« Brûlez un con ! » qu’ils disaient.
Quelle bonne idée. On a beau rêver de quelque chose des années durant, il faut souvent attendre que quelqu’un d’autre l’énonce à voix haute pour qu’on réalise à quel point c’est cela qu’on voulait. Il faut brûler les cons.
La liste est longue. Par qui commencer ?
Par les politiques ou par leurs animaux de compagnie ?
Ou par ces vieux cons, qui même quand ils sont encore jeunes, savent si bien nous expliquer pourquoi ils ont raison quand ils nous cassent les c*****s, et pourquoi on aurait tort d’espérer avoir seulement parfois raison sans se ranger inconditionnellement à leur avis ?
Ou encore ces jeunes branleurs qui croient que ma moto est un paillasson, qui râlent quand je les réveille en la démarrant avant midi et qui le soir venu, jettent leur canettes sur mon balcon ?
Et puis y a les autres là, aussi, qui n’arrêtent pas de me coller des prunes dès que je les croise, sous prétexte que je fais trop de bruit, que mon échappement n’est pas réglementaire. Et leur sirène, elle ne fait pas de bruit peut-être ? Et je ne parle pas du bruit des pneus qui crissent quand ils démarrent au feu rouge !
Et les commerçants ? Ceux qui tirent une tronche d’enterrement, même lorsque tu vides chez eux le contenu de ton maigre portefeuille ? Qui t’expliquent qu’ils font le plus dur métier du monde…’z ont qu’à faire marin pêcheur, tiens, ils verront bien comment c’est facile, se dorer la pilule au soleil en titillant le bar ou la dorade. Surtout de nuit dans des creux de quatre mètres, sous une pluie glacée…
La liste est longue, mais on pourrait en mettre plusieurs, dans le même feu.
Je pourrais cramer la maison d’un con par exemple, avec sa famille, pour éviter qu’il ne se reproduise.
Ou la mairie ? Mieux ! Les permanences politiques ! En plus, vu le vent qu’il y a ce soir, si je fous le feu chez les fachos, je suis quasiment sûr que le bloc de maison brûle jusqu’à la permanence des autres intégristes de l’économie libre…
Je pourrais cramer un bâtiment entier, aussi, comme ça j’en brûle plus d’un coup. Un hospice, une gendarmerie, ou un hôtel quatre étoiles. Là on pourrait commencer à parler de résultat, d’efficacité.
Non…
J’ai mieux. Je crois que là, j’ai trouvé le top… Si je me rappelle bien, leurs grands réservoirs de gaz, sur le port, ils ne sont plus très bien gardés, depuis quelques temps, au milieu de leurs grillages rouillés… Et pourtant, s’ils pètent, ils rasent la ville, ils foutent le feu à tout ce qui se trouve à moins de quinze kilomètres… Même en ne réussissant à atteindre qu’un centième des gens de ce périmètre, on arrive à mille cinq cent cons brûlés ! La vache. Ils vont être verts les autres, quand ils vont s’avoir combien j’en ai cramés…
En plus il va bientôt faire nuit, avec presque personne dehors. Je n’ai qu’à remplir les bidons, et je file les allumer sous les soupapes et les tuyaux sortant des réservoirs. Ça devrait suffire.
Yeepee !!!

"Si tu crois que tu vas t’en sortir comme ça. Tu vas voir un peu de quel bois je me chauffe". Olivia attendit encore quelques secondes avant de proférer son ultime menace, pensant bien que le regard qu’elle venait d’adopter allait fournir à son doigt le peu d’énergie qui lui manquait pour devenir, sous l’éclat des musiques triomphantes qui sonnent dans les moments cruciaux et savent faire trembler les spectateurs au moment où le sinistre méchant révèle son penchant machiavélique et rend haletante n’importe quelle intrigue, le doigt le plus menaçant de l’univers.
"J’aurai ta peau, connard !"
