi à cramer qui que ce soit. Et nous, pauvres êtres inconscients, nous avons entretenu le mythe par la Saint-Con... Nous lui avons insufflé ainsi Le Pouvoir... ET IL EST REVENU NOUS TUER DANS NOS REVES !
Pourquoi je n’y ai pas pensé plus tôt ? Peut-être parce que c’est complètement absurde. Bref, il faut que j’aille prévenir les autres.

Je cours jusqu’à chez moi. Dehors, un orage apocalyptique fait rage. Un mec à moitié à poil avec une clochette autour du cou annonce la fin du monde.
- Dourak qu’est-ce que tu fais là ?
- Je joue le rôle du connard sorti de nulle part et qui va te donner la solution au problème grâce à une phrase énigmatique juste avant de me faire trucider.
- Tu peux donc m’aider ! Je t’en prie dis moi tout...
- La Vérité je te le dis, sa force réside dans sa connerie.
- Ça je m’en doute, mais comment on le détruit ?
- Ta connerie ne doit jamais dépasser la sienne.
- Ok, merci Dourak et... (voix brisée par l’émotion)... fais gaffe à ton cul.
- En Vérité, je ne crains que les flammes de l’Enfer. Vade retro.
- Ouais, salut.
Je n’ai pas fait quelques pas que Dourak s’enflamme juste derrière moi. En même temps, faut être vraiment débile pour se balader comme ça et crier ses inepties un jour de Saint-Con. Cible trop facile. Ah merde, s’il s’est fait cramer c’est qu’il est minuit passé...

10 avril - 0h30 / (On pète le budget décor) Devant l’immeuble de nihil et Aka

Je commence à être passablement énervée. Il règne une atmosphère étrange devant mon immeuble. Deux fillettes en costume 1920 jouent à la corde à sauter avec un effet de ralenti en fredonnant : « Un, deux... » Ouais là c’en est trop. Tout le reste je supporte, mais ça je peux pas. J’embarque les deux gamines et les fous dans une poubelle que je m’empresse de refermer. On traîne pas dans les rues à cette heure-ci à votre âge bande de putes dépravées.

Je me rue dans l’appartement.
- Nihil, je sais comment tuer cette espèce de.... Bah pourquoi tu te marres ?
- La Saint-Con commence bien, Narak et l’Abbé Pierre sont morts.
- Ah ? Quel auteur les a brûlés ?
- Non mais ils sont VRAIMENT morts. On les a retrouvés en cendres avec le même message écrit à la suie sur les murs : « je leur ai enfin fait leur fête à ces enfoirés de bébés trisomiques » Là je tombe à genoux, je m’arrache les cheveux et je hurle : « NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON ».

10 avril - 1h30 / Appartement de nihil et Aka, bureau

Il faut que je sauve Lapinchien. Il est connecté au forum, il est pas trop tard.

LC il faut pas dormir sinon on est cuit (haha).

« C’est trop tard, je suis somnambule. Je dors là en fait. »

Mais réveille toi bordel, en plus ça sent vraiment trop le vide scénaristique ta réplique, fais quelque chose ! Il va arriver pour te brûler. Viens on finit Blogule Rouge, ça va te tenir éveillé.

« Trop tard, il est là. Je crois qu’il cherche un truc inflammable pour faire fonctionner ses allume-gaz. »

Surtout, sois moins con que lui LC, c’est la seule solution.

« Je suis pris d’une irrépressible envie de me coller la tête dans mon écran pour me faire brûler la gueule. Adieu »

NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON.

Là je tombe à genoux, je m’arrache les cheveux et je hurle.

- Bon l’hystérique, tu vas fermer ta gueule, je vais me coucher.
- Non, faut pas que tu dormes. LC est mort putain regarde.
- LC est pas mort, il se fout de ta gueule. Stop maintenant.
Nihil se cache sous les couettes. Je saute sur le lit à pieds joints tout en criant « faut pas que tu dormes ! faut pas que tu dormes ! faut pas que tu dormes ! faut pas que tu dormes ! faut pas que tu dormes !... » Je pense que c’en est trop parce qu’il se relève pour m’enfermer dans le placard.

10 avril - 2h30 / Appartement de nihil et Aka, placard

J’entends nihil gueuler : « Ah ouais, combien tu paries que je peux m’auto-cramer avec une cigarette ? T’as cru que t’étais le plus con, mais laisse-moi rire ! »
Quel connard ce mec. Pas une grosse perte finalement. Déjà je sens l’odeur de cochon brûlé à laquelle je commence à m’habituer...

La porte du placard s’ouvre, Scorbut est là.
- Et merde, j’ai été assez conne pour m’endormir c’est ça ?
- Oui tu es très conne, tu vas donc crever... Le temps que j’allume le brasier dans tes cheveux avec mes allume-gaz...
- Putain t’es vraiment un gros blaireau toi !
- Je sais ! Mouahahaha.

Merde ça a l’air de lui donner des forces quand on reconnaît sa connerie... L’étincelle des allume-gaz devient plus forte. Dourak (paix à son âme) avait raison...

- En même temps c’est assez ingénieux ton système, ça a la classe.
- ...
- Puis bon, même sans ça, t’as quand même réussi à décimer quasiment toute la Zone...
- Ta gueule connasse.
- Tu feras gaffe, t’es en train de disparaître... Je disais ? Ah oui ! Et en plus, tu as réussi à les faire s’auto-cramer, quel fin stratège !
- Ahhhhhhhhhhhhhhh !

Je me réveille en sursaut. J’y crois pas, j’ai réussi ! Je suis vivante et j’ai détruit le vilain. La preuve en est son gant échoué à mes pieds. Il faut donc maintenant que je trouve la phrase-choc finale.

Euh...
... Ah ouais !

Je saisis l’arme maléfique : « Tu n’auras plus besoin de ça là où tu es, je peux maintenant le mettre dans mon cul... »

FIN

Non c’est nul, on peut pas faire de suite avec ça... Je reprends.

Je saisis l’arme maléfique : « Tu n’auras plus besoin de ça là où tu es, je peux maintenant le mettre dans mon cul... »

A ce moment, les doigts - allume-gaz se mettent à bouger et une voix démoniaque d’outre-tombe crie dans un rire démoniaque mêlé à mes hurlements effrayés :

« Comme ma biiiiiiiiiiiiiiiite »

***MUSIQUE AVEC DES GUITARES SATUREES***


Evitez les sujets sérieux en début de repas

15 heures

Putain j’chuis à la bourre, faut nettoyer c’t’appart, faire les courses, la bouffe. P’tain ! Qu’est ce qui m’a pris d’inviter ces bouzes. Bon OK suis fatiguée, énervée...Cette nuit j’ai dû dormir quelque chose comme 2 heures, cherche l’erreur...
C’ t’appart dégueulasse, le désordre partout, trop de poussière... c’est les murs la poussière ouais c’est sûr. Et la cuisine avec les relents de bouffe de la semaine. Et le carrelage, Mouahhhh le carrelage (penser à ajouter la serpillière sur la liste de courses). J’oublie quelque chose, j’oublie quelque chose... ah oui, j’vais leur faire quoi à manger, hein ?

J’aurais dû dire que j’n’avais pas que ça à foutre, suis trop bonne moi, ils s’invitent et je dis « oui ». Sais pas dire non, c’est pas nouveau ça, d’ailleurs ça a commencé avec mes parents... J’m’égare et je me retarde là.

Bordel, suis pas seule à vivre dans cette poubelle. Fais quoi l’autre ? Son tiercé ?
Sois belle et tais toi (c’est qui Gisèle Halimi ?), frotte, récure en un mot passe de ton temps précieux à astiquer. Astiquer ? Tu suces, tu t’avales ? En même temps on s’en branle, c’est pas grave ça ne m’empêche nullement d’être MOUA faut-il le rappeler ?

18 heures

J’te raconte pas les courses, j’te raconte pas, putain de Société de consommation... Putain de tout oui... c’est quand la Révolution ? Va falloir que j’m’engage dans un mouvement, ça suffit pas les manifs. Paraît que plus de quatre on est une bande de cons, faut voir.
(Bon stop tes conneries... ça t’a pas suffit 68 ? La plage sous les pavés tu l’as trouvée ?)

Pas me faire chier des heures en cuisine, j’vais leur faire une fondue de gnou et des frites. J’ai tout ce qui faut pour faire cramer la barbaque, l’huile et l’alcool à brûler.