Elle n’oublia pas que pour soutenir sa crédibilité, il fallait qu’un rire gras emplisse la pièce, et qu’elle tourne les talons sans sourciller, laissant sa future victime dans la certitude que le plan d’attaque qui allait s’abattre sur elle était parfait et que plus rien ne pourrait contrer les augures qui annonçaient son funeste destin.
Il y a longtemps qu’Olivia n’avait pas connu une telle jubilation. Elle se souvenait du jour où elle avait découvert que le Père Noël n’avait rien à voir avec ce que ses parents tentaient de lui faire croire et que le soi-disant bienfaiteur venu du froid avec ses reines et sa hotte chargée de cadeaux n’était autre que son oncle Marcel. Elle avait trouvé suspect qu’il n’arrive pas avec sa tante et ses deux crétins de cousins, surtout qu’il était le seul à savoir conduire et qu’ils n’avaient pas pu débarquer par l’opération du Saint Esprit. Personne ne se demandait où était Marcel, ni pourquoi, un soir de Noël, alors qu’il était fonctionnaire, orphelin et jaloux, ce boute-en-train aux ressources inépuisables n’était pas de la fête. Olivia n’entra pas dans l’ambiance joviale qui s’installait instantanément quand les deux soeurs se retrouvaient enfin et que les cousins plongeaient dans les caisses de jouets pour jouir des trésors qu’ils n’avaient pas chez eux. Elle se posta devant la porte, et s’aida d’une chaise pour atteindre le judas et observer, à intervalle régulier, ce qui allait se passer dans le couloir. Elle vit donc Marcel sortir de l’ascenseur, déposer les cadeaux dans une énorme hotte, enlever chaussures, pantalon, chemise et se trouver nez à nez en semi tenue d’Adam devant la vieille et horrible sorcière qui leur servait de voisine. Olivia comprit qu’il lui demandait d’être discrète, d’attendre encore quelques minutes avant d’alerter la brigade des moeurs en lui assurant qu’elle allait comprendre pourquoi il se déshabillait en cachette devant chez elle. Il sortit d’un vieux sac plastique un costume rouge, une fausse barbe, des lunettes et un bonnet. Inutile de chercher plus loin : Olivia savait qu’il allait se déguiser en Père Noël comme les clodos du quartier. Elle sauta de la chaise pour rejoindre le reste de la famille. Il était bientôt minuit, le verre de lait était posé sous le sapin. Du haut de ses quatre ans, Olivia découvrit les joies des premières étincelles sarcastiques et au lieu de dévoiler ce qu’elle avait découvert, elle préféra fomenter un savoureux stratège pour ridiculiser l’oncle qui ne pouvait pas s’empêcher de lui tirer les oreilles chaque fois qu’il la voyait en lui disant, sur un ton de reproche insupportablement injuste : "Alors ! J’ai appris qu’on avait encore été vilaine avec son petit frère !"
Le Père Noël était entré dans l’appartement en chantonnant dans sa barbe de grotesques "Pom, pom, pom, regardez qui va là" sous les yeux ébahis des cousins. Les mères prenaient leurs enfants à témoin et répétaient bêtement : regardez qui va là. On installa la troupe de têtes blondes sous le sapin et la distribution des cadeaux commença.
Et toi ? As-tu été sage.
Oui, Père Noël ! J’ai même eu dix sur dix en lecture.
Ah, ah, ah ! Je sais tout cela ! Mes lutins m’ont tout dit ! Mais as-tu été sage avec ta maman ?
Le petit Pierre s’assura dans les yeux de sa mère qu’il avait "été sage avec sa maman". Le sourire qu’elle offrit aux anges ne fit aucun doute. Le Père Noël n’attendit pas la réponse et tapota sur la tête du bambin.
Ah, ah, ah ! Je sais aussi que tu as été sage avec ta maman. Regarde ce que je t’ai apporté.
Sur chaque cousin, le rituel fut le même et la magie opéra de la même manière.
Et toi, Olivia ? As-tu été sage ?
Il attrapa son oreille.
Ah, ah, ah ! J’ai appris qu’on avait encore été vilaine avec son petit frère !
Sur ces paroles, Olivia baissa la tête, et se mit à pleurer. Elle savait bien pleurer : les larmes coulaient à flot et il fallut quelques minutes avant qu’elle puisse expulser quelques mots compréhensibles des vagues de sanglots qui secouaient sa poitrine. Les mains des mères cherchaient des mouchoirs et tentaient d’apaiser le chagrin de la petite fille.
Comment est-il possible qu’une si jolie petite fille se mette à pleurer le soir de Noël ?
Olivia prit une chaise pour se hisser à la hauteur du vieil homme. Elle lui raconta poliment, au creux de l’oreille, que son oncle Marcel n’était plus de ce monde, que son papa et sa maman n’avaient pas osé lui dire le soir de Noël, qu’elle avait bien compris qu’il ne fallait pas encore en parler, qu’elle serait gentille avec sa tata et que s’il en avait dans sa hotte, à la place des trains électriques et des jeux de société, il pourrait donner à ses cousins un nouveau papa. Elle s’écarta légèrement pour le regarder dans les yeux, et lui demander, dans un long soupire : Est-ce que tu l’as vu, toi, dans le ciel ?
Marcel pâlit. Les mamans aussi. L’un parce qu’au lieu d’illuminer les rêves, il venait de plonger une petite fille dans un profond désespoir. Les autres, parce qu’elles savaient que l’extrême gentillesse d’Olivia signifiait souvent qu’elle préparait une terrible bêtise. Marcel aurait pu continuer sa mascarade, ramener la gaieté avec un grotesque "Pom, pom, pom, mais qu’est-ce que tu racontes ?", continuer sa distribution, avaler son verre de lait, partir, se changer dans le couloir, attendre quelques minutes et revenir en Christ triomphant. Cela supposait qu’il eût un sens de l’à-propos et une forme de talent pour l’improvisation. Lui qui avait tellement de blagues dans son chapeau, il aurait pu chercher à surprendre l’assemblée. Il se trouva tellement décontenancé qu’il ne put se retenir de plonger sur ses fils pour les couvrir de tendresse impudique, pleurant, s’excusant et criant : mais non, mes garçons, votre papa est toujours là. Les cousins, bien plus jeunes qu’Olivia, apprirent donc en même temps que le Père Noël n’existait pas et que leur papa pouvait devenir une mauviette alors qu’il leur avait bien dit que les hommes ne chialaient pas. Olivia jubila.
Face à son nouveau dessein, et parce que Pâques venait de lui offrir une opportunité aussi prometteuse que la révélation du Père Noël, elle déduisit que les fêtes religieuses portaient en elles les germes de la vengeance. Cette fois-ci, ce n’était pas l’oncle qui allait en faire les frais, mais bien le mignon, l’adorable, bref, celui que tout le monde désignait comme étant le "si gentil petit frère".
Le début des congés scolaires venait de commencer. La maisonnée s’affairait et préparait les fêtes de Pâques. Depuis l’épisode du tonton déguisé, les mamans avaient renoncé à faire croire aux enfants que d’obscures cloches déposaient les chocolats au moment où sonnaient les matines. Elles avaient préféré expliquer que ces fêtes, même si plus personne dans la famille ne croyait aux histoires de fils de Dieu (ni qu’il soit né dans une étable, ni qu’il soit revenu parmi les vivants), permettaient essentiellement à la famille de se réunir, de s’offrir des cadeaux, de montrer que tout le monde s’aimait, de bien manger, de bien boire, d’aller se promener au bois et de se vautrer devant la télé en attendant que le repas du soir soit prêt. Il fallait donc préparer la maison, cacher des oeufs un peu partout et déposer pour chacun un personnage qu’on avait le droit d’acheter ou de fabriquer pourvu qu’il fût constitué, fourré ou bien nappé de chocolat. Pour les enfants, ce n’était pas si aisé de trouvé de l’argent et surtout l’envie de dépenser ses propres économies pour un autre. Pour faciliter la distribution, on tirait au sort le nom de la personne à qui l’on allait offrir son chocolat. Le petit frère tomba sur "maman". Olivia sur "Oncle Marcel". Papa allait offrir à tata qui allait offrir à l’un de ses fils qui allait offrir à son frère qui allait offrir à son oncle. Marcel était chargé d’offrir au petit frère et maman, à Olivia. Le compte y était.