Cramer ? Merde c’est la Saint Con aujourd’hui... Ah que j’suis mal là.
J’fais quoi moi ? Elle m’a mise au défi de brûler un con...ça se relève ça...
Et si j’cramais mon bout d’gnou ?
D’abord est-ce con un gnou ? « Mammifère ongulé pesant de 200 à 280 kilos » Remarque ils savent pas nager, se font bouffer par des prédateurs, mouais pas suffisant pour les rendre cons, on se fait tous bouffer (ta gueule, t’as pas le temps)... Bon, en plus si tu en crames que 2 kilos sur 280, tu n’auras pas brûlé un con entier et en plus le con doit être vivant.

Y’a bien des cons pas loin quand même ?
Suis désespérée pas le temps de partir chasser le con errant faut que je coupe les frites, j’vais me suicider. A l’aideuuuuuuuuux.

J’ai pas le temps.

20 heures

Voilà. C’est prêt, le gnou découpé en petits cubes prêts à frire dans l’huile qui bouillotte.
La table est mise, les chats ronronnent. La classe quoi !

Bon, j’m’ennuie, vais aller faire un tour sur la Zone ça passera le temps et ça nous fera un sujet de conversation pour ce soir. Remarque y’aura pas foule ils doivent être en route, je lui ai appris la ponctualité. Depuis le temps qu’elle me gave avec la Zone, son Blog, ses Interviews, ses Reportages, son Prix d’truc... elle s’la pète là, elle s’la pète.

Tiens Il prépare l’apéro sur la table basse du salon. Et un verre, un... par terre. Qu’ il se débrouille, suis trop occupée à lire là. C’est d’ailleurs édifiant, stupéfiant, je n’ai pas perdu mon temps sur les forums. Non mais c’est quoi ce langage ! Tu sues sang et eau pour payer des études « littéraires » et v’là le vocabulaire. Ô que j’suis nrv.

L’apéro, t’as remarqué ils arrivent toujours quand tu le prépares, bingo ça a pas raté.

Coucou,
Ca va bien ?
Non mais fallait pas. Non vraiment.
Smak, smack. (Qu’est-ce qu’il est grand Nihil)
Merci c’est trop gentil.
Sont vraiment belles...c’est le printemps...les oiseaux chantent (ouais les oiseaux chantent, si je veux)
Vous prendrez bien un verre ?
Et blabla et blabla ...

C’est quand qu’elle va se décider « l’hôtesse d’accueil » à m’aider un peu style-t’as-besoin-d’un-coup-de-main ? Vais lui faire le plan Nana-dépassée-par-les-événements, Mouahhhhhhhhhhh ça marche, elle se propose la pétasse. (Y’a pas à dire, une bonne éducation ça laisse des traces).

- Aka si tu tiens à m’aider verse l’alcool dans le brûleur pendant que je vais chercher un vase. (Des Chrysanthèmes...non mais quelle idée !). S’te plaît Aka, à brûler ... l’alcool, c’est plus efficace que la Vodka.

Je t’ai pas dit mais ma conne je l’ai trouvée toute à l’heure sur la Zone. (Keep cool, peace and love, reste zen, respire... non là c’est à moi que ça s’adresse).
Et pour te convaincre que mon choix est bon je vais te citer 2 messages de Zonards pris au hasard.
Parce que si tu trouves que c’est pas con ça : « Putain Aka tu t’es tapée toute la série de l’île aux enfants avec bonus track et chansons avant de poster cette connerie ? » Ce n’est pas con de se taper l’île aux enfants ? (Et en cachette en plus)
Et dans connerie, y’a con, non ?
(Au fait le posteur, l’île, c’est un circonflexe sur le i) Et ça, au cas où tu ne serais pas encore convaincu : « Et Aka, ne serait elle pas Amélie Nothomb ? » C’est pas con d’être d’origine Belge ? Ah tu vois.

Peut-être que tu veux que j’te raconte comment j’ai brûlé ma conne ?

Donc je la suis dans le séjour pendant que les autres sirotent tranquillement au salon.
Elle se penche pour verser délicatement l’alcool dans le brûleur (tu la connais, pas autant que moi je te l’accorde, mais quand elle veut elle peut). Pendant ce temps je réussis avec brio et discrétion (tu me connais presque... sinon va lire... t’as les adresses) le lancer d’allumette dans le brûleur alcoolisé, suivi d’une tape sur sa tête. Enfin, comme personne ne nous voyait je me suis un peu emportée et la tape fut plutôt « appuyée » si tu vois ce que je veux dire (tu n’as jamais noyé d’chats ?). Bref donc, tape sur sa tête destinée à embraser ses longs cheveux.