Olivia commençait à trouver lassant qu’à chaque fois qu’on leur dévoilait les secrets des surprises qui tombent du ciel, il fallait mettre la main au porte-monnaie, et décida de ne pas dépenser un centime pour son tonton ridicule, d’autant qu’elle présentait qu’il se moquerait d’elle, comme il le faisait à chaque fois qu’il lui adressait un mot. Elle se fit inscrire à l’atelier chocolat de la maison de quartier parce qu’elle savait que sa mère ne refuserait pas de payer une modeste inscription à un nouveau loisir et qu’elle en ressortirait avec un chocolat gratuit. L’atelier consistait surtout à assembler différentes figurines pour créer une composition personnelle, un peu comme à l’atelier fleurs ou à l’atelier "déco-malin". Olivia choisit de placer une souris sur une plaque de chocolat et d’apporter quelques détails en sucres pour que l’ensemble ressemble à un piège. Elle trouvait amusant d’associer une fois de plus le piège à son oncle Marcel. La vieille dame qui encadrait les enfants fut horrifiée par le manque de soin avec lequel l’ouvrage d’Olivia avait été préparé. Elle la félicita tout de même d’avoir choisi l’atelier chocolat plutôt que l’atelier "déco-malin" et la reconduisit à la porte en souhaitant ironiquement que le fameux piège soit vite avalé. De retour chez elle, Olivia déposa son oeuvre dans la cheminée (il en avait été décidé ainsi, "pour faire joli") et découvrit celui que le "si mignon petit frère" avait déposé : Pouïnky.

A la différence de sa soeur, et peut-être parce que son destinataire valait plus à ses yeux que celui qu’avait eu Olivia, le petit frère avait cassé sa tirelire et s’était précipité dans la confiserie d’à-côté pour acheter quelque chose de parfait. Il allait donc, une fois de plus, remporter la palme du cousin le plus mignon de la famille et c’est leur mère commune qui allait lui décerner par ses célèbres "Oh, mon chaton, tu es têêêêêêêllement mignon". Olivia voyait déjà s’enchaîner les scènes familiales et même si le secret devait être gardé jusqu’à l’arrivée des invités, sa mère allait vite comprendre qu’elle n’avait pas pu confectionner un si joli poussin à l’atelier chocolat et que le petit Pouïnky lui était destiné. Elle allait passer devant plusieurs fois en se demandant à voix haute (fluette et idiote) qui pouvait bien l’avoir déposé dans la cheminée et par la même occasion, qui aurait l’honneur de le recevoir comme cadeau. Le reste de la famille allait débarquer, l’oncle Marcel allait s’en doute se moquer du piège à souris et surtout le comparer aux autres. "Regardez celui-ci, comme il est laid ! Nous n’avons qu’à les mettre les uns à côté des autres, et chacun doit donner une note. Olivia, toi qui es si fortiche en Maths (Ah, ah, ah, on m’a dit que tu avais eu quatre à ton dernier contrôle), quelle note donnerais-tu à ce masque Africain raté ?". Il ne pouvait pas s’empêcher de détourner l’identité des personnes et des objets qu’il raillait afin de faire savoir aux assemblées pliées de rire à quoi lui faisait penser untel ou telle chose. C’en était trop. Tout ceci ne devait pas arriver. Il restait encore quelques heures à Olivia pour agir.
"Si tu crois que tu vas t’en sortir comme ça. Tu vas voir un peu de quel bois je me chauffe".
Le petit frère retrouva Olivia dans sa chambre. Il semblait fier de son achat et pensait qu’un peu de complicité avec sa soeur lui permettrait de partager son enthousiasme et surtout d’éviter d’aller gâcher la surprise auprès de sa mère.
Tu as vu ce qu’il y a dans la cheminée ?
Vaguement.
J’ai acheté un poussin pour maman.
Ah ?
La dame m’a dit qu’il s’appelait Pouïnky. Tu trouves pas que c’est super comme nom ?
Bof.
Elle m’a dit que c’était le poussin le plus mignon du magasin, et qu’il ferait très plaisir à maman. Tu crois que ça va lui faire plaisir ?
Ch’ais pas.
J’suis trop content ! Vivement que je puisse lui donner ! Il est trop mignon.
"Mignon ?", pensa Olivia qui élaborait déjà son plan d’attaque, "Avec son sourire béat, son bec orange et son chapeau ridicule ? Tu parles qu’il a l’air mignon. Il a surtout l’air con !"
La mère entra dans la pièce pour proposer aux enfants d’aller chercher encore quelques oeufs pour garnir la table. Le petit frère accepta de l’accompagner. Olivia, elle, fit mine d’avoir encore un dessin à finir. La fenêtre d’action venait de s’ouvrir. La porte claqua. Olivia était seule dans l’appartement.
Elle courut dans la salle de bains des parents pour prendre ces énormes bâtonnets de coton que sa mère cachait de temps en temps dans sa main quand elle allait aux toilettes et sur lesquelles était marqué Vania. Elle s’arma du spray d’alcool à 90° qui servait à soigner les bobos de la famille. A la cuisine, elle prit un paquet d’allumettes, une bougie de table, un bout de ficelle et surtout, un carré de chocolat et une noisette qu’elle alla déposer, dans la cheminée, à côté de son formidable piège.
Quelques instants plus tard, Pouïnky se trouva entouré de bâtonnets attachés entre eux et reliés à la bougie qu’Olivia s’empressa d’allumer. Elle regarda encore le petit poussin, puis le carré de chocolat à la noisette qui allait devenir le nouveau cadeau de son frère puis aspergea la ficelle qui unissait bougie et bâtonnets. Le bûcher s’enflamma.
Le sourire béat fondit.
Elle se lève, se frotte les yeux et se dirige mollement vers la salle de bain. Elle se maquille avec grand soin. Gloss, fard à paupières, mascara, fond de teint... Tout était calculé pour être discret mais aussi pour effacer tous ces boutons d’acné indésirables. Un visage plus lumineux.
Ben dis-donc, t’es belle ma Claudia ! S’écria Abby lorsque la jeune fille atteignit l’arrêt de bus.
Ouais, tu trouves ? Dit Claudia.
Dans le bus, ambiance poignante. Pas de discussions Claudia rassemble son courage et enfin... l’arrêt de bus « Avenue de Sens ». Il monte, Claudia retient son souffle. Il valide son pass, Claudia s’étouffe. Il la regarde, Claudia sourit, de manière débile. Claudia n’arrive pas à respirer, elle a une de ces envies de fumer ! Derrière, ses copines se marrent. Il n’y a plus de place de libre de toute façon. Il est obligé de s’assoir à côté d’elle.
Salut Claudia, salut Abby, salut Catherine.
« Putain... Il m’a saluée !! Il s’assoit à côté de moi ! Arrrgggh !! »
Salut François !
Je peux m’assoir à côté de toi ?
Silence. Les nanas qui ricanent. Claudia qui balbutie :
Bi-Bien sûr !
Le sac fut violemment projeté aux pieds de Claudia qui fit un sourire niais à François.
Aujourd’hui, dix avril, était un grand jour. Cela faisait quatre mois que Abby et Catherine, regardaient Claudia regarder François comme s’il était Adonis en personne. Normalement, Claudia devait avouer ses sentiments aujourd’hui au bel Apollon au t-shirt Nightwish. Un dieu grec au nom italien avec des cheveux noirs et des yeux verts. La conversation porta sur le lycée, les profs, tellement qu’ils sont débiles et chiants et qu’ils comprennent rien à nous, les jeunes !! Claudia minaudait, comme une sacrée débile et ne reprit une attitude normale que lorsqu’elle se trouva dans les escaliers menant au deuxième étage, François ayant cours aux ateliers, au rez-de-chaussée.