Cris retentissants, les siens, les miens, les autres. Les autres arrivent au galop et là je ne sais plus qui a voulu lui porter secours en lui versant l’huile bouillante du poêlon sur la tête, devait croire que c’était le vase pour les fleurs... ou bien ???
M’enfin Aka brûlait, Aka cramait.

M’enfin, c’est Moua qui l’aie brûlée toute seule, que personne revendique, faut-il le rappeler ?


Jo le neuski

Il s’appelle Joseph.
Joseph, comme celui qui a bourré Marie à Nazareth. Sauf que Joseph, il n’avait pas le charisme pour être une idole. Il n’avait pas la foi non plus.
Joseph refusait de se faire voler la vedette par un connard nommé Jésus, ou n’importe qui d’autre. Il voulait qu’on se rappelle tous de sa vie, et de sa mort.

Joseph, il n’avait rien pour lui. Pas d’intelligence hors du commun, pas une belle gueule pour faire craquer les filles, pas une ruse spectaculaire. Il était un peu con, Joseph. Un peu comme toi, comme moi, comme tout le monde.

Alors, à défaut de mettre au monde un anorexique crucifié, il a voulu devenir quelqu’un. Tracer son propre chemin, jouer son propre rôle dans le film qu’est sa vie, et écraser les pavés comme certains brûlent les planches. Faire de son existence banale un roman passionnant, un de Balzac pour la lourdeur du style et de Despentes pour le côté trash et rock’n’roll.

Joseph était un raté - c’est certain - mais un raté que l’on se devait d’admirer. Celui qui devait compter dans toutes les fêtes, et dont les aventures épiques où le protagoniste devait faire oublier sa laideur et la pauvreté de son âme au profit du risque et du danger.

Pour commencer, Joseph, il a voulu qu’on l’appelle Jo.
Prononcez « Djo. »
Jo portait une veste en simili cuir acheté à Emmaüs, sur laquelle il avait accroché des badges qu’il avait fait lui-même en utilisant la machine « Super Badge it ! » que sa petite sœur avait reçue à Noël.

Jo, il répétait tout le temps « Do it Yourself ! » C’était la seule phrase qu’il connaissait en anglais. Même s’il se disait Trilingue. Parce qu’en Allemand, Joseph connaissait 5 mots. « Sieg Heil ! » et « Arbeit Macht Frei ! »

Les samedis soirs, on le trouvait au bar PMU au coin de la rue, pas celui qui fait karaoké, non, l’autre. Celui dans lequel on passe de la bonne musique aux guitares saturées et aux chants victorieux prônant la liberté et la solidarité. Celui où les flingues tournent dans les chiottes pour homme, où les orgasmes vibrent dans l’arrière salle et où les bières coulent sur le comptoir et dans le gosier des amis attardés de Jo.

On était donc samedi soir, et c’est dans un pogo, mêlé à la sueur et au sang, que Jo s’est vautré sur moi, comme une énorme limace projetée à 50 kilomètres heure sur une vitre. La vitre c’était moi, et la limace, une métaphore de la carcasse de Jo, ses chaînes cloutées et sa crête mal fixée fonçant droit vers la fenêtre, là où j’étais.

Jo m’a écrasé les pieds, Jo a fait tomber ma clope, renversé ma bière, arraché mes cheveux, salis mes fringues et ensanglanté mes mains. Pas de son propre sang, non, du mien. Celui de ma main qui est allée s’entailler dans la vitre que nos deux corps ont explosée en tombant.

Jo est tombé sur moi, comme une épave échouée au milieu de la mer. Une baleine lourde de 92 kilos faits de crasse et d’alcool.

C’est ça, le début de mon histoire d’amour avec Lui.
Une histoire à trois. Jo, son rat et moi.
Son putain de rat qui venait courir sous nos draps la nuit, dans sa bagnole quand on baisait après un concert, dans ma chambre quand son propriétaire s’endormait trop saoul pour le rentrer dans sa cage. Et puis de toute façon, Jo refusait de l’enfermer.

« T’aimerais qu’on te foute dans une cage et qu’on te fasse bouffer des barres de granulés chimiques toi ? » Qu’il me disait. C’était son argument fatal ça. Qu’est ce que vous voulez y répondre ? Alors j’ai laissé le rat bouffer mes fringues - les trous, ça fait punk. La moquette dans ma chambre - « T’as qu’à foutre du parquet » qu’il me répondait, et les restes de bouffes qui traînaient hors du frigo.