Le cours d’anglais fut particulièrement inintéressant. La petite professeur à lunette avec une coupe carrée blonde débitait son cours avec toute la prestance d’une femme de son âge. Claudia ne fit que dessiner des coeurs sur son cahier. Puis elle écrit aussi un petit texte en prose particulièrement beau par sa simplicité :
“Je t’aime, je t’aime, je t’aime !”
Claudia ! Puis-je lire tes fascinants écrits ? Demanda la prof.
Le papier fut retiré des mains de la petite Claudia.
Ah oui... C’est très constructif ! Et tu sais le dire en anglais, aussi ?
Euuuuuuhhh...
Claudia sortit du cours avec un devoir supplémentaire à la clé. La récré arriva fort heureusement pour elle, une heure plus tard.
Salut Claudia ! Tu viens regarder le menu de midi ?
Euuuuuuh....
Claudia s’approcha du mur où était scotché le menu des demi-pensionnaires et des internes aussi.
Tiens, du Colombo de dinde, demain... Et la semaine prochaine, on aura du Navarro !
Claudia éclata d’un rire débile mais pas faux.
Mais tu vas arrêter avec tes jeux de mots foireux, toi !
Il y eut un silence. François l’aurait qualifié d’entendu, pour Claudia il était insupportable. Il fallait qu’elle trouve des mots adaptés, qu’elle se concentre pour parler de manière compréhensible...
Dis, tu...
Je...
Claudia resta une seconde, la bouche ouverte.
Ben vas-y, dit François.
Euuuhh... Je crois que... enfin, c’est sûr, j’y ai réfléchi... Et puis j’ai assez analysé ma personnalité... Et puis va pas croire que c’est mon genre, c’est pas du tout mon truc mais j’ai fait quelques tests là dessus sur le net et dans Jeune et Jolie...
Et... ?
Euh...
Mais vas-y, dis le !
Tu sais, je n’aime pas dire les mots, même avec mon ex-petit copain, j’ai eu du mal à les prononcer, tu vois...
Rhââ ! Claudia, accouche ! Tu ne te sentiras pas pleinement sereine si tu gardes ce genre de message au fond de toi.
Encore le refrain sur la sérénité... François c’est quelqu’un de toujours calme, serein et qui encourage les autres à dépasser leurs frustrations. Il avait aidé Claudia à dépasser des sentiments : ce n’était pas la faute de son frère s’ils étaient en famille d’accueil et sa mère n’était pas éternelle...
Je pense... Enfin, je veux dire que...
Claudia baissa le ton d’une demie octave pour l’occasion :
Jesuiamoureuzdtwa !
Pardon ?
Je suis amoureuse de toi, répéta Claudia en articulant.
Ah oui ? C’est bien... Mais c’est un peu vague, en même temps, tu sais ?
Et tu voudrais sortir avec moi ?
Ecoute... Je ne sais pas si... Enfin, c’est très flou, en moi, tu sais...
Non, je ne savais pas, fit Claudia d’un ton acide.
“Quel con... Comme si je n’étais pas capable d’entendre la vérité... Dis le que tu t’en fous de moi ! J’te dirais rien !”
... Enfin, bon, je crois que je t’apprécie plus en tant que très bonne amie... Ca va ?
Claudia tenta tant bien que mal de sourire. On aurait dit qu’elle avait sucé un citron et ses yeux secs menaçaient d’ouvrir les vannes d’une seconde à l’autre.
Ca va ?
Ouais, ouais... Et... Ben...
Sauvée par le gong. Encore deux heures avant le déjeuner, deux-heures de sciences économiques et sociales, raison de plus pour penser à autre chose qu’au vieux chnoque... Il puait la transpiration et ses cheveux noirs colorés étaient aussi gras que lui et sa diction. Vivement la retraite pour le professeur de l’ancien temps ! Ce pauvre François n’avait rien compris. Il ne pouvait pas savoir, ni comprendre. Elle l’aimait tellement ! Elle voulait le prendre dans ses bras, l’embrasser. Mais là, il l’avait trahie. Elle ne pouvait même pas le considérer comme un ami après cela.
Pepita ! Vous pouvez me dire, vous, ce que c’est l’équilibre emplois-ressources ?
Et puis, qu’est-ce qu’il veut, le vieux chnoque ? Claudia s’en battait de ce putain d’équilibre emplois-ressources ! Mais alors avec une porte-fenêtre ! Elle avait bien envie de prendre un lance-flamme et de le cramer, ce vieux con !...
Et si c’était ça la solution ? Oui, cramer ce con de rital qui la prenait pour une débile ! Ouais, seul un autodafé pourra la venger de cet affront.
François descendit comme d’habitude à l’arrêt le plus proche du pont : “Petit Jardin”. Il devait comme chaque soir consacrer une demie heure à la traversée de la petite ville de M... pour atteindre son village, sans compter l’ascenscion pour arriver à sa maison. Une jolie maison dans laquelle il vivait avec ses parents. Promis, il s’en va dès qu’il a son permis ! Il avait déjà négocié avec un bailleur pour la fin de ses examens. Le BTS en poche, la voiture offerte par son père pour ses vingt ans, l’insertion dans la vie active ne serait pas facile. Les Di Abruzzi étaient sortis dîner ensemble. Il y avait de quoi faire des frites et des steaks dans le frigo. La friture commença à siffler et François s’installa devant son ordinateur et commença une partie de GothSkull (du base ball avec des masses d’armes à la place des battes et des crânes humains à la place des balles. C’était plus défoulant qu’un “Shoot ’em All”.) Une ombre passa derrière lui. Il se retourna. Ce n’était pas le chat, il était mort la veille et tout le monde en avait été soulagé ! Non... Alors une lumière passa devant lui... Un briquet... Qui atterrit dans la friture. L’explosion le rendit d’abord sourd. Puis la chaleur. Pendant une nanoseconde, elle fut agréable. Puis il sentit ses chairs brûler doucement.
Tandis que son cerveau cuisait à l’étouffée dans sa boite crânienne, Claudia refaisait ses lacets. Ce bel autodafé lui donnait une telle envie de danser ! Cela valait le coup de faire le voyage... Et puis le petit lancer de briquet, comme elle en était fière ! Puis elle se lança dans les rues du village. Le sentiment d’exaltation ressenti précédemment s’était dissipé, laissant place à un grand vide. Qu’allait-elle faire, maintenant ? Quelle était la prochaine étape ? Elle allait revenir au lycée, comme ça, en toute impunité ?
Les Di Abruzzi devraient rentrer bientôt. Ils ne trouveront alors plus que des ruines et à l’intérieur, le corps calciné de leur pauvre garçon de vingt ans, victime de l’amour d’une pauvre conne.
Deux formes se découpaient sous le réverbère. Une petite femme blonde et un grand homme aux cheveux gras et noirs qui venait de parler.
Ma pauvre Claudia, dit le professeur d’anglais, ce n’est pas François qui ne comprend rien... C’est les jeunes ! Ils sont aveugles et au lieu de s’unir contre leur ennemie l’expérience, ils s’entretuent parce qu’ils n’en ont pas assez !
Qu’est-ce que vous racontez ? C...
Vous ne comprenez pas, Pepita, l’interrompit le professeur d’économie. On est toujours le con de quelqu’un et le temps ne fait rien à l’affaire !
Qu’est-ce que vous allez faire ? Appeler la police ? Me mettre une heure de colle ! S’écria l’adolescente.
Non, dit la prof d’anglais. Vous allez passer sur le bûcher !
Claudia haussa les sourcils et vit d’un coup la lumière se fondre en elle et faire fondre ses tissus. Elle inspira des flammes qui pénétrèrent ses poumons, grillant quelques bronches au passage. Ce n’était pourtant pas le repos qui vint après sa mort cérébrale :
"Mais c’est trop con !"
C’était un mardi matin, Paul fumait tranquillement sa clope, à l’aise, tout en rentrant chez lui lorsqu’il fut interpellé par une vielle dame.