Jo me chantait des chansons d’amour.
« J’aime ta main quand elle caresse ma bite » des Ecureuils qui Puent. « Fais-toi putain » de Tulaviok.
Il faisait peur à mes parents et émerveillait toutes mes copines.

Mon petit ami est un neuski, que j’leur disais moi.
Je promenais Jo comme une fierté, il me sortait comme son gibier.
Sa proie, sa nana. La fille qu’il se tapait le samedi soir, et même parfois la journée en pleine semaine.

On débutait le week end en achetant des bières à Champion et en mangeant un kebab chez le Marocain au coin de la rue. Jo cherchait la baston et on se barrait sans payer en s’embrassant dans les rues, dans les coins sombres, sur les parkings.

Le jour de mon anniversaire, Jo m’a amenée sur le pont qui dominait l’autoroute, et on a regardé les lumières des camions et des Twingo vertes se perdrent loin sur l’asphalte, dans la nuit. Vers 23h30 on a dû rentrer parce que son rat était seul à l’appart et parce qu’il avait peur qu’il bouffe les fils du PC.
Sa crainte, c’était pas que l’appartement crame dans un feu de joie magnifique, mais que le rat se prenne un coup de jus et qu’il crève. Ou que le PC tombe en rade et qu’il ne puisse plus télécharger de films porno le jeudi, pendant que je bossais au restaurant de ma mère.

Un jour, alors que j’allais vider le trop plein d’alcool qui me restait en travers de la gorge dans les chiottes du bar pmu cité plus haut, j’ai vu Jo baiser ma meilleure amie. Il lui faisait des trucs dingues, et elle gueulait comme j’ai jamais gueulé en s’agrippant à sa crête et en lui disant « putain c’est bon, continue, putain. »

Je suis rentrée chez moi en chialant, du mascara pas waterproof du tout me coulant dans les yeux, le vent s’engouffrant sous ma jupe. Je tremblais de dégoût, de rage et de froid. En arrivant dans ma chambre, j’ai vu son putain de rat posé sur mon lit en train de grignoter un vinyle d’OTH que j’avais payé 120 euros. C’était trop, trop pour moi, pour ce soir, pour nous deux. Nous trois, pardon.

J’ai attendu pendant des heures qui m’ont paru interminables. Tournant en rond comme un chien enragé entre quatre murs. Cognant les vitres parfois, moi-même, souvent. J’ai pris une douche froide en me disant que l’eau qui tombait sur ma peau était rouge. Comme une pluie de sang, de son sang.

Il est finalement rentré vers 5 heures du matin. Je ne l’attendais plus. Il s’est écroulé sur le lit en me demandant si j’avais nourri le rat.
Lentement, j’ai saisi ses bras, je l’ai aidé à se retourner, puis, je suis montée sur lui.

- Non, pas maintenant, je suis fatigué.
- Ah ouais ?
- Ouais, c’était crevant ce soir, les flics sont venus et ...
- Fonkie est mort.

Flottement dans la scène. L’air était lourd, saturé par le silence.
Ses mains se sont collées à ma taille et il m’a envoyé valser contre le mur.

- QUOI ?
- Ouais, enfin... presque.

Je lui ai souri, d’un air qui se voulait rassurant mais qui était seulement sadique. Il s’est levé en prenant appui sur le mur et m’a gueulé je ne sais quoi. Des mots, toujours des mots. De trop cette fois-ci.

- T’es fatigué mon amour, allonge-toi et on en reparle demain, ok ?
- Putain ... IL EST OU ?
- T’as pas faim ? J’ai préparé du roti.
- QU’EST CE QUE T’EN A FAIT, BORDEL ?

Je lui ai demandé une nouvelle fois, s’il n’avait pas envie de manger un peu, parce que moi putain, je crevais de faim. Finalement je suis allée à la cuisine et il m’a rattrapé en me demandant ce que je foutais. Quand j’ai ouvert le four, là, il a compris.

- Quand même, le Zyklon B, ça devait vraiment être efficace.

Il n’a pas trouvé ça drôle. Moi, je m’écroulais sur la table dans de drôles de contorsions dues au fou rire qui me prenait soudainement. Le pauvre petit Fonkie tout dur, tout raide, posé dans l’assiette à fleur de ma maman.