Dites moi jeune homme, vous n’avez pas honte
Ben quoi ? répondit Paul, parce qu’on va pas se laisser enmerder par les vioques sans raison quand même.
Votre machin là au bec, c’est honteux ! dit-elle avec une expression outrée, qui lui donnait plus un air de bouledogue qu’autre chose.
Mais qu’est-ce tu viens m’emmerder la vieille ? (Paul est jeune et violent, je vais pas écrire en bon français juste pour vous faire plaisir non plus.)
Prenant un air le plus digne possible, la pauvre dame se résigna à passer son chemin, ce qui prouve que lorsque le besoin se fait sentir, je suis tout à fait capable de produire un français acceptable. Mais revenons à nos fumées.
Tandis que l’auteur tentait désespérément de meubler pour écrire un article de taille conséquente, Paul continuait de rentrer chez lui, mais n’était pas au bout de ses peines.
Ben Paulot ! C’était Pierre (Oui je suis mauvais pour trouver des prénoms, et alors ?), un bon ami de Paul.
Pierre ! répondit Paul, et dans sa voix résonnait toute la joie de trouver une présence amicale (C’est pas vrai, mais je dois rendre l’article pour aujourd’hui, rapport à la Saint Con.).
Mais qu’est-ce que c’est que ça ?
Hein ? (Vous avez peut-être déjà compris, vous avez lu le titre)
Fumer en public ! T’es dingue.
PAF ! Direct au menton. Fallait pas faire chier Paul.
Là, Paul avait grave les boules, et c’est furieux qu’il se rendit au poste de police. Après les formalités diverses et les engueulades habituelles, Paul parvint au bureau d’un officier. Le problème, c’est que l’officier en question était plutôt du genre « j’en ai rien à foutre de tes emmerdes, je préfère dormir ». Il avait un gros bide, une moustache et l’air d’un chat de salon qui aurait beaucoup trop mangé. La tâche s’annonçait difficile.
Je suis victime d’une conspiration.
Hmm ?
La tâche s’annonçait TRÈS difficile.
Voilà, je rentrais chez moi, tranquillement, j’allume ma clope et là ...
QUOI ? rugit le policier, ce qui avec sa tête de chat lui donnait un drôle d’air.
Ben là il y a une vieille qui ...
Mais vous n’avez pas honte ?
Là, Paul en eut marre.
Bon écoutez, j’ai le droit de fumer non ?
Le flic ne se laissa pas le temps de répondre et sauta sur le pauvre fumeur. Il n’en fallait pas plus à Paul, qui se défendit avec toute la sauvagerie possible. Ce qui était peine perdue, car les hurlements du matou avaient rameuté tous les policiers environnants, ce qui fait un beau nombre puisqu’on était dans un commissariat. Maîtrisé puis attaché, Paul fut mené en place publique afin de procéder à son exécution.
A mort ! Au bûcher ! hurlait la foule, ivre de rage et de whisky.
Crevez, malades ! répondit Paul, pas content du tout car il n’avait pas eu sa part de whisky.
Bourreau, fais ton office ! cria l’officier, plus gras que jamais.
Le bourreau, comme on le lui avait demandé, mit le feu au bazar, et Paul commença à sentir le roussi.
Hé, mais ça sent le roussi. (Je vous l’avais bien dit) dit-il.
C’est alors que Godzilla surgit de derrière un immeuble, écrasant une partie de la foule au passage (oui là ça part en couille, mais d’une part on m’a averti de la saint con un peu tard et d’autre part je commence à être à court d’idées. De plus, j’aime beaucoup les lézards.). Et maladroit comme il est, l’espèce d’iguane renversa le bûcher sur la foule brûlant tout le monde.
Et ils moururent dans d’atroces souffrances.
Moralité :
1) Fumer nuit gravement à votre santé et à celle de votre entourage.
2) Si vous vous demandez quel est le con de cette histoire, ben c’est moi.
3) Celui qui lit cette phrase est un con.