- Oh regarde, il bouge encore. Attends je vais le remettre, thermostat 7 cette fois.

Il fixait le rat, ou les miettes sur la table, ou l’assiette à fleur de ma mère. En tout cas moi, il ne me regardait pas. Alors je l’ai pris par la main. Il me l’a broyée. J’ai souri, puis grimacé. Et finalement, avec le couteau que j’avais pris pour découper le rat, j’ai enfoncé la lame du plus profond que je pouvais, quelque part entre ses côtes.

L’effet fut immédiat, Jo lâcha ma main.
Jo tomba à genoux et le son lourd de son corps qui s’affaisse sur le sol me rappela le doux souvenir de notre première rencontre. Je le lui ai fait remarquer, il ne m’a rien dit.

« Mieux vaut mourir debout que toute une vie à genoux. »

Jo allait crever assis, je l’avais décidé ainsi.
J’ai cogné contre sa tête, je me suis fait mal aux pieds. Alors avec le couteau, à plusieurs endroits, j’ai enfoncé. La lame était rouge et Jo gueulait à peine.

Je l’ai finalement attaché.

« Non Jo, c’est pas pour faire du Bondage » que je lui ai dis.

Une fois encore, Jo n’a pas ri.
J’ai lentement découpé Fonkie en fine lamelles et je l’ai forcé à le bouffer. En finissant par la queue, bien entendu.
Jo bavait et tremblait de peur, j’ai bien cru qu’il allait gerber après avoir avalé le rat. Je m’en serais presque voulue, à me demander si c’était parce que la viande était mal cuite, ou parce que tout simplement, il n’aimait pas le goût.

Je l’ai encore fait un peu boire, parce que la bave au coin des lèvres, c’était pas ce qu’il y a de plus sexy au monde. Je comptais le garder comme ça pendant plusieurs heures, plusieurs jours, l’éternité. Du moment que le rat était mort et qu’il ne couchait plus avec mes copines, je l’aimais toujours.

Mais Jo est fourbe. L’enculé. Alors que j’allumais une clope d’une main, tenant une bouteille de vodka de l’autre, Jo a voulu me faire tomber de ses genoux.

Et je suis tombée. L’allumette, la cigarette, et la vodka avec.
Moi sur le sol, le reste sur les genoux de Jo.

Le feu s’est embrasé et Jo, mon Jo, est devenu rouge, puis orange. Comme un sapin de noël en quelque sorte. Jo hurlait, je souriais. Sa peau brunie, rougie par les flammes se mêlait avec les fibres de son jean et les épingles à nourrice attachées un peu partout brillaient dans la pénombre. Métal en fusion, son être en décomposition.

J’ai éteint la lumière pour mieux apprécier le spectacle qui s’offrait à mes yeux. Sa veste en cuir prenait feu elle aussi. Pourtant, le vrai cuir ne brûle pas, c’est Jo himself qui me l’a dit. Et moi, je crois toujours Jo. Même, et surtout, quand il me dit qu’il m’aime, la gueule calcinée.

Mais l’Amour ne sauve pas tout, Jo.

Sa crête était comme une torche enflammée, des gerbes de feu montant jusqu’au plafond. Le gel aidant, la crête fondait. Comme un bonhomme de neige sous le soleil de Satan, mon amour flambait.

L’odeur de chair trop cuite et de ses cheveux caoutchouteux emplissait la pièce. Alors, je me suis levée pour ouvrir la fenêtre. L’air frais remplissait de nouveau mes poumons alors que l’homme de ma vie hurlait derrière moi. Si proche et pourtant si loin.

Tout c’est enchaîné très vite après cela. Moi même je n’ai pas compris.
Jo que je croyais mourant s’est levé d’une force surhumaine et s’est dirigé droit vers moi. Comme la première fois, sauf que Jo ressemblait plus à une écrevisse trop cuite qu’à une limace ce soir-là.
Comme la première fois, Jo m’a entraînée dans sa chute, et du troisième étage nous sommes tombés, l’un sur l’autre, l’un contre l’autre.

Moi dans ses bras tendre, ou ce qu’il en restait, et nos chairs décomposées et démembrées sur la route, à quelques mètres de notre bar PMU.

La morale de cette histoire ?
Faites attention en achetant des vestes en cuir à Emmaüs, on risque de vous mentir sur la qualité, et ça peut coûter cher.
Très cher.